Cartulaire de la commune de Couvin;
Je ne demanderais pas mieux que de faire remonter l'origine de Couvin au temps de l'occupalion romaine. On dit que des médailles et autres objets antiques ont été trouvés sur l'emplacement de l'ancien château. Quand? Où sont-ils? Qui les a vus? A ces questions on ne donne que des réponses vagues, en présence desquelles je crois devoir me renfermer dans une prudente réserve et attendre des découvertes plus précises *.
C'est bien malgré moi encore que je repousse comme
' « Lors de la démolition de l'ancien château de Couvin (en 1673?) on découvrit une profonde cavité remplie d'ossements de bêtes fauves et de bois de cerfs. Dans d'autres souterrains on trouva quantité de médailles très-antiques, ainsi qu'une petite statue en ivoire, d'un travail exquis, et queje crois être encore en la possession de M. H., propriétaire de l'emplacement du vieux château. » Promenades hisloriqucs dans le pays de Licge, par le docteur B...Y (Bovy), Liège, 1838, t. I, p. 289. « Les nombreuses monnaies romaines que l'on a trouvées et que l'on trouve encore dans l'ancien emplacement du château et dans ses environs... » (Comte de ViLLEKMONT, Essai histori<^nc siii- Couvin et sa cliûtcUcnic, p. 2.)
apocryphe ce passage du chroniqueur Jean d'Outremeuse où il est dit que Sedros, fils de Tongris, roi de Tongres, jeta les fondements des villes de Namur, Ciney, Fosses, Couvin, Walcourt, etc., vers l'an 534 avant Jésus-Christ '.
Enfin, la tradition rapporte que lors de la translation du corps de saint Germain, en 754, le roi Pépin le Bref, pour consacrer le souvenir de ce fait, fit présent de la terre de ^Couvin à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés \ Le diplôme publié à cette occasion n'existe plus. Mais le savant historien de ce monastère célèbre établit à l'évidence que la donation de Pépin ne comprenait que la terre de Palaiseau, aux environs de Paris ^
Ce n'est réellement que dans la seconde moitié du IX^ siècle que le nom de Couvin (Cuhinium) apparaît pour la première fois dans un document authentique. Par diplôme daté de Saint-Denis, le 20 avril 872,
' " Puis fist Sedros, sour II rivières corantes qui ont nom Mouse et Sambre, I vilhe qu'ilh apellat Sedros, qui puis fut nommée Namut,... la vllhe c'on nom ors Cinay, .... Fosse, Tuwien, Covien et Walecourt. » fLy mijreur des histors, I, 244.)
- C^e DE ViLLERMO.NT, op. cit., p. 5. — L'abbaye de Saint-Germain-des- Prés, prés de Paris, fut fondée vers l'an 556 par Childebert, fils de Clovis, et porta jusqu'en 754 le nom de monastère de Sainte-Croix et de Saint- Vincent.
3 BoLiLLARD, Hisloii'c de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Paris, 1724, in-folio, p. 20.
Charles le Chauve confirme à l'abbaye de Saint- Germain toutes ses anciennes possessions, et lui en assigne de nouvelles spécialement destinées à l'entretien des religieux. Parmi ces dernières figure Couvin, dans le pagus de Lomme '.
Qu'était Couvin à cette époque reculée? Peut-être un groupe de cabanes de bûcherons ou une métairie; peut-être aussi un simple pavillon de chasse au milieu de l'immense étendue des forêts qui couvraient alors presqu'entiérement le sol de notre pays ■.
Quel qu'il fut, c'est en cet endroit que l'abbé de Saint-Germain envoya, aussitôt après la donation du roi Charles, deux de ses moines, Ermar et Varembert, qui, emportant le corps de saint Venant ^ allèrent prendre possession de leur nouveau domaine.
On attribue à ces deux hommes l'introduction du
' <• Pro stipendiis victualibus que eis a parte abbatis persolvi debebantur... deleganuis lias villas... Cubiidum in pngo Lautncusc ... Data XII Kal. maii, indictioae V, anno 32 régnante Karolo ... et in successione lilotharii régis anuo III. » (Bouillakd, preuves, n° 22.)
- C'est la langue latine, restée maîtresse du terrain, qui doit fournir letymologiedeCMiimuïH, mot qui a certainement une physionomie romaine. Mais la racine cub ne donne que cubilc et ciibiciiluvi. Si cublnium a existé dans la langue vulgaire de la Gaule septentrionale, il a dû signifier « lieu où l'on passe la nuit. »
3 S' Venant, né en Berry, mourut le 3 octobre 560 abbé d'un monastère voisin de S*-Martin de Tours, d'oii son corps fut transporté par S' Germain dans l'abbaye de S'^'-Croix et de S'-Vincent. (BouiLi,.\Rt), p. 246.)
christianisme dans la contrée. S'ils ne furent pas les premiers à y annoncer l'Evangile, on peut croire qu'ils contribuèrent puissamment à le répandre. Ils s'appliquèrent aussi sans doute à défricher les forêts et à cultiver la terre. Sous cette influence civilisatrice, Couvin ne tarda pas à devenir une localité relativement importante; et lorsque saint Gérard quitta l'abbaye de Saint-Denis, en l'an 929, avec douze religieux, pour venir fonder un monastère à Brogne, ce fut au prieuré élevé par les moines de Saint-Germain qu'il déposa les reliques de saint Eugène, pendant qu'il allait à Liège demander à l'évêque Richer l'autorisation de s'établir dans son diocèse ^
Après avoir, pendant un siècle et un quart environ, fait partie des domaines de l'abbaye de Saint-Germain, Couvm passa sous la mouvance des comtes de Hainaut. Voici dans quelles circonstances.
Vers l'an 996, Robert, roi de France, donna sa sœur Hadwige en mariage à Régnier IV, comte de Hainaut. A cette occasion, il restitua aux moines de Saint-Germain la sei^rneurie de Combles • dont ses
' AcTA Sanctorum, die III octobi-. (De S'°-Gerardo). Eus. Del Makmol, L'abbaye de Brogne ou de S^-Gérard, p 10.
^CombK, suivant Wauters, Table des diplômes, I, 674; Coulaville. suivant BouiLLARD, p. 246; Combles, suivant Duvivikr, Recherches sur le Hainaut ancien, p. 399, note.
prédécesseurs s'étaient injustement emparés; les religieux lui donnèrent en échange plusieurs terres qu'ils possédaient sur la Meuse, et que le roi assigna en dot à sa sœur. Ces terres étaient Couvin, Frasnes, Nismes, Eve et Bons '. Les moines de Saint-Germain, rappelés dans leur monastère, quittèrent ces lieux qu'ils avaient fécondés de leurs prières et de leurs sueurs, et emportèrent avec eux le corps du saint qu'ils y avaient amené. Mais le souvenir de leur séjour ne s'eifaça point : aujourd'hui encore la principale église de la ville est dédiée à saint Germain.
Régnier, le nouveau propriétaire de Couvin, y fit probablement construire une forteresse; c'était l'époque où les grands feudataires jetaient les bases de leur indépendance. Ce château, isolé au milieu des bois, abandonné à la garde d'un officier, devint un jour l'effroi de la contrée. Presqu'assurée de l'impunité par sa position, la garnison s'était transformée en une véritable bande de brigands. Les habitants du pays de Liège, qui s'étendait jusque dans le voisinage,
* On ne possède plus ni l'acte d'échange ni la charte de donation; mais les dispositions que nous indiquons sont relatées dans un diplôme du roi Philippe, de Tan 1061, relatif aux biens de l'abbaye de S*-Gerraain. où on lit : « quasdam villas S. Germani, super Mosam positas, videlicet Cuvinum, Fraxiaum, Ninam, Evam (Auhiain, qui tient son nom d'Eaublanclie?). Bons. » Duvivier, (lisez Bous, pour Boussu?) p. 400.
avaient particulièrement à souffrir de ses rapines. Fatigué des plaintes que ne cessaient de lui adresser ses sujets opprimés, l'évêque Obert chercha à mettre un terme à cet état de choses en achetant Couvin à Bauduin II, comte de Hainaut, qui possédait alors ce domaine comme dépendance de son patrimoine. L'évêque chargea . deux nobles frères, Arnulphe et Wiger, du château de Thuin \ de conduire les négociations; l'intimité qui régnait entre eux et le comte par suite de leur voisinage, les rendait dans son esprit plus aptes que personne à mener l'affaire à bonne fin ^ Les deux frères réussirent d'autant plus facilement dans leur mission, que Bauduin s'apprêtait à pai'tir pour la Terre-Sainte et qu'il lui fallcdt beaucoup d'argent pour cette expédition ^.
L'acte de vente fut passé solennellement à Liège, le 14 juin 1096 \ en présence d'un grand nombre de
1 Wiger de Thuin figure parmi les témoius 'de l'acte d'acquisition. Curtulairr, n» 1, p. 4, note 4.
^ CanliUorium, n° 88. de Robaulx de Soumoy, Chronique de Vabbayc de S'-Hube7'l, pp. 116, 290. Pertz, Monumcnta Germaniœ historica, VIII, 607.
3 On lit dans une charte inédite de l'an 1096 : «» Ego, Obertus, ... acquisivi castellunn de Bulhon a duce Godefrido, et castellum de Covin a comité Balduino, ambobus hiis principibus Jerosolimam euntibus, quod, cum non posset fieri absque maximo pecuniarum aliarumque rerum dispendic... »
* J'ai oublié de dire dans le Cnrtulaire, que M. Wauters (Tablechronologique des chartes et diplômes, t. I, Introduction, p. LVII), émet l'opinion que ce diplôme aurait pu être daté dans le style pisan.
dignitaires do la cour épiscopale, et par le ministère de Régnier, avoué de l'église Saint-Lambert '. L'évêque Obert y déclare que, pour mettre un terme aux brigandages exercés par les gens du château de Couvin sur son territoire, il achète au comte Bauduin, pour une somme de cinquante marcs d'or ^ ledit château (castelluni, castrum) avec toutes ses dépendances consistant en églises, serfs (mancipia), villages, champs, bois, prés, pâturages, étangs, cours d'eaux, terres cultivées ou incultes, routes, revenus et tous autres droits quelconques appartenants à ce domaine, depuis la Meuse jusqu'à Chimay, Liessies, Beaumont, Rumign}' et ailleurs, suivant ses limites, aussi long et large que celles-ci s'étendent.
C'est ainsi qu'après avoir appartenu successivement aux rois de France, à l'abbaye de Saint-Germain et aux comtes de Hainaut, la terre de Couvin fut défi-
< FiSEN, Hisloria ecck'sice Leodiensis, pars I, 209, se trompe lorsqu'il dit : « Rainerus, Covini advocatus. ■>< Voy. Cartulaire, p. 2, note 6. Voy. aussi S*-Genois, Histoire des nvouerirs m Brlgitiue, pp. 29, 30. — Le diplôme de l'empereur Frédéric de l'an 115.5, qui mentionne avec tant de soin toutes les avoueries de l'Église de Liège, ne parle pas de celle de ("ouvin.
- Suivant M. Ferd.Henaux, Histoire du pays de Lic'ije (1872), t. I, 153, ces 50 marcs d'or représentent environ 650,000 frs. de notre monnaie. — Le chapitre ayant Dinant de contribué pour 30 marcs d'argent à l'achat des châteaux de Couvin et de Bouillon, et l'évèque lui attribua en retour le produit du tonlieu de la Meuse. (Sidérius, Dinant et ses environs, p. 15.)
nitivement réunie au pays de Liège, dont elle ne cessa de faire partie jusqu'en 1794.
Est-il vrai que l'évêque Obert, aussitôt après son acquisition, fit raser le fort de Couvin ^? On ne rencontre aucune mention de ce fait dans les anciens chroniqueurs. Il semble qu'une fois maître du terrain, Obert avait à sa disposition assez d'autres moyens efficaces de réprimer les brigandages pour ne pas devoir recourir à cette extrémité; d'ailleurs l'historien Gilles d'Orval dit que l'évêque Henri de Leyen fit restaurer la forteresse de Couvin environ un demi-siècle plus tard, vers l'an 1148 '.
Peu d'années après, en 1155, Frédéric, empereur des Romains, confirma les possessions de l'Eglise de Liège. Dans le nombre figure le château de Couvin avec ses dépendances ^
Ou a dit <à tort que Bauduin V, comte de Hainaut, soutenant les armes à la main la candidature d'Albert
• Chroniques vulgaires de Liège.
2 - Castrum de Couvin innovavifc .. (Dans Chapeavillk, Gcsta pontificum Leodiensium, -II, 104). « Le castel de Covia renovelat ses branches. » (J. d"Outremeuse, t. IV, inédit.)
3 « Castrnm Covinura cum omnibus pertinentiis suis '■ (S. Bokmans, Recueil des ordonnances de la principauté de Liège, l^e série, p. 19). La bulle du pape Adrien, de la même date, dit simplement : « Castra Tudinum, Covinum, etc. » (Chapeaville, II, 105; Lunig, Splnlegium ecclesiasticum. t. II, pp. 502, 503.)
de Cuyck au siège épiscopal de Liège, contre son compétiteur Simon de Lirabourg, appuyé par le comte de Louvain, assiégea la ville de Couvin en 1195, la prit et la livra au pillage puis aux flammes. L'auteur qui rapporte ce fait ' paraît avoir mal interprété un passage de la chronique de Gislebert où on lit que Simon de Limbourg et Albert de Cuyck étant entrés en conférence, il fut convenu que les hostilités seraient suspendues pour faire le pape juge de la querelle, et qu'en attendant sa décision, le comte de Hainaut conserverait en séquestre les châteaux de Hiiy et de Halloy (de Ciney?), Dinant, Fosses, Thuin et Couvin, tandis que le comte de Louvain aurait la garde de la ville de Liège -.
Si la Providence n'était venue déjouer les calculs de la politique des rois, Couvin passait au commencement du XIV® siècle sous une nouvelle domination. Voici comment.
L'empereur d'Allemagne, Otton IV, avant élevé des prétentions sur le droit d'investiture au détriment de la papauté, Innocent III délia les princes de l'Empire
' V. D. M. (le chevalier V.v.v der Maksen, décédé à Ixelles en 1862), dans sa Géographie de la province de Nanuir, Bruxelles, 1842, petit livre très-rare. J. Bokgnet a réfuté la même erreur en ce qui concerne Ciney. Cartulairc de Ciney, p. XVI.
- Chronicun Gislrberti, dans Pektz, Mon., t. XXI, p. 591.
du serment de fidélité qu'ils avaient prêté à Otton et convoqua une diète où Frédéric, duc de Souabe, reçut la couronne impériale. Abandonné dans ces circonstances par les Liégeois, Otton jura de se venger. Gomme il était en route pour se réunir aux Flamands et aux Anglais en vue d'une expédition contre le roi de France Philippe- Auguste, il s'arrêta le 12 juillet 1214 à Nivelles, et dans un conseil tenu avec ses alliés, leur fit décider qu'à leur retour de France ils anéantiraient la souveraineté du prince-évêque de Liège et morceleraient son territoire. Dans ce partage, Otton se réservait la capitale de la principauté; Huy et Moha étaient attribués au duc Henri de Brabant; Dinant devenait un apanage de Renaud, comte de Boulogne; Fosses, Thuin et Couvin tombaient en propriété à Ferrand, comte de Flandre. Mais la fameuse bataille de Bouvines, où l'empereur et ses alliés furent complètement battus, vint réduire à néant ces vains projets \
Un siècle presqu'entier s'écoule avant que le nom de Couvin se représente sous la plume des annalistes ou dans les actes publics. Bien qu'elle eut déjà, sans doute, rang de bonne ville dans la principauté de
' JkAN dOl rKh.MKUSE, t. V, p. 122.
Liège, sa situation à l'extrémité la plus éloignée du territoire semble la tenir en dehors du mouvement général des faits et des idées qui agitent la nation liégeoise. C'est ainsi quelle ne prend aucune part au traité d'alliance conclu en 1230 entre les villes de Liège, de Huy, de Dinant, de Fosses, de Saint-Trond, de Maestricht et de Tongres, lesquelles s'étant spontanément attribué une administration communale à l'instar de celle de la cité, s'engageaient réciproquement à la défendre \ C'est ainsi encore que son nom ne figure pas dans la protestation que la cité de Liège et les villes de Huy, de Dinant, de Saint- Trond, de Tongres et de Fosses adressèrent à l'évêque Jean de Flandre contre l'atteinte portée à leurs libertés par la promulgation des statuts synodaux de 1287 '.
Mais lorsque les bonnes villes, ayant enfin réussi à établir chez elles des institutions démocratiques,
' Cette alliance fut ratifiée le 30 juin 12o0 et le 24 novembre 1231 par Henri Vil, roi des Romains. Mais ce même prince défendit aux villes du pays de Liège de conclure entre elles des alliances par deux autre.s diplômes du 20 janvier et du 3 février 1231.
- Les villes de Liège, Maestricht, Saint-Trond, Huy, Tongres et Dinant figurent seules encore dans la défense que le roi des Romains, Henri, fit aux Liégeois, le 20 septembre 1234, de prêter obéissance à l'évêque de Liège jusqu'à ce qu"il eut exécuté la sentence portée contre lui (C.\.m. dk Borman, \otice sur un cnrtidtiirc du chapitre S'-Servais à Maestricht, p. 38).
résolurent de s'organiser poar soutenir la lutte contre le pouvoir, Couviu ne manqua pas à l'appel. Le 22 novembre de l'an 1300, Liège, Huy, Dinant, Saint- Trond, Tongres, Maestricht, Fosses, Couvin et Thuin, conclurent avec Jean, comte de Namur, et Gui, son frère, un traité d'alliance par lequel les villes liégeoises achetaient, moyennant une rente viagère de 750 livres de petits noirs tournois, la protection de ces princes. Ceux-ci s'engageaient à maintenir « leur loys, leur » uzages, leur franchises, leur status qu'il ont fait et •» qu'il feront pour leur pays et leur drois warder, et » pour le gouvernement de leur villes ; « à leur envoyer du secours à la demande des chefs des communes; à intervenir comme pacificateurs dans leurs querelles. Si un débat venait à surgir entre le comte Jean et l'évéque de Liège, le chapitre de la cathédrale Saint- Lambert devait être constitué juge du différend; que si l'évéque méconnaissait cette intervention, les bonnes villes se verraient obligées de faire cause commune avec le comte \
' Dk Reiffenbkrg, Monuments pour servir à l'histoire des provinces de Hninnut, de Namur et de Lvxcmbourq, t. I, p. 57. Les bonnes villes parlent dans cette charte de la wicre que nous nvo7is orendroit (p. 60). Quelle est cette guerre que les villes du pays de Liège soutenaient en l'an 1300? Les historiens n'en disent mot.
Couvin eut à soutenir un commencement de siège en l'an 1309. Gui de Hainaut qui, sans être élu ëvêque, avait pendant quelque temps gouverné la principauté de Liège en vertu des droits régaliens que lui conférait un diplôme d'investiture du roi des Romains Adolphe, en date du 20 juin 1294, ayant acheté, avec les revenus de la mense épiscopale, la terre et le château de Mirwart au chapitre de Saint-Lambert, l'avait aussitôt revendu à son 'frère Jean, comte de Hainaut. Adolphe de Waldeck, à peine promu au siège èpiscopal de Liège, assiégea la forteresse de Mirwart qu'il avait en vain réclamée, la prit, la rasa, et réunit de nouveau ce domaine au patrimoine de son Église. En l'année 1309, Philippine de Luxembourg, veuve du comte Jean, le revendiqua comme ayant été vendu à son mari. Sur le refus que lui eu fit Thibaut de Bar, successeur d'Adolphe de Waldeck, Philippine et son fils Guillaume, comte de Hainaut, attaquèrent, au mois d'août, la ville de Thuin qui faisait partie de la principauté, tandis que son second fils Jean de Hainaut et le sire Arnould d'Enghien mettaient le siège devant Couvin '. Thibaut de Bar
' - Item, pour les waiges Jehan de Haynau, no fill, quant il et 11 sires [RrnoulJ d'Angien furent devant Couvin, 122 livres 15 sols. » Article de l'accord conclu entre Philippine, comtesse de Hainaut, et le comte Guil-
faisait en hâte ses préparatifs pour courir au secours de ses bonnes villes, lorsqu'un arrangement fut conclu par l'entremise de l'archevêque de Reims.
Le géographe anonyme que j'ai cité tantôt, commet une nouvelle erreur lorsqu'il dit qu'Adolphe de la Marck, pour punir les habitants de Couvin d'avoir embrassé le parti des Liégeois révoltés, assiégea leur ville en 1314, l'emporta d'assaut et la livra aux flammes. Nos historiens, en parlant du combat qui fut livré le 18 juin de cet année près du village de Hanzinelle, ne mentionnent comme y ayant pris part que les Hutois, les Dinantais et les Fossois.
Le 18 juin 1316 fut proclamée la paix de Fexhe qui, consacrant les principes de la représentation na-' tionale, de la souveraineté du sens du pays et de la responsabilité des ministres du prince, fut considérée pendant cinq siècles comme le palladium des libertés liégeoises. C'est en effet la loi fondamentale sur laquelle repose particulièrement la constitution du pays. Je n'ai pas à rappeler ici les faits qui amenèrent la conclusion de ce célèbre traité. 11 suffira de dire que si la ville de Couvin ne prit aucune part à la lutte
laurae son fils, pour les frais faits par l'armée devant Thuin (Devillkrs, Monuments pour servir à l'hisloire des provinces de Hainaut, de Namur et de Ltixemhoiir;/, t. III, p. 586.)
formidable qui éclata entre l'évêque Adolphe de la Marck et ses sujets, si elle ne fut pas du nombre des villes qui, avec le prince et les nobles, désignèrent les arbitres chargés de préparer un accommodement ', (lu moins ses députes furent présents lorsqu'il s'agit d'appendre à cette magna carta le sceau de leur commune "^
Depuis lors, Couvin ne cesse d'être mêlé activement aux affaires du pays ; son nom figure dans les Paix les plus importantes conclues pendant le XIV® siècle, notamment dans la Lettre des Vingt du 14 novembre 1324, dans la Loi nouvelle du 13 décembre 1355, et dans la Mutation de cette loi du 8 octobre 1386. Son titre de bonne ville lui donne sans doute dès lors le droit d'envoyer aux assemblées des Etats, comme représentants du peuple, des députés qui furent plus tard les maîtres ou les jurés, et c'est ainsi qu'elle prend part aux délibérations du sens du pays, pouvoir législatif de la nation. Le rang qu'elle occupe parmi les seize bonnes villes de la principauté ne varie guère; voici l'ordre dans lequel ou trouve celles-ci générale-
' Ces villes furent Liège, Huy, Saint-Trond, Maestricht et Fosses.
* " Li maistre, eschevin, jureit et les comuniteis délie citeit de Liège et des villes de Hay, de Dynant, Saintron, de Tongres, de Treit, de Fosses, de Covins, de Thuiu. f
ment citées dans les actes publics : Huy, Dinant, Tongres, Saint-Trond , Maest/icht, Fosses, Thuin, Couvin, Looz, Hasselt, Bilsen, Herck, Beeringhen, Maeseick, Brée et Stockem. Ce qui prouve que Couvin n'était pas considérée comme l'une des plus importantes c'est que, lors de la rédaction de la première paix des Vingt-deux, le 2 décembre 1373, elle ne figure pas parmi les neuf villes qui devaient envoyer chaque année un ou plusieurs membres à ce tribunal. Après que Jean de Bavière eut soulevé contre lui la haine de ses sujets par ses actes arbitraires et tjranniques, Couvin entra dans la ligue que les bonnes villes du pays conclurent, le P'' décembre 1404, pour défendre leurs préviléges et maintenir leur indépendance \ En 1406, la révolution longtemps contenue éclata, et les Etats proclamèrent la déchéance de l'élu. Henri de Perwez, nommé mambour de la principauté, assiégea, le 30 mai 1408, le malheureux prince dans la ville de Maestricht où il s'était réfugié. Presque toutes les bonnes villes, et Couvin notamment, avaient envoyé des contigents à l'armée liégeoise. Jean de Bavière, de son côté, appela ses parents à son aide; le comte de Hainaut, son frère, pour faire diver-
' V.iv. Hi.NAUX, op. cit., t. I, p. 575.
sion, envahit l'Entre-Sambre-et-Meuse au commencement du mois d'août de cette même année, brûla plusieurs villages, et s'empara de Fosses, de Florennes, de Châtelet et de Couvin qu'il livra également aux flammes •. A cette nouvelle, les milices de Dinant, de Thuin, de Fosses et de Couvin quittèrent précipitament, le 22 août, le camp établi devant Maestricht, et coururent à la défense de leurs foyers ^ Le 23 septembre suivant, les restes de l'armée, formée de Liégeois et de Hutois, furent battus par Jean sans
' « Et parelhement fut wangnie la vilhe et casteal de Coving, et ars et destruit. « (Jean de Stavelot, p. 116.) « Les Huitois, Dinantais et autres furent constraints de se retirer en leurs villes pour les garder et défendre, ne pouvans empescher que lesdis princes ne se rendissent maistres de Couvin, Fosse, Florine et Chastelet, où il ne demeura muraille debout. " (Mélart, Histoire de Huy, p. 232.)
- Et ceste histoire nous raporte Qu'à Thuin ne demeura porte Ne mur qui ne soit accomplis, Débattus, et fossés remplis.
Fosse, Dignant avec Couvin Auront, pour leur mauvais dessein, La pareille pugnicion Sans avoir excupation. «
(Les sentences du Liège, publiées par Ms"" de Ram dans les Documents relatifs aux troubles du pays de Liège, etc., p. 323.) — Voy. De Marne, Histoire du. comté de Namur, 1754, p. 439, etc.
* « Unde nimium consternato Leodiensium exercitu, mox 22 augusti Dionantenses, Tudinenses, Fosseuses et Covinensesad sua repedarunt. » (Zantfliet, dans VAmplissima collectio de Marténe et Durand, tome V, p. 389.) Jean de Stavelot, p. 117, dit que les milices communales ne quittèrent le camp de Maestricht que lorsqu'elles apprirent l'approche de l'armée du duc de Bourgogne et des autres alliés de Jean de Bavière.
Peur, duc de Bourgogne, et par les autres alliés de Jean de Bavière, à la sanglante bataille d'Othée. La cruauté inouïe avec laquelle les vainqueurs exercèrent leur vengeance est restée fameuse dans les fastes de notre pays. Les massacres et les exécutions de toute sorte qui épouvantèrent la cité, se reproduisirent, mais sur une moins grande échelle, dans presque toutes les villes de la principauté '. Ce n'était pas assez. La sentence que le duc de Bourgogne et le comte de Hainaut portèrent, le 24 octobre 1408, à Lille, pour punir, disaient-ils, les Liégeois de leur rébellion contre leur souverain, enleva à la cité et aux bonnes villes leurs franchises et leurs libertés, leurs institutions et leurs magistrats. Toutes leurs paix, chartes et privilèges quelconques devaient être déposés, le 12 novembre, en l'abbaye des Écoliers, à Mons, avec les bannières des communes et des confréries de métiers. Les murs et les fortifications de plusieurs bonnes villes, notamment de Thuin, de Fosses, de Couyin et de Dinant, situées entre la Meuse et la Sambre, devaient être démolis, sans que leurs habitants pussent jamais les relever ^
* « In omnibus pêne villis et oppidis innumerabiles pêne occisi sunt atque submersi. » (Zantfliet, ibid., p. 392.) 2 Vi)ici le texte des deux articles qui concernent notre bonne ville :
Une charte du 12 août 1409 ' atteste que Fosses et Couviii ne livrèrent aucune de leurs lettres de privilèges et de métiers, chose beaucoup plus étonnante pour la première de ces deux villes, qui conservait dans sa ferme ou coffre aux archives, des diplômes impériaux et autres titres très-anciens et certainement sujets à confiscation. L'acte du même jour par lequel les princes restituent certaines lettres à la cité et aux bonnes villes, ne fait pas davantage mention de Fosses ni de Couvin ^ ce qui semble confirmer que ces deux localités, désobéissant en ce point à la sentence du 23 octobre 1408, avaient réussi à sauver leurs documents politiques du désastre.
Mais elles ne purent échapper au sort commun en
21. « Item, que parellement de la ville de Fosses et de la ville et chastiel de Couving les portes, tours et murs seront abafus et démolis, et aussi tous murs d'attres fortitliés estant sur le rivage de Sambre, tous les fosseis remplis, et sans jamais estre ville ne chastiel fremés, ne aussi lesdis attres fortiflfiés ne fossés reffais par les habitans desdites villes ne autres quelconcques. — 23. Item, que ceux desdites villes de Thuin, Fosses, Couvin et Dinant, ne autres quelxconque des cité, villes et pays dessusdis, ne poront jamais faire ou faire faire ou édifBer villes fremées ne fortresses quelsconques, de Namur en amont, en allant devers Haynnau, entre les rivières de Meuze et de Sambre. " (Recueil des ordonnances de la principauté de Liège, l" série, publié par S. Bokmaxs, p. 428.) Cette sentence fut reconnue et approuvée par toutes les bonnes villes, sauf Couvin, Fosses et Stockem. (Ibidem.)
< Charte de la cathédrale de Saiid-Lambcrt, n° 974, aux archives de l'Etat, à Liège.
* Recueil des ordonnances de la principauté de Liège, l""» série.
ce qui concernait les autres articles, et la ville de Couvin fut sans doute démantelée. Toutefois, par une modéi^ation publiée également le 12 août 1409, ' à la demande de Jean de Bavière lui-même, les princes déclarèrent que les fortifications démolies et à démolir pourraient être reconstruites après un terme de cent années; mais levêque et le chapitre de S*-Lambert devaient placer dans les nouveaux châteaux ou maisons fortes, des châtelains qui prêteraient serment de ne rien entreprendre contre les comtés de Hainaut et de Namur.
Le 26 mars 1417, l'empereur Sigismond cassa la sentence des princes et mit à néant toutes leurs dispositions. Toutefois, ce ne fut qu'après que Jean de Bavière eut résigné son évêché (1417-1418) pour épouser sa cousine, Elisabeth de Gorlitz, que le pays fut délivré du joug; aussitôt toutes les villes rentrèrent en possession de leurs anciennes franchises et rétablirent spontanément leurs libres institutions.
Couvin scella, avec les autres bonnes villes du pays de Liège, la paix avenue, le 15 décembre 1431, entre l'évêque Jean de Heinsberg et Philippe le Bon pour mettre fin à la guerre cruelle qui avait éclaté entre
* Recueil des ordommnces de la principauté de Lii'ge, !'« série.
les pays de Namur et de Liège à propos de la reconstruction de la tour de Montorgueil '. Son nom figure aussi dans les autres traités conclus pendant le cours du même siècle ^
Il s'en fallut de peu que, le jour des Cendres, 25 février 1433, Couvin, dont les murailles n'étaient sans doute pas encore relevées, ne fut détruite par une bande de soudarts. C'était un mois à peine après la défaite des révolutionnaires Dathin dans la cité. Suivant le récit d'un écrivain contemporain ^ les chefs des garnisons de plusieurs forteresses situées en France sur les marches de la principauté, et notamment les capitaines de Montigny, de Mont-Cornet, de Bosneau, de Haut-Chatelet, de Villi et de Villers, formant une troupe d'environ 316 cavaliers, pénétrèrent dans la ville de Couvin, où, en exécution de certains statuts, le mayeur s'apprêtait à donner un repas de corps à
' Jean de Stavelot, p. 272.
* Notamment à une seconde paix conclue entre les mêmes princes, en 1446; à l'approbation du traité conclu (le 19 décembre) entre les députés des villes du pays et ceux du duc de Bourgogne, du 22 décembre 1465 (Dinant et Herck n'y figurent pas. Voy. Charte de S^-Lainbcrt, n° 1045.); etc.
3 Jean de Stavelot, p. 334. Adrien dk Veteri Busco, dans YAmpliss. collcctio de Marténe et Durand, t. IV, col. 1209, confondant ce fait avec un autre qu'on lira plus loin, dit que Tristan de Morialmé était le chef de cette expédition.
la cour échevinale \ Après avoir eux-mêmes dévoré toutes les provisions préparées pour le festin ^ ils pillèrent et volèrent à leur guise, et, s'emparant de huit bourgeois, les déclarèrent leurs prisonniers. Puis ils mirent le feu à deux maisons, faisant savoir aux habitants qui, dans leur effroi de cette attaque soudaine, s'étaient en hâte et en masse réfugiés au château ', qu'ils brûleraient toute la ville s'ils ne la rachetaient pour une forte somme d'argent. On parvint à grand peine à réunir 1400 clinkars d'or avec lesquels ils consentirent à se retirer \ Aussitôt après leur départ, le bailli de Couvin fit sonner le tocsin dans les localités voisines, réunit à la hâte quatre- vingt cavaliers parmi lesquels se trouvaient Ouste d'Aublain, Gérard de Tilly et plusieurs autres « gentis et hardis compangnons du pays de Liège, « et' se mit à la poursuite
> Voy. Cartulaire, p. 65.
* « Et mangnont chi jour tartes et floons et fromaiges (mets de Carême) et tout chouse qu'ilh trovont » (Jean de Stavelot, p. 334.)
3 II est probable que le château ne fut pas démoli, la sentence des princes ne visant que les poi'tes, tours et murailles qui entouraient les villes. Le château est encore mentionné dans un record du 8 avril 1453. (Voy. Cartulaire, p. 48.)
* « Eodem anno, 25 die februarii, preedones multi, egressi de finibus Francorum, Covinum oppidulum modice muratum, feriatis oppidanis, ingressi sunt, exspoliantes et deprsedantes illud, et aliquantas domos incendcntes, et pro residui conservatione summam petentes, etc. (Zant- FLiKT, dans l'Ampliss. coll., V, 432.)
des ravisseurs, marchant jour et nuit sur leurs traces. Ils franchirent les frontières de la principauté, les dépassant de neuf lieues environ, et ne s'arrêtèrent qu'à une petite distance de la ville nommée Hannapes \ où, d'après les renseignements qu'ils avaient recueillis en route, leurs ennemis devaient passer la nuit. Là ils tinrent conseil, et convinrent que Gérard de Tilly, qui connaissait la langue des étrangers, irait à la faveur de l'obscurité les reconnaître avec dix des siens. Lorsqu'ils approchèrent de la ville, deux sentinelles les apostrophèrent « en béais franchois ?5, leur demandant .- Qui vive! Qui êtes-vous? Quel est le cri? Gérard leur répondit, également en bon français, qu'il faisait partie de leur bande et amenait de nouveaux prisonniers. Le stratagème réussit, et les onze Couvinois entrèrent sans bruit dans Hannapes. Afin de se rendre compte du nombre de leurs adversaires, ils allèrent frapper à toutes les auberges, demandant à loger; mais comme elles regorgeaient de monde, on les renvoyait de partout. Ils apprirent toutefois de cette façon que la troupe ennemie n'était pas toute entière dans la ville et qu'une bonne partie de ceux qui la composaient étaient allés camper de l'autre
* Hannapes, paroisse du canton de Rumigny, arrond. de Rocroi.
côté de la rivière. Gérard étant revenu sans encombre auprès de ses compagnons, les Liégeois combinèrent un plan d'attaque suivant lequel ils devaient entrer simultanément et par quatre côtés à la fois dans la ville, et, comme la nuit était noire, mettre le feu aux premières maisons pour éclairer le théâtre de l'action. Ce qui fut fait.
Ils se précipitèrent en avant aux cris de Notre- Dame à tassant et Agimont à la rescousse ! auquel ils opposaient ensuite eux-mêmes celui de Notre-Dame à la défense et Angleterre à la rescousse! Les soudarts, surpris dans leur repos et dans leur quiétude, s'imaginant avoir à faire à de nombreux assaillants, ne firent guère de résistance; un de leurs plus braves capitaines se rendit à un gentilhomme lié- ' geois, prornettant au nom de ses gens de restituer le butin et les prisonniers, et de payer en outre 1500 saluts d'or pour avoir la vie sauve. Mais il fut massacré avec ceux de ses compagnons qui ne périrent pas dans les flammes; car les Couvinois mirent le feu à toutes les maisons où ils avaient constaté la présence de leurs ennemis. Le nombre des victimes s'éleva à 96 ^
• Jean dk Stavelot, p. 334.
L'année suivante, l'Entre-Sambre-et-Meuse se trouva de nouveau livré aux foulles et aux dévastations des soldats étrangers *. Voici à quelle occasion.
Au mois d'août 1434, fut décapité à Liège Jacques, bâtard et capitaine de Morialmé, qui, banni de la cité pour ses méfaits, y était rentré sur la foi d'un saufconduit de l'évéque, non approuvé par les échevins. Or, Jacques avait aussi un bâtard du nom de Tristan de Salle ou de Morialmé, qui, à la nouvelle de la mort de son père, jura de le venger; il alla s'installer sur les marches françaises, et, défiant les Liégeois, porta la flamme et le fer à Couvin, à Thuin et dans toute la Sambrie. Un jour il tua un cousin de l'abbé d'Aine et emmena les chevaux dudit abbé « aile Trenialle ^ sour le Sambrien », où s'élevait
• On peut voir dans les Annales de la société archéol. de Namur, t. VI, p. 160, et t. VII, p. 381, ce que c'était que l'Entre-Sambre-et-Meuse.
' Ce nom est aussi écrit Ti'aiicneal ;Véàite\xv de Jean de Stavelot suppose que ce pourrait être Traigneau,liara:)au dépendant de Villers-deux Églises. Quand au manoir de Bosenove, détruit par les Liégeois, il a, dit M. Borgnet, complètement disparu. Il faut en chercher l'emplacement dans la commune de la Neuville-aux-Tourneurs, arrondissement de Rocroi. Là existent aujourd'hui deux hauts-fourneaux dont l'un porte le nom de Bosneau : c'est notre Bosenove, que Monstrelet appelle Boussenoch. Il est alimenté par les eaux d'un étang du même nom d'où sort un ruisseau aussi appelé Bosneau. Une vieille ferme, prés de l'usine, paraît occuper la place du manoir détruit. On peut consulter à ce sujet l'Histoire du diocèse de Laon, par Dom Lelong, p. 375, et les notices publiées par Dom .A.i,bekt Noël dans ÏEcho de Givet, q°^ 400, 439.
une forteresse appelée Bosenove (en latin Wasnadium), dont la garnison jetait la ville de Couvin et le pays d'alentour dans de continuelles alarmes, ne cessant de brûler, de voler et de faire des prisonniers. Jean d'Yves, bailli de Thuin, finit même par tomber entre les mains de ces brigands, avec trois autres gentilshommes et leur suite. Les habitants de l'Entre- Sambre-et-Meuse qui avaient plusieurs fois, mais en vain, adressé des plaintes à leur évéque, Jean de Heinsberg, au sujet des cruelles vexations dont ils étaient l'objet, envoyèrent cette fois cà Liège une nombreuse députation pour implorer assistance. Le prince se décida à équiquer quelques hommes, qui se trouvèrent trop peu nombreux pour résister aux révoltés. A la demande des Couvinois, résolus à payer de leurs personnes plutôt que de souffrir plus longtemps un voisinage qui ne leur laissait ni paix ni trêve, l'évêque autorisa une nouvelle expédition. A la tête d'une troupe d'environ 120 cavaliers, Gilles de Floion, écuyer, sortit de Couvin le mardi, 1- juin, se présenta devant le fort de Bosenove, ravagea les campagnes et les villages aux alentours \ puis attendit l'ennemi; comme celui-ci ne
i . Et prisent le proie et sturent longement là, « dit le chronifiueur. Je
se présentait pas, Gilles se décida à se retirer; ceux de la forteresse sortirent alors au nombre de cent cavaliers et de cinquante archers, Anglais et Picards, et donnèrent la chasse aux Liégeois, les poursuivant de leurs cris. A une distance de deux lieues, la troupe de Gilles de Floion fut rejointe, attaquée et battue; elle laissa vingt morts sur le champ de bataille, notamment Ouste d'Aublain que nous avons vu prendre part à l'expédition de 1433, et le bouteil- 1er de l'évêque ; 36 prisonniers, parmi lesquels on comptait Gilles de Floion lui-même et Lambert de Quartier, restèrent entre les mains des vainqueurs; Gérard le Pannetier et le majeur de Couvin étaient parvenus à s'échapper.
Les prisonniers, menés à Bosenove, ne tardèrent pas à fournir une rançon, et furent mis en liberté. Gilles de Floion fortifia alors le petit château de Pesche, non loin de Couvin, et s'y installa.
A quelque temps de là, Tristan fut tiré bas de son cheval par une jeune fille de Nalines, et tué. Un seigneur français, nommé Philippe de Savigny, prit sa place comme capitaine de Bosenove et.
ne sais ce que signifie cette plirase que l'éditeur n'a accompagnée d'aucune note explicative. Peut-être faut-il furent au lieu de sturenl?
secondé par Jean de Luxembourg, comte de Ligny, homme turbulent et guerroyeur, et par Jean de Beaurain, brigand redouté \ il continua ses déprédations, notamment à Florennes, où il enleva un millier de têtes de bétail et plusieurs bourgeois. Un dimanche du mois d'octobre 1435, pendant que les gens étaient à la grand'messe, il fit irruption dans le moutier de Boussu lez-Couvin. Le seigneur échappa à grand'peine, les habitants furent pris, et ceux qui faisaient résistance massacrés. Émus de ces faits, levêque et le magistrat de Liège décidèrent enfin, le dimanche avant la Toussaint, qu'une expédition à laquelle tout le pays prendrait part, serait conduite par l'évéque lui-même dans l'Entre-Sambre-et-Meuse. Le 17 avril 1436, les milices liégeoises quittèrent la cité; elles trouvèrent à Dinant les contingents des villes du comté de Looz qui avaient pris les devants, partirent ensemble pour Couvin, et de là marchèrent sur Bosenove où elles arrivèrent le 5 mai. La forteresse ne put résister à des forces aussi imposantes et fut emportée au bout de six jours. Tous les sol-
I « A° 1435, quidam nobilis armiger francigena, dictus Philippus de Savengny, connivente sibi viro bellicosissimo domino Johanne de Lutzenborg, comité de Ligny. confœderato etiam sibi Johanne deBealrain, acerrimo prîedone, ... circa oppidum Covinum ... praedam obduxit ingentem; etc. « (Zantfliet, dans YAmpliss. collecHo, V, col. 438.)
dats qui composaient la garnison furent pendus par la main de leur chapelain, moine défroqué qui avait adopté leur vie de rapines, et qui, sa funèbre besogne accomplie, fut lui-même brûlé sur un bûcher. Après avoir rasé le château au niveau du sol, les troupes liégeoises quittèrent Bosenove le samedi, 12 mai, et s'en allèrent mettre le feu à la forteresse d'Aubigny, près de Rumigny, dont le capitaine avait précédemment pris, pillé et rançonné la ville de Couvin \ Elles continuèrent ensuite leurs représailles, prenant et brûlant encore Haut-Chatelet, Bauraing et maints châteaux et villages, et ne rentrèrent dans leurs foyers que le 24 mai.
Tel est le récit de cet épisode, raconté dans tous ses détails par un écrivain contemporain sous le nom de Icu reize de Bosenove. Depuis, la légende s'est emparée de ces faits et les a quelque peu altérés.
1 « Quibus peractis, aliud fortalitium vocabulo Abigny, cujus capitaneus villam de Covino pridem praedatus fuerat, subversum est. » Zantfliet, dans VAmpUss. coUccHo, V, col. 439.
• Et raonsengnour droit en alat A Abign}-, qui dont fut ars, Recompensan des mal vais ars Que li capitaine avoit fait Quant ilh prist et fist défait, Ly et ses gens, par mal conven, La bonne ville de Covien. «
Jeax de Stavelot, p. 373. Pour les faits qui précèdent, voy. cet auteur, pp. 354 à 377, passlm, et Monstrelet, II, 200.