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Confondant en une seule deux expéditions bien distinctes, elle attribue à Tristan de Morialmé l'invasion de Couvin du 25 février 1433, et rapporte qu'au nombre des prisonniers emmenés par lui dans cette circonstance, ménagée expressément dans ce but, se trouvait une jeune fille qu'il aimait, du nom de Gilberte. Or, Gilberte, fille de Gérard de Tilly qui figure dans le récit de Jean de Stavelot, était fiancée au grand bailli de Couvin. Tristan échappa au massacre de Hannapes et parvint à y soustraire également la jeune fille; celle-ci, enfermée dans le château de Bosenove ou Wasnade \ eut longtemps à souffrir les brutales obsessions du capitaine. Dans les efforts que fit le grand bailli de Couvin pour tenter sa délivrance, il tomba lui-même aux mains de Tristan et fut enfermé dans les cachots de Wasnade. Enfin Jean de Heinsberg vint faire le siège du château, le prit et rendit à la liberté Gilberte de Tilly, son fiancé et tous leurs compagnons de captivité ^ Le 13 juillet 1445, les milices de Couvin se trou-
* Wasnade, Wasnadiuni, patrie de l'évêque Hugues de Pierrepont, dit l'auteur des Promenades historiques, I, 256. Et c'est exact. M. Melleville, au tome VIII, p. 295 du Bull, de la Soc. acad. de Laon, a donné une bonne notice historique et généalogique de cette maison.
2 Promenades historiques, de BovY, pp. 256-263. Les assertions de cet auteur ne doivent pas être acceptées sans contrôle.
vent avec celles de Dinant, de Thuin et d'autres villes liégeoises devant le château d'Agimont que Jean de Heinsberg assiégeait parce que son vassal, Everard de la Marck, avait déclaré la guerre au duc de Bourgogne '. Il est probable qu'elles prirent aussi part à l'attaque de Rochefort qui eut lieu à la môme époque, et au second siège d'Agimont entrepris le 8 août 1445.
Cependant la ville de Couvin, usant des privilèges qui lui avaient été restitués par l'empereur Maximilien, et voulant se mettre à l'abri d'un coup de main semblable à celui dont elle avait été victime en 1433, songea à relever ses murailles. Epuisée de ressources, elle emprunta à cet effet à Jean de Wespin, de Dinant, une somme d'argent qu'en 1455 elle n'était pas encore en mesure de rembourser. En vain Wespin réclamait-il depuis des années sa créance, et envoyaitil assignation sur assignation. Rien n'y faisait. Enfin la ville de Dinant prit elle-même fait et cause pour son w combourgeois, » et menaça celle de Couvin d'user à son égard de mesures de rigueur si elle ne s'exécutait promptement. C'est ce que le magistrat de notre bonne ville crut sans doute prudent de faire,
' Jean de Stavelot, p. 559.
car on ne trouve plus, dans la suite, trace de cette affaire \
L'ordre chronologique des faits amène ici un événement souvent raconté, plusieurs fois même utilisé dans les romans et pour le théâtre. Il ne s'agit tou- . tefois que d'une simple légende, à l'appui de laquelle on ne peut invoquer un seul document authentique, et qui doit peut-être son origine à une circonstance insignifiante, dont le souvenir est entièrement perdu.
Je veux parler de l'histoire de Jean de Croy, premier comte de Chimaj, surnommé à la Roussette ^ parce
< Voici cette pièce :
« Ti'és-chers confrères et espéciaulx amis,
Recommendacion premiese, pardevers nous s'est trais Jehan de Wespin, nostre combourgois, liquelx nous a remonstré comment, pour cause d'aucunes rédificationsfaittes à la bonne ville de Couving, avés à lui empronté et lui estes tenus aucune somme d'argent, comme ce s'apert par contes sur ce rendus; de laquelle, jusques à présent, n'a pu esti'e satisfait ne recompenset, nonobstant pluiseurs requestes et prières amiables par lui à tos faittes, qui lui a tourné à grand préjudice et dommage : priant à nous que, pour de ce estre contenté, escripre vos en vosissiens. Et partant, en faveur d'icellui, vos prions amiablement qu'il le vos plaise satisfaire et contenter de ce que lui astés tenus, aflBn qu'en vostre défaulte ne nous soit besoigne, à sa requeste, plus avant sur vos procéder, en vostre préjudice, ce que très émus (?) feriens se nécessité â ce ne (sic) nous constrain- (loit. Escript à Dinant, le XII» jours de jenvier l'an LV. .. Suscription : Aile bonne ville de Coving. (Registre aux missives, 1448-1456, fol. 103; aux archives communales de Dinant).
2 Houssctte ou hozette en wallon (en français houseaux), guêtres, sorte de chaussure de jambes.
que, grand chasseur, il ne quittait presque jamais ses guêtres. Un jour quelques hommes masqués, voulant se venger des de'gats qu'il faisait en foulant leurs terres et leurs bois, s'emparèrent de lui et l'enfermèrent, à l'insu de tous, dans les cachots du château de Couvin. Il était là depuis sept ans, et on croyait à sa mort, lorsqu'un pâtre le découvrit par une fissure de rocher et porta de sa part un message à la comtesse, sa femme, qui s'empressa de le faire délivrer \
M. Hagemans ayant très-bien fait ressortir le peu de fondement de cette anecdote, il est inutile de nous y arrêter davantage ^
Après que les Etats du pays de Liège eurent décrété la déchéance de leur indigne souverain Louis de Bourbon, Marc de Bade fut proclamé mambour de la principauté, le 25 mars 1465, et tout le pays se prépara à soutenir la lutte contre l'ex-élu et le duc de Bourgogne, son puissant allié. Dinant, considérée
' Recueil chronologique et historique sur l'ancienneté de la ville de Chimay en Hainaut, et autres remarques, par M. E. J. Le Tkllier, protonotaire apostolique et doyen du vénérable chapitre de Chimay. Manuscrit écrit en 1768, et appelé vulgairement le Cucuche. (Yoy. Hagemans, Histoire du pays de Chiniat/, i, ix.)
- Voy. Hagemans, op. cit., I, 186; Promenades historiques, I, 242; Légendes namuroises, par Pimpurniaux (Au. Borgnet), p. 123; Sidérils, Histoire de la ville de Dinant, p. 196; F. S., Notice historique sur la ville de ilarienhourg, p. 24 (l'auteur place la scène en 1675); etc.
comme la capitale de la Sambrie ', et qui était en effet la ville la plus riche et la plus puissante de la contrée, écrivit aussitôt aux autres communes de l'Entre-Sambre-et-Meuse pour les prier de lui envoyer des députés qui devaient se réunir le 24 avril à l'efïet d'organiser la défense. Mais s'étant avisée de donner à ceux de Couvin la dénomination de soiirséans de nostre castellerie au lieu de les appeler confrères, le magistrat de notre bonne mais susceptible petite ville fit la sourde oreille. Nismes, Boussu, Frasnes et les cinq autres localités de la châtellenie, considérant cette abstention comme une infraction formelle à la loi d'obéissance qui les liait envers leur capitale, ne voulurent pas s'en rendre complices, et, après miire délibération, déclarèrent qu'elles répondraient à l'appel qui leur était fait comme membres du ban et de la chastellerie. En conséquence elles désignèrent pour leurs députés Simon Dargent et Jean Henri. Les Couvinois, qui exerçaient sur ces mêmes localités une sorte de suprématie, envoyèrent un sergent à la maison de Jean Henri pour lui défendre d'accepter sa mission, et sortirent même de leur ville avec une troupe armée dans l'intention d'arrêter les ambassa-
* BoRGNET, Cnrtulairede la commune de Fosses, préface, p. XLI.
deurs. Mais ils ne purent les empêcher d'arriver au rendez-vous. Lorsque les Dinantais eurent connaissance de ces faits, ils les reprochèrent aux Couvinois dans une lettre datée du 26 avril, leur annonçant qu'ils avaient pris les huit villes de la châtellenie sous leur protection, et leur demandant de venir s'expliquer le dimanche 28, ^ sous peine de procéder contre eux par toutes voies afférentes '. « Ils faisaient en même temps savoir ces choses par écrit aux huit villes, demandaient à chacune un député pour appuyer l'autorité des deux premiers, et les priaient de les avertir si les Couvinois faisaient mine de les molester. Couvin répondit à la lettre du 26 avril qu-'elle était prête à remplir ses obligations, mais laissa passer le 28 sans donner signe de vie.
Le lendemain un exprès muni d'une nouvelle lettre venait sommer le magistrat de Couvin de faire savoir dans les quatre jours, si définitivement il voulait continuer à faire partie de l'alliance ou non \ La fière petite ville opta pour la séparation, et le 6 mai Dinant déclara soustraire les huit communautés de la châtellenie à son obéissance, les dégageant de l'obligation d'aller, suivant les statuts ^ monter la
' Voy. Carlulairc, n° 12, page 51.
* Ibidem, n° 13, page 54.
garde sur les murs de leur chef- ville jusqu'à ce que celle-ci eut rempli ses propres devoirs envers Dinant ^ Fut-ce l'effet inattendu produit par cette lettre? Était-ce la vue de l'horizon qui s'assombrissait et jetait partout l'effroi? Je l'ignore. Toujours est-il que Couvin paraît aussitôt venir à résipiscence et demander à entrer dans la confédération organisée en vue de la défense commune. Nous trouvons, en effet, en date du 9 mai, une lettre de sauf-conduit pour huit jours à partir du samedi 10, permettant aux députés de Couvin de se rendre à Dinant ^ Ces députés allaient avec ceux de Thuin assister à l'entrée solennelle de Marc de Bade, lui prêter foi et hommage au nom des bonnes
' Voy. Cartulaire, n° 14, page 55.
2 » A tous ceulx qui ces présentes verront et orout, les maistres et conseil jui'és de la ville de Dinant, salut.
Savoir faisons que aux personnes de la ville de Couvin avons ottroiet et donnet, et par ces présentes otroions et donnons bon, seur et leal saufconduit, pour leurs députés venir et séjourner en ceste dite ville et retourner hors d'icelle paisiublement, le terme et espause de VIII jours continués et suivans l'un après l'autre, le premier commenchant le semedi, 10^ jour de ce présent mois de may. Pourquoi y mandons et commandons à tous les bourgois, manans et sourseans de ladite ville de Dinant et chastellerie d'icelle, que nostre présent saufconduit entretiengneat, sans ausdits de Couvin, aveuc Gerart Meingneria, faire ne donner, ne souffrir estre fait ou donnet quelques moUestations ou empeschemens. Tesmoing ces dites présentes, ausquelles avons fait aplacquier le seal aux causes de la ville susdite, sur l'an mil IIII« LXV, le IX« jour dudit mois de may. • (Registre aux missives, 1465-1479, fol 9 v»; aux archives communales de Dinant.)
villes et recevoir du mambour le serment qui leur garantissait le maintien de leurs privilèges ^ Cette suprématie do Dinant, qui ne pouvait sans doute s'exercer qu'en temps de guerre, alors qu'il s'agissait de pourvoir à la sûreté générale, se manifeste encore l'année suivante. Ayant appris que les huit villages de la châtellenie et particulièrement Nismes, n'envoyaient pas en nombre voulu leurs « chiefs d'hostels pour faire les wais et eskerwais à Couvin, » ce qui constituait un danger pour tous, les maîtres et jurés de Dinant les avertissent sévèrement, le 12 avril, de remplir en ce point leurs obligations ^
M. Van der Maesen assure que, dans le terrible conflit que Louis de Bourbon fit naître en 1466, à la suite de sa déposition, entre le duc de Bourgogne et les Liégeois, conflit dont le prélude fut la destruction de Dinant, le 26 août 1467, et le dénouement le sac de Liège, le 17 novembre suivant, la ville de Couvin fut prise par Charles le Téméraire et dût lui livrer des otages. Nulle part je n'ai trouvé trace de ce fait. Ce qui est certain, c'est que Couvin
* « Dyonantenses solemniter eum (mamburnum) receperunt, cum illis de Tudino et Covino qui ibi convenerant; et fuit ibi gaudium magnum (Adrianus de Veteri Busco, dans VAmpliss. collectio, t. IV.)
* Cette lettre est publiée dans les Annales de la Soc. archéol. de Namur^ III, 77.
fut comprise dans la sentence qui frappa tout le pays, ordonna de nouveau le démantèlement des bonnes villes et les priva de leurs institutions, franchises et libertés '. En exécution de la première partie de ces prescriptions, une troupe de 300 soldats Bourguignons commandée par le seigneur de Paiage alla, à la. fin du mois de janvier 1469, démolir les remparts de Maeseyck, et de là vint à Thuin et à Couvin accomplir la même besogne ^
L'infâme Louis de Bourbon tomba le 30 août 1482 sous le glaive de Guillaume de la Marck; celui-ci se fit aussitôt décerner par les États le titre de mambour de la principauté; sous sa pression, une partie des chanoines de Saint-Lambert désigna son fils Jean comme prince-évêque; mais la majorité du chapitre, plus indépendante, élut Jean de Horne. Après une lutte acharnée, à laquelle prirent part les troupes allemandes et bourguignonnes de Maximilien d'Autriche, souverain des Pays-Bas, un accord, par lequel Jean de la Marck se désistait de ses prétentions, fut scellé
* Sentence du 28 novembre 1467 (Cliarte- de la cathédrale S' Lambert, n» 1049.)
2 Mémoires pour sei'vir à l'histoire ecclésiastique du pays de Liège, par ^ Devaux, doyen de S'-Pierre, tome IV, p. 545. Manuscrit à la bibliothèque de l'université de Liège.
à Toiigres, le 22 mai 1484 ^ Ce ne fut pas sans d'onéreuses conditions : les États s'obligeaient à payer à Guillaume trente mille livres, huit mille à son frère Robert de la Marck, vingt-quatre mille à Frédéric de Montigny, comte de Horne, etc. Les deux anciens antagonistes semblèrent vivre quelque temps en bonne intelligence; mais un jour le prince attira Guillaume dans une ambuscade et le tit décapiter à Maestricht, le 17 juin 1485. A la nouvelle de ce forfait, toutes les haines se réveillèrent. Les frères de Guillaume et le tribun Gui de Kanne régnaient dans la cité ; mais l'autorité n'était nulle part. A la faveur de cette anarchie, les bonnes villes, livrées à elles-mêmes, se constituèrent pour la plupart en états indépendants -, C'est ce que fit Couvin; pour échapper à la conflagration qui allait embraser tout le pays, elle promit, au mois de janvier 1486, de fournir à Robert de la Marck sa part des huit mille livres qui lui avaient été promises par les Etats et qui n'étaient pas encore payées, et s'engagea à rester neutre dans la lutte; à ces conditions, elle obtint l'assurance qu'aucun dommage ne lui serait occasionné par suite de la guerre \ Cette
* De Ram, Documents relatifs aux troubles du pays de Liège, etc., p. 745.
* Hen.vux, Histoire du pays de Liège (1856), tome II, p. 85. 3 Voy. Cartulaire, n° 17.
guerre dura six ans avec des alternatives de succès et de revers pour les deux partis. Enfin une paix, négociée à Donchéry, près de Sedan, fut scellée à Maestricht le 5 mai 1492, entre les familles de Horne et de la Marck; ce fut de nouveau au détriment de ses finances que le pays acheta sa tranquillité, car les États s'engagaient à payer aux la Marck une somme de cinquante mille fiorins dans un terme de huit années '. La ville de Couvin qui intervint à cet acte par ses députés, notamment Wautier de Couvin, membre de l'État noble, paya exactement sa part de la dette, comme l'atteste une quittance du 12 juillet
Nous arrivons à la fin du moyen-âge; les derniers
< De Ram, op. cit., p. 852.
2 « Robert de la Marche, chevalier, signieur de Sedem, conseiller et chambellan du Roy, nostre sire, et conducteur dez ordonnances d'icelluy seigneur, congnois avoir eu et receu dez mayeur et habitans de la ville et chatelerie de Covung, la somme de deux cens quarante et neuf florins et sept patars, monnoie courante au pais de Liège, et ce pour et à cause de la taille de la paix faicte au pais de Liège, et en tant moins de ce que est deu, par vertu du traictié de ladite paix, à moy, ma dame d'Aremberg, le prothonotaire de Croy et le capitaine Junot, et pour les années IIII"" et XV et IIII" et XVJ. De laquelle somme de deux cens XLIV florins, XVIJ patars, monnoie dicte, je prometz tenir et faire tenir quitte les dits de Covung envers lesdits madame d'Aremberg, prothonotaire et capitaine Junot, et tous aultres. Tesmoing mon seing manuel cy-mis, XIJ^ jour de juillet, l'an mil IIIIc IIII" et XVJ.
Ainsi signé : Everard de la Marche et Robert dk la Marche. >< (Haide-Cour de Couvin, administration ; aux archives de l'État, à Namur.)
restes de la féodalité ont disparu; l'invention de l'imprimerie, la naissance de la Réforme font subir à la société civile une transformation complète ; nous entrons dans une ère nouvelle, pleine d'agitation et de violences, que caractérisent les guerres cruelles et interminables du XVP siècle.
En sa qualité de terre neutre, la principauté de Liège aurait dû rester étrangère aux luttes qui bouleversaient les pays voisins. Mais que deviennent les traités lorsqu'ils contrarient les passions politiques?
Couvin toutefois n'eut pas à souffrir des premières rivalités de Charles-Quint et de François P"", et pendant quelques années elle jouit d'une paix relative. Mais lorsqu'éclata la guerre pour la succession du duché de Gueldre, l'Entre-Sambre-et-Meuse, et particulièrement la partie de cette contrée <iui appartenait au pays de Liège, devint la route ordinaire des troupes allemandes et françaises, aussi insouciantes les unes que les autres des intérêts des pays qu'elles traversaient. Franchissant la Meuse à Givet et à Agimont, et la Sambre à Châtelet, des armées entières établissaient leur campement à Couvin ', dans la Fagne, à
' 3 août 1505. Un messager du gouverneur est envoyé vers le lieutenantgénéral à Malines, pour lui faire savoir que ledit lieutenant " estoit au vray adverti, et aussy estoit vray que les François eu grant nombre
Nismes, à Givet, et surtout à Florennes '; elles désolaient les campagnes, brûlaient les fermes, ruinaient les populations, pénétraient jusque dans les villes pour rançonner ou égorger les bourgeois. Le passage de Martin Van Rossem, maréchal de Gueldre, par l'Entre-Sambre-et-Meuse, en 1542, couvrit le pays de ruines. Ce n'était partout que pillages, incendies, massacres. Les malheureux habitants de Couvin, de Châtelet et des environs ne cessaient d'adresser leurs plaintes aux États de Liège. Abandonnés à eux-mêmes,
estoient à Couvin, en la Faigne, pays de Liège, et là entour, descendans pour passer la rivière de Meuze à Gyvet, pour thirer par Brabant en Grheldres par deçà la rivière." (Comptes de souverain bailliage, 1505-1506.) — 25 (?) aotit 1506. Un messager arrive de Bouvignes « signifier que les François estoient à Nymes lez-Couvin et descendoient. " — Le dernier aoiit les Français se trouvait à Couvin, Nymes et ailleurs; le 3 sept, ils arrivent à Florines « pour thirer en Gheldres. » (Ibid., 1506-1507.) — Le jour de Noël 1507, un messager arrive de Couvin à Naraur annoncer que « les François se assembloient à grande puissance vers Aligny-sur- Marne, environ de mil à 12 cents piétons et grand nombre de gens à cheval, avecq les aultres qui estoient en leurs garnisons; et couroit la voix qu'ils avoient intencion de faii-e aucune emprinse." — Juillet 1508. Un messager envoyé dans la Fagne pour épier les Français rapporte qu'il n'y en avait plus et qu'ils étaient retirés en France (Ibid., 1507-1509. J. Borgnet, Analecles Namurois, dans les Bull, de la Comm. roy. d'hist., 2® série, t. VI, pp. 304, 305, 310). De Robaulx de Soumoy, Recherches sur Vhistoirc de la ville de Marieitbonrfj, p. 13. M. de Robaulx a peint en vives couleurs le tableau des misères que lEntre-Sambre-et-Meuse endura à cette triste époque, dans sâ Notice historique sur Philippeville, pp. 6 à 8. Voy. aussi ibid., p. 5, note 2.
' Conclusions capitxdaircs du chapitre S'-Lambert, n° 114, fol. 19; aux archives de l'Etat à Liège.
ils parvenaient quelquefois à repousser les envahisseurs, en organisant des levées en masse; mais cette résistance devint bientôt inefficace en présence du nombre et de l'audace toujours croissante des partis ennemis. Le 7 juin 1543, le magistrat de Couviu demanda et obtint qu'une partie de la garnison de Maeseyck, sous les ordres du capitaine Everard Chevalier, vînt s'établir dans le château; puis, pour éviter autant que possible toute surprise, il se mit à l'œuvre pour relever les murailles de la ville, détruites en 1467. Elles n'étaient pas encore achevées qu'on annonçait, en 1544, l'apparition dans le voisinage de troupes débandées qui infestaient la campagne. Usant d'un droit que lui conféraient d'anciens privilèges, Couvin manda aux villages de la châtellenie de venir la défendre.
Afin de mettre cette partie du territoire des Pays- Bas à l'abri des entreprises de la France, Charles- Quint, d'accord avec le prince-évêque de Liège, fit construire en 1546 la forteresse de Marienbourg, au milieu de la province liégeoise d'Entre-Sambre-et- Meuse. Cette place devint aussitôt le point de mire des généraux français, et attira sur le territoire liégeois de nouveaux malheurs. En 1552, Couvin se voit obligée de faire un nouvel appel aux
habitants de la châtellenie pour la protéger contre les « courses et pilleries » journalières des gens de guerre \ L'année suivante, on signale la présence de troupes françaises à l'Hermitage. Vers la fin du mois de juin 1554 (entre le 2.2 et le 26), le connétable Anne de Montmorency, se dirigeant sur Marienbourg, se rend maître en passant de Chimai, de Couvin, de Fosses, de Fagnoles, d'Agimont, d'Orchimont, de Brogne et du château de Haute- Roche ^. Au dire de Foullon et d'autres historiens liégeois, Couvin aurait alors été livrée aux flammes, et il n'y serait resté debout que l'église et quelques maisons ^.
Mais la ville ne fut pas détruite. Le connétable en confia la garde à une petite garnison, puis attaqua Marienbourg, qui capitula le 28 juin. L'armée française, conduite par Henri II en personne, qui venait de succéder à François P^ prit ensuite Agimont,
* Voy. Cartulairc, n» 25.
' Lettre du 26 juin 1554, par laquelle Lardenoy de Ville, gouverneur d'Herbeumont, informe le maréchal de Gueldre de la prise de Chimai, de Couvin, de Fagnole et de l'attaque de Haute-Roche. (Lettre des seigneurs, XII, 237).
3 « Eodem fere belli impetu, captum exustumque a Gallis Covinum et Fossae, diruta castra Agimons et Orciraons, Chimacum, Bronium aliaque Hispano pareutia. " (Foullon, Historia Licodiensis, II, 261.) Voy. la note 2 de la page suivante.
iucendia Dinant, Bouvignes, Florennes, Fosses, et alla continuer ses dévastations dans le Hainaut.
La perte de Marienbourg, qui laissait le platpays ouvert, attira pendant cinq années sur l'Entre- Sambre-et-Meuse toutes les calamités de la guerre \
La nouvelle garnison commença par brûler et ravager tout ce qui était resté debout dans les environs. L'année suivante, 1555, le duc de Nevers et le maréchal de S*^-André, ayant formé le dessein d'attaquer les troupes impériales campées à Givet, arrivèrent le 14 juillet à Couvin, « petit château à demi-ruiné y> ^. Mais ils furent battus le 16 et le 17. Guillaume de Nassau partit de Givet le 19 août, avec ses troupes allemandes et espagnoles, et s'empara, le jour même ou le lendemain, de Fagnoles, de Couvin et de Boussu, dont les petits forts servaient d'avant-
' De Robaiii.x, Notice hist. sicr Philippeville, p. 8; Recherches sur Vhist. de Mnrieitbourg, p. 32.
2 Henné, Hist. du rcgnc de Clmrles-Quvd en Belgique, X,199. Fisen donne la date du 1j juillet, et dit que les Français rasèrent le château après avoir chassé la petite garnison qui gardait la ville. Mais il confond sans doute cette expédition avec celle du mois de juin 1554. Voici son texte :
•' 1555. Verum in Franci potestate Mariseburgum erat, eaque de causa non nisi clades exspectari poterant. Sub idus julias pénétrantes in Belgiam copiae Francorura, Covini castra metati sunt, puisa militum manu qui urbi prsesidio erant. Neque de urbe recuperanda cogitandum fuit quamdiu Mariseburgum Franci tenuere. « (Fi.'E^f, Historin ecclcsiœ Leodiensis, pars. II, p. 349.)
postes à la garnison de Marienbourg. Les détachements qui les gardaient firent d'abord mine de se défendre, mais se rendirent « sans veoir le canon. «^ Guillaume détruisit complètement les châteaux de ces localités '. Toutefois l'évêque de Liège ne pouvait songer à récupérer celles-ci aussi longtemps que la France serait maîtresse de Marienbourg; elles restèrent donc, ainsi que Frasnes, au pouvoir de Henri II ^ Pour tenir l'armée française en échec et isoler Marienbourg, Philippe II et Marie d'Autriche, reine de Hongrie, foDt bâtir les forts de Charlemont et de Philippeville. Pendant qu'on travaille à ce dernier, les Français s'efforcent de ravitailler Marienbourg. Une armée campée sur les hauteurs de Fagnoles et autour de Couvin, protégea cette opération qui eut lieu le 30 octobre. A cet effet 3500 chevaux et 40 enseignes d'infanterie étaient entrés la veille, au soir, dans
* Le 20 août 1555, Guillaume le Taciturne écrivait à Marie de Hongrie : " Se sont rendus les châteaux de Faigny, Covin et Boussu, sans veoir le canon, oires que du commenchement aulcuns d'eulx feirent le brave de vouloir veoir le canon avant que eulx rendre; neantmoings, à la fin se sont rendus à ma discrétion. Lesquelz châteaux j'ay aujourd'hui faiot saulter et ruyner, et à ce soir suys retourné à ce camp (de Givet). »• Gachard, Correspond, de Guillaume le Taciturne, prince d'Orange. I, 85, 86.
- Le 1"" juin 1556, Philippe II écrivit cependant à l'évêque de Liège qu'il soutiendrait ses droits sur Paliseul (Fagnoles?) et Couvin. ('P«;ji>r.s des Etats de Liège.)
notre bonne ville, désignée comme point de jonction '. Il est inutile d'insister sur ce que le pays soutïrit pendant cette occupation. Une trêve conclue au commencement de l'année 1556, à Vaucelles, près de Cambrai, entre l'empereur Ferdinand et ^enri II, ne procura guère de soulagement; elle n'empêcha pas, en eûet, les pillages des soldats débandés. Dans une séance des Etats tenue à Liège le 19 juin, on entendit les doléances des habitants d'Entre-Sambre-et- Meuse sur les dommages que leur causaient journellement les troupes de l'empereur; on y apprit que, durant la trêve, le gouverneur de Maiziêres était allé ravager Fosses, Couvin et leurs environs, et avait emmené prisonniers plusieurs bourgeois de cette dernière ville, après l'avoir pillée et livrée aux flammes '\
' Lettre de Guillaume d'Orange à Philippe II, le 30 octobre 1555, du camp dEcherennes : « J'ay eu, ceste mynuyct, nouvelles que les ennemys arrivèrent hier soir à Couvin, demy lieu de Mariebourg, et si ay à ce matin envoyé le S"" de Carondelet, avecq cent noirs harnaz, pour aller découvrir leur camp. » (Gachard, Correspond, de Guillamnc le Taciturne, I, 169.)
- 19 juin 1556. « Comitiis Leodii habitis, queruntur Status de damnis quae quotidie inferuntur ab exercitu quem Csesar, dum Carolomontium extruitur, circa Givetum et vicina patriae loca alit : de injuria quoque Ooviniensibus, Fossensibus eorumque vicinis per prsefectum Masiriensem illata, qui, durantibus ut passim existimabatur induciis, perplures cives Covinienses captivos abduxerat et eorum oppidum depopulatus inceuderat. Postmaturara ... deliberationem .., visum ablegandos ad cfosarera Ferdi-
Le désastre essuyé par Henri II à Saint-Quentin amena enfin la paix de Cateau-Cambresis, signée le 3 avril 1559; elle rendit Marienbourg à Philippe II, Cou vin et Frasnes à l'évêque de Liège. Robert de] Berg envoya aussitôt Winand de Wingarde et Mercure de Jaillon, chanoines de S*-Lambert, reprendre possession de ces deux dernières villes restées pendant ji près de cinq années au pouvoir des Français, et recevoir un nouveau serment de fidélité de leurs habitants \ Il rétablit en même temps le cours de la justice à Couvin, et y fit reconnaître son autorité par la nomination de Jean de Mastaing comme bailli ^.
Pendant les années qui suivirent, ce fut au tour des garnisons espagnoles de Marienbourg, de Charlemont et de Philippeville à exercer leurs vexations sur les Liégeois du voisinage ^ Pour suppléer à l'insuffisance de leur paie, les soldats de Marienbourg s'avisèrent d'exiger un impôt des chariots qui passaient par le pont de la Brouife, sur la route de Couvin
nandum, et Philippum regem Hispanum et Gallum, aliquot ex Statibus, qui damna patriae ab eorum militibus illata exponant, iis remediura tandem in miserorum et innocentium ruricolarum solamen adhiberi postulent. » (Ch.vpeaville, Gesta j)ontif. LeocL, III, 378.)
* Bouille, Hist. de la ville et pays de Liège, II, 408; Fisen, op. cit., pars II, p. 351.
9 Voy. Carlulaire, n<> 26.
3 De Robaulx, Marienbourg, p. 66; Philippeville, p. 46.
aux Pays-Bas. Dans une des rixes journalières qui en résultaient, ils saisirent un sujet liégeois. L'évêque adressa ses plaintes au duc d'Albe, et le prisonnier fut relâché; mais, malgré la défense faite à la garnison de lever l'impôt, elle n'en continua pas moins d'agir à sa guise \ En 1578, violant à la fois la neutralité du territoire et la juridiction de l'évêque de Liège, elle érigea au lieu dit à la Croisette, entre Frasnes et Couvin, une potence à laquelle y> était attaché et mis en exécution quelque personnage. * w Certain que toute réclamation pour faire cesser ces violences serait vaine, l'évêque Gérard de Groesbeck ordonna à ses officiers, justiciers et sujets, « pour empêcher les courses, pilleries, foulles, oultrages et roberies, de incontinent, par son de cloche et aultrement, assembler et congréger le plus de ses subjectz, avecq armes et bastons, et en équipage pertinent, pour divertir et erapescher les emprinses, etc., de faict et par semblable force ^. « L'ardeur que mirent
< De Villermont, p. 193. Ch.vpe.wille, III, 457. Cartulaire I, fol. 149.
* Voy. Cartulaire, n° 33.
3 Voy. Cartulaire, n» 31. « Charles Moreau, sergent de S. G. R. de Liège en la chastellenie de Couvin, fait son rapport avoir donné quelle lettre au mayeur de Pesches, signée Loys de Lorme, lieut' bailli de Couvin, qu'il eusse à semoncer les bourgeois pour venir faire monstre et reveue à lundy ensuyvant, suivant les lettres de S. G. R. de Liège. Le debvoir at esté
les Couvinois à poursuivre les pillards les entraîna au point d'exciter, à leur tour, les plaintes de leurs adversaires pour les dégâts qu'ils commettaient '.
En 1582, le duc d'Alençon, frère de Henri III, roi de France, auquel les Etats des provinces belgiques venaient de déférer la souveraineté, faisait d'incessants efforts pour gagner les villes qui n'étaient pas à sa discrétion. Il y envoyait secrètement des calvinistes qui semaient la désunion dans le peuple par leurs discours et par des libelles. Son action fut complètement nulle à Liège. Mais craignant l'influence et les menées du duc dans les parties de la principauté voisines de la France, l'évêque écrivit le dernier mai au bailli de Couvin de placer des garnisons dans les places frontières, notamment à Couvin, à Pesches et à Boussu ^ Ces précautions n'empêchèrent toutefois pas les Italiens et les Français de ravager l'Entre- Sambre-et-Meuse.
fait le samedi après noue, le 3*^ septembre le présent an XVc Ixiij. « (Greffe de Couvin, administrai ion.)
' « Requête du receveur de Marienbourg au sujet des foules commises par le lieutenant bailli de Couvin. » (Ciiée par M. De Robaulx, Marienbourg, p. 67, note.) '
2 « Neque civitati su» tantum Leodiensi cavet, sed et oppidis et arcibus reliquisque prsesidiis, ac inprimis qufe in finibus Gallise, ut Covino et vicinis domibus et dominiis de Pesche et de Bossu, quibus etiam de prsesidiario milite, missis ad Coviniensem prsefectum maii ultima literis, provideri voluit. " (Chapkaville, op. cit., III, 520.)
Dans le courant de l'année 1622, Ernest de Mansfeld, venant de la Champagne, fit naine d'entrer dans les Pays-Bas par cette contrée. Aussitôt l'infante d'Espagne enjoignit à ses officiers des prévotés et bailliages du Hainaut d'appeler les paysans sous les armes, et de mettre Marienbourg, Philippeville et Charlemont en état de défense. De leurs côtés les habitants de la châtellenie de Couvin organisèrent des compagnies de paysans armés \ de telle sorte que Mansfeld, voyant ces dispositions, crut plus prudent de ne pas tenter le passage et se dirigea vers la Thiérache '.
Le samedi, 22 décembre 1629, Couvin fut mis en émoi par l'apparition soudaine de 25 piétons et trois cavaliers espagnols, qui, sur l'heure de midi, sans aucune formalité de justice et sans donner de motif d'une telle conduite, pénétrèrent dans la ville « avec les chiens avallés sur les mosketons », s'emparèrent des portes de l'église et de l'hôtel-de-ville, s'introduisirent dans plusieurs maisons où ils commirent toutes sortes d'excès, et enfin se retirèrent les mains pleines de butin ^ C'était probablement le fait d'un nommé
^ « Le pays de Liège est en ai'mes pour défendre les passages et les chemins dans les bois. " (Lettre de l'Audiencier, 17 août 1622, de la Sen'étairerie d'Étal allemande.)
* Dr Robal'lx, Marienbourg, p. 77.
3 Greffe de Couvin, adtJiinislration. Voyez aussi Cartulaire I, fol. 196.