EXAMEN DES SOURCES DE L HISTOIRE DE BOUVIGNES
Il est possible que, comme tant d'autres localités de notre province , Bouvignes doive son origine à quelque établissement romain ' devenu plus tard une retraite de Francs, puis un château féodal au pied duquel seront venues se grouper de cbétives cabanes de serfs. Ce sont là toutefois , je me hâte de le dire, de simples hypothèses que la découverte d'un cimetière gallo-romain ou d'une
1 Telle était la tradition à l'époque de Gramaye : " Arx fuit olim , et ■• Romanis, si quidern chronico fidcs, gloriatur authoribus. •• Ànt. com. Nam., 65. — " Arcem Bovinii quae Romanis authoribus gloriatur. - Hist. Nam., 14. Je cite l'édition de Gramaye, de 1708.
monnaie mérovingienne pourra seule, quelque jour, convertir en faits ' .
Pour le moment , nous ne sommes guères plus avancés sur l'origine de cette ville qu'on ne l'était, il y a bientôt trois siècles, alors que Croonendael, ayant à traiter le même sujet, s'exprimait en ces termes : « De la fondation y> de la ville de Bouvignes ay encoires rien trouvé , ny » aussi dont elle a prins nom. Elle ne pouvoit estre grande w chose du temps d'Albert second , car aultrement vray- 55 semblablement il n'auroit accordé l'érection du pont de y> Dinant. Aussi je ne trouve mention autentique plus an- « cienne ^ que celle de la chartre de la contesse Yolende, « de l'an 1213 ^...
Si, abandonnant notre vieil annaliste, nous interrogeons les auteurs plus modernes qui se sont occupés de l'origine de nos villes , nous voyons qu'ils s'étayent de la
• Les traditions n'inventent pas les faits : elles les exagèrent et les dénaturent. Rien de plus apocryphe , semblait-il , que l'origine du château de Samson fondé , selon nos vieux annalistes , par Albéric , second fils de Clodion-le-Chevelu. Et voilà qu'en 1858, on y découvre un des plus riches cimetières francs qui aient été observés jusqu'ici en Belgique et en France.
* Croonendael commet ici une distraction , car plus loin il raconte , d'après Giselbert, le siège de 1188.
s Croonendael, Chronique du comté de Namur, dont une partie a été publiée par le baron de Reiffenberg dans le l^'' volume des Monuments pour servir à l'histoire des provinces de Namur, Hainaiit et Luxembourg , p. XXII. L' original de cette chronique est à la bibliothèque de Bourgogne; une copie au Musée de Namnr. Je cite cette dernière.
« Vie de S' Remacle r> pour établir que Bouvignes existait déjà au VIP siècle : « Dans la légende de S* Remacle, » évêque de Tongres, qui vivait au VIP siècle, dit » Schayes, Bouvignes est désigné sous le nom de villa r> Boviniacum. C'était alors un simple village qui fut en- » touré de murs et prit rang de ville en 1176, sous Henri » l'Aveugle, comte de Namur '. » Mais si l'auteur, qui dans cette circonstance s'est trop fié à ses devanciers ^, avait recouru aux sources , il se serait assuré que ce n'est point dans la vie même de S' Remacle , mais bien dans le traité intitulé « Miracula S" Remacli » , qu'il est fait mention de la villa Boviniacum. On y lit en effet, dans une relation contemporaine, qu'en 883, les moines de Stavelot, fuyant les Normands, se réfugièrent avec les ossements de leur saint patron , d'abord dans la villa Boviniacum, nom que le commentateur traduit par Bouvignes, puis à Calcum, qu'il place à trois milles au-dessus de Dinant ^
Un document de 1136 vient confirmer ce fait : c'est l'acte par lequel les moines de Stavelot donnent à leur
' Schayes, La Belgique et Les Pays-Bas, 2« édit. , III, 383.
« Voy. notamment Dewez , Géographie ancienne du département de Sambre et Meuse, 31.
« " ...in villa quadam jam dicti patroni nostri Remacli, nomine Bovi- « niaco... » — « ...statuimus adiré praediolum supra Mosam amnem situm , vocabulo Calcum... » Acla Sanct. Belgii , III , 491.
abbé Wibald la villa Boviniacum, où, lors des invasions normandes , leurs prédécesseurs avaient mis en sûreté les reliques de S' Remacle ».
C'est sans doute aussi sur les « Miracula S" Remacli » que s'appuye Gramaye pour avancer qu'en 882 , le château de Bouvignes fut rasé par les Normands «.
Ce serait donc , d'après les textes que je viens de rapporter, à la fin du IX" siècle et non au VIP qu'on trouverait la première mention certaine de Bou vignes. C'eût été même là un point peut-être admis pour longtemps encore sans conteste, si, dans un mémoire remarquable par l'esprit d'investigation et de critique, M. Ch. Grandgagnage n'était venu faire crouler cet échafaudage de preuves '. D'après lui, le Boviniacum des « Miracula « S" Remacli, » de l'acte de 1136 cité plus haut et d'un autre acte de 1146 \ de même que le Bovenneias d'un acte de 874 ^ , le Bouveignest du « Catalogue des vicariats
1 " Tuae igitur religiosae petitioni , pater Wibolde abbas , de villa nostra « Boviniaco, quae ad vestiarium nostrum pertinet, satisfacimus , ut quia « tempore persecutionis Danorum, sanctum et venerabile corpus sancti pa- » tris et patroni nostri Remacli in eadem villa quiète latuit, quae nunc in " solitudinem redacta etabsque habitatore facta est. .." Ampliss. co/î., II, 94.
* « Calamitates urbi advenerunt.... (Anno 882) Ab hoste, cum a Nor- » mannis arx Bovinii solo aequata. » Gramaye, Ant. com. Nam., 65.
3 Ch. Grandgagnage , Mém. sur les anciens noms de lieux dans la Belgique orientale , 26 , 33 , 34 et 49.
* Ampliss. coll. , II , 122.
» Ampliss. coll. , II , 29.
» dépendants de 1 église de Stavelot, >, et enfin le Bovingeis de la « Liste des possessions des abbayes de Stavelot et « Malmedy « dressée par l'abbé Wibald, désigneraient Bouvigny, à l'est de Malmedy, ou plutôt Bovigny, village situé au sud de Vielsalm.
Entre autres motifs allégués par l'auteur à l'appui de son opinion,- il en est un qui m'a surtout frappé. Le voici. Le Catalogue des vicariats porte : « Bouveignest, » alias mentis S*' Martini, Leod. dioec, concilii Stabu- » lensis. » Or il n'y a pas à douter que le Bovigny actuel ne soit ce Bouveignest, puisqu'on y retrouve encore de nos jours les ruines de l'église de S* Martin '.
Puisque la dénomination Boviniacum s'applique aussi bien , même mieux , à Bovigny qu'à Bouvignes , peut-on hésiter entre ces deux localités , alors qu'il est certain que la première , assez rapprochée de Stavelot , a appartenu à cette abbaye, tandis qu'on ne peut invoquer cette circonstance en faveur de Bouvignes ?
M. Ch. Grandgagnage fait aussi la remarque que les termes de l'acte de 1136 « (nunc in solitudinem redacta » et absque habitatore facta est) n ne peuvent s'appliquer à Bouvignes -; surtout, ajouterai-je , quand on voit, un demi-siècle plus tard, les habitants se joindre aux
' Ch. Grandgagnage, Mém. cité, 26.
» Ibid, 34.
chevaliers qui défendaient le château contre Bauduin de Hainaut.
Je ferai remarquer, de mon côté, que si la villa Boviniacum eût appartenu à l'abbaye de Stavelot, en 1146, c'eût été évidemment à elle , et non au doyen de Dinant et à l'abbé de Leffe qu'eussent été dévolus les droits de patronage et de collation de l'église de Bouvignes.
En présence de ce qui précède, force nous est donc bien de ne plus invoquer le texte de 883 en faveur de l'ancienneté de Bouvignes.
En suivant l'ordre chronologique nous retrouvons Gramaye. Ce fut, dit-il, notre comte Bérenger qui, le premier, tint le château de Bouvignes en fief de l'empereur. Il place cette inféodation en 932 ou 940, et il appuie son assertion sur d^ antiques chartes ou manuscrits^ Ces termes sont d'autant plus vagues que notre annaliste assigne deux
1 « Sub anno 940. Quoad rempublicam lego in schaedis veteribus Berin- » gerum comitem beneflcio Caesaris arcem Bovinii primum possedisse. " Ant. com. Nam., 65. — « ...et statuamus, quod extra controversiam est, » Beringarium hune comitem fidelem et amicum, id est, beneficiarium » imperatoris extitisse, et ejus rogatu tuendum accepisse titulo advocati » territorium Broniense... et amplius ab eodem Caesare arcem Bovinii... " possidendam fiduciario titulo obtinuisse. " Hist. Nam. , 14. En mai'ge du commencement de cette phrase on lit : « Ex diplomate Henrici imper, ubi " eo vocatur titulo , anno 932 " ; mais dans une autre édition (Amsterdam , Jansson , 1634) , la date " anno 932 » est placée entre les mots " imperator » et " extitisse ". — Galliot place cette inféodation en 932, dans son tome I, p. 61 ; et en 940 , dans son tome III , p. 269.
dates différentes à cet événement. J'ai cherché en vain à quel diplôme de 932 ou de 940 il fait allusion. Le seul que je trouve sous ces années ' est celui de 932, par lequel Henri l'Oiseleur place l'abbaye de Brogne sous la protection du comte de Namur, qu'il ne nomme pas , mais qui est sans doute le cornes Berengarius figurant parmi les témoins -. Or cet acte ne fait nulle mention de Bouvignes, ni de l'inféodation dont parle Gramaye. Comment, d'ailleurs , concilier le fait de cette inféodation de 932 ou de 940 avec cette autre assertion (tout à fait gratuite) de Gramaye lui-même, que le château de Bouvignes aurait été érigé par le comte Godefroid, en 1110 '?
En voilà assez , me paraît-il , pour démontrer qu'il faut se tenir en garde contre les schedae vstera de Gramaye , et qu'il convient plutôt d'imiter la prudente réserve de Croonendael.
Toutefois, je désire qu'on ne se méprenne pas sur mes intentions. Mon seul but, en écrivant ces lignes, est d'établir que nous n'avons aucune preuve certaine de l'existence de Bouvignes avant la fin du XIP siècle , et que les
' C'est aussi le résultat auquel est arrivé M. Alph. Wauters qui a eu l'obligeance de compulser à cet effet la Table chronologique des diplômes imprimés , dont le 1*"" volume paraîtra sous peu.
» MiRAEUs , 1 , 38. — Galliot , V, 278.
* « Quarum altéra (arx , le cliâteau proprement dit) ab antique superest " sub Godefrido comité, in coUis urbani praecipitio erecta (Anno 1110). » Altéra nomino Crepicordii.... " Gram.vye, Ànt. com. Nam., 65.
assertions de nos historiens , pour les temps antérieurs , ne reposent sur aucun fondement sérieux et sont même parfois évidemm.ent erronées. Mais, ces réserves faites, je suis tout disposé à croire que Bouvignes existait bien avant l'époque où nous allons rencontrer, pour la première fois, des documents contemporains qui la concernent.
Continuons notre examen.
Divers auteurs , notamment Schayes ', disent que Bouvignes prit rang de ville en 1176; d'autres reportent cet événement à 1173. Puisque Schayes s'étaye ici de Gramaye, je suppose qu'il entend par là qu'elle fut fortifiée en 1176. Ouvrons donc Gramaye.
En 1176, sous le régne de Henri l'Aveugle, Bouvignes, dit-il , fut entourée d'une enceinte murale qui avait fort peu de développement 2.
C'est encore là une affirmation légèrement hasardée. Il est fort téméraire d'assigner, en semblable cas, une date si précise. Je crois avoir démontré autre part que ces enceintes de villes ont été, en général, l'œuvre de longues années et parfois même de plus d'un siècle '.
* Je ne cite que Schayes (III , 383), parce que cet auteur est le dernier en date et parce qu'il est censé résumer tout ce qui a été écrit avant lui touchant l'origine de nos villes.
* « Anno 1176. Muro cincta sub Henrico caeco, sed exiguo circum- » scripta ambitu. « Gramaye , Jnt. com. Nam. , 65.
» Vrom. dans Nanun\ 1, 115, 116.
L'époque est, du reste, assez mal choisie, car elle fut pleine de soucis et d'embarras pour notre comte Henril'Aveugle.
Que si, pour 1 époque que nous venons de parcourir, nos annales sont muettes à l'égard de Bouvignes, c'est qu'aucun fait de l'histoire ecclésiastique ne se rattache à cette ville. C'est là, on le sait, à peu près l'unique source pour ces temps reculés , et c'est en effet dans un monument de l'histoire religieuse de nos contrées, la vie de S' Walhére ou Vohy, que nous trouvons la première mention de Bouvignes. En l'absence d'une légende contemporaine, les PP. Henschenius et Papebroeck ont dû se contenter d'insérer dans leur grand ouvrage ' une vie composée, en 1603, par le P. du Monin, jésuite namurois. L'auteur ne donne aucune date d'année; il se contente de dire que S* Walhère , né à Bouvignes - , mourut le 23 juin. C'est dans Fisen ^ que les savants Bollandistes ont pris pour date de cette mort l'année 1209, ce qui reporterait sa naissance et par conséquent l'existence de Bouvignes vers le milieu du XI P siècle environ. Malheureusement, comme on le voit, les renseignements
' Acta sanct. lîoU. , vol. 4 junii , p. 613 , 614.
2 " ...Boviniensi antiquo ad Mosam castello Namurcensis comitatus
oriundus.... »
' Fisen. Santa Lcqia , cfc. , \\h. XT , num. ni.
fournis par les Bollandistcs ont été puisés à une source, respectable sans doute, mais après tout assez moderne, et partant discutable.
Du reste, nous arrivons enfin à une époque où nous pourrons désormais marcher à l'aide d'écrivains contemporains.
On sait les guerres qui désolèrent le comté de Namur, à la fin du règne de Henri-l'Aveugie. Privé d'héritier, celui-ci avait assuré, en 1163 et 1184, à Bauduin de Hainaut, ses comtés de Namur et de Luxembourg. Mais bientôt la naissance d'Ermesinde , que l'équité appelait à recueillir cette succession, malgré les deux cessions faites par son père , vint mettre la mésintelligence entre l'oncle et le neveu. En 1188, Bauduin V s'empara de Namur, et par le traité qui s'ensuivit il fut stipulé que Roger de Condé, homme lige des deux souverains, serait chargé de la garde des châteaux de Namur et de Durbuy, pour les remettre au comte de Hainaut, à la mort de Henril'Aveugle. En attendant l'arrivée de Roger de Condé, le château de Namur fut confié à des seigneurs hennuyers , et Henri ainsi que quatre de ses principaux barons s'engagèrent à lui remettre également le château de Durbuy. Cette promesse ne fut pas gardée. Henri plaça des garnisons champenoises * dans Durbuy et Bouvignes; de
* Ermesinde avait été fiancée à Heni'i II, comte de Champagne.
telle sorte que, lorsque Roger vint réclamer la première de ces deux places, notre comte ne put et ne voulut la lui remettre. Ce fut le signal d'une nouvelle lutte. Les gardiens du château de Namur le livrèrent à Bauduin V, qui vint assiéger Bouvignes au mois d'août 1188.
La « Chronique de Lobbes « est d'un laconisme désespérant sur les faits de cette époque '. Assez brève aussi, une « Continuation de Sigebert « nous apprend du moins que Bauduin s'empara, en quinze jours, du château de Bouvignes et de la partie du comté de Namur située à l'ouest de la Meuse ^ Mais la principale source à consulter, pour tous les événements de ces années , est la « Chronique de » Giselbert » , écrivain contemporain , à qui sa qualité de chancelier de Bauduin valut d'être initié à tous les détails de la prise de possession du comté de Namur ^
Le château de Bouvignes , nous apprend-t-il , était défendu par un bon nombre de vaillants chevaliers et écuyers champenois et namurois ; il l'était aussi par les habitants
' « Balduinus , Haiaoensis cornes , Namurcum occupavitet Boviniuin. » Annales Laubienses, dans Pertz, VI, 25.
* « Mediante autem mense augusto ultra progreditur (Balduinus) , et » castellum ibrtissimum Boviniense obsidione cingens , post diem 15 viri- " liter cepit et omnem terrani citra Mosam comitatus Namurcensis sibi " subdidit. » Sigeberti continuatio AquicincUna, dans Pertz, VIII ,425.
' Gislcberti chronica Hannoniae , publiée par du Chasteler, Brux., 1784, in-4''. — Voy. aussi PiNCHART , De rinféodation 'In comté de Namur au comte de Hainaut.
du bourg qui étaient rompus au métier des armes. La place ne pouvait être enlevée qu'à l'aide de machines de guerre. Tandis que les assiégés attendaient le secours du comte de Champagne , toutes leurs murailles , à l'exception du donjon, furent renversées par le mangoneau. On prépara alors une autre machine, une perrière ', et celle-ci ayant été dirigée contre la tour, les assiégés furent forcés de se rendre. Une fois maître du château, qui depuis longues années se trouvait presque entièrement ruiné, le comte de Hainaut le restaura et y ajouta de nouveaux ouvrages de défense -.
Ce récit m'amène naturellement à faire quelques observations.
' On voit très-bien par les deux vers suivants de la Philippide de Guiliaume-le-Breton (Du Gange, au mot Mangoneilus), que la perrière était un engin plus puissant que le mangoneau :
« Interea grosses petraria mittit ab intus " Assidue lapides , mangonellusque minores.
* » ...ipse (Balduinus) mense augusto castrum Boviniam obsedit, quod » multis probis comitis Campaniensis militibus cum militibus comitis Na- » murcensis , qui in Namurco capti comiti Hanoniensi fidelitatem fecerant, " et servientibus probis , et hominibus ipsius villae probissimis quidem in " armis , munitum erat : quod quidem castrum forte absque machinis capi " non poterat. Obsessis autem succursum comitis Campaniensis expectan- " tibus , mûri eorum usque ad turrim per manghenellum diruti sunt ; pre- " parata autem alia machina, scilicet petraria, et illa turri insultum " faciente , obsessi milites castellum reddiderunt , et in pace ad propria " reversi sunt. Comes autem Hanoniensis castrum, per multos annos " antea quasi prorsus vastatum, renovavit et illud infortiavit. Haec autem " omnia gesta sunt anno Domini MCLXXXVIII. Capto autem castello " illo, ... » Chronica Gisleberti, 183, 184.
Quand Giselbert dit que ^ mûri eorum usque ad turrim -•5 per maiighenellum diruti suut « , je crois qu'il faut entendre par mûri , les ouvrages fortifiés qui , comme dans la plupart des châteaux de cette époque, entouraient le donjon ou le précédaient; et par turrim, le donjon, la place de refuge ou le réduit , fortification plus solide qui exigeait l'emploi de machines de guerre plus puissantes.
Par les mots « castrum per multos annos antea quasi » prorsus vastatum « , Giselbert fait-il allusion à quelque sac qui aurait eu lieu longtemps auparavant, ou bien veut-il dire que le temps seul avait opéré ces ravages ? En faveur de la seconde interprétation on peut alléguer que l'histoire ne mentionne aucune guerre dans laquelle le château de Bouvignes aurait eu à subir quelque attaque, si ce n'est peut-être à l'époque des invasions normandes ou sous les premiers ducs de Lotharingie. Dans l'un comme dans l'autre cas , nous trouvons dans ce passage de Giselbert une preuve de l'ancienneté de ce château.
Enfin il est à remarquer que Giselbert ne parle que du siège du château et de sa restauration , et qu'il ne mentionne le bourg ou le village (le mot villa n'ayant pas d'autre sens ici) que pour nous apprendre que ses habitants concoururent à la défense de la forteresse. Or, il est certain que si ce bourg eût été entouré de fortifications, le
chancelier de Bauduin les eût mentionnées, lui qui ne néglige aucune occasion de faire valoir son souverain. Les historiens plus modernes ont donc interprêté trop largement le texte de Giselbert lorsqu'ils ont dit que Bauduin s'empara de la ville de Bouvignes et rétablit ses fortifications ' .
Que Bouvignes ne possédât pas à cette époque une enceinte murale , cela ne doit nullement nous étonner : d'autres localités bien autrement puissantes n'en furent pourvues que longtemps après.
Quoiqu'il en soit, tout indique que Bouvignes commence à se développer. Ce hameau, obscur et ignoré jusqu'alors, va devenir une ville. En effet, un quart de siècle s'était précisément écoulé depuis le siège de 1188, lorsqu'elle reçut ses premières libertés de nos souverains Yolende et Pierre d'Auxerre (I, 1.) -.
Cette charte de commune, de 1213, est la pièce la plus ancienne du cartulaire de Bouvignes ; c'est auss.i la plus curieuse. Je ne m'y arrêterai toutefois que pour faire deux observations.
Il me paraît résulter des termes mêmes du préambule
1 Voy. notamment Delewarde, Hist. gén. duUainaut, III, 172. — •* Le » comte de Haynaut fit l'efaire ledit chasteau (de Bouvignes) et bien for- » tifier la ville. » Croonendael, au régne de Henri l'Aveugle.
2 J'indiquerai de cette manière (un chiffi'e romain et un chiffre arabe) les renvois au cartulaire qui suit.
que ce n'est point là une simple reconnaissance de droits préexistants , comme on le remarque dans plusieurs concessions de ce genre. C'est un nouvel état de choses qui s'introduit : Bouvignes, qui jusqu'alors ne jouissait d'aucune garantie, est assimilée dès lors au chef-lieu; elle prend rang parmi les villes libres. J'en conclus qu'avant cette époque, elle n'était qu'un village sans importance. On ne s'expliquerait pas sans cela comment les comtes Godefroid et Henri-l'Aveugle l'auraient laissée sans libertés, alors que, dans le siècle précédent, ils affranchissaient Brogne, Florelfe, Fleurus, Jamagne et probablement d'autres localités encore.
En 1217, quatre ans après l'affranchissement de Bouvignes, nous assistons à la consécration de son église (1,4). Ce fait ne prouve pas que la construction de cet édifice remonte précisément à la même date. Nous voyons déjà les prêtres de Bouvignes (« omnes sacerdotales ipsius w ville «) mentionnés dans la charte de commune de 1213, et d'ailleurs , une bénédiction par un doyen ou un autre prêtre a pu provisoirement tenir lieu de la consécration ou dédicace. Il y a plus : comme une église doit être consacrée chaque fois qu'elle subit une restauration complète,les actes du genre de celui dont nous nous occupons ne peuvent servir de preuve pour établir une date de construction. Toutefois les expressions « instituimus... »
dont se sert 1 evêque Thiery pour déterminer la part des revenus de l'église qui revient à ses patrons , et comment cette part doit être payée, semblent, jusqu'à certain point, indiquer qu'il s'agit ici d'une chose nouvelle ' .
Tout me porte à croire que ce fut aussi vers la même époque que Bouvignes reçut sa première enceinte de murailles. Une fois affranchie, son premier soin dut être de se garantir contre toute agression du dehors; car sans la sécurité , l'affranchissement qui venait de lui être accordé n'eût été qu'un vain mot. Ce fut là, on le sait, la principale et la constante préoccupation de nos communes, et, pendant plusieurs siècles, elles y consacrèrent la majeure partie de leurs ressources.
Le premier système de défense de Bouvignes dut être fort simple. Protégée d'un côté par le château, de l'autre par la Meuse, la ville pouvait se clore suffisamment en élevant deux murs perpendiculaires à la rivière , l'un vers Binant, le second vers Namur.
La nouvelle commune se montra reconnaissante envers les souverains qui avaient assuré son bien-être en lui donnant la liberté. En 1214, Walrand de Limbourg, qui avait épousé Ermesinde, fille de Henri-l' Aveugle , tenta de faire valoir ses droits au comté de Namur. Il rassembla
' A travers les multiples transformations qu'il a subies, l'édifice pourrait tKés bien avoir conservé des vestiges de cette époque,
une nombreuse armée , éleva le château de Taillefer et vint, mais sans succès, attaquer Bouvignes '.
C'est encore un texte très laconique qui nous a transmis le souvenir de cet événement , et nous n'y voyons pas s'il s'agit du siège du château seul , ou du château et de la ville.
Gramaye rapporte qu'en 1216, sous le comte Henri de Vianden, l'enceinte urbaine fut reportée en avant, sur le penchant de la montagne qui domine la ville -.
Il est à remarquer d'abord qu'il y a ici erreur de date, Henri de Vianden et Marguerite de Courtenay, sa femme, n'ayant pris possession du comté de Namur qu'en 1228 ou 1229. En second lieu, pour quiconque connaît les localités , les termes si vagues dont se sert Gramaye ne peuvent s'appliquer qu'au château ou à Crèvecoeur. Or ce n'est point Crèvecoeur qu'il a en vue, puisque lui-même, quelques lignes plus bas, en reporte la construction à 1320. S'agirait-il donc du château ? C'est ce que je no voudrais affirmer. Du reste, on a déjà vu, par ce qui
' " Walerandus exercitum magnum congregat , castrum novum lirmat " quod Incident ferriim appellat. Bovinium impugnat, sed non profîcit. <• Chron. Lamberti Parvi a Reinero coîit. dans VAmpliss. coll. , V. 51.
* " Pomoeria producta per clinum (clivum) urbi imrainentem sub Ilen- " rico Viennensi. Anno 1216. « Gramaye. Ant. com. Nam. , 65. — Notez que l'auteur parle préccdemniont de la ville et non du château. — Je suppose qu'il entend ici pa,r pomoeria , la muraille même et non l'espace réservé au-dedans et en dehors des murs.
précède, qu'il est bon de ne pas attacher trop d'importance à toutes ces dates de constructions hasardées par Gramaye.
Les chroniqueurs nous laissent dans l'ignorance sur le rôle que joua Bouvignes depuis le siège de 1214 jusqu'à la fin de ce siècle.
Parmi les quelques actes que nous trouvons dans le cartulaire pour cette même période d'années , il en est un de 1253 , sur lequel j'attirerai l'attention : c'est l'acte de fondation de la chapelle annexée à l'hôpital de S* Nicolas (I, 8). On peut raisonnablement supposer que l'hôpital lui-même existait déjà depuis un certain temps. Peutêtre en était-il de même de la léproserie, bien que nous ne puissions constater son existence qu'à l'année 1314 (1,36).
Des institutions semblables prouvent l'importance qu'avait acquise Bouvignes. Dut-elle cet accroissement à l'industrie qui fit plus tard sa richesse? Il est permis de le supposer, mais encore une fois nous n'en avons nulle preuve.
Dans les dernières années du règne de Guy de Dampierre, commença cette cruelle et interminable guerre entre Bouvignes et Dinant qui désola le pays pendant près de deux siècles. Fut-elle véritablement causée, comme le dit Croonendael, par « une vraie jalousie de gloire et
» pour soy mesler cVim mesme mestier de basterie '. w Je suis assez disposé à le croire , bien que les documents que nous allons examiner ne disent pas le motif de cette rivalité si funeste aux deux villes. Il est du moins certain que l'industrie du cuivre était déjà à cette époque assez florissante à Bouvignes , puisque nous trouvons les batteurs formant un corps de métier, dans un diplôme du P^" septembre 1296 - sur lequel je reviendrai plus bas. Il est également certain qu'une compagnie de Lombards, ces banquiers du moyen âge , s'était dès lors aussi établie à Bouvignes (I, 24 et 31); fait qui dénote, à mon avis, certain développement du commerce.
Déjà, en 1290, nous assistons à un compromis sur des différends mus entre Dinant et Bouvignes , à propos des droits de winage et de violences exercées par les Dinantais (1 , 15). Trois ans plus tard, en 1293, un autre document nous montre de nouveau la discorde existant entre les deux cités, au sujet de leurs limites respectives, et nous initie aux difficultés qui surgissaient journellement entre elles (I, 16). Ces difficultés sont contemporaines, elles sont sans doute aussi le prélude de la guerre qui éclata la même année et qui est la plus ancienne dont le souvenir se soit transmis jusqu'à nous. Les détails font
' Croonendaei. , au régne do Jean I«^
^ Diplôme publié dans les Annales de la Soc. Archéol. de Namnr, VI, 42S.
malheureusement défaut. Nous voyons seulement dans les vieux annalistes liégeois qu'en 1293, Guy de Dampierre ayant réclamé des Dinantais certaine somme d'argent qui lui avait été promise du chef de dettes contractées par son fils, l'évêque Jean de Flandre, une guerre implacable éclata entre lui et la principauté de Liège, mais surtout entre Bouvignes et Dinant ' .
Les hostilités duraient peut-être encore , lorsque notre comte et l'évêque Hugues de Châlons s'entendirent pour rédiger un compromis qui porte la date du P*" septembre 1296. Ils y déclarent que dans l'intérêt des deux pays, ils se soumettent au jugement que porteront quatre arbitres désignés par eux. Ces arbitres décideront de tous différends qui pourraient surgir entre les deux états, sauf toutefois qu'ils n'auront pas à s'occuper des débats existants à cause des hommages des châteaux de Beaufort
1 « His temporibus Guidone praedicto promissam pecuniae summam y pro debitis filii sui a Dionantensi repetente, inter ipsum et patriam » Leodiensem , et maxime inter Dionantum et Boviniam exoritur dura " guerra. « Hocsemius, dans Chapkaville, II, 324. — " Anno 1293. Gui- » done comité Flandriae, pâtre Johannis de Flandria pridem Leodiensis x episcopi , repetente à Dionantensibus promissam pecuniae summam pro « debitis fllii sui inter ipsum et patriam Leodiensem , et maxime inter - '• Dyonantum et Boviniam oppida sibi ad tractum balec vicina, dura exorta " est guerra, implacabilis et immortalis, nec usque in praesentem diem •• plene sopita. » Zantfliet, dans YAmpliss. coll. , V. 132. — La date n'est pas clairement indiquée par Hocsem; il semblerait que c'est 129-i; mais, par ce qui suit immédiatement , on voit que ce dut être en 1293 , ainsi que le dit Zantklikt.
et de Gosnes , de la Calenge de Dinant et des statuts des batteurs en cuivre de Dinant et de Bouvignes * .
Les Dinantais recommencèrent les hostilités le 2 novembre de l'année 1319. Ils eurent d'abord le dessus; mais bientôt, soutenus par un renfort que leur avait envoyé le comte Jean P"", les Bouvignois attirèrent leurs ennemis dans une embuscade , les défirent complètement et , au dire des Dinantais , massacrèrent de sang-froid , après l'action, une trentaine de prisonniers. Excités par les vaincus , les Liégeois forcèrent leur évêque , Adolphe de La Marck, à entrer en campagne au mois d'avril 1420, et à venir ravager le comté de Namur. Le duc de Brabant parvint à faire conclure une trêve de deux ans. Elle durait encore lorsque les Dinantais se mirent à élever la tour de Montorgueil dont les Bouvignois tentèrent vainement de s'emparer. Ces voies de fait nécessitèrent une nouvelle sortie des Liégeois. Après la fête de S* Jean- Baptiste 1421 , l'évêque arriva devant Bouvignes à la tête d'une armée formidable. Il la tint bloquée pendant 41 jours, fit jouer contre ses murs le bélier et le chat, mais il ne parvint pas à dompter la résistance des Bouvignois , et il dut abandonner l'entreprise le 4 août.
Tel est le récit très succinct des faits qui se passèrent à
' Diplôme du V septembre 1296 cité plus hau(.
cette époque. Ils sont rapportés d'une façon assez détaillée par Jean d'Outremeuse , Hocsem et Zantfliet '.
Malheureusement nous n'avons ici pour guides que des chroniqueurs liégeois, c'est-à-dire plus ou moins partiaux. Nos pères ont cela de commun avec les Carthaginois qu'ils n'ont laissé aucun historien. C'est une circonstance dont il est bon de tenir compte lorsqu'on étudie l'histoire de nos différends avec la principauté de Liège.
C'est aussi à des sources liégeoises qu'a puisé Croonendael qui écrivait à la fin du XVP siècle, et auquel on peut en général ajouter foi. Il raconte cette guerre avec plus de détails encore que Hocsem et Zantfliet ^
■" " ...episcopus, anno Domini 1321, post festum B. Joannis... cum 33 » militibus et equitibus plus quam centum numéro galeatis, 41 diebus " Boviniam obsidione vallavit , muros arietibus quatiendo. » Hocsemius , dans Chapeaville , II , 376 à 378. — « Anno Domini 1321 post festum beati " Bapt. Johannis, Adolphus Leodiensis episcopus... cum militibus triginta » tribus et peditibus suae terrae sexaginta millibus Boviniam quadraginta » et uno diebus obsidione vallavit , muros arietibus et catto fréquenter '• conjiciendo.... " Zantfliet, dans ÏAmpliss. coll., V, 176 à 178. — Ici, je suis obligé , pour ne pas allonger démesurément ces notes , de donner seulement les extraits qui concernent le siège de Bouvignes. — Voy. aussi sur cette guerre, les passages de Jean d'Outremeuse cités par M. Poiain, Hist. de Liège, 11 , 92 et suiv.
* « Le peuple de Dinant meust guerre à ceux de Bouvignes le second de » novembre l'an 1319 ; les Bouvignois se trou vans malmenez , pour estre " surpris, le mandent à leur comte, lequel, ce entendant, leur envoia " secrettement secoui's. Iceluy receu, sortirent à la guerre vers Dinant en " la manière accoutumée , sans faire semblant qu'ils estoient renferrez, le » 20 de février l'an 1320, tant à pied qu'à cheval. Reconneus par les Dinan- " tois, sont assaillis et si avant poursuivis , car ils firent semblant de fuir,
C'est donc à l'année 1320 qu'il faut reporter l'érection de la tour de Montorgueil, construite en face de Bouvignes, sur le territoire namurois. D'après Groenendael, ce fut en représailles, et le nom semble l'indiquer, que les Bouvignois élevèrent la tour de Crèvecoeur sur le rocher
» qu'ils attirent leurs ennemis jusqu'à Atis où estoit dressée l'embûche. " Là, furent déffaits les Dinautois et touts taillez en pièces, mesme les pri- » sonniers , à froid sang. La mort de leurs prisonniers entendue , les Di- » nantois envolèrent à Liège pour conseil , et leur octroya l'évesque ayde , « bien envis, veu la forme du fait ; de manière que les Liégeois entrèrent au " pays de Namur, bruslans et gastans 30 seigneuries de ce costé ; mais par » l'intercession du duc de Brabant, trêves furent accordées pour deux ans, « durant lesquels , non obstant icelle , les Dinantois bastirent une tour » qu'ils appeloient Montorgeuille , et sur icelle dressèrent un engin par » laquelle jettans dedans Bouvignes de très grandes pieiTes abbattirent » aucunes maisons, navroient et blessoient les personnes, mesme avec eau y> chaude et chaux bouillantes et autres telles sortes. De quoy advei^ty, « ledit comte envoya incontinent gens dedans sa ville. L'évesque de Liège, de ce fasché, se mit en campagne avec son cousin le comte Vandemberghe et son frère le comte de la Marche , bruslant et gastant le pays de Namur et mit le siège devant Bouvignes le 26 juin 1321 , lorsque la trêve avait encore à durer 10 mois. Il fit bastir un grand engin qu'ils appeloient chat , avec lequel ils endommageoient foi^t la dite ville , par la diligence d'un chanoine de Liège , Henry de Petershem , vaillant homme de sa personne, qui le gouvernoit; mais ce fut pour néant.... Cependant le dit évesque et Henri de Petershem pressant la dite ville , firent tant par le moyen de leurs engins que un grand pan de muraille d'icelle tomba le premier d'aoust. Mais le dit comte Vandemberghe qui demanda l'honneur de l'assaut , gaigné , comme disent les annales de Liège, par le comte de Namur, différa de le donner jusqu'au lendemain, donnant ainsy aux Bouvignois moyen et loisir de se remparer, ce qu'ils firent en grande diligence, de manière que le lendemain , n'y avait moyen de venir aux mains , (luoy voyant , l'évesque leva le siège le 4 du dit mois. " CROONENnAKi, , régne de Jean I'"'".
escarpé qui domine leur ville '. Bien qu'il ne donne pas la date de cette seconde construction, il faut nécessairement admettre qu'elle était déjà en état de défense lors du siège de 1321 ^; sans cela, il serait impossible d'expliquer la longue résistance des Bouvignois et l'insuccès de leurs adversaires. Je ne trouve cependant aucune mention du nom de Crèvecœur à cette époque; mais, en revanche , cette forteresse figure dans le plus ancien compte du domaine qui soit parvenu jusqu'à nous, celui de 1355-1356 (II, 325). S'il est, d'ailleurs, un point bien constaté aujourd'hui, c'est l'intelligence vraiment remarquable qui a présidé à tous les travaux militaires du moyen âge. Quand on les examine , en ayant soin de tenir compte de l'époque où ils ont été exécutés, on se convainc que tout a eu sa raison d'être. Or on ne peut guères admettre que les Bouvignois n'auraient point reconnu l'importance de la position de Crèvecœur, importance telle ■que toute défense devenait impossible du moment où cette position était au pouvoir de l'assaiUant. Je crois donc
1 « ...et l'autre appelé Crèvecœur, que n'est qu'une forte tour, si haulte » que semble ung abisme à ceulx qui en regardent vers l'embas , bastie » par ceulx de la dite ville contre ceulx de Dinant et la tour de Mont- » orgueil , et en despit d'eulx , dont il a pris nom. » Croonendael , dans les Monuments, etc., I , xxii.
* Ici je me trouve d'accord avec Gramaye : « Altéra (arx) nomine Cre- " picordii ad invidiam contra Dionantenses extructa in édita rupe , unde " in urbem Dionantensem prospectus. " Ant. com. Nam. , 65.
qu'ils ont dû l'occuper dès le principe , sauf à n'y établir un ouvrage en maçonnerie, une tour, comme on disait alors, qu'à l'époque de la guerre de 1320.
A la diiférence du Château proprement dit, qui conserva son caractère féodal jusqu'à la fin, il semble que Crèvecœur doive être considéré comme une fortification essentiellement communale.
Il est vrai que le châtelain de Crèvecœur, son portier et ses guetteurs sont nommés et payés par le souverain. Il est vrai aussi que , dans le principe , les travaux d'entretien de la tour sont , du moins en partie * , à la charge du domaine. Mais dès la fin du XV^ siècle, c'est-à-dire à l'époque où Crèvecœur acquiert plus d'importance, c'est la commune , sur le territoire de laquelle cette forteresse a été construite, qui, seule, y fait exécuter les travaux d'agrandissement, et le souverain n'intervient plus dans la dépense que par des subsides (I, 172, 195, 208; II, 270). Aussi lorsqu'au XVIP siècle le gouvernement espagnol fait démanteler Bouvignes, les murailles urbaines et Crèvecœur restent la propriété de la commune, tandis que le château continue à faire partie du domaine de nos souverains, jusqu'au moment où la République française le déclare propriété nationale.
' Le domaine seul intervenait-il? C'est ce qu'il est impossible de décider eu l'absence des comptes communaux des XIV* et XV« sif^cles.
D'après Gramaye, ce serait aussi vers 1320 que la ville aurait fait élever ses principaux ouvrages de défense '. Entend-t-il par là des fortifications qui, dès lors, auraient relié Crévecoeur à l'enceinte urbaine? C'est ce que je ne voudrais affirmer, mais le fait lui-même est admissible.
De quelques vers assez obscurs de la Chronique rimée de Floreff^, on peut aussi conclure que, vers le milieu du même siècle -, la comtesse Marie d'Artois fit construire ou plutôt réédifier le donjon du château sur une partie plus élevée de la montagne ^
Après le siège de 1321, qui forme une dès plus glorieuses pages de ses annales , la ville de Bouyignes jouit d'un long repos. Il ne paraît pas avoir été troublé par les nouveaux démêlés de peu d'importance qui éclatèrent encore entre Namur et Liège, durant le long règne de Guillaume P'' \
J'ai dit ailleurs que cet intervalle de paix, qui dura plus d'un siècle , fut très favorable au développement de
' " Circa an. 1320. Munimenta urbi praecipua accesserunt procurante " senatu. » Gramaye, Ant. corn. Nam. , 65.
" Elle fit exécuter ces travaux pendant son veuvage , dit l'auteur ; par conséquent après 1331.
' Voy. ces vers , tome I , p. .8 de ce Cartulaire.
* Voy. les actes de 1345 , 1384 et 1385 publiés dans les A7in. de la Soc. Arch. de Namur, VI , 429 et suiv.
l'industrie namuroise '. Jean l" et surtout Guillaume I^ signalèrent leur administration par des privilèges accordés aux communes, des règlements pour les corps de métiers et de nombreuses concessions relatives aux travaux métallurgiques. Parmi ces actes figure celui du 17 juin 1328, le premier monument authentique de l'industrie qui fit la richesse de Bouvignes (I, 40). Le seul fait du monopole des derlières d'Andoj, les plus productives du comté, accordé aux batteurs de cuivre bouvignois, prouve à lui seul l'importance de leurs travaux.
Quelques rares qu'ils soient, les diplômes émanés de Guillaume P"" suffisent pour démontrer que les meilleurs rapports existèrent entre lui et la commune. Les facilités qu'il accorda aux milices bourgeoises, par l'acte du 28 juillet 1342 (I, 48), prouvent le cas qu'il faisait de leur bravoure et de leur fidélité ; et nous voyons, par l'ordonnance de 1375 (I, 50), que l'industrie des batteurs en cuivre attira justement son attention. J'infère aussi de ce dernier document que ces batteurs se livrèrent particulièrement à la fabrication des ustensiles, et non à ces ouvrages d'art auxquels les batteurs de Dinant durent leur renommée.
En 1357, alors que la commune de Namur travaillait à établir sa quatrième enceinte, Guillaume P"" lui avait
• Promenades dans Namur, 1 , 290.
abandonné la propriété des warisseaux ou terrains vagues sur lesquels allaient s'élever les nouvelles fortifications '. Le même souverain fit une cession semblable à la commune de Bouvignes, le 2 juillet 1383 (I, 57). Ces deux faits rapprochés l'un de l'autre et certains passages de ce dernier diplôme m'avaient porté à croire que Bouvignes agrandissait alors son enceinte \ Toutefois , c'est un point qui ne m'est pas suffisamment prouvé, et dont je dois abandonner la solution à celui qui entreprendra d'écrire l'histoire de cette commune. Ces sortes de questions ne peuvent être tranchées qu'après un minutieux examen fait sur les lieux.
Il est du moins certain qu'on travaillait alors aux fortifications de la ville. Il ressort également d'un passage du compte communal de Namur, de 1388, que des travaux étaient exécutés presque en même temps à Crèvecœur, travaux considérables puisqu'ils avaient nécessité un architecte en titre '.
Du reste, je ne pourrais trop répéter à ce propos, que ces enceintes de ville furent toujours (du moins chez nous) l'œuvre de longues années. Comme je l'ai dit aussi , ce fut la constante préoccupation de nos communes. Qu'on ouvre
' Promenades dans Namur, 1 , 297.
* Voy. aux Annexes, II , 325.
3 Voy. dans ce Cartulaire, la note de la page 58, tome I.
leurs comptes , on les trouvera sans cesse occupées de ces travaux de défense. Telle partie de l'enceinte urbaine jugée faible est modifiée ou munie d'une tour; tel angle de mur plus exposé aux coups de l'ennemi est pourvu de larges traitiéres ou d'une canonière; telle porte qui, dans le principe , ne se composait que d'une espèce de donjon carré ou défendu par deux tours semi-sphériques, est plus tard cachée par une bastille élevée au delà du fossé , et construite d'abord en poutres , terres et fascines , et plus tard en maçonnerie. Puis, ces fortifications mises enfin en bon état , on en construit de nouvelles qui enceingnent les faubourgs et qui exigent les mêmes tâtonnements , les mêmes dépenses. Celles-ci sont plus que doublées, car tout en améliorant la nouvelle enceinte, on entretient encore soigneusement la première. En un mot, c'est un travail incessant qu'on peut assez bien comparer à celui de l'abeille. Or on pourra juger de l'importance relative de ces travaux quand on saura que la maçonnerie de la tour S* Jacques, à Namur, coûta 3,078 moutons, somme qui représente plus des trois quarts de la recette communale de cette année '. Est-il possible après cela d'assigner une année précise à la construction de toute une enceinte de ville?
' Promenades dans Mamur, 1 , 221 , note 4.
Ce furent ces travaux considérables et continuels qui nécessitèrent les octrois, actes par lesquels le souverain autorisait une commune à lever temporairement certains impôts dont le produit devait être appliqué aux charges publiques et surtout aux ouvrages militaires. En ce qui concerne Bouvignes , la plus ancienne concession de ce genre qui soit parvenue jusqu'à nous est celle du 18 mars 1423 ; mais les termes mêmes de son préambule démontrent fort bien que ce n'était pas la première (I, 104). A dater de cette époque, ces octrois furent constamment renouvelés et l'on y remarquera, à l'appui de ce que je viens de dire, qu'ils ont principalement pour but de créer les ressources nécessaires pour payer les travaux de fortification.
Cette période de tranquillité , qui avait commencé après la guerre de 1319-1321 , cessa vers la fin du règne de Jean III. Déjà des voies de fait, sur lesquelles nous ne possédons aucun détail, avaient été perpétrées par les Dinantais et les Bouvignois, et avaient amené les diverses transactions de 1420 et 1422 insérées dans ce Cartulaire (1 , 65, 90, 93, 99 et 102). Les rancunes, qui paraissaient assoupies, se réveillèrent avec force en 1430, et alors éclata une de ces luttes sans merci dont l'histoire de nos contrées ne fournit que trop d'exemples.
Cette guerre a été longuement racontée par divers
chroniqueurs liégeois et notamment par Jean de Stavelot '. Je me contenterai d'en donner ici un résumé très succinct.
Le premier acte d'hostilité paraît avoir été une tentative faite sur la tour de Montorgueil , par Jean Blondeau , le 5 février 1430. Philippe-le-Bon prit la responsabilité de cet acte, et plus tard, parmi les griefs qu'il fit valoir contre la nation liégeoise, il reprocha aux Dinantais d'avoir déclaré qu'ils maintiendraient Montorgueil en dépit de lui. Durant les pourparlers qui s'ensuivirent, Jean III mourut {V mars) et son comté revint à Philippe-le-Bon, qui prit possession de Namur le 13 du même mois. Il y avait donné rendez-vous aux Liégeois pour traiter de la paix. Malheureusement, il existait alors au pays de Liège deux
' Jean de Stavelot, p. 243 et suiv. Cette chronique publiée et annotée par M. Ad. Borgnet, fait partie de la Coll. des ctiron. belges éditées par la Commission royale d'Histoire; c'est la meilleure source à consulter pour cette époque. Il importe cependant de lire aussi : Adrianus de Veteri Busco, dans VAmpliss. coll., IV, 1202 à 1206; et Zantfliet, Ampliss. coll. , V, 420 à 423 et 427. — De Dynter, chronique publiée par M. de Ram (Coll. des cliron. belges) n'apprend pas grand'chose , et la Chronique rimée de Floreffe, tome XIII, pp. 136 et 137 des Monuni. pour servir à l'hist. des prov. de Namur, etc. (même collection) apprend encore moins.
Une autre source à consulter est l'œuvre de Suffridus Petrus dans Chapeaville, III, 121 et suiv. L'éditeur y a ajouté des annotations qu'il dit avoir tirées de Joannes Stabulaus. Je remarque en effet que ces annotations reproduisent, en latin et un peu abrégé , le texte de Jean de Stavelot donné par M. Ad. Borgnet.
Enfin , je renvoie aux extraits de comptes insérés dans les Annexes de ce Cartulaire , II , 326 à 329.
partis bien tranchés. Ceux qui avaient tout à perdre dans une guerre contre le puissant duc de Bourgogne , inclinaient à la paix; mais le commun peuple et les gens de métiers poussés par les Hutois et les Dinantais, qui, sans doute à cause du voisinage , gardaient plus de rancune aux Namurois, voulaient la guerre à tout prix. Sur ces entrefaites, les Hutois s'emparèrent par surprise du château de Beaufort qu'ils détruisirent de fond en comble. De leur côté, les Dinantais, aidés de la garnison d'Orchimont, tentèrent, mais vainement, de s'emparer, par surprise, de la tour de Crèvecœur dont ils avaient corrompu le portier (18 avril). Tout espoir de paix s'évanouit dès lors. Le 24 juillet 1430, l'armée liégeoise se mit en campagne, détruisit les châteaux de Golzinnes et de Poilvache, et vint mettre le siège devant Bouvignes vers le 28 juillet. Ce siège dura tout un mois. Les bourgeois virent leurs tours et leurs murailles renversées par les bombardes ennemies, mais ils repoussèrent vaillamment les plus rudes assauts. Le 28 août, les Liégeois désespérant de les réduire, brûlèrent leurs « logis ^ et se retirèrent « tout , r> confus » vers Dinant, d'où ils regagnèrent leur ville. Cet échec ne termina pas la guerre qui fut à peu près aussi dommageable à l'un parti qu'à l'autre. Enfin, une trêve conclue la même année fut convertie en paix définitive le 15 décembre 1431.
En terminant le récit de cette guerre, l'auteur de la Chronique rimée de Fhreffe forme le vœu que
...Jamais plus Dieu ne consente Que guerre soit entre Liégois ,
N'entre les gentis Namurois !
Ce souhait ne fut pas exaucé, comme on va le voir. Il y eut cependant, après la guerre de 1430, un assez long intervalle de paix, pendant lequel la courageuse commune répara les pertes qu'elle avait essuyées durant cette périlleuse épreuve. De même que les princes de la maison de Flandre , Philippe-le-Bon s'appliqua à protéger l'industrie bouvignoise (1 , 121 , 125). Il existe notamment, sous la date du 15 juin 1462, un édit par lequel ce prince défend d'importer dans ses états tout ouvrage de cuivre qui ne serait pas sorti des ateliers de Dinant ou de Bouvignes.
La guerre éclata de nouveau dans les dernières années du règne du duc Philippe ; mais ici nous n'assistons plus à une simple lutte de ville à ville : c'est la patrie liégeoise tout entière qui se soulève pour défendre sa nationalité menacée par la maison de Bourgogne.
On connaît la vengeance atroce que Philippe-le-Bon
tira dés malheureux Dinantais. L'avant-gardo de son
armée arriva devant leur ville, le 17 août 1405, et le I «
siège commença incontinent. Le 25, abandonnée des bannis liégeois et des exaltés qui l'avaient poussée vers sa ruine, Dinant se rendit. De Bouvignes, où il se tenait depuis le commencement de l'attaque , et d'où il partit le V' septembre, le vieux duc put assister à la ruine de la malheureuse cité ' .
Si l'on pouvait se fonder uniquement sur les dires des Dinantais , ce seraient les Bouvignois qui seraient entrés les premiers en campagne. Le fait me paraît douteux. Ce qui ne l'est aucunement , ce sont les violences et les ravages qu'exercèrent réciproquement les deux partis '.
' Pour cette époque , je ne puis mieux faire que de renvoyer à la notice de M, Ad. Borgnet : Sac de Dinant par Cliarles-le-Tcme'raire, 146G, publiée dans les A7in. de la Soc. Arch. de Namur, III , 1 à 92, et aux sources où il a puisé. — En ce qui concerne plue particulièrement Bouvignes, on consultera avec fruit : Gachard, Documents inédits concernant l'histoire de la Belgique, II , 208 , 219, 220, 221 , 232, 236 , 329 , 343, Soô.—Ménwires du sire de Uaynin , 1 , 63 , 64 , 72 , 73. — Mémoires de J. du Clercq, IV, 272 , 273, 278.— Adrianus de Veteri Busco , dans VAmpliss. coll., IV, 1295. — Amelgardi excerpta, dans YAmptiss. coll., IV, 747 à 751. — Commines, liv. II , chap. I.
* Voici quelques détails précis qui me sont fournis par les Comptes de la Chairie de Bouvignes, de 1465-1466, et 1466-1467 (arch. gén. du Roy.) : Biesme et Oret , brûlés ; — Flavion , le moulin brûlé , les habitants en fuite ; — Sart-Eustache , Maison, etc., les habitants se sont enfuis « au " mieulx que il ont pou. « — Anhée , » aucune chose n'y a esté cherue ne » labouré , ainchois lesd. de Dinant ont tous ars et brûlé " ; les terres sont •' demeurées en ruyne depuis la S' Jean-Baptiste 1465 jusque l'an 1467. « — Redevances en épeautre dues au souverain à Gougnies, Anhée, Flavion, Walcourt , Ohey, Biesme , Sommières , Wespin , Rostenne , Hontoir : le receveur ne reçoit rien à cause « des guerres, m — Recettes en avoine ,
L'auteur du Sac de Dinant rapporte le fait des Diii tintais massacrant les deux messagers que leur envoyaient les Bouvignois, pour les engager à se soumettre au duc de Bourgogne ; mais il hésite à croire à de tels actes de férocité, tout en ajoutant néanmoins qu'ils ne sont pas invraisemblables '. J'avoue que je n'éprouve pas cette hésitation. Nous retrouvons la même barbarie chez leurs ennemis. C'est « à la grande requeste de ceux du dit r Bouvines » , dit Commines , que le comte de Charolais fit noyer bon nombre de Dinantais ^ Le sac commencé, ^ on voyoit, rapporte Haynin, ceux de Bovines par n haine anciennes bouter le feu es maisons qui ne vou- » loient esprendre « ^ Enfin, alors que l'incendie a dévoré Dinant, un autre auteur contemporain nous montre les Namurois et les Bouvignois s'acharnant à enlever ou à détruire tout ce que le feu avait épargné ^
en argent , en chapons : néant. — Droits de bourgeoisie : néant. — Par contre , la recette étant nulle , le receveur ne paie non plus ni rentes , ni gages d'officiers. — Le second compte cité offi-e à peu prés les mêmes résultats ; il y a toutefois une amélioration. Au compte de 1467-1468, la recette et la dépense sont rétablies en majeure partie , comme avant la guerre. » Ad. Borgnet, Sac de Dinant, etc., 41.
* Commines, liv. II , chap. I.
* Mém. du sire de Haynin, 1 , 72.
* « ...et sic tota villa fuit combusta, et quod supererat Namurcenses et » Bovinienses suppleverunt , rapientes et destruentes omuia. " Adrianus DE Veteri Busco, Ampliss. coll.. IV, 1295, Diarium. — On lit aussi'dans un fragment d'AoKiRN dk But, a {irnpos de la destruction de Dînant ;
— hU —
Avons-nous le droit de révoquer en doute de tels actes, alors qu'au XVI IP siècle la nation qui se dit la plus policée du globe a su égaler, si ce n'est même surpasser, par les horreurs de la révolution française, celles que les âges précédents nous avaient transmises? Pour l'époque qui nous occupe , ces actes n'étaient que la conséquence des haines et des rancunes que deux siècles de lutte avaient amassées dans les cœurs des Dinantais et des Bouvignois. C'était là d'ailleurs le fait des forcenés de chaque parti, et il serait injuste d'en rendre les deux communes solidaires. Ce qui le prouve assez c'est que, la guerre terminée , on vit nombre de notables bourgeois de Namur se porter caution pour de malheureux Dinantais qui avaient été mis à rançon ou admis à composition par le duc >.
Après cette catastrophe, Bouvignes respira. Sans doute, elle gagna momentanément à la destruction de sa rivale. Toutefois, dès le 15 septembre 1466, la commune de Namur était provisoirement autorisée à recueillir les
" Verum illi de Bovynes ex coUectis lapidibus ponte extructo se fortifica- « verunt. » De Ram, Documents , etc., p. 370.
J'ajouterai ici , en passant , que le comte de Charolais fit déposer dans l'église de Bouvignes la châsse de S* Perpète qu'il avait sauvée au péril de ses jours, lors de l'incendie de la collégiale de Dinant. Bouvignes fut obligée plus tard de restituer ce dépôt. Voy. Gachard, Analectes, 319. — Les diverses pièces relatives à cette restitution se trouvent en entier dans les Acta Sanct. Belgii, à la vie de S' Perpète, II , 321 et suiv.
» Voy. plusieurs exemples dans Sac de Dinant , p. 86 à 91.