‹ Cartulaire de al commune de Couvin;Chapitre 2 sur 58 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

KXAMRN DBS 80URCBB DB L'HISTOIRB DE OOUYIN.

Je ne demanderais pas mieux que de faire remonter Vorigine de C!ouYin au temps de l'occupation romaine. On dit que des médailles et autres objets antiques ont été trouvés sur l'emplacement de l'ancien château. Quand? Où sont-ils? Qui les a vus? A ces questions on ne donne que des réponses vagues, en présence desquelles je crois devoir me renfermer dans une prudente réserve et attendre des découvertes plus précises ^

C'est bien malgré moi encore que je repousse comme

* • Lors de la démolition de rancian chàteao de Gouvin (en 1673?) on déeonTrit une profonde caTité remplie d'ossements de bêtes fauves et de bois de cerfs. Dans d^antres souterrains on trouva quantité de médailles très-antiques, ainsi qo*nne petite statue en ivoire, d'un travail exquis, et qveje crois être encore en la possession de M. H., propriétaire de l'emplacement dn vieux château. • Promenades hûtoriques dan» le pays de lÀége, par le docteur B...T (Borr), Liège, 1S38, t. 1, p. 289. • Les nombreuses monnaies romaines que Ton a trouvées et que Ton trouve encore dans rsnden emplacement du chAtean et dans ses environs... • (Comte di ViLLBUiONT, JEfso» kuÊvritpumr Omimn et Ma châieUenie, p. 2.)

apocryphe ce passage du chroniqueur Jean d*Oatremeuse où il est dit que Sedros, fils de Tongris, roi de Tongres, jeta les fondements des villes de Namur, Ciney, Fosses, Couvin, Walcourt, etc., vers Tan 534 avant Jésus-Christ \

Enfin, la tradition rapporte que lors de la translation du corps de saint Germain, en 754, le roi Pépin le Bref, pour consacrer le souvenir de ce fait, fit présent de la terre de Couvin à labbaye de Saint-Germain-des-Prés *. Le diplôme publié à cette occasion n'existe plus. Mais le savant historien de ce monastère célèbre établit à l'évidence que la dpnation de Pépin ne comprenait que la terre de Palaiseau, aux environs de Paris ^

Ce nest réellement que dans la seconde moitié du IX^ siècle que le nom de Couvin (Cubinium) apparaît pour la première fois dans un document authentique. Par diplôme daté de Saint-Denis, le 20 avril 872,

* * Puis âst SedroB, sour II rivierea corantes qui ont nom Meuse et Sambre, I vilhe qu'iUi apellat Sedros, qui puis fut nommée JVamtf^,... la ▼ilhe c'on nom ors Cinay, .... Fosse, Tuwien, Govien et Walecoart. • (Ly myreur dês hiitors, I, 244.)

t G^ DB ViLLBRMONT, op, cU., p. 5. — L*abbaye de Salnt-Qermain^des* Prés, prés de Paris, fut £6ndée vers l'an 556 par Childebert, fils de Glovis, et porta jusqu'en 754 le nom de monastère de Sainte-Croix et de Saint- Vincent.

^ BouiLLARD, Histoire deVabbaye <ie Saita-Germain-des^Prés, Paris, 1724, in-folio, p. 20.

Charles le Chauve confirme à l'abbaye de Saint- Germain toutes ses anciennes possessions, et lui en assigne de nouvelles spécialement destinées à l'entretien des religieux. Parmi ces dernières figure Couvin, dans le pagtis de Lomme \

Qu'était Couvin à cette époque reculée? PeuWtre un groupe de cabanes de bûcherons ou une métairie; peut-être aussi un simple pavillon de chasse au milieu de rimmiénse étendue des forêts qui couvraient alors presqu'entièrement le sol de notre pays *.

Quel qu'il fut, c'est en cet endroit que l'abbé de Saint-Germain envoya,- aussitôt après la donation du roi Charles, deux de ses moines, Ermar et Varembert, qui, emportant le corps de saint Venant *, allèrent prendre possession de leur nouveau domaine.

On attribue à ces deux hommes l'introduction du

i • PrO' stipdndiis "rictualibas qne eis a parte abbatis persolTi dôbebaotnr... delegamus bas TiUas... Cubinium in pago Laumense ... Data XII Rai. maii, indictione V, anno 32 régnante Karolo ... et in successione Hlotharii régis anno III. « (Bouillaro, preuves, n^ 22.)

* (Test la langue latine, restée maîtresse du terrain, qui doit fournir rètymologie deCii6imiif», mot qui a certainement une physionomie romaine, liais la racine cu6 ne donne que cubile et cubiculum. Si cubinium a existé dans la langue vulgaire de la Oaule septentrionale, il a dû signifier « lieu où Ton passe la nuit. «

3 S^ Venant, né en Berry, mourut le 3 octobre 5Ô0 abbé d'un monastère ▼oiaÎB ée S^Martin de Tours, d'où son corps fut transporté par S* Oermain dans Tabbaye de St«-Croiz et de S^- Vincent. (Bouillard, p. 246.)

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christianisme dans la contrée. S*ils ne furent pas les premiers à y annoncer TÉvangile, * on peut croire qu'ils contribuèrent puissamment à le répandre. Ils s'appliquèrent aussi' sans doute à défricher les forêts et à cultivçr la terre. Sous cette influence civilisatrice, Couvin ne tarda pas à devenir une localité relativement importante; et lorsque saint Gérard quitta l'abbaye de Saint-Denis, en Tan 929, avec douze religieux, pour venir fonder un monastère à Brogne, ce fut au prieuré élevé par les moines de Saint-Germain qu'il déposa les reliques de saint Eugène, pendant qu'il allait à Liège demander à l'évéque Richer l'autorisation de s'établir dans son diocèse ^

Après avoir, pendant un siècle et un quart environ, fait partie des domaines de l'abbaye de Saint-Germain, Couvin passa sous la mouvance des comtes de Hainaut. Voici dans quelles circonstances.

Vers l'an 996, Robert, roi de France, donna sa sœur Hadwige en mariage à Régnier IV, comte de Hainaut. A cette occasion, il restitua aux moines de Saint-Germain la seigneurie de Combles ' dont ses

* AcTA Sanctorum, die III octobr. (De S^-Gerardo). Euo. Del Marmol, L'abbaye de Brogtie ou de S^-Gérard, p. 10.

< Combs, suivant Wauters, Table des diplômes^ I, Ô74; CoulainUe, suivant Bquiliard, p. 246; Combles, suivant Ddyivier, Recherches sur le Hainaut ancien, p. 399, note.

prédécesseurs s'étaient injustement emparés; les religieux lui donnèrent en échange plusieurs terres qu'ils possédaient sur la Meuse, et que le roi assigna en dot à sa sœur. Ces terres étaient Couvin, Frasnés, Nismes, Eve et Bons ^ Les moines de Saint-Germain, rappelés dans leur monastère, quittèi^ent ces lieux qu'ils avaient fécondés de leurs prières et de leurs sueurs, et emportèrent avec eux le corps du saint qu'ils j avaient amené. Mais le souvenir de leur séjour ne s'effaça point : aujourd'hui encore la principale église de la ville est dédiée à saint Germain.

Régnier, le nouveau propriétaire de Cou vin, y fit probablement construire une forteresse; c'était l'époquQ où les grands feudataifes jetaient les bases de leur indépendance. Ce château, isolé au milieu des bois, abandonné à la garde d'un ofiScier, devint un jour l'effiroi de la contrée. Presqu'assurée de l'impunité par sa position, la garnison s'était transformée en une véritable bande de brigands. Les habitants du pays de Liège, qui s'étendait jusque dans le voisinage,

* On ne possède plus ni l'acte d'échange nf la charte de donation; mais les dispositions que nous indiquons sont relatées dans un diplôme du roi Philippe, de Tan 1061, relatif aux biens de l'abbaye de SM^ermain, oà on lit : • quasdam villas S. Oermani, super Mosam positas, Tidelicet CuTinam, Fraxiaum, Ninam, Evam (Aublain, qui tient son nom d*EaubUmchef), Bons. • Ddvivibr, (lisez Bous, pour Boussu t) p. 400.

avaient particulièrement à souffrir de ses rapines,

Fatigué des plaintes que ne cessaient de lui adresser ses sujets opprimés, Tévéque Obert chercha à mettre un terme à cet état de choses en achetant Cou vin à Bauduin II, comte de Hainaut, qui possédait alors ce domaine comme dépendance de son patrimoine. L'évoque chargea deux nobles frères, Arnulphe et Wiger, du château de Thuin î, de conduire les négociations^ Tintimité qui régnait entre eux et le comte par suite de leur voisinage, les rendait dans son esprit plus aptes que personne à mener Taffaire à bonne fin *. Les deux frères réussirent d'autant plus facilement dans leur mission, que Bauduin s'apprêtait à partir pour la Terre-Sainte et qujl lui fallait beaucoup d'argent pour cette expédition '.

L'acte, de vente fut passé solennellement à Liège, le 14. juin 1096 *, en présence d'un grand nombre de

i Wiger de Thuin figure parmi les témoins de l'acte d'acquisition. Carhilaifv, n« 1, p. 4, note 4.

< CarUatorium, n^ 88. DB Robaulx de Soumot, Chronique de Vabbaye de S^'Htibert, pp. 116, 290. Pertz, Monumentà Germaniœ historica, VIII, 607.

3 On lit -dans une charte inédite de l'an 1096 :* * Ego, Obertub, ... acquisivi castellum de Bulhon a duce Godefrido, et casteilum de Govin a comité Balduino, ambobus hiis principibus Jerosolimam euntibus, quod, cum non posset fieri absque maximo pecuniarum aliarumque rerum dispendlo.... »

* J'ai oublié de dire dans le Cartulaire, que M. Wautbrs (Table ehrcnologique des chartes et diplômes, t. I, Introduction, p. LVII), émet l'opinion que ce diplôme aurait pu être daté dans le style pisan.

dignitaires de la cour épiscopale, et par le ministère de Régnier, > avoué de l'église Saint-Ijambert '. L évoque Obert y déclare que, pour mettre un terme aux brigandages exercés par les gens du château de Couvin sur son territoire, il achète au comte Bauduin, pour une somme de cinquante marcs d'or *, ledit château (castellum, castrum) avec toutes ses dépendances consistant en églises, serfs (mancipia), villages, d^amps, bois, prés, pâturages, étangs, cours deaux, terres cultivées ou incultes, routes, revenus et tous autres droits quelconques appartenants à ce domaine, depuis la Meuse jusqu'à Chimay, Liessies, Beaumont, Ramigny et ailleurs, suivant ses limites, aussi long et large que celles-ci s'étendent.

(Test ainsi qu'après avoir appartenu successivement aux rois de France, à labbaye de Saint-Germain et aux comtes de Hainaut, la terre de Couvin fut défi-

* PiSEN, HiMtoriaeederiœ Leodientit, pars I, 209, se trompe lorsqu'U dit : • Raineras, CoYini advocatiis. » Voy. Cartviaîre, p. 2, note 6. Voy. aussi S*-Gbnoi8, Hùtûhre des awmerief en Belgique, pp. 29, 30. — Le diplôme de l'empereur Frédéric de l'an 1155, qui mentionne avec tant de soin toutes les avoneries de l'Eglise de Liège, ne parle pas de celle de Couvin.

* SoÎTant M. Fbrd. Hknaux, fftsfotre du pays de Liège (1872), t. I, 153, ces 50 marcs d'or représentent environ 050,000 frs. de notre monnaie. ~ Le -chapitre ayant Dînant de contribué pour 30 marcs d'argent à l'achat des châteaux de ConTin et de Bouillon, et révéque lui attribua en retour le prodait da tonlieu de la Meuse. (SidArius, Dînant et te$ eatwnm*, p. 15.)

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