‹ Cartulaire de la commune de Namur (volume 3)Chapitre 14 sur 49 · LV1II · texte numérisé non relu

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cela leurs prédécesseurs Godefroid et Henri l'Aveugle qui avaient affranchi les villages de Floreffe, de Brogne, de Jamagne et de Fleurus, et en avaient assimilé les habitants aux bourgeois de Namur, signalèrent leur administration en accordant à Bouvignes, en 1213, des libertés semblables à celles dont jouissaient les Namurois. Ils octroyèrent aussi une charte communale à la partie de la ville de Namur connue dès lors sous le nom de Neuve-ville (1214). Par cette charte, qui garantissait certains avantages matériels aux habitants, les tailles de précaire et la mortemain sont abolies, les bourgeois sont jugés par leurs échevins, le service militaire est limité \

Les gouvernements des premiers successeurs de Yolende ne se distinguent par aucun événement notable, si ce n'est que Marguerite et Henri de Vianden, s'étant, semble-t-il, emparés sans droit du comté, Ferrand, comte de Flandre, le leur disputa et sut se le faire adjuger par l'empereur Henri. Par son diplôme du 3 juin 1229, ce prince, s'adressant aux châtelains de Namur , de Samson et de Bouvignes , ainsi qu'aux bourgeois de Namur et aux hommes de fief, leur fit connaître qu'il avait investi Ferrand du comté.

1 Cartul. de. Namur, 1. 1, 9; Borg.net, Hist. de Namur, 77.

Le règne de Baudouin de Constantinople fournit un des drames les plus intéressants de l'histoire de Namur, drame dans lequel la bourgeoisie figura au premier rang sur la scène.

On sait que ce prince, dernier empereur latin de Constantinople, recourut inutilement aux moyens les plus extrêmes pour soutenir son empire chancelant. Il avait engagé son comté de Namur à l'efïet de se procurer de l'argent. Marie de Brienne, chargée du gouvernement du pays pendant l'absence de l'empereur, vint résider à Namur vers l'an 1253, et, dans le but de seconder son mari, ne tarda pas à accabler ses sujets d'exactions. Ce fut une des causes de la révolte. Un autre motif, était l'attachement que les Namurois avaient conservé pour la maison de leurs anciens comtes, alors représentée par Henri le Blondel, fils d'Ermesinde, et dépouillée par la maison de Hainaut.

L'occasion d'un soulèvement ne tarda pas à se présenter !. Un jour, dit un auteur contemporain

!. Ces faits sont généralement racontés de la même manière par les historiens; leur récit n'est, en résumé, que la reproduction de la Chronique de Reims, document contemporain, publié par L. Paris ; Paris, 1837, pp. 226 à 232. D'autres chroniqueurs donnent quelques variantes que l'on peut lire dans Borgnet, Hist. de Namur, pp. 89 à 92.

dans son naïf langage, de mauvais bruits coururent sur le compte de fils de bourgeois de Namur appartenant au haut lignage. La classe moyenne ayant fait entendre des plaintes, l'impératrice manda les parents des coupables et leur ordonna de châtier leurs enfants de telle manière qu'elle n'en entendît plus jamais parler en mal, car sinon elle serait obligée d'y mettre bon ordre. Les parents répondirent : « Dame, vous dites bien, et nous avertirons nos enfants qu'ils se tiennent en paix; s'ils ne veulent obéir, si en faites ce que Dieu vous enseigne et ce que votre conseil vous conseillera. »

Là-dessus ils s'en allèrent et commandèrent à leurs fils de se. corriger et de renoncer à leurs folies. Mais ils n'en firent rien; au contraire, ils se montrèrent encore moins retenus qu'auparavant. Or, voici ce qu'ils faisaient : ils allaient à dix ou onze dans une taverne, y dépensaient 20 ou 30 deniers, et obligeaient ensuite un honnête homme de la petite bourgeoisie, quelque peu riche, de solder leurs écots. Il y en avaient qui payaient par peur, d'autres refusaient; mais ceux-ci étaient battus, on leur faisait toute espèce de vilenies et on leur arrachait violemment leur argent.

Lorsque l'impératrice fut instruite de ces faits, elle

entra dans une grande colère et ordonna à son bailli, qui était un bon chevalier, de se saisir des jeunes gens et de les mettre en un lieu où ils ne pourraient plus faire le mal. L'officier les fit épier, et ayant su où ils allaient, se rendit inconsidérément en cet endroit, sans escorte suffisante, croyant les prendre; mais ils se défendirent vigoureusement, massacrèrent le bailli et s'enfuirent \

Cette nouvelle étant parvenue à l'impératrice, peu s'en fallut qu'elle ne perdit le sens, et elle s'écria : « En vérité, je suis sans appui dans ce pays étranger! » Le lendemain elle convoqua la commune de Namur, et lorsque les bourgeois furent assemblés, elle leur demanda compte du meurtre de son bailli, et exigea que les assassins lui fussent livrés. Les bourgeois répondirent qu'ils regrettaient la mort de l'officier, mais qu'ils n'en étaient pas responsables; ils consentaient, du reste, à ce que les coupables fussent punis. « Au nom de Dieu, s'écria l'impératrice, cela ne se passera pas ainsi! Vous me les livrerez, et chacun de vous répondra d'eux sur sa vie et son avoir. » — « Eh, dame, répondirent les

1 Quelques auteurs disent que ce meurtre eut lieu au coin de la rue du Pont, sous les yeux de Marie de Brienne, qui fut obligée de se sauver dans l'égiise Notre-Dame, d'où elle regagna le Château.

bourgeois, pourquoi voulez-vous nous châtier pour une faute que nous n'avons pas commise? Certes, cela n'est pas juste, et, s'il plaît à Dieu, nous ne le souffrirons pas. »

Là-dessus les bourgeois quittèrent la Cour. Mais l'impératrice déclara qu'il n'en serait jamais fait autrement que. suivant sa volonté.

Les choses en demeurèrent là pendant quelque temps, jusqu'à ce que les bourgeois décidèrent qu'ils remettraient le différend à l'arbitrage du roi de France; ils élurent en conséquence quatre des plus sages d'entre eux et les déléguèrent vers le roi. Les députés exposèrent l'affaire, firent ressortir la déraison de leur souveraine, et dirent au roi : « Pour Dieu, sire, mettez à ce conseil! » Alors Pierre de Fontaines, conseiller du roi, prit la parole et dit : « Je vais vous dire ce que vous avez de mieux à faire et quelle conduite vous devez tenir. Vous retournerez chez vous et vous direz à chaque bourgeois de Namur de prendre une corde et de se la passer au cou; puis vous irez vous présenter à l'impératrice en disant : « Dame, voici vos assassins, faitesen ce qu'il vous plaît. » Lorsque les députés entendirent ce langage, ils restèrent ébahis. Le roi les voyant tous muets, dit : « Messire Piorre, vetre

conseil n'est pas bon. Que les bourgeois retournent auprès de leur dame et tâchent de faire la paix avec elle; et ils feront sagement. » — « Sire, répondirent les bourgeois qui désiraient s'en retourner, vous dites bien. » Et ils s'en allèrent comme des gens qui n'ont aucune envie de revenir, et racontèrent comment le roi avait accueilli leur requête. « Par ma foi, dirent les autres bonnes gens, nous n'avons rien à espérer de ce côté; il faut chercher un autre protecteur. « — « Au nom de Dieu, reprit l'un d'entre eux, j'ai entendu dire par d'anciens bourgeois que le comté de Namur revient de droit à monseigneur Henri de Luxembourg \ et qu'on lui en a fait tort. M'est avis, en bonne foi, qu'on l'envoie chercher : nous lui ferons féauté, et lui la fera envers nous. Vous pouvez être certains qu'il s'y prêtera volontiers, car c'est son plus vif désir. »

Tous partagèrent cet avis. On envoya chercher le comte Henri, qui vint aussitôt; il reçut le serment des bourgeois, et ceux-ci reçurent le sien (la nuit de Noël 1256). Puis il retourna en son pays, emprunta de l'argent et rassembla une armée.

* Henri II, dit le Grand ou le Blondel, fils d'Ermesinde et du comte de Luxembourg.

Quand l'impératrice sut que son peuple avait fait hommage au comte Henri, elle fit approvisionner le château de Namur et y mit un capitaine courageux et prudent l. Henri arriva avec une armée, et les bourgeois le reçurent avec joie, mettant à sa disposition leurs corps et leurs biens. Il fit le siège du château, et fortifia si bien le bourg que personne ne pouvait entrer dans la citadelle, ni en sortir. Il resta ainsi longtemps, tandis que l'impératrice pressait la comtesse de Flandre et ses amis de lui prêter secours. Elle parvint à rassembler une formidable armée où figuraient un grand nombre de chevaliers et de puissants seigneurs, notamment les comtes de Dreux, de Montfort et de Joigny, messire Everard de Valeri, capitaine de Champagne, et d'autres. La comtesse plaça son fils Baudouin d'Avesnes à la tête de ses gens, ce qui n'amena rien de bon. Ces troupes s'arrêtèrent d'abord à quatre lieues de Namur, et le lendemain se présentèrent devant le bourg, dont l'impératrice ordonna le siège. Les Flamands et les Hennuyers eurent l'air d'apporter du secours; mais Baudouin d'Avesnes était favorable au comte Henri et le soutenait secrètement. Comme ses

* C'était Francon, bâtard du sire de Wezemael.

troupes perdaient plus qu'elles ne gagnaient, Baudouin négocia une trêve de quarante jours.

Lorsque les Flamands s'aperçurent de la conduite de leur comte et des motifs qui le faisaient agir, ils prirent conseil entre eux et décidèrent de s'en retourner. Tout étant arrangé, ils s'écrièrent : Help, help! et se jetèrent en queue sur les Champenois, dans les bagages, les chevaux et les munitions du comte de Joigny, où ils occasionnèrent de grands dégâts. C'est ainsi que les Flamands furent cause de la désorganisation de l'armée.

Henri, de son côté, ne bougea pas et assiégea étroitement le château pendant plus d'un an. Quand le capitaine de la forteresse vit qu'il ne lui arrivait pas de secours, que ses provisions diminuaient et que ses hommes mouraient de faim et de maladie, il fut anxieux, car il savait que le comte Henri le haïssait fort. Voilà qu'un chevalier frappe un jour à la porte du château; on vient aux créneaux et on lui demande ce qu'il veut. Il répond que le comte Henri désire parler au capitaine. Le messager va le lui dire, et le capitaine étant venu, se penche audessus du mur. Lorsque Henri l'aperçoit, il lui dit : « Capitaine, vous me faites peine et dommage; sachez bien que vous n'aurez jamais aide ni secours; et moi

je ne bougerai d'ici tant que je me serai emparé du château. Si je le prends de force, je ne vous en saurai gré; mais si vous me le remettez maintenant, je vous pardonnerai. Vous voyez qu'il n'y a aucune honte pour vous à le rendre. » — « Sire, répond le capitaine, je vais prendre conseil, et dans quinze jours je vous donnerai réponse. » Henri y consentit. Alors le capitaine envoya à l'impératrice pour lui demander ce qu'il y avait à faire; elle répondit qu'elle ne pouvait rien pour l'aider. Au bout de quinze jours, le capitaine remit le château à Henri (le jour de S*- Vincent 1258), qui en prit aussitôt possession.

Ainsi se termina cette insurrection populaire qui eut pour conséquence la fin de la maison de Courtenay.

La reddition du château de Namur assura à Henri le Blondel la souveraineté du comté. Mais il ne tarda pas à être troublé dans sa possession, car Baudouin vendit, en 1262, ses droits à Guy de Dampierre, et cette cession amena sur la scène un nouveau compétiteur, qui, après quelques succès, finit par s'arranger en 1264 avec Henri. 11 fut stipulé que Guy, qui était veuf, épouserait Isabelle, fille du comte de Luxembourg, qu'elle recevrait en dot le comté de Namur, et que ce domaine passerait aux enfants à naître

de ce second mariage, à l'exclusion de ceux du premier lit.

Avec Guy de Dampierre commence donc , en 1264, la série de nos comtes de la maison de Flandre. La réunion des deux pays de Namur et de Flandre sous un même sceptre, et plus tard, sous des souverains de la même famille, amena naturellement des relations entre ces populations de race et de caractère si différents : certaines institutions thioises furent alors transportées chez nos wallons; nos princes et nos ancêtres prirent une part active aux guerres de Flandre \ et l'on ressentit plus d'une fois, à Namur, le contre-coup des révolutions flamandes.

Il importe, en ceci, de tenir compte de la force respective des deux nations. En Flandre, où les populations étaient riches et puissantes, les souverains durent souvent se plier aux exigences de leurs sujets, tandis qu'il y avait moins de ménagements à garder dans notre pays.

L'un des premiers actes de Guy n'est, en définitive, que l'établissement d'une contribution onéreuse. L'acte d'octroi de 1268 ne précise pas les faits qui

1 Le 11 juillet 1302, un corps de six cents Namurois, arrivé de la veille, prit part, dans les rangs des Flamands, à la glorieuse bataille de Courtrai.

en amenèrent la rédaction; mais on voit assez que ce fat une pénalité établie par le comte à l'occasion d'un différend entre lui et la commune, pour une amende de forfait réclamée par Guy au sujet de Godefroid de Donglebert. Les bourgeois, « pour a Voir la paix et l'amour de leur seigneur, » s'engagent à lui payer une somme de mille livres lovignois; mais comme la caisse communale ne contenait pas cette somme, le comte autorise les bourgeois à lever un impôt de deux deniers sur chaque setier de vin et d'un denier sur chaque hanap de cervoise vendus dans la ville l.

Dans une contestation qui suivit de près, entre l'échevinage de Namur et la Haute-Cour de S^Àubain, le comte ne se montra guères plus favorable aux libertés communales, puisqu'il se prononça en faveur du chapitre 2. Mais un fait important ressort de ce conflit : c'est que la commune prenait vie et que , comme tout pouvoir naissant, son échevinage cherchait à agrandir le cercle de son action.

Comme on le voit, Guy de Dampierre s'attacha partout, à Namur comme en Flandre, à restreindre

1 Cartulaire de Namur, I, 49. Bokgnet, Hist. de Namur, pp. 98, 99.

2 Voyez, plus loin, le chapitre relatif à retendue de la franchise.

les privilèges de la nation, et se rendit impopulaire dans les deux pays. En Flandre, cette opposition aux intérêts des communes fut la cause des malheurs du prince : les villes se tournent contre lui et l'abandonnent dans sa lutte contre le roi de France. Dans notre comté les choses ne vont pas si loin; si Guy s'aliène les populations, elles lui restent cependant fidèles.

Dans les dernières années de son règne, ses empiétements continuels sur les franchises du peuple firent éclater des difficultés entre lui et la commune; et par commune, il faut entendre ici, non-seulement les simples bourgeois, mais l'échevinage lui-même. Loin d'augmenter les privilèges des Namurois, Guy s'imagina de les restreindre, d'abord en prétendant (MvcXaatv^ que les violences exercées contre le comte, ses en- //AAA*A fants, ses officiers, ainsi que contre les gens d'église, n'étaient pas du ressort de l'échevinage, mais devaient être jugées par lui seul; et, en second lieu, en augmentant les charges qui pesaient sur les milices ^^A^W^^ bourgeoises. Ces deux atteintes aux prérogatives communales provoquèrent un soulèvement général de - n n / l'échevinage et de la bourgeoisie, dans les commencements de l'année 1293^^ Les communs » tinrent des assemblées révolutionnaires, se liguèrent sous la

foi du serment et résolurent de se donner un autre seigneur. Guy, qui se trouvait en ce moment en Flandre, envoya son fils aîné à Namur « pour veoir ke c'estoit, et pour mètre un conselh teil k'il i afferist. » Le mouvement fut apaisé; mais, à la suite d'une réunion, le maire, les échevins, les jurés et la bourgeoisie adressèrent, le 12 juillet, leurs remontrances au comte. Ils protestent d'abord qu'ils n'ont pas conspiré contre leur seigneur; que si des menaces ont été proférées contre ses officiers, ce n'a été ni à l'occasion ni dans l'exercice de leurs charges; ils déclarent, au surplus, s'en rapporter à l'enquête que Guy ordonnera, et si l'un d'eux est trouvé coupable, il subira sa peine ou sera abandonné par la commune. Puis, examinant les prétentions du comte, ils remontrent : 1° qu'à l'échevinage seul appartient la connaissance de tous les crimes, sans exception, commis dans l'enceinte de la commune; 2° qu'ils ne sont pas obligés de suivre le comte dans une expédition militaire à plus d'une journée de marche de la ville, sans recevoir de solde. Ils osent lui dire « ke me sirez ne doit ne ne puet corrigier outre ce ke li loys dele ville donne et li enseignemens de l'eskevin, » et ils lui rappellent que, lors de son avènement, il a j.uré de

garder les lois et les franchises de la ville. Ils ont du reste foi dans sa loyauté, ne doutent pas qu'il ne fasse faire une enquête sincère sur leurs droits respectifs, et déclarent se soumettre à l'avance à sa décision.

Accédant au désir de la commune , Guy de Dampierre se rendit à Namur, et fit aussitôt procéder à une enquête où furent entendus tous ceux qui croyaient avoir quelque chose à dire pour arriver à une conclusion. Puis, le 9 décembre, en présence des mayeur, échevins, jurés et bourgeois, le prince publia sa sentence. 'Après avoir prononcé diverses condamnations contre les principaux auteurs de la révolte, il déclare que les gens de la commune ne pourront plus s'assembler sans le consentement du prince ou de l'échevinage, sous peine d'êtrejusticiés hors loy (c'est-à-dire soustraits à la juridiction communale et jugés par le souverain lui-même), et de forfaire le corps, l'honneur et l'avoir. Abordant ensuite le point en litige, il statue : 1° que toute injure ou violence faite au comte, à sa femme, à ses enfants, à ses conseillers, bailli, mayeur, sergent sermenté et échevins, dans l'exercice de leurs fonctions ou à l'occasion de leurs charges, de même qu'à l'Église ou à un membre du clergé, sera jugée hors loi par

le comte lui-même ou par son lieutenant; 2° que lorsque le souverain fera convoquer les gens de la commune pour une expédition militaire, ils devront le suivre et demeurer avec lui , avec son bailli ou son lieutenant, tant à l'intérieur qu'au dehors des limites du comté, et aussi longtemps que cela sera jugé nécessaire, sans recevoir aucune solde. Dans le cas où le comte ou son bailli ne réclameraient que le service des cavaliers, sans semoncer la commune, ces cavaliers recevraient une paye \

On voit que Namur, de même que les autres villes, joua son rôle dans cette grande époque de l'émancipation communale. Partout un même spectacle se présente à nos yeux : d'un côté, c'est la bourgeoisie qui pousse quelquefois à l'excès les idées de liberté et empiète sur les pouvoirs légitimes du souverain; de l'autre, c'est un prince jaloux de ses droits, et qui ne cesse de les revendiquer.

Moins heureuse que ses sœurs de Flandre, la commune de Namur succomba souvent dans la lutte; il fallait bien se soumettre à la force 2.

* Cartul. de Namur, I, 94 à 108; Borgnet, Hisl. de Namur, pp. 105 à 110; Galliot, I, 344.

2 II est curieux de rapprocher de l'acte de soumission des Namurois, une charte émanée de la commune de Bruges en 1287, à la suite d'une

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Malgré ces restrictions fréquentes apportées aux franchises communales , le règne de Guy Ier fut signalé par plusieurs institutions utiles, empruntées à la Flandre. Si les archives de nos corps de métiers remontaient jusqu'à cette époque, on y retrouverait peut-être la preuve de leur création par ce Y / prince. Ce fut lui, du moins, qui institua les premiers serments de la ville de Namur, à savoir des arbalétriers et des monnayeurs, dont l'organisation présente tant de points de ressemblance avec les corps de métiers; mais il est à remarquer que le comte tirait un avantage direct de leur création.

En 1297, au milieu des embarras de la position qu'il s'était créée en Flandre par sa faute, Guy de Dampierre céda son comté de Namur à son fils aîné Jean Ier.

Malheureusement, il advint sous ce prince ce qui était arrivé sous le règne de son père : les exactions du souverain poussèrent les Namurois à la révolte. Le nouveau comte, guerroyant tantôt en Italie tantôt en Flandre, ne cessait de réclamer à Namur de l'argent et des hommes. Profitant de l'absence de leur

révolte contre le même Guy de Dampierre; elle est parfois conçue dans les mêmes termes; la commune flamande s'y montre aussi humble, aussi soumise que la nôtre (Reiffenberg, Monuments, etc., I, 101).

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