Justin, XYlll
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insulter à ses malheurs, et oubliant à son tour qu*il est père, il ordonne de saisir Carthalo, puis il le fait crucifier sur un gibet qu'il expose en vue des assiégés. Au bout de quelques jours, les rebelles parviennent à s'emparer de Carthage. Malchus, le chef de cette première révolte des mercenaires, y entre comme dans une ville ennemie; soutenu par la faction populaire, il lait mettre à mort dix sénateurs. Mais son triomphe est de courte durée : bientôt, accusé d'aspirer au trône, il est envoyé au supplice, expiant ainsi, ajoute Justin, le double parricide qu'il avait commis contre son fils et sa patrie.
Magon, fils de llannon, succéda à Malchus dans la dignité de suiïète et le commandement de l'armée; il acheva la conquête de la Sardaigne, puis celle des Baléares où il fonda Port-Mahon. Sous son impulsion vigoureuse, Carthage augmente ses forces militaires et ses arsenaux, décuple le nombre de ses vaisseaux, conclut des traités de commerce avec les Étrusques, les Latins, les Grecs de Sicile et d'Italie. Le premier traité entre les Carthaginois et les Romains est de l'an 509 avant J.-C, un an après l'expulsion des Tarquins, sous le consulat de Junius Brutus et de Marcus Horatius. Polybe nous en a conservé le texte : u Entre les Romains et leurs alliés, d'une part, et les Carthaginois et leurs alliés, d'autre part, il y aura amitié aux conditions suivantes : Ni les Romains ni leurs alliés ne navigueront au delà du Beau-Promontoire (cap Bon), à moins qu'ils n'y soient poussés par la tempête ou contraints par leurs ennemis. S'ils y sont poussés malgré eux, ils n'y pourront rien acheter ni rien prendre, sinon ce qui sera strictement nécessaire pour le radoub de leurs vaisseaux ou pour leurs sacrifices aux dieux; ils en partiront au bout de cinq jours. Les marchands pourront faire le commerce à Carthage, mais aucun marché ne sera valable s'il n'est conclu en présence d'un crieur public et d'un greffier. Il en sera de même pour tout ce qui se vendra en Afrique ou en Sardaigne. Si quelques Romains abordent dans la partie de la Sicile qui est soumise aux Carthaginois, ils y jouiront des mômes droits que les Carthaginois eux-mêmes. Les Carthaginois, de leur côté, n'inquiéteront en aucune manière les Antiates, les Ardéates, les Laurentins, les
Circéens, les Terracéniens ni aucun des peuples latins qui obéissent aux Romains. Même pour ceux qui ne sont pas sous la domination romaine, les Carthaginois n'attaqueront pas leurs \illes. S'ils en prennent quelqu'une, ils la rendront intacte aux Romainslls ne bâtiront aucune forteresse dans le pays des Latins. S'ils y débarquent en armes, ils n'y passeront pas la nuit *. »
Dès cette époque, les Romains, on le voit, veulent fermer ritalie aux Carthaginois. Au reste, le principal objectif de ces derniers était alors la Sicile, où ils ne se trouvaient les maîtres qu*à demi.
Asdrubal, fils aîné de Magon, qui lui succéda vers l'an 500, comme chef de l'armée, fut onze fois investi de la dignité de suffète; il périt en Sardaigne vers 485.
Les forces que rassembla, peu après, son frère Amilcar, pour essayer d'achever la conquête de la Sicile, témoignent du degré de puissance auquel était parvenue la grande république africaine. Sa flotte se composait de deux cents galères, sans compter un nombre énorme de vaisseaux de transport; l'armée de débarquement montait, dit-on, à trois cent mille hommes. Cependant,Amilcar fut battu par Gélon, roi de Syracuse, et tué devant Rimera, en 480, le jour môme où Xerxès livrait la bataille des Thermopyles. On dit que 150,000 soldats de Carthage périrent dans le combat; quant au nombre des prisonniers, il fut si grand qu'il semblait que toute la Libye fût réduite en captivité. C'est cette brillante victoire des Grecs que célèbre Pindare dans sa première Pythique, composée en 474. Gélon imposa aux Carthaginois une contribution de guerre de deux mille talents et l'obligation de bâtir, à Carthage même, deux temples où seraient gravées et exposées en public les stipulations du traité.
Les deux chefs de la puissante famille des Barcides, Asdrubal et Amilcar, que nous avons vus, tout à l'heure, si longtemps à la tète des affaires, laissaient chacun trois enfants. Ceux d'Asdrubal s'appelaient Annibal, Asdrubal et Sapho; ceux d'Amilcar étaient Himilcon, Hannon et Giscon*. Tous héritèrent, à desde-
1. Polybe, //î«/., m, xxii-xxiii; cf. Ch. Tissot, Géogr. comp.^ t. I, p. 159; Helbig, L'épopée homérique, trad Trawinski, p. 39.