‹ Cartulaire de la commune de Namur (volume 3)Chapitre 15 sur 49 · AA · texte numérisé non relu

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souverain, les bourgeois se révoltèrent en 1313, dé- {hvastèrent ses forêts, entravèrent le cours de la justice et assiégèrent la citadelle. On entendit alors pour la première fois ce cri de guerre : Namur pour la vie! qui, depuis, servit de ralliement aux gens de la commune. Jean Ier accourut, avec son allié le comte de Looz, et investit la ville. Plusieurs assauts, dont un donné aux murailles derrière l'église S^Aubain , furent repoussés par les bourgeois. Mais, vaincus à la fin, ils durent entrer en accommodement avec le comte, et se soumirent à sa sentence, qui fut prononcée le 24 septembre. Après avoir mis à néant « toutes les alliances, serments et conspirations » faits contre lui, Jean Ier condamne les quatre-vingt-quatre principaux meneurs à la prison ou à des pèlerinages , et tous les révoltés à la réparation des dommages , outre une amende à lever, partie sur le sujets rebelles, partie sur le corps de la ville. Eu égard au temps et aux circonstances, la punition était modérée \

Ce prince prit des dispositions en faveur de Fin- ^ dustrie namuroise. Le 10 juin 1322, il conclut un accord avec les brasseurs de la Neuve-ville; le 3

* Cartul. de Namur, I, pp. 168, 170, 180. Borgnrt, Hist. de Nantir/-, pp. 120-122. Promenades, p. 268. Galliot, I, 386 à 389.

mai de l'année suivante, il fit un arrangement avec les tanneurs de Namur; le 26 juin 1328, il donna une charte au métier de la batterie en cuivre de

Bouvignes. Sous le même règne, nous trouvons des statuts octroyés aux bateliers par l'échevinage; c'est la plus ancienne charte d'organisation de métiers qui soit parvenue jusqu'à nous.

Toutefois, la malheureuse issue des deux dernières insurrections paraît avoir découragé les Namurois, et quoique les circonstances fussent favorables aux troubles à cause de l'absence presque continuelle des successeurs de Jean Ier, l'histoire de la ville est, pour ainsi dire, muette pendant près de quarante années. Il n'en fut pas de même sous le règne de Guillaume Ier, inauguré en 1337. Durant la longue administration de ce prince, qui guerroya toute sa vie au dehors, Namur jouit d'une paix profonde, par conséquent d'une grande prospérité, et vit ses institutions se développer librement. Mais la ville ne fut point pour cela exempte de commotions populaires, qui, comme nous l'avons dit, n'étaient peut-être que le contre-coup des émeutes flamandes.

En 1351, le comte étant allé en France pour épouser Catherine de Savoie, une fraction de la bourgeoisie profita de son éloignement pour se sou-

lever. Les gens de métiers, et notamment les tisserands, s'assemblèrent en tumulte près du couvent des Croisiers et en plusieurs autres endroits de la ville. Là quelques méfaits furent commis et des paroles outrageuses contre le comte furent prononcées par les émeutiers. Un certain Jean de Brabant, principal instigateur de ces désordres, mit arrêt, sans congé du magistrat, sur des bateaux étrangers. Colart Waurin, autre meneur, arrêta, de son côté, les chevaux d'un sien débiteur, sans la permission de l'échevinage ; attrait pour ce délit en présence du majeur et des échevins qui siégeaient au Cabaret, il proféra « aucunes paroles disconvenables et contraires à la hauteur et seigneurie de nostre chier seigneur. » Une première sentence de la justice, condamnant au bannissement une vingtaine d'hommes de métiers et de femmes, fut bientôt modifiée par le comte. Le 4 décembre 1352, Guillaume ouvrit un plaid solennel dans la salle de l'Empereur, au château de Namur. Là s'avancèrent les bannis, pieds nus, la tète découverte; se mettant à genoux devant le comte, ils lui crièrent merci pour leurs méfaits. Guillaume leur fit grâce du bannissement, à condition qu'ils remissent « leur honneur, leurs corps, leur vie et leurs membres à sa volonté. » Seize maîtres des tisserands,

des tailleurs, des charliers, des fèvres et des merciers furent ensuite condamnés à des pèlerinages à Saint- Jacques en Galice et ailleurs.

Comme on a pu le remarquer, cette révolte se présente avec des caractères distincts des précédentes. Ici, ce n'est plus le fait de la commune entière, mais un véritable soulèvement des métiers; le reste de la bourgeoisie ne paraît pas y être intervenu, et l'échevinage, dans la composition duquel le comte avait sans doute fait prévaloir son influence, ne prend plus, comme autrefois, le parti du peuple

insurgé.

On ignore les causes de cette révolte; mais il est permis de supposer que, pour se procurer les ressources nécessaires à ses expéditions et à ses voyages, Guillaume avait, comme ses prédécesseurs, voulu augmenter les impôts des Namurois, et que les gens de métiers, devenus riches et puissants, tentèrent de s'opposer à ces exactions arbitraires lf

Dans le courant de 1363, de nouveaux troubles éclatèrent à Namur. Un jugement du 28 mai de cette année fait mention d'une conspiration ourdie contre le prince par Jehan Barbesalée; mais on ne

1 Bokgnet, Hist. du Namur, pp. 130 133. Cartulaire do, Namur, II, 18.

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