SCÈNE II
CARTOUCHE, D’ORBESSAN.
C'est fort aimable à voué d’èlre venu, monsieur d’Orbc ssun... d’orres&an.
Vous ne vous attendiez pas à me voir
Non; pas aujourd'hui, mais demain.
D'oilItgJM.
Pourquoi, demain ?
J’avais l'intention, monsieur le comte, d’aller vous rendre visite.
D’ORBESSAN.
Me rendre visite ?
Mais oui.
d’orbessan.
Chez moi? dans mon hôtel?...
Mais oui.
d’orbessan.
Vous aimez h plaisanter, monsieur Cartouche?
Quelquefois; mais en ce moment, je suis très-sérieux. Je m’ennuie ici... je veux m’en aller!...
o’orbcssan.
Et c’est pour vous distraire, que vous avez, dit-on, demandé des plumes, du papier...
El de Pcni re... Quand on voit si peu de monde, il est naturel qu’on ait à écrire à bien des gens...
d’orressan.
Oui, mais on a eu la cruauté de vous refuser.
Ce n'était pas pour qu’on me les donnât que je demandais toutes ces choses.
d’okkHAS.
Vraiment?... et pourquoi donc alors?...
Pour que mes amis purent apprendre ce dont j’avais besoin. Tenez, monsieur le comte, je suis plein de confiance, et je n’ai pas de secret pour vous.(e« iti»a»t ce» mut», u «ne »» p»î«
« en lire .*u |>*pi«r r une i lun*. de reacre « uoo Bute. Il éi«t« le tou» dr-
»»nt lui.) Voilà mon affaire... de l’encre, une plume et du papier.
b’ORBESSAtl.
Ah bah!...
Mais oui! . (a pin.) Ah! la finie d’opium, bien!.. Un billet? . voyons... « Capitaine, je t’envoie le plus pressé, je tâcherai de te porterie reste moi-même... » (u»ui.) A merveille!
D*ORRE$S«N.
Vous êtes content de votre correspondance?...
Mais oui; je suis assez bien servi; ali çà! je vous crois trop Imn gentilhomme pour abuser de la nmfiance que j’ai en
TOUS ?
d’ohbessah.
Comment donc, la confiwr..* do M. Cartouche m'honore infiniment !.. Ah! je sais en effet que vous avez des amis qui rôdent autour de cette prison.
Vous le savez ?
d'orbessar .
Oui, et tout à l'heure un de ces drôles a osé s'approcher de moi et me parler.
Il a osé cela !..
D’ORBESSAN.
« Vous allez voir Cartouche, monsieur d'Orbessan, m’at-il dit, veuillez donc vous charger de lui donner un coup de chapeau de ma part. »
CARTOUCHE. rélWliIuânt.
Un coup... de... chapeau... (a r «t.) Je comprends!., cela signifie qu'à sa sortie, son chapeau sera visité par eux. d’orbessan.
Je me demande ce que voulait dire ce bandit... « Donnezlui... de ma part... un... »
CARTOUCHE, fiant.
Eh bien! cela signifiait, monsieur le comte... qu’il avait besoin de votre montre.
p'ORRRSSAN, lilial md e<nii»e(.
Ma montre! c'est parbleu vrai!.. Allons, ils sont adroits, vos hommes!
Merci pour eux de votre approbation.
d’orbessak.
Ah çâ! quand vous aurez fini d’écrire, il s’agira de faire porter votre lettre... Ce sera difficile, ici.
Elle sera envoyée avant une demi-heure... Vouâ permettez, monsieur le comte ?
D’ORBESSAN.
Faites donc, je vous en prie...
(Test à ht femme que j'aime que j’adresse cette lettre. d’orbessan.
Vous lui conseillez la patience?
Non, je lui annonce ma prochaine arrivée.
d’orbessan.
Eh bien! vrai, j’admire cet aplomb et ce calme d’esprit qui, même en prison, vous permettent de songer à l’amour. cartouche.
Cela vous étonne, monsieur le comte?.. Mais c’est en prison, c'est sous les verrous que s'épanouissent les sentiments les plus tendres... L’amour est une fleur qui cherche l’ombre. C’est entre les murs noircis de ce cachot que le mien a grandi. Oui, j’itime... comme je n’avais jamais aime; C'est qu’autre loi s, lorsque j’étais libre, ma vie était partagée entre mes expéditions cl mes ruses, mon esprit s'occupait à la fois des opérations à tenter, de mes hommes à conduire, des exempta à duper, et je n’avais que de rares instants à donner à l’amour. d’orbes^an.
Ici, au contraire, deux pensées seulement vous occupent. cartouche.
Deux?..
DORHKSSAH.
îl
L'amour et l'évasion.
Oh! l'évasion ne m’occupe guère... c'est trop facile. d’orbessah.
Ah!., c'est... trop facile...
cumotas.
A mes veux, du moins Tenet... si vous voulez en Juger... écoutez ce passage de ma lettre : a Mon ange bien aime, quitte ce Paris maudit, où des piégés sont tendus à clwtque jtas à ion innocence, ii la vertu. Retourne dans le village qui t‘a vue naître, et où j'irai te rejoindre plus tard... Alors, nous ne nous «iiiitti-rous plus, et tu seras ma femme, oui, ma femme, car je t'aime pim que tout au monde. »
D’oRIIKSSAH.
Mais c'est louchant au possible, mon cher monsieur Cartouche !
CARTOLCUE.
Voici la fin : « Je quitterai aujourd'hui môme l'asile où... je suis retenu, et dans quelque temps je serai près de loi.» POHKSttR.
Charmant! adorable!
Je ferme ma lettre...
D’ORBESSAH.
I£h bien! vous me voyez tout confus...
Pourquoi donc?
DORBEéSAR. *
Imaginez-vous que, sachant., je veux dire : supposant que dans quelques jours ou devait vous conduire cri place de Crève, j'étais venu vous faire rua visite de condoléance... (sër»«i»tn.cnt.) J'étais venu vous dire : Cartouche, j’ai aide à ton arrestation, i'aurai hélé le moment de ton supplice, et pour cela je veux adoucir, s'il se peut, la fin de celte vie coupable. Si tu laisses derrière toi quelque faute, quelque ennui dont lu te repentes assez pour vouloir le réparer, quelque victime dont le souvenir te poursuive dans tes dernières heures , et dont Je puisse améliorer le >ort, je me chargerai d’accomplir celte réparation, qui te méritera peut-être là-haut un jugement moins terrible. (caMwachr. »<>> pr*» d« l« ial.lt, «e prtfMl la léie liant ata dtai miiat, et demeure abiorb* rt tilrniieut.) VOUS... I1C répondez pas?..
CARTOl'i II f , i lu -mèuir.
Un jugement moins terrible!... Oh ! le passé!... le passé!... (in ut. et m levant bru^ueirvtui.) Ab bah!... l'avenir est à moi!... Merci, monsieur le comte, merci de votre ofl're généreuse; mais ce soir, je serai libre.
d’orbessah.
Libre!..
Demain, j’aurai échangé 1rs haillons que je porte ici, contre des habits de velours et de soie... demain, je reprendrai ma bonne vie de plaisirs et de luxe. Je couvrirai mes cheveux do parfums, et j'abriterai ma tète sous un feutre plus fin, plus élégant que le votre... (a pari.) C’est ma boite aux lettres, [u jme
axe le <lu peau, e! p!i»»e la lettre miu* la cocarde.) Ce S pltltUCS Sollt déjà
fanées, j'en aurai de plus belles. (u rend ie chapeau j> .l’orWin, qui le ma aur »n i««.) Allons, décidément, je ne me fournirai pus chez votre chapelier.
D'ORBEtftAH.
Puisque vous partez aujourd’hui, je ne veux pas vous imoortuncr plus longtemps... Adieu, monsieur Cartouche! cartouche.
Au revoir, monsieur le comte.
DORBESSAlt.
A quelle heure partez-vous?
Mais... vers cinq heures... à peu près...
d'orbessah.
En sorte que, si je venais à six?..
Vous no me trouveriez plus.
d'orbessak.
N’importe!.. Eh bien!., je reviendrai...
C’est ça, oui, venez donc... je laisserai un mot pour vous.
P OBBESSAR, rntu»m tur w pw.
Un mot... pour moi ?. A propos... et votre lettre, qui devait partir... avant une demi-heure?..
Ma lettre?., elle est en Mute.
O'oRBESSAR, riiot.
En route!.. Allons/ vous ôtes charmant... au revoir! cartouche.
Au revoir. l'D’Orlictin frappa ■ la porta dt U pr»o». — Uf«*tlerla
fait tortir, puia il aient a'iaiUtlfr awprèt d* Cartouche.) Heill?.. qu’cSl-Ce
que vous me voulez?
LE GEÔLIER
Rien.
Ah! bon! je suis seul... et vous venez, suivant la consigne, me tenir compagnie?
LE GEÔLIER
Justement.
Aimable prévenance! Et ce sera toujours ainsi?
LE GEÔLIER
Toujours.
Vous ne me laisserez jamais isolé?
LF. GEÔLIER.
Jamais!
Même la nuit?..
Même la nuit.
LE GEÔ! 1ER.
\oilS OlCS adorable !.. (il lui tuorne le dot et mirthe avec colère. — Un tecuod g«6lier entre et parle ha* au premier.)
LE CEÔtJEn.
Ab! ahl
Quoi ?
LE GEÔLIER
11 y a encore là quelqu'un qui demande à vous voir.
Encore! diable !..
LE GEÔLIER
Ce sont des gens munis de l’autorisation du lieutenant de police... Impossible de refuser.
Je m'arrangerai pour qu’ils ne restent pas longtemps.
LE GEÔLIER
Entrez, Madame, entrez.
Une dame !