Tissot, Géogr, comp,, t. 1, pp. 660 et
LA CARTHAGE ROMAINE us
byzantine : c'étaient les incessantes incursions des Maures. Elles occasionnèrent des guerres longues et sanglantes, et plusieurs généraux byzantins s'y illustrèrent. L'un deux, Jean Troglita réussit à pacifier toute l'Afrique en 550.
Cent ans plus lard, voici que soudain un nouvel et terrible orage accourt de l'Orient : c'est TinTasion musulmane. En 647, les Arabes s'emparent de la Cyrénaïque et de la Tripolilaine; en 670, le khalife Moawiah fonde Kairouan; en 697, Hassan ben en-Noman, le Gassanide, gouverneur de l'Egypte, escalade, presque sans coup férir, les murs de Carlhage. Mais la
garnison, laissée dans la ville parles Arabes, ne sut point, à son tour, se défendre contre le patrice Jean qui reprit Carthage et en répara bien vite les fortications. Hassan revint furieux, chassa de nouveau les Byzantins et prononça la ruine définitive de la grande cité africaine." Tout, dit Beulé>, fut renversé, rasé. Les liabitdnlss'élaient enfuis sur les vaisseaux ou avaient été massacrés. Carthage élail destinée k ces catastrophes : deux fois capitale de l'Afrique, elle tut deux fois effacée du monde. Qui peut dire qu'elle ne se relèvera pas un jour el qu'un peuple civilisé, qui comprendra tous les avantages de sa situation, n'imitera pas l'exemple des Romains ? »
I. D N-IVSTINIANVS P P AVG {Dominua noster Juslinianus, palerpa- Iriee, Augialus). Buste de JustiiiieD teaant legloba crucigèra. A Victoria. AVGGG B. A l'eiergne, COKOB. Victoire lenaol le chrisme elle globe cmcigëre. Solidus aureus.
i. Beulé, op. cil., p. IS.
116 CABTHAGE
Il y a trente ans que Beulé formulait ce vœu, réalisé déjà aujourd'hui en partie par la France. L'Afrique carthaginoise est devenue française : c'est nous, à présent, qui sommes les Romains. Mais n'oublions pas que les premier? jalons de cette conquétefurentposés, dès lexni' siècle, par le roi LouisIX qui, le 17 juillet 1370, débarqua auprès des anciens ports de Carthajre, ifin de réprimer la piraterie arabe et de conquérir l'Afiîque septentrionale à la civilisation. Le roi de France ne trouva, sur
l'emplacement dévasté de Garthage, qu'une petite bourgade dont il s'empara sans elTort : les habitants avaient fui à Tunis, sous la protection de l'émir Abou Abd-Allah Mohammed, de la dynastie des Benî-Haffs. Edrisi rapporte toutefois que les chefs de la tribu des Beni-Ziad avaient entouré d'un mur la colline appelée El-Moallaka, c'est-à-dire La Ualga, ou plutôt Byrsa. On sait quel fut l'épilogue lamentable de l'expédition de saint Louis. L'armée, qui avait établi son camp au pied du " chastel de Cartha^e », au cœur de l'été, (lit décimée par la peste. Quand le roi se sentit atteint par le fléau, il donna ses instructions pour la conduite du royaume à son Qls Philippe le Hardi, puis il demanda 11 les sacremens de sainte Esglise >'... « Après, se Ûst le
LA CARTUAGE ROMAINE iJT
sainl Iloy coucher en un lit couvert de cendre, et mist ses mains sur sa poitrine, et en regardant vers le ciel rendi à nostre Créateur son esperit, en celle heure meismes que le Olz Dieu morut en la croii » (le 25 août 12*0). Quelques cadavres, avec des débris d'armures, des monnaies et un sceau de Raymond de Montauban sontà peu près les seuls vestiges qu'on ait retrouvés de celte lémérairo enireprise, sur le sol même de Carthage. Elle no fut pourtant pas vaine et stérile, puisque la chapelle construite en 1841', en rappelant celte page héroïque de notre histoire, devint le signal qui conviait la France moderne à une nouvelle croisade.
Dinar de l'i^mic bsITssitt Abou Abd-AlUh-Mobiniined (iî49-l!7< de J.-C.) .
Sans relâche, avec une persistance et une ténacité qui tiennenl de la rage, les ruines de Carthage ont été, jusqu'à nos
1. Voyez la Notice sur la cortstraclion et la dédicace de la chapelle Saint-Louis érigée par te roi des Franeai) sur les ruines de f ancienne Carthage (Paris. 1841 , in-t"} el les documenta rassemblés et publias par M. E. de Sain te -Marie, Mis'ionà Carthage,^. iitetsviy. Le S août 1830, le roi Cbarles X, dont ta déchéance n'était pas encore eoanue à Tunis, eontraclail, par l'inleruiédiairo de notre consul général îlalbieu de I^sseps, un traité dans lequel un article stipule la concession It la France d'un terrain assez grand pour j ériger un monument religieux en l'honneur de Louis IX. Sous le règne de Louis -Philippe, l'arcbitccte Germain tut chargé de construire la cbapelle; elle fut commencée en 18tl et consacrée en I84S.
2 On lit, au droit : Abûu Àbd Al'ak Mohammed, fils des émirs légitimes. — Al-Mostanser billah al-Moied Binasr Allah, émir al-moumenirt. — Au reTers ; A Dieu Vaclion de grâces! et la puissance el la force sont en Dieu. Le Mahdi est le calife de Dieu. Monnaie d'or frappée à Tunis. '
118 GARTHAGE
jours, exploitées comme carrière de pierres à bâtir par les habitants de Tunis et des villages d'alentour. Au moyen âge, les vaisseaux des républiques italiennes vinrent y chercher des colonnes, des chapiteaux, des sculptures ; une tradition veut que l'église de Saint-Laurent, à Gênes, et la cathédrale dePise aient été construites avec des marbres arrachés aux ruines de Carthage. Ce fut pis encore, quand André Doria, amiral de Charles-Quint, se fut emparé de La Goulette en 1535 *. Pour construire des forteresses et des maisons neuves, on démolit pierre à pierre jusqu'à la racine des murs, si bien que, vers la fin du xvi® siècle, le Tasse ému, s'écrie tristement :
Giace l'alta Carthago; appena i segni Dell' alte sue ruine^ il lido serba,
u Ci-gît i'altière Carthage ; à peine des traces de ses grandes ruines se remarquent encore sur le rivage. » Malgré ce vandalisme tant de fois séculaire, les voyageurs modernes : Shaw (i735),le P. Caroni (1803), Chateaubriand (1807), Humbert(1828), Falbe (1833), N. Davis (1861), étaient encore émerveillés de l'importance des ruines; il a fallu la main sacrilège de notre siècle, qui, pourtant, dit-on, est le siècle de l'archéologie, pour achever l'œuvre de Genséric et de Hassan le Gassanide.
Aujourd'hui, une troisième Carthage, la Carthage française, s'élève, nouveau phœnix, sur l'emplacement occupé par ses deux aînées. Quelles seront ses destinées? Ses commencements ont été longtemps des plus humbles ; la petite chapelle construite par l'architecte Germain sur un terrain de quelques arpents concédé à la France par le bey Ahmet. Mais voilà qu'un demi-siècle plus tard, par nos armes et le zèle patriotique d'un illustre
1. E. de Sainte-Marie, Mission à Carthage, pp. 191 et 208; Ch. Tissot, Géogr. comp., t. I, p. 643. Sur les ruines de Carthage au xvi* siècle, voyez la Cosmographie universelle d'André Thevet (Paris, 1575, p. 21, verso) et S. Reinach, dans le Bulletin archéoL du Comité, 1888, p. 350.
LA CARTHÂ6E ROMAINE 119
prélat, Carthage est déjà redevenue une capitale religieuse. Au sommet de Byrsa s'élève une cathédrale toute moderne. C'est, disent MM. Gagnât et Saladin, « une construction grandiose, curieux mélange d'église et de mosquée, œuvre singulière peutêtre, mais à coup sûr, d'un grand mérite. L'abbé Pougnet, architecte de la belle église de Saint- Vincent-de-Paul à Marseille, en est l'auteur. On ne peut nier que, de loin, la masse de l'édifice soit très belle et que l'architecte ail su, d'une façon fort adroite, donner du caractère à son œuvre... C'est la cathédrale de Carthage, le sanctuaire central du cliristianisme restauré et reprenant possession d'une terre d'où il avait été chassé depuis si longtemps; c'est le temple que saint Louis rêvait peut-être d'édifier à la gloire du Très- Haut et que le patriotisme d'un grand évêque, successeur de saint Cyprien et de saint Augustin, est parvenu à bâtir. La première pierre en a été posée en mai 1884; et en 1890, six ans plus tard, son fondateur, le cardinal Lavigerie, archevêque de Carthage et primat d'Afrique, Ta consacré solennellement, entouré de douze évoques, de vingt prélats et d'un grand nombre de prêtres*. » C'est là qu'il repose maintenant, sous la garde de ses Missionnaires d'Afrique. Puissent ses cendres n'êlre jamais jetées au vent par les révolutions comme l'ont été celles des fondateurs de la première Carthage chrétienne! Puisse l'œuvre qu'il a fondée prospérer toujours, sous l'égide de la France I
Dinar arabe de Carthage t.
1. R. Gagnât et A. Saladia, Voyage en Tunisie, dans Le Tour du Monde, livraison 1701 (12 août 1893), p. 106 .
2. Lég. arabe : Il n'y a de dieu que Dieu, Lég. latine : hsldfrt INAFRKANXCLII {Hic soUdus ferilus in Africa, anno XCVU), g. Lég. arabe : Mahomet est Venvoyé de Dieu, Lég. latine : inndnind SNIS15NDS (/ai nomine Domini, non Deus nisi solus^ non Deo socius].
TOPOGRAPHIE DE GARTHAGE
I. Lac de Tunis (El-Bahira). — Il est appelé XifivYi par Polybe et Appien; stagnum, par Tile-Live; mare stagnum^ par Orose (Tissot, Géographie comparée de la province romaine d'Afrique, t. I, p. 567). A l'époque antique, le stagnum s'étendait au nord probablement jusqu'auprès du village de Douar-Chott, dont le nom signifie « le village de la lagune » (Delatlre,dans \e Cosmos du 20 janvier 1894, p. 248). Sur le lac de Tunis, consulter surtout V. Guérîn, Voyage archéologique dans la Régence de Tunis, i, I, pp. 10 et suiv.
II. Le Catadas. — Ptolémée place entre Garthage et Maxula Tembouchure du Catadas que les uns ont Identifié avec l'oued Mlliane, d'autres avec l'ancien chenal naturel de La Goulette. Du moment qu'il est établi que Hadès est l'ancienne Maxula, le Catadas ne peut être, semble-t-il, que l'estuaire de La Gouletle. Le lac de Tunis a toujours communiqué, dans les temps anciens comme de nos jours, avec la haute mer, par ce canal naturel, très étroit, plus ou moins creusé et élargi par des travaux d'art;
1 . La carte qui accompagne cette description topographique des ruines de Carlhage, est celle que nous avons dressée, avec la collaboration de MM. R. Gagnât et S. Reinach, pour V Atlas archéologique de la Tunisie. Gomme nous renvoyons souvent aux nombreuses publications du R. P. Delaltre, il ne sera pas inutile de dire ici qu une bibliographie complète et raisonnée en a été donnée par M. le marquis d'Anselme de Puisaye, sous ce titre : Étude sur les diverses publications du R. P, Delattre (Paris, Leroux, 1895, in-8o). Enfin nous ajouterons que les récents travaux sur Garthage se trouvent indiqués dans la très intéressante Chronique archéologique africaine dont M. Stéph. Gsell a commencé la publication dans la Revue afncaine d'Alger (1893, 1894 et 1895), et qu'il poursuit présentement dans les Mélanges d^ archéologie et d'histoire de TÉcole française de Rome.
TOPOGRAPHIE DE CARTIIAGE 121
il était navigable au temps des guerres puniques comme à l'époque byzantine, et il est abandonné seulement depuis quelques années, par suite du percement du chenal du port de Tunis (Tissot, Geogr. comp., 1. 1, pp. 82, 171 et 567-568).
III. La aoulett3(Halk el-Oued), Galabras, —Sur ridentification de Galabras avec La Goulette, voyez Tissot, Géogr, comp.y t. I, pp. 170-171. Les murs du fortin turc contiennent, dit-on, des inscriptions qui proviennent de Carthage (E. de Sainte- Marie, Mission à Carthage, p. 147). Les inscriptions qu'on a trouvées, en petit nombre, à La Goulette, paraissent également avoir été enlevées aux ruines de Carthage (Corpus inscriptionum latinarum, t. VIII, n°» 1010, 1024, 1046, 1050, etc.).
IV. Tsenia ou Ligula. — Appien appelle indifféremment Taivia ou rxôo-ffa, l'isthme sablonneux qui sépare le lac de Tunis de la mer ; les auteurs latins lui donnent le nom de Ligula. Appien lui attribue une largeur d'un demi-stade ; aujourd'hui, la largeur moyenne de cette langue de terre est plus considérable et atteint environ 300 à 450 mètres (Tissot, Géogr. comp,, t. I, p. 566).
V. Dar Oiiled TAgha. — En face de cette habitation arabe on distingue presque à fleur d'eau, dans la mer, une ligne de blocs de pierres, jetés à flot perdu. Celte ligne se prolonge jusqu'à réperon n° VIJI ; près du dar Ouled l'Agha elle présente une largeur de 160 mètres; au point n° VIII, elle a 90 mètres. On a proposé de reconnaître, dans cette digue d'énormes cailloux les vestiges de la jetée par laquelle Scipion ferma l'entrée des ports, lors du siège de la ville (Tissot, Géogr. comp., t. I, pp. 611 et 625).
VI. Le Khram. — Près de l'entrée de cette habitation arabe, convertie en hôpital, on a trouvé, en mai 1892, une sépulture païenne de l'époque romaine (Delattre, dans le Cosmos du 2 novembre 1889, p. 386, et du 20 janvier 1894, p. 249).
VIL Dépression de terrain qui représente l'endroit où se trou-
vait rentrée des ports. Suivant Appien, celte entrée unique avait 70 pieds de large (Ch. Tissot, Géogr. comp., 1. 1, pp. 609 et suiv.).
VIII. Substruclions du môle qui protégeait l'entrée des ports, et où vint s'appuyer la digue de Scipion (Tissot, Géogr. comp;, t. I, pp. 611 et 625).
IX. Le port marchand. — II a actuellement la forme d'une lagune très allongée et d'une petîle flaque d'eau séparée de la lagune par une route. Mais la comparaison du plan dressé par le capitaine danois Falbe, en 1830, et du plan de M. Tingénieur Ph. Caillât en 1868, montre que la flaque d'eau a été récemment isolée par un terrassement artificiel qui eut pour but de créer une avenue au Dar el- Bey construit sur le bord de la mer par le bey Ahmet vers 1835 (E. de Sainte-Marie, Mission à Carthage, pp. 157-159; Tissot, Géogr. comp., 1. 1, pp. 598 et suiv. et 607). D'après les mesures prises par Beulé, le port marchand avait une surface de 23 hectares 16 ares. On s'étonne généralement de l'exiguïté de ce bassin, mais Bculé remarque que le vieux port de Marseille n'a que 27 hectares, c'est à dire 3 hectares 84 ares de plus que le port marchand de Carthage. Comme le port de Marseille peut contenir jusqu'à onze cents bâtiinentsde commerce, Beulé conclut que le port de Carthage pouvait donner abri à un bien plus grand nombre de vaisseaux carthaginois, si ces derniers n'avaient, comme il le croit, pas plus de 5°»,65 en largeur, hors de bordage (Beulé, Fouilles à Carthage, p. 116.; V. Guérin, Voyage archéologique dans la Régence de TuniSy 1. 1, p. 67 ; Perrot et Chipiez, Hisf. de fart dans Vantiquilé, t. III, pp. 380 et suiv.). 11 importe, au surplus, d'observer qu'un grand nombre de navires se contentaient d'aborder le long de la côte, où se trouvait un large quai de débarquement et un vaste bassin ou avantport protégé par des jetées dont on voit encore des ruines à fleur d'eau. Avant la construction des ports qui furent creusés de main d'homme, la colonie phénicienne n'avait pas d'autre mouillage que la côte qui resta toujours abordable : c'est le long de la côte que vient se ranger la flotte carthaginoise lorsqu'elle est refoulée par la flotte romaine, après que Scipion eut cons-
truit sa fameuse digue. Sainl Louis el les Espagnols débarquent aussi plus tard sur la cAte, saas dimcullé.
1. Sur ce plan dressé par Fslbe, se trouient des numéi'os dont loici la la légende : — 42. Dépression de terrain iudîquaal l'ealrée uojiiue de«
X et XI. Le port militaire ou Cothon. — Les porls, suivant Appien, communiquaient enlre eux ; cette communication existait encore, comme on peut le constater par le plan de Falbe, en 1830, avant les constructions du bey Ahmet. Le marabout de Sidi-Lelia-Salka a été construit auprès du canal qui a été comblé pour faire une route directe à la maison arabe indiquée au n** XIII. Le port militaire était en partie circulaire, et au centre se trouvait l'Ilot avec le palais d*où l'amiral surveillait toute la flotte. Les bords de cet îlot ainsi que la rive opposée, étaient entourés de grandes cales de 5n»,90 de large, pouvant abriter 220 vaisseaux. Les cales sont actuellement ensablées ainsi que la plus grande partie du port. L'tlot de TAmiral est devenu une presqu'île. D'après Beulé, la surface totale du Cothon, y comprit rilot central, était de près de 9 hectares (Beulé, Fouilles à Car^Aa^c, pp. 98 et suiv. ; Perrot et Chipiez, Hw^ de l'art, t. III, pp. 382 et s. ; Tissot, Géogr., t. I, pp. 605 et 672 à 677).
XII. En cet endroit se trouvent quelques substructions et une légère dépression de terrain dans laquelle on a proposé de reconnaître les traces de la nouvelle entrée des ports, qui fut creusée soudainement par les Carthaginois assiégés, lorsque Scipion eut fermé l'entrée ordinaire par la digue de blocs de pierres que nous avons signalée (Beulé, Fouilles à Carthage, p. 111; Tissot, Géog, comp,, t. I, pp. 606 et 625). Peut-être, au contraire, ce chenal mettait-il en communication Tune avec l'autre, les deux parties du Cothon : Tune, circulaire, dont nous voyons encore les vestiges, et Tautre, carrée, qui serait présentement submergée par les flots.
XIII et XIV. Auprès du môle n*» VIII, ainsi qu aux n«s XIIÏ et XIV, et bien au delà, en remontant jusqu'en face du quartier
ports. — 43. Le port marchand. — 44. Vestiges des constructions qui défendaient rentrée des ports. — 45. Môle attaqué par Scipion. — 46 et 47. Le mur de mer.— 48. Chenal faisant communiquer ensemble les deux ports. — 49. Le Cothon ou port militaire. — 50. Tranchée que creusèrent les Carthaginois pendant le siège de Tan 146 pour communiquer avec la mer, après que Scipion eut fermé la véritable entrée des ports (E. de Sainte- Marie, Mission à Carthage, p. 158;.
de Dermèche, on aperçoit de distance en distance, dans la mer, presque à fleur d'eau, des restes de larges quais. Ce sont là, suivant nous, les quais où abordaient ordinairement les vaisseaux carthaginois d un faible tirant d'eau. Ces quais étaient, d'ailleurs, vraisemblablement protégés par des jetées qui formaient comme un avant-port. Ce sont les restes sous-marins de ces constructions qui ont motivé l'opinion récente, mais erronée suivant nous, de M. Cecil Torr. Ce savant, frappé de l'exiguïté actuelle des ports de Carthage, voudrait considérer les ruines de quais que nous venons de signaler, comme les traces des ports eux-mêmes. D'après lui, les ports de l'ancienne Carthage s'étendaient en avant de la côte et seraient présentement submergés (Cecil Torr, dans Classical Review, t. V, 1891, pp. 280- 284, et dans Revue archéoL, 3« série, t. XXIV (1894, 1), pp. 35 et suiv. ; R.Oehler dans le Neue Jahrb, fur Philol., 1893, pp. 321 à 332; Otto Meltzer, ibid,, 1894, pp. 49 à 68 et 119 à 136; Gsell, dans Revue africaine i 1894, p. 137 et Mélanges de l'École de Rome^ t.XV, 1805,p. 308ets.). L'opinion de M. Oehler, d'après laquelle l'ensemble des deux lagunes que nous voyons présentement, formerait le Cothon seul, avec sa partie circulaire et sa partie carrée, tandis que le port marchand eût été pris sur la mer, est moins invraisemblable que la théorie de M. Torr. Toutefois, d'après les textes anciens, les deux ports de Carthage ayant été creusés de main d'homme et n'ayant qu'une seule entrée, le bon sens et l'examen des lieux nous ramènent à Topinion de Beulé, quelles que soient les erreurs que l'on puisse signaler dans les mesures prises par lui sur le terrain. A l'époque byzantine, le port de Carthage s'appelait le Mandracium, et il y avait, dans son voisinage, un couvent fortiQé qui fut bâti pour le protéger, par Solomon, sous Justinien (Procope, De belL Vand.y II, 26). Nous remarquerons que Beulé est, jusqu'ici, le seul qui ait entrepris d'étudier les ports de Carthage par des fouilles et des sondages ; il est possible qu'il n'ait retrouvé qu'une restauration du port faite à l'époque romaine ou même byzantine; voyez la critique de son œuvre par Charles Tissot,G^og'. comp.y t. I, pp. 598 et suiv., et M. G. Perrot, Hist. de Vart, t. I, pp. 380 et suiv.
XV. Koudiat el-Hobsia. — Des restes de constructions importantes se voient sur ce monticule isolé où des fouilles n*ont pas encore été sérieusement pratiquées. C'était peut-être une tour rattachée aux fortifications de Carthage. Cette opinion de Fable {Recherches sur remplacement de Carthage, n« 74) paraît vraisemblable, surtout si ]*on considère, avec le P. Delattre, que le lac de Tunis s'étendait jusqu'auprès du village de Douar-Chott. Il n'y a pas lieu, dans touslescas, déconsidérer, avecTissot, le Koudiat el-Hobsia comme étant laByrsa primitive (Tissot, Géogr,, 1. 1, p. 585 et t. Il, p. 795; S. Reinach et E. Babelon, Recherches archéologiques en Tunisie, p. 7) On y a recueilli des statuettes en terre cuite, de petites fioles cylindriques et des lampes de l'époque romaine (Delattre, dans le Cosmos du 20 janvier 1894, pp. 247-248).
Au nord du Koudiat el-Hobsia passait le canal qui mettait en communication les ports avec TEuripe du cirque (n<>XXII). On en peut suivre la direction à travers des terrains bas qui portent encore, bien qu'étant à sec, parmi les indigènes, le nom de Gâel Oued, lit du ruisseau (Delattre, dans \e Bulletin épigraphique, t. IV, 1884, p. 206).
XVI. Bir Sema. — A 300 mètres au sud-ouest de la gare de Douar-Chott, vers l'abattoir, au lieu dit Bir Sema, on a trouvé, en creusant une cave, huit tombeaux romains de l'époque païenne, des lampes païennes et des vases en poterie rouge. Sur d'autres points du même lieu-dit, on a recueilli aussi plusieurs lampes chrétiennes (Delattre, dans le Cosmos du 20 janvier 1894, p. 249).
XVII. Douar-Chott. — Ce village marque la limite du lac de Tunis dans l'antiquité. On y a trouvé une statue de femme en marbre, mutilée, et des inscriptions funéraires latines, païennes et chrétiennes (C. L L., t. VIII, Suppl.,n'» J250; Delattre dans le Bulletin épigraphique, t. II, 1882, pp. 175 à 177 et t. VI, 188(5, p. 142; le même, dans le Cosmosdu 20 janvier 1894, p. 248). On y a aussi découvert une mosaïque représentant une scène de pêche, aujourd'hui au Musée du Bardo {Bulletin archéologique du Comité, 1887, p. 445).
TOPOGRAPHIE DE GARTHAGE 127
XVIII et XIX. — Dans le jardin de la maison de M. Fedriani, on a recueilli des inscriptions funéraires chrétiennes (Héron de Villefosse, dans la Revue archéologique, t. II. de 1881, p. 240; Delattre, dans le Bulletin épigraphique, t. II, 18S2, p. 175) et des débris de sculpture (Tissot, Géogr. comp.,t II, p. 799).
XX. El-Golla. — Tranchée représentant les fouilles de MM. Reinach et Babel on en 1884 . Elle avait 42 mètres de long, avec une largeur moyenne de 5 mètres et une profondeur de 4 à 5 mètres. Cette fouille a mis à découvert des murs en petit appareil régulier et en blocage ; une colonne de marbre de 0™,90 de diamètre qui y est restée engagée ; une statue colossale en marbre de l'un des Dioscures, aujourd'hui au Musée du Louvre; un pavement de mosaïque, des lampes et divers menus débris d'époque romaine (S. Reinach et E. Babelpn, Recherches archéologiques en Tunisie, pp. 24-25 et 36).
[. — Ruines en blocage se composant essentiellement d'un mur qui paraît être dans l'alignement de la spina du cirque. Falbe prétend avoir vu, en cet endroit, des tours destinées à dominer le cirque tout entier (E. de Sainte-Marie, Mission à Carthage, p. 223).
XXII. Le cirque ou hippodrome. — La^joina se voitencore nettement; l'arène est marquée par une dépression de terrain, et le circuit ou mur d*enceinte par un talus. Le chemin de fer traverse obliquement cette enceinte dont la longueur est de 675 mètres sur une largeur de 90 mètres; la spina a 5™,50 de large (Dureau de la Malle, Recherches sur la topographie de Carthage, p. 40; V. Guérin, Voyage archéologique dans la Régence de Tunis, t. I, p. 40; E. de Sainte-Marie, Mission à Carthage, p. 203; Tissot, Géogr. comp., t. I, p. 645). L'Euripe du cirque était bordé de statues, suivant TertuIJien (TeriulL, Adv.Hermog,, XXT; Delattre, dans le Bulletin épigr., t. IV, p. 206).
Près de l'hippodrome on a trouvé Tinscription funéraire punique : « Tombeau d'Akbarim, fondeur de fer, fils de Baalsillek », épitaphe du m» ou du iv® siècle avant notre ère (M. de Vogué, dans les Comptes rendus de r Académie des inscriptions et belles-
lettrest séance du 18 mars 1892). On a recueilli aussi, non loin de là, deux lamelles de plomb, Tune portant en relief un scorpion, et Fautre une inscription cabalistique (Delattre, dans le Cosmos du 27 janvier 1894, p. 275 ; cf. E. Babelon et Blanchet, Catalogue des bronzes antiques de la Bibl, nationale, p. 491).
XXIII. Le forum. —Diaprés Appien, le forum était situé dans le voisinage du Cothon en se dirigeant du côté de Byrsa (App., Punica, VIII, 127). Il était quadrangulaire et orné de portiques et de statues (App., VIH, 133 ; Diod. Sic, XI, 26). Le quartier du forum et celui des ports portent encore aujourd'hui, chez les