SCÈNE V
Lt3 N&ut$, JEANNETTE, porteurs de fruit*
GRIBICUON, à part.
Dll monde!... (o*ul « reprenant l'aeeent gaicon.) Eli I mille tonncrresl... voue m'avez pris pour un filou?..
nuaçou.
Moi?... oui, non... Eh bien! c’est raa foi vrai, là... et j’ai même en peur.
CRIMCHON, à part.
Jeannette!... diable!... respect à celle-là, c’est l’ordre du capitaine. (tl tort.)
JEANNETTE, aui pr>il*ur»-d* fruit*.
Atlenûc:-moi donc, vous autres.
Ut PORTEURS.
Oui, mam’selu, Icannette.
FRANÇOIS
Jeannette!... Ali! mou Dieu, si c’était... eh! oui... c’cst bien elle, je ne me trompe pas... Bonjour, cousine.
FRANÇOIS
Eh! oui... Monsieur, je vous présente... Tiens, ou est-il donc passé le cousin du roi?...
JEANNETTE
Allez faire l’étalage, vous autres, je vous rejoins tout à l’heure. (Le* porteur* mtuai.) Comment... toi, à Paris?
FRANÇOIS
Je suis arrivé par le coche, j’ai versé en fiacre; en cherchant ta boutique j’ai trouvé des voleurs, je viens de rencontrer un cousin du roi... je le conterai tout ça... mais , d'abord, il faut que je t'embrasse : pour moi, une!., fit r — tun we .) Pour la vieille mère Simonne, deux!., (n r«mbrttM.) Pour la cousine Robineau, trois'... (tt l'embratM.) Pour le cousin Gelinotte, pour... attends, j’ai la liste... (u tire ue papier a* t* poeh*.] Ils sont quarante-deux, je vas t embrasser pour eux tous... cl je te les nommerai après.
JEANNETTE
Comment!... quarante-deux fois?...
FRANÇOIS
Mais dame!., ils m’ont tous dit : Embrasse-la bien pour moi...
JEANNETTE
Nous réglerons ce compte-là plus tard.
FRANÇOIS
Je veux bien... mais d'où viens-tu donc si matin?...
JEANNETTE
Du quai aux fruits; j’ai acheté ce qu’il y a de plus Iteau, et le patron sera content de moi.
Chère Jeannette! toujours jolie et fraîche et laborieuse...
JEANNETTE
Et toi, toujours bon.
FRANÇOIS
Toujours bète!
JEANNETTE
Brave coeur, va! mon Dieu! mon Dieu! nous avons tant de choses à nous dire que nous ne savons par où commencer.
FRANÇOIS
Es-tu heureuse?
JEANNETTE
Mais oui... assez... le patron est un peu sévère, un peu brutal, mais il n confiance en moi et roc laisse la haute main dans son commerce.
FRANÇOIS
Et les galants?...
JEANNETTE
Oh! ils ne manquent pas!
FRANÇOIS
Vrai?
JEANNETTE
La Halle est le rendez- vous des grands seigneurs, qui viennent s’y divertir, et c’est, je le l’avoue, à qui me cajolera; mais je leur ris au nez le plus vaillamment du monde
Comment, tu n'es pas un peu amoureuse?
JEANNETTE
Mais non... pas trop.
FRAXÇüK.
Tu as remarqué quelqu’un?
JEANNETTE
Personne!..
FRANÇOIS
Voyons, ne mens pas. Tu sais bien que je suis ton frère par le cœur.
JEANNETTE
C’est vrai I
FRANÇOIS
Au pays, nous noii6 disions tout.
JEANNETTE
Eh bien, un jour que mon patron me grondait injustement, un homme qui passait par là, par hasard peut-être, prit mon parti avec tant de clialeur et tant de bienveillance que je me sentis tout émue. J'ai revu cet homme plusieurs fois, mais j'ignore son nom et sa qualité. Il y a trois mois, vers le soir, j'étais seule dans ma boutique, il est entre brusquement, m'a pris les mains avec cffuMon, et m’a dit : « Ne m’oubliez pas, je pars... » Puis, il s'est éloigné d’un pas rapide, et je u’ai plus jamais entendu parler de lui... Voilà tout le roinau de la pauvre Jeannette.
Tu l’aimes, ma bonne fille?
JEANNETTE
J’en ai bien peur.
FRANÇOIS. I
Alors, tu dois beaucoup souffrir de son absence.
JEANNETTE
Je m’étourdis, je travaille, je chante, et ma franche gaieté reprend souvent le dessus... et puis, je me raisonne, vois-tu,
* e me dis que c'est sans doute un gentilhomme, qu’une grande distance sépare de la marchande de fruits, et que, ne voulant pas être sa maîtresse, elle ne pourrait jamais devenir sa femme.
FRANÇOIS, rèrair.
Oui, le rang... la distance.
JEANNETTE
Bah I laissons là ces folles pensées, et parlons du pays maintenant, de celte belle métairie des Ormes, où s est passée notre première enfance. Est-ce bien changé, là-bas , depuis que je suis en condition?
FRANÇOIS
Tout est comme autrefois! il y a toujours des mûres dans la haie du clos, des grenouilles dans la mare aux joncs, des grillons dans la ctiemiuec noire, et maman Simonne tourne encore Son rouet sur le seuil de l'etable.
JEANNETTE
Ah ! l'heureux temps, cousin, que celui où nous allions garder les chèvres avec la petite demoiselle du château, Louise de Graudlieu, tu sœur de lait.
FRANÇOIS, iriiloDCM.
Oh! oui, bien heureux temps, Jeannette ! bien heureux I
JEANNETTE
Comme lu dis «la avec tristesse!
FRANÇOIS
Mais non... je t'assure...
JEANNETTE, à paru
Hum I il y a quelque chose. (h*uu) J’en étais un peu jaiouse, de ta sœur de lait! Tu ne la quittais pas d'un instant dans nos longues promenades; lu lui dénichais les plus beaux nids; tu écartais devant elle toutes les pierres du sentier ; et je me souviens qu'une fois tu t'es trouvé mal tout de ton long, parce qu’elle s'était pique le doigt en cueillant des mûres.
FRANÇOIS, ***c douleur.
I Ah ! vraiment... tu te rappelles ça?
JEANNETTE
Eh bien ! estoe que tu vas recommencer?
FRANÇOIS
Moi?... par exemple!
JEANNETTE
Elle promettait d'èlre bien jolie, clic doit avoir tenu parole... Réponos-inoi donc?
FRANÇOIS
Jolie!... oh! oui... mais bonne, surtout, bien bonne*
JEANNETTE
Hnbite-t-cllo encore les Ormes ?
Non, elle est à Paris.
• JEANNETTE
Ali ! elle est à Paris ?
FRANÇOIS
Son porc s'était retiré de la magistrature, mais Son Altesse le régent, qui a boom d’un bras fort cl d'un cœur intègre pour venir à bout des malfaiteurs, a nommé M. de Grand heu chevalier du guet; M. de Grandlieu a emmené sa fille avec lui, et depuis ce jour-là !...
CAKTOÜCHE.
iumcm.
Depuis ce jour-là, lu es triste, tu es malheureux, ut dans ce moment, tu as des larmes dans les yeux.
FRANÇOIS
N y faig pas attention, Jeannette, j’ai comme ça des soucis de temps en temps.
JEANNETTE
Pauvre garçon !
FRANÇOIS
Ah! oui... pauvre garçon !... Mais dame ! que veux-tu ?... La-bas, aux Ormes, je voyais ma sœur de lait à chaque instant. M. de Grandi mu me recevait comme l'enfant de la maison. Je ra étais habitué à cette vie-là; je me figurais naïvement quelle devait durer toujours, et je n’aurais jamais demandé autre chose au bon Dieu!... Ah! aussi, quand Louise est partie, ça m’a porté un fameux coup"... mais j’ai léché de me faire une raison, et comptant sur le travail pour me consoler, je suis entré chez un procureur de Bar-sur-Aube, où j'ai griffonne jour et nuit. Oh! mais griffonné à en devenir foui En ai-je gâté de ce pupier timbré!... Enfin, je inc suis aperçu bientôt que je ne respirais plus, que j’étouffais, que c’était de l’air et du soleil que j'étais privé, cl je me suis nus en roule en me disant : Bah! mourir pour mourir, j’aime mieux que ce soit près d elle. *
JEANNETTE, à part.
Voilà un cœur encore plus malade que le mien, (tu*.) François aie confiance, tout marchera bien. Tu as sagement fait de venir trouver tout de suite la cousine Jeannette, qui est quelquefois de bon conseil. *
FRANÇOIS
C’est vrai, tu m'as tout réconforté... J'irai voir Louise dès qu’il fera jour.
JEANNETTE
Oui, oui... mais en attendant, il faut que tu le reposes : viens avec moi jusqu’à la boutique, je donnerai un coup d’œil à I étalage, et après je te conduirai moi-même chez le plus honnête logeur du quartier.
FRANÇOIS. >1
Dis moi, cousine, est-ce que tu ne crains pas de rencontrer des voleurs.
JEANNETTE
Des voleurs?... moi!..*, je ne sais pas comment ça se fait, inais jc n ai jamais été arrêtée, et cependant je parcours la ville a toute heure de jour cl de nuit... Et, ce qu’il y a de plus singulier, quand je passe, les gen3 à mine suspecte s’effacent le long des murs cl me tirent poliment leur chapeau.
Tiens !.. Qu’est-ce que ça veut donc dire ?
JEANNETTE
Eh I mon Dieu, ils devinent que je suis pauvre.
FRANÇOIS
Ils auraient bien dû en deviner autant pour moi.
JEANNETTE
Allons, viens, cousin, partons.
François.
Partons, cousine, (lu tort rut tira» dcuui, bru deuoiu. Au moacal où ili a’doifscst, l« »ol««r* murent de foule» pari», avec pr&eaiioa.j