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aux 25 francs payés à Jean Falise, on ajoute l'achat du métal, le salaire des ouvriers et tous les frais accessoires, on obtiendra un total d'environ 174 moutons, somme assez considérable pour l'époque et qui fut payée par le souverain.
On avait donc une bancloke; mais cela ne suffisait pas aux bourgeois, et, dans le courant de l'année 1393, la Commune résolut d'établir une horloge à son beffroi, « por, au nom, et al plaisance des habitans. » Elle s'adressa au comte Guillaume II qui, non seulement accorda l'autorisation nécessaire, mais consentit même à supporter les frais de la charpente du comble de la tour, qui devait être démoli; l'achat des ardoises de Fumay, nécessaires à la toiture, ainsi que toutes les autres dépenses résultant des ouvrages projetés, devaient être à la charge de la ville. On entra d'abord en pourparlers avec certain personnage du nom de Roland, « maistre des horloges de Biaumont. » Celui-ci demandait trois cents francs de France pour faire une horloge semblable à celle de Bruxelles et de Mons; on ne put s'entendre. Sur ces entrefaites, Jean, fils de maître Louis de Huy, allait de bourgeois en bourgeois, disant que si l'échevinage voulait le mettre à l'épreuve, il ferait un ouvrage tel qu'on le désirait, pour la somme de cent
florins (francs de France). Les élus firent marché avec lai, et il fût convenu que l'on fonderait trois cloches l. Jean de Huy reçut un salaire de 155 francs pour la fourniture de l'horloge seule, tous autres frais restant à la charge de la ville. Ces frais montèrent h sept cents moutons, c'est-à-dire à environ * le sixième de la dépense totale de l'année 2.
Cependant ces déboursés ne furent pas les seuls : sans tenir compte des réparations assez fréquentes, l'établissement de l'horloge entraîna la ville à créer un nouvel emploi, celui de Vorlogeur, qui reçut chaque année 37 moutons 12 heaumes, y compris les frais d'une cotte qu'on lui fournissait. Outre cela, une personne (qui à la fin du XVe siècle était le marguillier de S^Pierre) jouissait d'un traitement de 19 moutons 3 heaumes pour sonner chaque soir, à l'église collégiale, la cloche de neuf heures 3.
IV. Le sceau. Dès leur érection en Commune, les villes s'empressèrent de s'attribuer un sceau particulier
1 Le très-curieux contrat qui fut fait à cette occasion a été publie par Borgnet, dans ses Promenades, p. 55. C'est là que nous avons puisé tous ces détails. Cfr. Hist. de Namur, pp. 149-151.
2 Le compte de ville de 1393, fol. 12, 14 v«, contient tous les détails de cette opération.
3 L'église St-Pierre fut détruite en 1746; ce fut probablement depuis lors que la tour Sl-Jacques servit de beffroi à la ville. Voy. Borgnet, Promenades, pp. 211, 214, 230 et suiv.
qui donnait aux actes émanés d'elle un caractère d'authenticité reconnu de tous. On en conçoit la nécessité dans ces temps où les magistrats savaient rarement signer; aussi toute charte fait-elle mention de l'apposition du sceau; celui-ci venait-il à disparaître, l'acte cessait d'être authentique. Ceci nous explique en même temps, et les soins que l'on apportait à la garde des sceaux, et les précautions prises de tout temps pour la conservation, au moyen d'enveloppes de diverses natures et de boîtes, des empreintes suspendues au bas des chartes.
C'est dans un acte de l'an 1213 que l'on trouve la première mention du sceau de la ville \
Namur prit d'abord sur son sceau les armoiries de ses souverains. Le plus ancien que l'on connaisse se trouve appendu à une charte de 1216; il porte un écusson à trois tourteaux posés 2 et 1, et est entouré de l'inscription : Sigillum villici et scfabinorurn de Namujco 2. Ce sceau ne pouvait être en usage que depuis 1213, année de l'avènement de la famille
1 « Presentem paginam sigilli ipsius ville appensione roboravimus. » Cartul. de Namur, I, 8.
2 Voy. Reiffenberg, Monuments, etc., I, p. 549 et pi. 3. On n'y mentionne pas de contre-scel. Nous n'avons pas vu l'original de ce document.
de Courtenay l; comme on le sait, les Courtenay portaient : d'or, à trois tourteaux de gueules, 2 et 1.
En 1250 nous trouvons un autre sceau. Il représente une enceinte de ville, défendue par plusieurs tours, dont quatre crénelées et trois surmontées de croix; une quatrième, au centre, porte une bannière au lion. La légende est : Sfigillum) maioris et scabinorum Namurcientium 2. Ces tours, portes, ponts et châteaux qui se reproduisent si fréquemment sur les sceaux des Communes, paraissent être un symbole de force et d'indépendance, ou un signe de juridiction. Quant au contre-scel, il porte un écu au lion, traversé d'une bande, avec la divise ordinaire : Secretum meum MICHI3.
Ce lion, qui apparaît ici pour la première fois, s'explique facilement : Baudouin régnait à cette époque et portait les armes de Flandre, qui sont : d'or, au lion de sable, armé et lampassé de gueules. La Commune, tout en adoptant pour son grand sceau l'image d'une porte de ville, avait donc emprunté
1 Yolende, qui avait épousé Pierre de Courtenay, parvint au comté en 1213 par suite de la mort de son frère Philippe le Noble.
- Sic. Reiffknbkrg, op. cit., p. 550, et pi. 5.
3 Selon Croonendael et Ducange (vbo. sigillum), cette devise est tirée d'Isaïe, chap. 24 : « A finibus terrée audivimus gloriam justi et dixi : secretum meum mihi, secretum meum mihi. »
pour sa bannière et son contre-scel le lion de son souverain. Nous ferons remarquer, toutefois, que vers l'année 1239, Baudouin abandonna la bande qui traversait l'écu, et que la ville la conserva.
Le grand sceau et le contre-scel subsistèrent tels que nous venons de les décrire pendant presque toute la durée de la maison de Flandre. Mais en 1411, un changement s'opéra : à dater de cette époque, le lion représenté sur la bannière et sur l'écu du comte n'est plus traversé d'une bande, et il porte une couronne. La devise du contre-scel a aussi été modifiée; elle est ainsi conçue : Secretum meum michi. Deo gras, c'est-à-dire gratias. Ce changement doit avoir été apporté vers l'an 1405, époque à laquelle Guillaume II, après la mort de Marguerite de Maie, prit les armes de la branche aînée de Flandre. Il est toutefois à observer que, à la différence des armes de cette famille, le lion de Namur porte une couronne. Nous n'avons pu découvrir aucune raison plausible de ce fait 1.
Au point de vue diplomatique, le sceau de la Commune de Namur présente certains caractères in-
1 Voy. le Messager des sciences historiques, 1843, p. 419.
variables, au moins à partir de 1299 l jusqu'en 1430. Ce sceau est en cire verte 2, rond, mesurant 76 millimètres de diamètre, y compris l'inscription; il est appendu au bas de l'acte au moyen d'un lemnisque ou double queue de parchemin; les lettres de l'inscription sont des caractères onciaux; enfin il ne se trouve jamais seul, et porte toujours le contre-scel au revers. Ce dernier a un diamètre de -41 millimètres; on ne le rencontre jamais isolé, mais toujours au revers du grand scel.
Le sceau communal était à la garde de lechevinage. Il s'apposait à tous les actes intéressant la Commune, comme aussi sur ceux qui concernaient les bourgeois et devaient faire foi à l'étranger. Pour les premiers, la ville payait aux échevins un droit variable; pour les seconds, ils percevaient également, dans l'origine, un droit, qui fut aboli par ordonnance de Guillaume Ier, du 14 novembre 1383 3. Néanmoins les étrangers qui réclamaient le grand sceau payaient 24 aidans, dont le tiers revenait au mayeur et le
• Le plus ancien diplôme émané de la cour échevinale et muni d'un fragment de sceau que nous ayons eu en mains, est de l'an 1299.
2 Dans la trésorerie des chartes des comtes de Namur, à Bruxelles, se trouve une lettre des mayeur et échevins de Namur, de l'an 1309, avec un scel en cire jaune.
3 Voy. Cartul. de Namur, II, 139; Coutumes, 1, 282.
restant aux échevins. Enfin, on se servait encore de ce sceau pour les approbations de testaments, de contrats de mariage et de donations entre vifs; ici encore le maire percevait le tiers du droit. Quant aux contrats ordinaires, ils étaient simplement revêtus des sceaux particuliers des échevins présents à la passation de l'acte. Cette apposition n'était pas gratuite; mais nous n'avons pas à nous occuper ici de ce point spécial.
De ce que nous avons dit précédemment, il s'ensuit que, dès 1405 environ, les armoiries de la ville, de même que celles des derniers comtes de la maison de Flandre, furent (comme elles sont encore de nos jours) d'or, au lion de sable , armé, couronné et lampassé de gueules. On ignore si elles furent concédées à la Commune ou si celle-ci se les était simplement attribuées.
rasr.