‹ Cartulaire de al commune de Couvin;Chapitre 3 sur 58 · VUI · texte numérisé non relu

VUI

nitivement réunie au pays de Liège, dont elle ne cessa de faire partie jusqu'en 1794.

Est-il vrai que Févéque Obert, aussitôt après son acquisition, fit raser le fort de Couvin ^? On ne rencontre aucune mention de ce fait dans les anciens chroniqueurs. Il semble qu'une fois maître du terrain, Obert avait à sa disposition assez d'autres moyens efficaces de réprimer les brigandages pour ne pas devoir recourir à cette extrémité; d'ailleurs l'historien Qilles d'Orval dit que l'évéque Henri de Leyen fit restaurer la forteresse de Couvin environ un demi-siècle plus tard, vers l'an 1148 *.

Peu d'années après, en 1155, Frédéric, empereur des Romains, confirma les possessions de l'Église de Liège. Dans le nombre figure le château de Couvin avec ses dépendances '.

On a dit à tort que Bauduin V, comte de Hainaut, soutenant les armes à la main la candidature d'Albert

< Chrcniquei vulgaires de Liège,

s • Castrum de CouTin inDOvaTit • (Dans Chapbavillb, Geeta ponHfiettm Leodiennum, II, 104). « Le castel de Covin renovelat sea branchée. • (J. d'Outrkbceusb, t. IV, inédit.)

3 « Castrum Govinam cuql omnibus pertinentiis suis « (S. Bormans, Recueil des ordatmanees de la principauté <ie Liège, 1** série, p. 19). La bulle du pape Adrien, de la même date, dit simplement : « Castra Tudinum, Covinum, etc. » (Chapbavillb, II, 105; LuNia, Spicilegium eoclesiaslicum, t. II, pp. 502, 503.)

de Cuyck au siège épiscopal de Liège, contre son compétitear Simon de Limbourg, appuyé par le comte

de Louvain, assiégea la ville de Gouvin en 1195, la prit et la livra au pillage puis aux flammes. L'auteur qui rapporte ce fait ^ paraît avoir mal interprété un passage de la chronique de Qislebert où on lit que Simon de Limbourg et Albert de Gujck étant entrés en conférence, il fut convenu que les hostilités seraient suspendues pour &ire le pape juge de la querelle, et quen attendant sa décision, le comte de Hainaut conserverait en séquestre les châteaux de Huy et de Halloy (de Ciney?), Dinant, Fosses, Thuin et Ck)uvin, tandis que le comte de Louvain aurait la garde de la ville de Liège *.

Si la Providence n'était venue déjouer les calculs de la politique des rois, Cou vin passait au commencement du XIV* siècle sous une nouvelle domination. Voici comment.

L'empereur d'Allemagne, Otton IV, ayant élevé des prétentions sur le droit d'investiture au détriment de la papauté, Innocent III délia les princes de l'Empire

* V. D. M. (le cheTalier Van dbr Maksbn, décédé à Ixelles en 1862), dant sa Géographie de la province de Namur, Bruxelles, 1842, petit livre tréa-rare. J. Borgnbt a réfuté la même erreur eu ce qui concerne Ciney. Cartulain de Ciney, p. XVI.

* Chromcon GisUberli, dans Pbktz, Mon,, t XXI, p. 591.

du serment de fidélité qu'ils avaient prêté à Otton et convoqua une diète où Frédéric, duc de Souabe, reçut la couronne impériale. Abandonné dans ces circonstances par les Liégeois, Otton jura de se venger; Ck>mme il était en route pour se réunir aux Flamands et aux Anglais en vue d*une expédition contre le roi de France Philippe-Auguste, il s'arrêta le 12 juillet 1214 à Nivelles, et dans un conseil tenu avec ses alliés, leur fit décider qu'à leur retour de France ils anéantiraient la souveraineté du prince-évêque de Liège et morceleraient son territoire. Dans ce partage, Otton se réservait la capitale de la principauté ; Huy et 'Moha étaient attribués au duc Henri de Brabant; Dinant devenait un apanage de Renaud, comte de Boulogne; Fosses, Thuin et Couvin tombaient en propriété à Ferrand, comte de Flandre. Mais la fameuse bataille de Bouvines, où l'empereur et ses alliés furent complètement battus, vint réduire à néant ces vains projets ^

Un siècle presqu'entier s'écoule avant que le nom de Couvin se^ représente sous la plume des annalistes ou dans les actes publics. Bien quelle eut déjà, sans doute, rang de bonne ville dans la principauté de

* Jkan d'Outrkmbusb, t. V, p. 122.

liège, sa situation à l'extrémité la plus éloigi lée du territoire semble la tenir en dehors du mou> cément général des faits et des idées qui agitent la nation liégeoise. C'est ainsi qu elle ne prend aucune i part au traité d'alliance conclu en 1230 entre les yiU jeis de Liège, de Huy, de Dinant, de Fosses, de Saint-1 .Vend, de Maestricht et de Tongres, lesquelles s'étant spon* tanément attribué une administration commun aie à l'instar de celle de la cité, s'engageaient récipi .x)quement à la défendre ' . C'est ainsi encore que sot i nom ne figure pas dans la protestation que la ciité de Liège et les villes de Huy, de Dinant, de Saint- Trond, de Tongres et de Fosses adressèreoit à l'évêqûe Jean de Flandre contre l'atteinte port.ée à leurs libertés par la promulgation des statuts synodaux de 1287 *.

Mais lorsque les bonnes villes, ayant enfin réussi à établir chez elles des institutions démocratiques.

* Cette alliance fût ratifiée le 30 Juin 1230 et le 24 novembre 12^1 par Henri VII, roi des Romains. Mais ce même prince défendit aux Tîlles du pays de Liège de conclure entre elles des alliances par deux avtres diplômes du 20 janvier et du 3 février 1231.

< Les villes de Liège, Maestricht, Saint-Trond, Huy, Tongres et Dinant figurent seules encore dans la défense que le roi des Eomains, Henri, fit anz Liégeois, le 20 septembre 1234, de prêter obéissance à l'évéque de Liège jusqu'à ce qu'il eut exécuté la sentence portée contre lai (Cam. db BoRM.vN, Notice sur un eartulaire du chapitre ^-Servait à Maettricht, p. 3S).

résolu) fent de s'organiser pour soutenir la lutte contre le poi lYoir, Cou vin ne manqua pas à l'appel. Le 22 novem J)re de l'an 1300, Liège, Huy, Dinant, Saint- Trond ^ Tongres, Maestricht, Fosses, Couvin et Thuin, concli ijrént avec Jean, comte de Namur, et Gui, son frère, un traité d'alliance par lequel les villes liégeoises acheta ient, moyennant 'une rente viagère de 750 livres de pelâits noirs tournois, la protection de ces princes. Ceux-ci s'engageaient à maintenir « leur loys, leur n uza{j;es, leur franchises, leur status qu'il ont fait et » qu'il, feront pour leur pays et leur drois warder, et » pouir le gouvernement de leur villes ; » à leur envoyer du secours à la demande des chefs des communes; à intervenir comme pacificateurs dans leurs querelles. Si ua débat venait à surgir entre le comte Jean et l'évêq^ue de Liège, le chapitre de la cathédrale Saint- Lambert devait être constitué juge du différend; que si l'évéqué méconnaissait cette intervention, les bonnes villea se verraient obligées de faire cause commune avec le comte \

* Db Reiffbnbbrg, Mofiumenti pour servir à VMsloire des provinces de Hairutut, de Namur et de Luxembourg, 1. 1, p. 57. Les bonnes Tilles parlent dans cette charte de la wiere que nous avons orendroit (p. 60). Quelle est cette guerre que les villes du pays de Liège soutenaient en l'an 1300 1 Les historiens n'en disent mot.

Couvin eut à soutenir un commencement A a siège en Tan 1309. Gui de Hainaut qui, sans è tre élu évêque, avait penchant quelque temps gouverné la principauté de Liège en vertu des droits régaliens que lui conférait un diplôme d'investiture du roi des .' Romains Adolphe, en date du 20 juin 1294, ayant achc ;té, avec les revenus de la mense épiscopale, la ter. re et le chÂteau de Mirwart au chapitre de Saint- Lambert, lavait aussitôt revendu à son frère Jean, < 3omte de Hainaut. Adolphe de Waldeck, à peine p: romu au siéjge épiscopal de Liège, assiégea la forfa tresse de Mirwart qu'il avait en vain réclamée, la prit , la rasa, et réunit de nouveau ce domaine au patri moine de son Église. En l'année 1309, Philippine d e Luxembourg, veuve du comte Jean, le revendiqv la comme ayant été vendu à son mari. Sur le refus i fit Thibaut de Bar, successeur d'Adolphe de Philippine et son fils Guillaume, comte di attaquèrent, au mois d'août, la ville de Tht lin qui faisait partie de la principauté, tandis que s on second fils Jean de Hainaut et le sire Arnould d'Enghien mettaient le siège devant Couvin ^ Thiba ut de Bar

que lui en

Waldeck,

; Hainaut,

^ • Item, pour les waiges Jehan de Haynaa, no flU, qaa at U et li sires ' [EmoulJ d'Angien farent devant Couvin, 122 livres 15 so! Is. » Article de l'accord conclu entre Philippine, comtesse de Hainaut, et le comte Qail-

faisait i n hâte ses préparatifs pour courir au secours de ses b onnes villes, lorsqu'un arrangement fut conclu par lent remise de l'archevêque de Reims.

Le gé( )graphe anonyme que j'ai cité tantôt, commet une nou"^ relie erreur lorsqu'il dit qu'Adolphe de la Marck, j )Our punir les habitants de Cou vin d'avoir embrassé 1 le parti des Liégeois révoltés, assiégea leur ville en 1314, l'emporta d'assaut et la livra aux flammes. ^ Nos historiens, en parlant du combat qui fut livré 1| 9 18 juin de cet année près du village de Hanzinelle^ ne mentionnent comme y ayant pris part que les Hi itois, les Dinantais et les Fossois.

Le 18 j uin 1316 fut proclamée la paix de Fexhe qui, consac rant les principes de la représentation nationale, dei la souveraineté du sens du pays et de la responsabilii té des ministres du prince, fut considérée pendant cin q siècles comme le palladium des libertés liégeoises. 0 'est en effet la loi fondamentale sur laquelle repose parti< mliôrement la constitution du pays. Je n'ai pas à rappc 1er ici les faits qui amenèrent la conclusion de ce célèbre traité. Il suffira de dire que si la ville de. Couvin ne prit aucune part à la lutte

laume son âls, pc mr les frais faits par Tarmée devant Thuin (Dsvillkrs, Monuments pour i ervir à l'histoire des provinces de Hainaut, de Namur et de Luxembourg, t. II I, p. 586.)

formidable qui éclata entre Tévéque Adolphe de la Marck et ses sujets, si elle ne fut pas du nombre des villes qui, avec le prince et les nobles, désignèrent les arbitres chargés de préparer un accommodement ', du moins ses députés furent présents lorsqu'il s*agit d'appendre à cette magna carta le sceau de leur commune *.

Depuis lors, 0)uyin ne cesse d*étre mêlé activement aux aifaires du ppjs;, son nom figure dans les Paix les plus importantes conclues pendant le XIV^ siècle, notamment dans la Lettre des Vingt du 14 novembre I3S4, dans la Loi nouvelle du 13 décembre 1355, et dans la Mutation de cette loi du 8 octobre « 1386. Son titre de bonne ville lui donne sans doute dès lors le droit denvoyer aux assemblées des États, comme représentants du peuple, des députés qui furent plus tard les maîtres ou les jurés, et cest ainsi qu'elle prend part aux délibérations du sens du pays, pouvoir législatif de la nation. Le rang quelle occupe parmi les seize bonnes villes de la principauté ne varie guère; voici l'ordre dans lequel on trouve celles-ci générale-

* Ce« vUles forent liiége, Huy, Saint-Trond, MaestHcht et Fosses.

t • Li maistre, eschevin, Jareit et les comuniteis délie citeit de Liège et ' des viUes de Hay, de Dynant, Salntron, de Tongres, de Treit, de Fosses, de CoTîns, de Thuin. »

ment citées dans les actes publics : Huj, Dinant, Tongres, Saint-Trond, Maestricht, Fosses, Thuin, Couvin, Looz, Hasselt, Bilsen, Herck, Beeringhen, Maeseick, Brée et Stockem. Ce qui prouve que Couvin n'était pas considérée comme l'une des plus importantes c'est que, lors de la rédaction de la première paix des Vingt-deux, le 2 décembre 1373, elle ne figure pas parmi lés neuf villes qui devaient envoyer chaque année un ou plusieurs membres à ce tribunal. Après que Jean de Bavière eut soulevé contre lui la haine de ses sujets par ses actes arbitraires et tyranniques, Couvin entra dans la ligue que les bonnes villes du pays conclurent, le !•' décembre 1404, pour défendre leurs préviléges et maintenir leur indépendance ^ En 1406, la révolution longtemps contenue éclata, et les États proclamèrent la déchéance de l'élu. Henri de Perwez, nommé mambour de la principauté, assiégea, le 30 mai 1408, le malheureux prince dans la ville de Maestricht où il s'était réfugié. Presque toutes les bonnes villes, et Couvin notamment, avaient envoyé des contigents à l'armée liégeqise. Jean de Bavière, de son côté, appela ses parents à son aide; le comte de Hainaut, son irère, pour faire diver-

* Voy. Hknaux, op. cU^, t. I,' p. 575.

sion, envahit TEntre-Sambre-èt-Meuse au commencement du mois d'août de cette même année, brûla plusieurs villages, et s'empara de Fosses, de Florennes, de Chàtelet et de Gouvin quil livra également aux flammes ^ A cette nouvelle, les milices de Dînant, de Thuin, de Fosses et de Gouvin quittèrent précipitament, le 22 août, le camp établi devant Maestricht, et coururent à la défense de leurs foyers *. Le 23 septembre suivant, les restes de Tarmée, formée de Liégeois et de Hutois, furent battus par Jean sans

* m Et parelhement fut wangnie la Tilhe et casteal de Coving, et an et destrait. » (Jean db Stavslot, p. 116.) • Les Haitois, Dinantais et antres fareot constraints de se retirer en leurs villes pouf les garder et défendre, ne pouTans empescher que lesdis princes ne se rendissent maistres de Coovin, Fosse, Florine et Ghastelet, où il ne demeura muraille debout. » (MAuutT, Histoire de Huy, p. 232.)

• Et ceste histoire noua raporte Qa'& Thain ne demeura porte Ne mur qui De soit accomplis.

Débattus, et fossés remplis.

Fosse, Dignant avec Gouvin .

Auront, pour lenr maiiTais dessein, La pareille pngilicion Sans avoir excnsation. •

(Let 9eHtenee$ du Liège, publiées par Me^ db Ram dans les Documenis reta- HfiamxtrmMeM du pay$ de Liège, etc., p. 323.) — Voy. Db Marmb, Histoire dm comle de Hamur^ 1754, p. 439, etc.

t • Unde nimium constemato Leodiensium exercitu, moz 22 augusti Dionantenses, Tndinenses,'Fossenses et Covinensesad sua repedamnt. • (Zartflikt, dans YÀmpUssima eoUectio de Marténe et Durand, tome Y, p. 389.) Jean de Stavelot, p. 117, dit que les milices communales ne quittèrent le camp de Maestricht que lorsqu'elles apprirent rapproche de l'armée du due de Bourgogne et des antres alliés de Jean de Bavière.

Peur, duc de Bourgogne, et par les autres alliés de Jean de Bavière, à la sanglante bataille d*Othée. La cruauté inouïe avec laquelle les vainqueurs exercèrent leur vengeance est restée fameuse dans les fastes de notre pays. Les massacres et les exécutions de toute sorte qui épouvantèrent la cité, se reproduisirent, mais sur une moins grande échelle, dans presque toutes les villes de la principauté ^ Ce n'était pas assez. La sentence que le duc de JBourgogne et le comte de Hainaut portèrent, le 24 octobre 1408, à Lille, pour punir, disaient-ils, les Liégeois de leur rébellion contre leur souverain, enleva à la cité et aux bonnes villes leurs franchises et leurs libertés, leurs institutiens et leurs magistrats. Toutes leurs paix, chartes et privilèges quelconques devaient être déposés, le 12 novembre, en l'abbaye des Écoliers, à Mons, avec les bannières des communes et des confréries de métiers. Les murs et les fortifications de plusieurs bonnes villes, notamment de Thuin, de Fosses, de Couvin et de Dinant, situées entre la Meuse et la Sambre, devaient être démolis, sans que leurs habitants pussent jamais les relever *.

* • In omnibus pêne villis et oppidis innumerabiles pêne occisi sunt atqae snbmersi. » (Zantplibt, ibid., p. 392.)

* Voici le texte des deux articles qui concernent notre bonne viUe :

Une charte du 12 août 1409 ^ atteste que Fosses et CouYÎn ne livrèrent aucune de leurs lettres de privilèges et de métiers, chose beaucoup plus étonnante pour la première de ces deux villes, qui conservait dans sa ferme ou coffre aux archives, des diplômes impériaux et autres titres très-anciens et certainement sujets à confiscation. L'acte du même jour par lequel les princes restituent certaines lettres à la cité et aux bonnes villes, ne fait pas davantage mention de Fosses ni de Couvin *, ce qui semble confirmer que ces deux localités, désobéissant en ce point à la sentence du 23 octobre 1408, avaient réussi à sauver leurs documents politiques du désastre.

Mais elles ne purent échapper au sort commun en

21. ■ Item, que parellement de la ville de Fosses et de la Tille et chastiel de CoaTing les portes, toars et murs seront abat us et démolis, et aussi tous murs d attres fortifflés estant sur le rivage de Sambre, tous les fossels remplis, et sans jamais estre ville ne chastiel fremés, ne aussi lesdis attres fortifflés ne fossés reffais par les habitans desdites villes ne autres qnelconcques. — 23. Item, que ceux desdites viUes de Thuin, Fosses, Couvin et Dînant, ne autres quelzconque des cité, villes et pays dessusdis, ne poront jamais faire ou faire faire ou édiffîer villes fremées ne fortresses quelaconques, de Namur en amont, en allant devers Haynnau, entre les rivières de Meuze et de Sambre. • (ReeueU des ordonnanees de la prindfOMUâ/e ÏÀége, V série, publié par S. Bormans, p. 428.) Cette sentence fut reconnue et approuvée par toutes les bonnes villes, sauf Couvin, Fosses et Stockem. (Ibidem,) < GAorfe de la cathédraie de Samt-Larnbert, n» 974^ aux archives de l'Etat,

à Liège.

* ReeueU des ordommnces de la prineipautéde Liège, l'* série.

ce qui concernait les autres articles, et la viUe de CiouYin fut sans doute démantelée. Toutefois, par une modération publiée également le 12 août 1409, ^ à la demande de Jean de Bavière lui-même, les princes déclarèrent que les fortifications démolies et à démolir pourraient être reconstruites après un terme de cent années; mais Tévéque et le chapitre de S^-Lambert devaient placer dans les nouveaux châteaux ou maisons fortes, des châtelains qui prêteraient serment de ne rien entreprendre contre les comtés de Hainaut et de Namur.

Le 26 mars 1417, l'empereur Sigismond cassa la sentence des princes et mit à néant toutes leurs dispositions. Toutefois, ce ne fut qu'après que Jean de Bavière eut résigné son évôché (1417-1418) pour épouser sa cousine, Elisabeth de Gorlitz, qbe le pays fut délivré du joug; aussitôt toutes les villes rentrèrent en possession de leurs anciennes franchises et rétablirent spontanément leurs libres institutions.

Couvin scella, avec les autres bonnes villes du pays de Liège, la paix avenue, le 15 décembre 1431, entre l'évêque Jean de Heinsberg et Philippe le Bon pour mettre fin à la guerre cruelle qui avait éclaté entre

* Recueil de$ ordonnances delà principauté de Liège, l^ série.

les pays de Namur et de Liège à propos de la reconstraction de la tour de Montorgueil \ Son nom figure aussi dans les autres traités conclus pendant le cours du même siècle *.

Il s'en fallut de peu que, le jour des Cendres, 25 février 1433, Couvin, dont les murailles n'étaient sans doute pas encore relevées, ne fut détruite par une bande de soudarts. C'était un mois à peine après la dé&itê des révolutionnaires Dathin dans la cité. Suivant le récit d'un écrivain contemporain ', les chefs des garnisons de plusieurs forteresses situées en France sur les marches de la principauté, et notamment les capitaines de Montigny, de Mont-Cornet, de Bosneau, de Haut-Chatelet, de Villi et de Villers, formant une troupe d'environ 316 cavaliers, pénétrèrent dans la ville de Couvin, où, en exécution de certains statuts, le mayeur s'apprêtait à donner un repas de corps à

* Jkan de St^vxlot, p. 272.

* Notamment à une seconde paix conclue entre les mêmes princes, en 1446; À l'approbation du traité conclu (le 19 décembre) entre les députés des yillee du pays et ceux du duc de Bourgogne, du 22 décembre 1465 (Dinant et Herck n'y figurent- pas. Voy. Charte de &'Lambert, n» 1045.); etc.

3 Jeak dk Stavelot, p. 334. Ajdribn os Vbtkri Bubco, dans VAmpliss. eoUcdH» de Marténe et Durand, t. IV, col. 1209, confondant ce fait avec im antre qu'on lira plua loin, dit que Tristan de Morialmé était le chef de cette expédition.

la cour échevinale ^ Après avoir eux-mâmes dévoré toutes les provisions préparées pour le festin *, ils pillèrent et volèrent à leur guise, et, semparant de huit bourgeois, les déclarèrent leurs prisonniers. Puis ils mirent le feu à deux maisons, faisant savoir aux habitants qui, dans leur effroi de cette attaque soudaine, s'étaient en hâte et en masse réfugiés au château ^ qu'ils brûleraient toute la ville s'ils ne la rachetaient pour une forte somme d'argent. On parvint à grand peine à réunir 1400 clinkars d'or avec / lesquels ils consentirent à se retirer *. Aussitôt après leur départ, le bailli de Couvin ât sonner le tocsin dans les localités voisines, réunit à la hâte quatre-vingt cavaliers parmi lesquels se trouvaient Ouste d'Aublain, Gérard de Tilly et plusieurs autres « gentis et hardis compangnons du pays de Liège, » et se mit à la poursuite

« Voy. Cartulaire, p. 65.

* « Et mangnont chi jour tartes et floons et fromaiges (mets de Carême) et tout chouse qu'ilh trovont » (Jban de Stavblot, p. 334.)

s II est probable que le château ne fut pas démoli, la sentence des princes ne visant que les portes, tours et murailles qui entouraient les ▼illes. Le château est encore mentionné dans un record du 8 avrU 1453. (Voy. Cartulaire, p. 48.)

* « Kodem anno, 25 die februarii, prsadones multi, egressi de flnibus Francorum, Covinum oppidulum modice muratum, feriatis oppidanis, ingressi sunt, ezspoliantes et deprasdantes illud, et aliquantas domos incendentes, et pro residui conservatione summam petentes, etc. (Zant- FLIKT, dans VAmplitt, coll., V, 432.)

des ravisseurs, marchant jour et nuit sur leurs traces. Ils franchirent les frontières de la principauté, les dépassant de neuf lieues environ, et ne s'arrêtèrent quà une petite distance de la ville nommée Hannapes ', où, d'après les renseignements qu ils avaient recueillis en route, leurs ennemis devaient passer la nuit. Là ils tinrent conseil, et convinrent que Gérard de Tilly, qui connaissait la langue des étrangers, irait à la faveur de l'obscurité les reconnaître avec dix des siens. Lorsqu'ils approchèrent de la ville, deux sentinelles les apostrophèrent << en béais franchois 9», leur demandant : Qui vive! Qui êtes-vous? Quel est le crif Gérard leur répondit, également en bon français, qull faisait partie de leur bande et amenait de nouveaux prisonniers. Le stratagème réussit, et les onze Couvinois entrèrent sans bruit dans Hannapes. Afin de se rendre compte du nombre de leurs adversaires, ils allèrent frapper à toutes les . auberges, demandant à loger; mais comme elles regorgeaient de monde, on les renvoyait de partout. Ils apprirent toutefois de cette façon que la troupe ennemie n'était pas toute entière dans la ville et qu'une bonne partie de ceux qui la composaient étaient allés camper de l'autre

* Baimapeg, paroisse da canton de Ramigny, arrond. de Rocroi.

côté de la rivière. Gérard étant revenu sans encombre auprès de ses compagnons, les Liégeois combinèrent un plan d'attaque suivant lequel ils devaient entrer simultanément et par quatre côtés à la fois dans la ville, et, comme la nuit était noire, mettre le feu aux premières maisons pour éclairer le théâtre de l'action. Ce qui fut fait.

Us se précipitèrent en avant aux cris de Notre- Dame à tassant et Agimont à la rescotisse! auquel ils opposaient ensuite eux-mômes celui de Notre-Dame à la défense et Angleterre à la rescousse! Les soudarts, surpris dans leur repos et dans leur quiétude, simàginant avoir à faire à de nombreux assaillants, ^ ne firent guère de résistance ; un de leurs plus braves capitaines se rendit à un gentilhomme liégeois, promettant au nom de ses gens de restituer le butin et les prisonniers, et de payer en outre 1500 saluts d'or pour avoir la vie sauve. Mais il fut massacré avec ceux de ses compagnons qui ne périrent pas dans les flammes; car les Gouvinois mirent le feu à toutes les, maisons où ils avaient constaté la présence de leurs ennemis. Le nombre des victimes s'éleva à 96 ^ .

< Jean ûb Stavblot, p. 334.

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