LES MÊMES, NICAISE
MATHIEU.—Ah ça, mais te là ben gai, Nicaise,
NICaisE (riant).—Oh! oh! oh !.… PIERRE (riant aussi). —Hil hil hi!
Nicaise. —Dame ! j'vas à la ville; ça m'ennuie, et je chante.
PIERRE.—C'est comme moi, j'chante toujours quand j'suis triste.
MATHIEU.—On ne peut pas disputer des goûts,
PIFRRE.—Mais pourquoi vas-tu à la ville aujourd'hui?.. Tu sais bien qu'il y a fête à la maison.
Nicaisk.— Ça n'empêche pas que j'ai mes fruits et mes légumes à porter au marché... Faut pas qu'les plaisirs empêchent les affaires.
Maruieu.—C'est bien, Nicaise, faut être intéressé.
Nicaise.—Et pis, je m'arrangerai de manière à être revenu pour la fête, parce qu'il n'faut pas qu'les affaires empêchent les plaisirs.
MATHIEU ( à Pierre).—Y paraît qu'on va s’en donner aujourd’hui cheux vous ?
PIERRE.—J'crois bien, mais pas tant que j'pensais ; y s'agissait d’abord rien moins que d’un bal musqué !
Nicaise.—Un bal musqué... Quoiqu'c'est donc qu’ça, Pierre Léroux ?
PIERRE.— Un bal musqué ?.… c'est tiré du latin. Ca veut dire que les danseurs ont deux visages. C'est le maître d'école qui m’a expliqué ça.
MarHieu — Dieu ! que je voudrais être savant !.…
Nicaise.—Dis donc, Pierre Leroux si nous allions dans ‘un bal musqué, est-ce que nous aurions itou deux visages, nous ?
PIERRE.—Oh! non... ça n’est permis qu'aux messieurs de la ville, ça, vois-tu, Nicaise. Mais à défaut de visages, monsieur de Saint-Alban a permis à des farceurs, des jongleurs et des sorciers: de venir divertir la compagnie... parce que, vois-tu, la belle société, ça a bien plus de peine à s'amuser que les autres. Ah! nous allons joliment rire!