Cartulaire de la commune de Namur
Contrairement à ce qui avait eu lieu pour les Cartulaires de Bouvignes, de Ciney et de Fosses, feu Jules Borgnet, lorsqu'il commença la publication du Cartulaire de Namur, se décida à faire paraître d'abord, sans préface, la série des documents communaux qui se rapportent à la plus importante partie de l'histoire de Namur, cest-à-dire à la période des comtes particuliers (1118-1429). Il se réservait de composer ensuite ce qu'il appelait modestement : XEœamen des sources. Il n'en eut pas le temps.
Chargé par la Députation permanente de cette province de poursuivre son patriotique dessein,
j'hésitai longtemps avant d'entreprendre de combler une lacune que tous les amis des lettres regrettaient : venant à la suite d'un écrivain que distinguait un si rare mérite, d'un savant si bien au fait des moindres particularités de. l'histoire de sa ville natale, je craignais, et avec raison, de ne pouvoir donner au monument élevé par son zèle, un couronnement digne de sa mémoire et de son œuvre.
Si je me hasarde aujourd'hui à livrer au public le travail qu'on va lire, c'est que j'ai eu la bonne fortune de rencontrer, dans les publications de mon devancier, la plupart des matériaux qui le composent.
Presque tous les points de l'histoire de Namur ayant été traités par J. Borgnet, je n'ai eu, pour ainsi dire, qu'à glaner dans ses Promenades, dans son Histoire, dans ses notes manuscrites, dans les Annales de la société archéologique de cette ville, partout enfin où se trouve consigné le fruit de ses laborieuses recherches, puis à lier la gerbe, plus belle par la richesse de ses épis que par suite de l'habileté du moissonneur qui l'a formée. *
Il convient d'entrer dans quelques détails relativement au plan de cette étude.
Pour être entièrement conforme à ses aînés, le Cartulaire de Namur devait présenter, dans son Introduction, un exposé historique complet de la ville et de ses institutions, depuis leur origine jusqu'à la Révolution française.
Mais, on le conçoit, un tel travail aurait dépassé" de beaucoup, par son étendue, les humbles proportions d'une préface : à un sujet dune si grande importance, il faudrait consacrer un gros livre. Or, si je ne voulais donner au premier volume de ce Cartulaire des dimensions que mon regretté prédécesseur, dans son instinct de bibliophile, eût certainement désapprouvées, je ne pouvais guère disposer que d'environ deux cents pages.
Jetais obligé, on le voit, de me borner, et de choisir, dans l'ensemble des ^annales namuroises, quelque point spécial, ayant, autant que possible, un rapport direct avec le caractère de cette publication de Documents communaux inédits.
À proprement parler, l'histoire particulière de
Namur finit avec la dynastie de la maison de Dampierre : Jean III ayant vendu son comté à Philippe le Bon, en 1421, mourut le 1er mars de Tannée 1429 \. Si, à partir de cette dernière date, le comté resta autonome et indépendant, il n'en est pas moins vrai que l'avènement de la maison de Bourgogne inaugura, pour toutes nos provinces, une époque de centralisation fatale aux libertés de la commune, si péniblement conquises dans le cours des siècles antérieurs; les institutions populaires qui s'étaient naturellement développées au souffle de la liberté, perdent leur caractère démocratique pour revêtir une forme nouvelle.
Dans l'intérêt même du récit, je devais donc me garder de franchir le seuil de la période bourguignonne, et, en ce qui concerne les dates, le cadre de mes recherches était nettement tracé. Il n'y avait plus qu'à être fixé sur la nature du sujet.
* D'après Jean de Stavelot, qui cessa d'écrire en 1447, le comte Jean III serait mort le 1er mars 1430. (Voy. sa Chronique, pages 244 et 246).
Ici, le choix n était pas difficile, on pourrait presque dire qu'il netait guère permis. En effet, les origines de la ville, les premiers développements de ses franchises, les principaux faits de son histoire, l'établissement et la .nature de ses institutions, sont autant de points qui s'imposaient, en quelque sorte, au rédacteur de l'Introduction de ce Cartulaire; c'était, d'ailleurs, comme j'ai pu m'en convaincre en parcourant les notes de Jules Borgnet, le projet de ce savant de tracer le tableau de la commune de Namur pendant la période la plus vitale de son existence, c'est-à-dire à la fin du XIVe siècle et au commencement du XVe, sous les derniers comtes de la maison de Flandre.
En me conformant à ses intentions, je crois avoir rempli une mission pieuse.
C'est aussi dans cette pensée que, partout où cela était possible, j'ai respecté dans leur forme même, si claire, si précise, si élégante, les travaux toujours judicieux, exacts et approfondis de mon devancier. Bornant mon rôle à celui d'éditeur et parfois d'arrangeur, j'ai, tantôt repro-
duit à la lettre des pages entières de son Histoire de Namur, tantôt simplement réduit à des proportions convenables ses différentes notices éparses dans les recueils littéraires du pays.
Je ne pouvais faire mieux, et je croirai avoir heureusement accompli ma tâche, si le lecteur ne s'aperçoit pas qu'une main étrangère a achevé l'œuvre de Jules Borgnet.
Il me reste, en terminant cet avant-propos, à remercier M. Du Fief, chef de division à l'Administration communale, pour l'obligeance avec laquelle il a facilité mes recherches dans les archives de la ville confiées à sa garde. Je me plais à reconnaître, que sans son secours, plusieurs documents intéressants qui figurent dans le tome III du Cartulaire de Namur, auraient échappé à mes investigations.