‹ Cartier et son tempsChapitre 12 sur 31 · GEORGES BROWN ET CARTIER · texte numérisé non relu

GEORGES BROWN ET CARTIER

aigu, antagonisme de race et de religion, avaient fait leur œuvre. Il fallait aviser aux moyens de sortir du chaos. Il parut aux esprits les plus sages et les plus clairvoyants, qu’une confédération de toutes les provinces britanniques, en élargissant le champ d’action, résoudrait toutes les querelles suscitées par les intérêts étroits de clocher. Tories et réformistes du Haut-Canada, conservateurs amis de Cartier, donnèrent leur adhésion au projet ; seuls les libéraux du Bas-Canada dirigés par Dorion refusèrent de l’accepter (1).

Le Canada avait vu d’étranges coalitions, mais nulle plus singulière que la dernière. Quel imprévu spectacle que celui de Cartier et de Brown dans la même barque ! Il fit quelque peu scandale dans le temps. Mais les plus sérieux motifs d’intérêt public ne justifiaient-ils pas cette alliance ? Un jour, après avoir retiré le pouvoir à ses ministres, en pleine possession de la confiance de la Chambre, Guillaume IV donnait la succession de Melbourne à Wellington et à Peel. Le vieux général, tout en désapprouvant dans son fort intérieur la conduite du roi, dut assumer devant le public la responsabilité de l’acte arbitraire du souverain. Faisant taire ses répugnances, il prit le portefeuille de ministre, en disant : « The Government of His Majesty must be carried on ». Une raison de la même force 11’imposait-elle donc point la Confédération à Cartier et à ses alliés ?

C’est après ces épreuves manifestes de l’impuissance des deux partis à former un gouvernement viable que Morris, ami de Cartier et de MacDonald, proposa à Brown de reprendre le projet de Confédération dont il avait été question dans le discours du trône en 1858.

(1) Il avait été question, antérieurement, de l’union des provinces. En 1858, le ministère Cartier-MacDonald faisait dire au gouverneur dans le discours du trône : « l’opportunité d’une union fédérale de provinces anglaises sera l’objet d’un examen sérieux ». Après la session, Cartier, Ross et Galt, passèrent en Angleterre pour soumettre à l’étude des ministres anglais un projet de Confédération.

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