CLXXXIII
la moitié des amendes; elles sont appliquées aux fêtes civiles et religieuses du corps, et au soulagement des frères qui sont dans le besoin. La moitié de toutes les amendes appartenait au comte de Namur.
Il nous reste à examiner les corps de métiers dans leurs rapports avec la Commune.
A ce point de vue, une des premières obligations des gens de métier, et nous pourrions dire une de leurs plus chères prérogatives, était de combattre, à côté de leurs parents et de leurs confrères, sous leur bannière respective représentant l'image de leur patron vénéré, et sous les ordres des maîtres qu'ils avaient choisis.
Bien que, sous le rapport du nombre et de la puissance, on ne puisse établir de comparaison entre les métiers des grandes villes de Flandre et ceux de Namur, il est cependant certain que ces derniers jouèrent un rôle assez important dans les annales de la Commune. Formant à eux seuls la majeure partie de la bourgeoisie, ils se rendirent fréquemment redoutables dans les dissentions qui éclatèrent à diverses reprises entre les Namurois et leurs comtes; la révolte de 1352 doit être considérée comme un véritable soulèvement des métiers. Rien ne prouve mieux, du reste, leur influence, que la
défense portée en 1293 « ke dès ors en avant nulè assanlée ne soit faite dou commun ne de ceaus du commun dele ville, » sans l'autorisation du seigneur ou de l'échevinage l.
Sous le rapport politique, les corporations de métiers possédaient des prérogatives importantes. Elles formaient, avec le Magistrat de Namur, le tiers-État du comté. Elles étaient représentées dans l'administration de la ville par leurs maîtres respectifs, appelles les quatre des métiers.
L'intervention des métiers dans les affaires de la Commune avait principalement lieu dans les trois cas suivants :
1° Chaque année les gens de métier étaient convoqués par les sergents de ville pour se rendre à l'audition des comptes de la Commune et de l'hôpital. Leur présence était de rigueur, et il est à présumer qu'ils exerçaient un certain contrôle sur les actes posés par les élus. A cette occasion, chaque métier recevait un setier de vin et une distribution de viande.
2° Les métiers prenaient aussi part, par eux-
1 Cartulaire de Namur, II, 106; Coutumes, II, 367. Cette défense, qui fut rappelée par un record de 1439, ne concernait, sans doute, que les assemblées tumultueuses de la place publique.
mêmes ou par leurs représentants, à la nomination des élus de la ville l.
3° Comme nous venons de le dire, le tiers-État du comté se composait uniquement du Magistrat de Namur et des corps de métiers. Nous ignorons encore comment avaient lieu les délibérations du tiers-État avant 1429; mais on peut s'en former une idée par ce qui se pratiquait au XVIIe siècle. Les Édits de 1687 2 rappellent que « l'on avoit ci-devant accoutumé de faire assembler la bourgeoisie sur la chambre des merciers, pour avoir leur résolution sur les propositions faites aux assemblées des États, et qu'on y a reconnu une telle confusion, presse et cris de peuple qu'il estoit impossible de faire entendre l'intention de Sa Majesté, et moins encore discerner les opinions et pluralité des voix. » Afin de remédier à cet état de choses, le Magistrat ordonne que dorénavant les maîtres des métiers, au premier avertissement qu'ils en auront reçu, se rendront à l'hôtel de ville pour y entendre, de la bouche des jurés et du mayeur des fèvres, la proposition faite à la bourgeoisie. Ils assembleront ensuite, séparément, leurs métiers respectifs
1 Voy. ci-dessus, au chapitre VI.
«' Coutumes, I, 346. Cfr. Annales, VIII, 8; IX, 271,
dans les lieux ordinaires de leurs réunions, et leur feront part, à leur tour, de la proposition. Après avoir donné leurs propres suffrages, ils recueilleront ceux de leurs gens. La résolution qui aura été prise sera mise par écrit, signée par les maîtres, et remise au majeur des fèvres et aux quatre jurés. Ceux-ci examineront les divers billets, et, se réglant d'après la pluralité des suffrages, se rendront à l'assemblée des États, où ils manifesteront le vœu de la bourgeoisie. Il est probable que, à quelques différences près dans le mode de délibération, les choses se passaient de même au XVe siècle.