SCÈNE XIV
LES DEUX SOLDATS, CARTOUCHE Paraissant à la porte de la ferme.
CARTOUCHE.-—Deux soldats ! Nous allons nous amuser.
1er SOLDAT.— Elle est aimable, la consigne du capitaine : espionner Cartouche.
2e SOLDAT.—Que veux-tu? il le faut bien, puisque c’est le seul moyen de s'emparer de sa personne,
CARTOUCHE (à part).)-Braves défenseurs de la patrie, vous ne me tenez pas encore.
1er SOLDAT.— La ferme est bien entourée. nos camarades occupént toutes les routes... il sera bien fin-cette fois s’il nous échappe.
CARTOUCHE (à part).—C'est moi que ça regarde.
2e SOLDAT.—Ajoute que son signalement, répandu avec profusion, augmente de beaucoup le danger qu'il court.
CARTOUCHE (à part).—Mon signalement ! (Zes deux soldats sont assis.)
1er SOLDAT.—Bah! son signalement !... C'est encore là un pauvre moyen ; celui de la veille n’est jamais celui du lendemain.
CARTOUCHE.—C'est possible.
2e SOLDAT (fenant un papier). La dernière fois qu’il a été aperçu à l'Opéra, voilà comme il était vêtu: (7//it.) Habit jaune... cheveux courts et de larges moustaches.
CARTOUCHE.—Un petit instant... -je suis à vous. (Z7 disparaît un instant.)
2€ SOLDAT (w”ontrant le papier au premier).— C'est bien cela, n’est ce pas P
ier SOLDAT (regardant) —Oui... oni.. habit jaune... moustache... Ah ! tu as bien lu.
CARTOUCHE (reparaissant en charron).—Je peux me montrer maintenant,
1er SOLDAT.— Moi, j'ai dans ma poche un signalement tout différent.
CARTOUCHE (s arrétant). Hein ! que dit-il?
1er SOLDAT.—C'est à la foire Saint-Laurent qu'on l’a vu sous cet autre costume. (Zésant un signalement qui se trouve être celui que Cartouche vient de prendre.) Des sabots...
Carrouce (ôfant les siensi.—C'est un autre genre. (// entre un instant.)
1er SOLDAT (rontinuant), — Des sabots. tablier de cuir, habit brun... enfin la mine et l'aspect d'un chorron. Ce n'est pas la même chose, comme tu VOIS.
2e SOLDAT.—Il est certain qu'un habit jaune et un habit brun ne se ressemblent pas, mais vois-tu, c'est.du tact qu'il faut avoir.
CARTOUCHE (repæraissant en meunier, à part) — Oui, vous êtes des malins
rer SOLDAT. —À qui le distu? C'est du tact.…. Buvons !.…
CARTOUCHE (à part).—Reconnaissez-moi maintenant.
1er SOLDAT. — Le gaillard est habile... mais le capitaine à trop d'intérêt à s'emparer de lui pour le manquer cette fois.
CARTOUCHE (se montrant). Ah! il ne faut jamais jurer de rien.
26 SOLDAT Isurpris).—Qui va là ?
1er SOLDAT —Par où diable êtes-vous entré?
CARTOUCHE (montrant la maïison).—Je suis entré là-dedans avant vous.
1er SOLDAT.—Qui êtes-vous ?
CARTOUCHE.—J'sus un meunier des environs.
En vous entendant parler de ce fameux coquin après qui on court sans pouvoir jamais l’attraper, je venais vous donner des renseignements sur son compte.
Cr SOLDAT.— Vraiment ?
CARTOUCHE.— Parole d'honneur !
2e SOLDAT. — Quelles nouvelles avez-vous à nous annoncer ?
CARTOUCHE.-—-Oh! de bonnes nouvelles. Je
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vous dirai en confidence qu'il n’a déjà plus le costume que vous lui croyez.
1er SOLDAT.— Bah ! l’auriez-vous rencontré ?
2e SOLDAT.—Où est-il ?
CARTOUCHE.—T'out près de vous, et, si vous voulez, je me charge de vous le montrer,
1er SOLDAT.—Je donnerais tout au monde pour me trouver face à face avec lui.
2e SOLDAT.—Et moi... si je savais où le rencontrer, j'irais le chercher, même au milieu des siens.
CARTOUCHE.—Oui... eh bien! je puis satisfaire vos désirs. Tenez, venez ; d'ici vous le verrez à merveille... Regardez bien.
1er Soldat (regardant). —Là ?
2e Soldat.—Laà ?
CARTOUCHE (se mettant devant eux après s'être emparé de leurs pistolets.)—Non, là.
1er SOLDAT. —Ah ! mon Dieu !... c’est lui.
2e SOLDAT.—Nous sommes morts.
CARTOUCHE.—Oui, si vous jetez le moindre cri... Convenez que je suis de parole. (Coup de sifflet. —AÀ Beaulieu qui entre avec des voleurs.) Emparez-vous de ces deux vaillants guerriers, et guérissez les pour toujours de l'envie de savoir comment je veux m'habiller.