I. — ANTIQUITES
Des différentes parties du territoire be]ge, le pays de Nainur est celui qui, jusqu'à ce jour, a fourni les traces les plus nombreuses de l'occupation successive d'hommes de différentes races, même aux temps antéhistoriques \ Il n'est donc pas étonnant que le cheflieu de cette contrée pittoresque offre aussi en plus
* Voir les remarquables travaux de MM. Schmerling, Spring et surtout d'ÉD. Dupont, L'homme fendant les âges de la pierre en Belgique. On trouvera aussi quelques données dans les Annales de la Société archéologique de Namur, passim, notamment une notice de M. Soreil, sur la Caverne de Chauvaux, dans le tome XIII, p. 303.
grande abondance des monuments authentiques des époques belgo-germanique, gallo-romaine et franque.
1° Époque préhistorique. — Pour la première de ces périodes, nous nous contenterons de signaler le curieux monument druidique appelé la Pierre du Diable, dolmen qui s'élevait naguère encore dans la plaine de Jambes *, et l'immense fabrique d'objets de l'époque de la pierre polie, nommés haches celtiques, établie sur le terne de Hastedon 2.
2° Époque gauloise. — En ce qui concerne cette période, on peut citer plusieurs monnaies gauloises, notamment au type d'Avaucia, découvertes à Namur et aux environs, et qu'un savant distingué attribue aux Attuatiques 3.
3° Époque belgo-romaine (50 ans environ avant J.-C.
1 Sur cette pierre, voy. les articles de MM. Schuermans, Del Marmol et Borgnet, dans les Annales de la Soc. arch. de Namur, tome II, p. 150, tome IX, p. 423 et tome XIII, p. 339; et dans le Bulletin des commissions d'art et d'archéologie, tome VIII, p. 1.
2 On doit la découverte et l'exploration de cette fabrique à feu M. l'ingénieur Limelette, qui a fourni au Musée de Namur une collection d'objets nombreuse et intéressante. Voy. dans les Annales, tome XII, p. 229, une notice sur Hastedon faite par MM. G. Arnould et F. de Radiguès. Des silex taillés et des haches en pierre polie ont aussi été trouvés sur le Château, à la Sainte-Croix et à Saint-Servais. Voy. Annales, tome II, p. 149; tome VI, p. 252; la collection de M. de Puydt, etc.
3 Selon M. de Saulcy, Avaucia ne serait autre chose que Aduatucia. Voy. Annales, tome II, p. 151, et tome VI, p. 250.
jusque vers le Ve siècle). — Pour l'époque romaine, les vestiges sont tellement nombreux qu'on se trouve véritablement arrêté par l'embarras du choix. Depuis que l'intérêt s'est porté récemment vers l'étude de l'histoire locale, il a suffi de la construction d'habitations dans des endroits jusque là inoccupés, ou de l'établissement de galeries souterraines, pour retrouver partout des poteries et des monnaies romaines; les détailler nous entraînerait beaucoup trop loin \ et il faudra bien nous borner à rapporter les faits les plus concluants. Sur ce point spécial, nous ne tiendrons pas compte des découvertes signalées par nos anciens historiens; leurs trouvailles, en effet, ne nous paraissent pas avoir été observées avec le soin, avec la minutie, dirons-nous, que réclame, avec raison du reste, la critique moderne.
Commençons par la partie la plus ancienne de la ville, à savoir l'entre Sambre-et-Meuse.
Déjà en 1857, on avait trouvé, à la Plante, dans les dépendances de la maison Bequet, un dépôt considérable de tessons et d'objets les plus divers 2. Plus
1 On peut consulter à cet égard les Annales de la Soc. archéol. de Narnur tome VI, pp. 488, 494 à 496; tome VII, p. 220, etc.
2 Voy. Annales, tome V, p. 205. Cette trouvaille confirme le fait avancé
tard, à l'endroit même où s'élevait autrefois la chapelle S^Martin, au pied de la montagne qui trotte, on mit au jour un véritable cimetière, malheureusement déjà dévasté par diverses bâtisses du siècle passé l. Lors de la construction du port de Grognon, à la pointe formée par le confluent de la Sambre et de la Meuse, on a constaté que le sol était littéralement formé de débris de tuiles et de poteries romaines 2. Enfin, à Salzinnes, vers le fonds des morts 3, au bas de la montagne, on a découvert les restes d'un cimetière gallo-romain qui était probablement très-considérable, mais qui avait été presque totalement détruit par les briqueteries et autres bouleversements du sol 4.
Si la colline occupée par la forteresse et ses dépendances n'a produit, en fait d'antiquités, qu'un nombre assez restreint de monnaies romaines, on ne peut s'en étonner lorsque l'on songe aux transforma-
par Galliot, Histoire de Namur, t. I, p. 44, qu'en 1747 on mit au jour une tombe romaine à la Plante. Cfr. aussi Annales, tome VI, p. 248.
1 Voy. Annales delà Soc. archéol. de Namur, tome VII, p. 419.
2 Ibidem, tome I, pp. 368 et 309; Borgnet, Promenades, p. 40.
3 II ne faut pas attribuer à cette dénomination une origine romaine; car, s'il est vrai qu'on y a découvert des objets romains, il est incontestable aussi qu'on y a établi, en 1578, un cimetière spécial pour les pestiférés. Voy. Annales, tome I, p. 382, note 4.
* Voy. Annales, tome VII, p. 419; tome VIII, p. 453.
tions complètes de ce terrain, tant de fois remué de fond en comble, et sous toutes ses formes, par les travaux d'attaque et surtout de défense. Toutefois, en dehors de la forteresse, subsistent encore les remarquables débris du vieux mur, déjà mentionné comme tel au quatorzième siècle, et sur lequel Vauban établit son retranchement célèbre après le siège de 1692 \ La tradition rapporte que là se trouvait la première enceinte de Namur, et que Caius Caligula, pour la facilité des habitants, descendit la ville dans la plaine. Certes, il ne faut pas ajouter trop de foi aux légendes populaires; mais on ne peut négliger de les prendre en considération lorsqu'elles s'appuient sur des faits incontestables. Or, il est certain que cette construction était désignée sous le nom de vieux murs en 1345. De plus, on est en droit d'affirmer que des enceintes d'une dimension pareille ne peuvent appartenir à l'époque féodale; il faut donc les reporter, soit à la domination romaine, soit aux premières invasions des barbares 2.
Avant de traverser .la Sambre pour nous rendre dans l'autre partie de la ville, arrêtons-nous un ins-
4 Voy. Borgnkt, Promenades dans Namur, pp. 13, 30 et suiv. 2 Ibidem, pp. 32 à 34.
tant aux trouvailles faites dans le lit même de cette rivière. Le nombre des médailles que l'on y a ramassées à. toutes les époques est presque incroyable. Cette circonstance avait déjà été remarquée, au seizième siècle, par l'historien Croonendael l. Mais alors on n'attachait guère d'importance à ces sortes de découvertes qui, sans doute, se renouvelaient tous les jours. Dans des temps plus rapprochés de nous, elles furent mieux observées. Il est de notoriété publique que, lors de la canalisation de la Sambre, dans les années 1825 à 1830, les monnaies romaines se retiraient par poignées du gravier; plus d'un cabinet d'amateur s'en enrichit, mais le profit scientifique fut perdu. Il fallut à Namur la création d'un Musée archéologique, en 1843, pour atteindre un résultat sur lequel l'histoire put asseoir ses bases. Bien qu'il n'y ait plus eu, depuis lors, de travaux considérables à exécuter, il suffit de quelques fouilles faites, surtout aux abords de l'ancien pont* dans les endroits que les basses eaux laissaient à découvert, pour former le curieux médaillier romain que l'on conserve au Musée; sans parler des pièces consu-
1 Auteur d'une excellente chronique namuroise encore inédite, mais qui, nous sommes heureux de l'annoncer, ne tardera pas à voir le jour.
laires, on y voit une série presque non interrompue de monnaies impériales, depuis Jules César jusqu'à Anastase Ier, mort en l'an 518; ces monnaies sont au nombre d'un millier environ; mais ce chiffre représente au moins quinze mille pièces trouvées, puisque les conservateurs du Musée se sont bornés à déposer dans leur collection les exemplaires dont la conservation était assez bonne pour pouvoir les déterminer sûrement l.
Il n'est certainement pas un endroit en Belgique qui pourrait produire à l'appui de l'ancienneté de son origine une preuve aussi évidente et aussi complète. Nous pensons, en effet, que si un dépôt de médailles romaines trouvé isolément ne prouve rien, il en est tout autrement de découvertes successives embrassant une longue période de temps 2. Elles deviennent alors des témoignages irrécusables.
Si, passant la rivière, nous interrogeons le sol de la partie plus moderne de la ville, nous trouvons, outre des découvertes partielles assez nombreuses, mais sur lesquelles il serait fastidieux de nous ar-
* Voy. Annales, tome I, pp. 367, 369, 474; tome II, pp. 151, 219, 445; tome III, p. 233; tome V, p. 213; tome VI, pp. 245, 246; tome VII, p. 438; tome VIII, p. 229; tome IX, p. 457; tome X, p. 515.
2 Cartulaire de la commune de Ciney, Introduction, p. X, note 2.
rêter \ un cimetière romain tout entier à l'endroit dit la Motte-le-comte. Ce terrain, que traversent aujourd'hui la rue Neuve et celle de la Blanchisserie, toutes deux de création assez récente, ne comprenait que des jardins. Lors de la construction des premières maisons qui bordent ces rues, on avait remarqué dans les déblais des tessons de terre sigillée; l'éveil était heureusement donné, car, lorsqu'on jeta les* fondations de l'école SVLouis, on tomba en plein dans le cimetière; cette fois, on ne se contenta pas de recueillir les fruits du hasard; des fouilles régulières furent organisées, et l'on mit au jour une soixantaine de tombes, dont le mobilier funèbre est déposé au Musée. Or, il résulte de la forme du terrain et des trouvailles déjà faites antérieurement, que l'on n'a exploité qu'une faible partie de ce qui formait la nécropole des habitants de la ville primitive 2.
• Ces découvertes ont été faites notamment dans la rue des Fripiers, rue Neuve, rue S'-Aubain, rue des Brasseurs, rue S4- Jeau, rue de l'Ange, au Marché couvert, rue de la Croix. Voy. Annales, tome II, p. 150; tome VI, p. 495; tome VIII, p. 419; tome XII, p. 122, etc. « Jusqu'à présent, dit J. Borgnet, les trouvailles semblent se concentrer dans les parties de la ville comprises entre le Bas de la Place, la rue des Fossés, la rue Sl-Jaeques et la rue du Séminaire. Faut-il y tracer le périmètre de la ville antique dont l'important cimetière belgo-romain de la rue Neuve formait l'extrême limite? L'avenir nous le dira peut-être. »
2 Annales, tome III, p. 232; tome VII, p. 409 (article de M. A. Bequet) ; Cartulaire de la commune de Namur, tome I, p. 89.
4° Époque franque (Ve et VIe siècles de notre ère). — Les Francs, dans leur passage sur notre territoire, n'ont pas laissé de vestiges aussi nombreux *; mais il en est un qui présente à lui seul plus d'importance historique que ne pourraient en offrir tous les autres : nous voulons parler du fameux triens ou tiers de sol d'or, dont on connaît quelques variétés sur lesquelles on lit Nammuco, Namuco c. 2 ou Namuco f. Cette jolie monnaie parait appartenir à la seconde moitié du septième siècle 3, et serait par conséquent contemporaine des plus anciens diplômes et chroniqueurs qui mentionnent Namur.