‹ Cartulaire de Notre-Dame-des-Ardents à Arras;Chapitre 3 sur 43 · HISTOIRE DE LA CONFRÉRIE DE N.-D. DES ARDENTS · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA CONFRÉRIE DE N.-D. DES ARDENTS

Le nom général de Confrérie comprend deux sortes d'associations très-distinctes l'une de l'autre. Dans le sens le plus élevé du mot, une confrérie s'entend d'une société de personnes pieuses qui se réunissent soit pour accomplir des exercices religieu^^, soit pour pratiquer la charité entre elles ou à l'égard des autres. Tel était précisément le but de la grande Confrérie de N.-D. des Ardents. Mais dans un sens plus restreint, une confrérie peut n'être que la réunion d'individus exerçant la même profession et formant ce qu'on appelle proprement un corps d'art ou de métier, dans le but de défendre leurs intérêts communs et leurs privilèges particuliers. C'est ainsi qu'à Arras la corporation des musiciens prit pour patronne Notre-Dame des Ardents, au souvenir d'Itier et de Norman, les ménestrels-chanteurs. Cette petite Confrérie, dont l'origine ae confond avec celle des autres corps de métiers de notre ville, a survécu à toutes nos révolutions et existe encore actuellement : elle a sa statue de N.-D. du Joyel, son chef qui a le titre de Mayeur et ses archives * ; mais notre intention n'est pas de faire

* La statue et les archives de cette petite Confrérie se trouvent aujourd'hui chez l'un de ses mayeurs, M. Victor Lacouture, rue Saint- Géry. Cette corporation a un Registre qui commence à Tannée 1587 et a été continué jusqu'à nos jours : on y voit les noms de tous ses

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son histoire qui trouvera un jour sa place dans celle des corporations ouvrières d'Arras.

La Confrérie proprement dite de Notre-Dame-des- Ardents, c'est cette grande institution qui fut fondée par rÉvêque Lambert lui-même et qui eut pour premierb mayeurs les heureux ménestrels auxquels la garde du Saint-Cierge avait été confiée. Les titrjes anciens nous ' apprennent qu'elle fut établie dès Tannée 1106 et immédiatement placée sous le patronage du Roi de France, Philippe !•', qui chargea le Bailli d'Arras de la défendre et de la protéger K

On l'appelait quelquefois Confrérie des Grands Ardents , non plus par opposition à la Corporation des musiciens dont nous venons de parler, mais pour la distinguer d'une autre Confrérie dite des Petits Ardents, qui prit naissance en 1226, dans les circonstances suivantes.

La Me du gouverneur d'Arras, Mlle de Ghistelles, étant tombée dangereusement malade, eut la pensée de demander sa guérison à Notre-Dame-du-Joy^l : elle obtint à cet effet une fiole d'eau, à laquelle on avait mêlé une goutte du Saint-Cierge, et elle revint à la

mayeurs et des confrères nouvellement admis, ainsi que la nomenclature des recettes et dépenses annuelles, et l'indication des menus objets offerts en hommage, tels que couroimes, cœurs, violons et archets d'argent. Chaque année, pendant le mois de juin, la Confrérie fait célébrer une messe et im obit pour ses membres décédés. De plus, le Registre Thieulaine (fol. 300, v) nous apprend qu'en noi la corporation des joueurs d'instruments, pour célébrer sa fête fixée au jour de l'octave du Saint-Sacrement, demanda à la grande Confrérie de lui donner son bazecquin, attendu qu'elle n'avait « quoy que ce soit pour se faire distinguer et pour pouvoir faire honneur à leur image dans laquelle il y a des gouttes du SaintrCierge. » > Voir Ile Partie, pièce n« XXX.

santé. Quelque temps après, son mal ayant reparu, elle voulut avoir recours à la flole qui lui avait procuré sa première guérison, mais quel ne futpassonétonnement quand elle la trouva entièrement remplie, non pas d'eau, mais de cire. Le miracle ayant été soigneusement vérifié, on prit cette cire à laquelle on en ajouta une certaine quantité provenant des gouttes du Joyel, et on en forma un nouveau Cierge qui fut donné à la corporation des Drapiers. Ce Cierge fut placé dans la chapelle de l'Hôpital Notre-Dame, rue des Charlottes, et donna naissance à la Confrérie des Petits Ardents qui célébrait sa fête annuelle, le dimanche après la S. Jean-Baptiste. Ce jour-là, ses membres se rendaient processionnellement à la Cathédrale et offraient au Chapitre une roue de bougies en cire. La Chapelle des Drapiers fut reconstruite en 1673, ainsi que le rappelait ce chronogramme placé au-dessus de son portail :

LuX vIrgInIs CereuM aDauXit *.

La grande Confrérie de Notre-Dame-du-Joyel (la seule dont nous ayons à nous occuper désormais) s'établit dans la Maison des Ardents de Notice-Dame que nous avons vu fonder par Hier et Norman, près du pont de l'abbaye de Saint-Vaast, là où était érigée la Chapelle Saint-Nicolas, qui posséda le Saint-Cierge pendant quelques années : c'est là qu'originairement elle tenait ses séances ordinaires et ses assemblées publiques.

Ainsi que nous aurons occasion de le redire en publiant notre recueil de Pièces justificatives, on comprend que

' Arn. Rayssius. — P. Fatou.

-agios Statuts de la nouvelle Confrérie ne furent pas rédigés en un seul jour et ne sortirent pas tout d'un jet des premières délibérations de la société naissante. Il en fut évidemment de ces Statuts comme de toutes les Constitutions : on commença par fixer quelques bases générales ; puis, à mesure que^ Texpérience indiquait une amélioration, on l'ajoutait aux décisions primitives : après avoir réglé les rapports des confrères entre eux, on arriva à définir les privilèges de la Confrérie, ses droits et ses obligations à Fégard des diverses Autorités avec lesquelles elle était en rapport ; et c'est ainsi que, pendant deux ou trois siècles, nous la verrons faire de nouvelles additions à ses Statuts et rédiger pour son usage un véritable Code de lois *.

La Constitution primitive de la Confrérie fut approuvée, le 18 janvier 1119, par le Pape Gélase II, qui se trouvait alors en France, dans la célèbre Abbaye de Cluny : par sa Bulle % adressée à Robert, Évêque d'Arras, le Souverain-Pontife accorde deux ans d'indulgences à tous ceux qui entreront dans la Carité ou Confrérie de Notre- Dame-des- Ardents. L'Évêque Robert s'empressa d'user des pouvoirs que le Pape venait de lui conférer, et non content d'autoriser l'existence de la Confrérie, il ajouta à cette première faveur spirituelle celle de dix jours d'indulgences pour les nouveaux confrères, et data son acte du 28 mai 1120^ à l'anniversaire même de l'avénement du Saint-Cierge ^

« II" Partie, pièces no« V, VI, XI, XVII et XIX.

* On trouvera le texte de cette Bulle dans la I^ Partie, pièce n» II.

â L'acte de Tévôque Robert figure aussi dans la Il« Pari ie, pièce n« III

La Confrérie était dirigée par un mayeur élu chaque année, le mercredi de Pâques*, par le Conseil composé des mayeurs anciens : il se nommait mayeur entrant ou régnant, et partageait avec son prédécesseur, appelé mayeur issant, le titre de mayeur aux honneurs. En outre il y avait, en ménioire d'Itier et de Norman, deux mayeurs chanteurs qui jouissaient du privilège de porter le Saint-Cierge toutes les fois qu'on le sortait de la chapelle où il était déposé *. t

La réception des nouveaux confrères no pouvait se faire que dans les assemblées générales tenues trois fois par an, à savoir: d'abord le jour de la Pentecôte, pai'ce que c'est dans cette fête qu'avait eu lieu l'apparition de Notre-Dame-des-Ardents ; puis à la fête de saint Rémi {!•' octobre), l'évêque qui baptisa le roi Clovis; enfin à la Purification (2 février) appelée aussi la Chandeleur parce qu'anciennement, à l'office de ce jour, les prêtres et les fidèles tenaient à la main un cierge ou une chandelle de cire. Il est facile de deviner la pensée qui avait présidé au choix de ces solennités qui toutes offraient un rapport avec l'origine du Saint-Cierge et l'eau qu'on donnait à boire aux confrères avant leur réception'. Plus tard la

* Celte élection fut fixée au mardi de Pâques, lorsque le mercredi cessa d'être chômé.

* Ile Partie, pièce n» XI. — Les sceaux «lu mayeur des bourgeois et du mayeur des jongleurs se trouvent dans la Sigillographie de la ville d*Arras^ par A. Guesnon, p. 25.

* Nous donnons dans la 11« Partie, pièce n» VIII, la formule de réception adoptée dès l'année 1241.

Voir aussi notre dissertation placée en note de la pièce n« V, où nous expliquons pourquoi les jours de réception dans la Confrérie étaient désignés par ces expressions : Potus in Pentecoste, Potus in ^esto sancti Remigii. Potus in Pnrificatione.

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fête de la Purification fut remplacée par celle de Noël (m Natali Dominï) qui rappelait aussi ravénement de la divine Lumière qui vint éclairer le nionde et du Rédempteur qui devait le sauver.

Nous avons vu qu'en 1140, grâce aux libéralités du comte de Flandre, Philippe d*Alsace, le Saint-Cierge put être transféré dans la Chapelle du Préau, à côté de laquelle s'élevèrent de vastes bâtiments pour Vusage de la Carité des Ardents, C'est sur ce terrain qu'on construisit une salle de quatre-vingts pieds de^long sur une largeur proportionnée, pour la tenu'e des assemblées de la Confrérie ; on y ajouta un logement pour les gardiens, et des tentes ou appentis pour abriter les chevaux des Officiers de la Gouverjiance, des Sergents et de la Milice bourgeoise, lorsqu'ils montaient la garde auprès du Joyel.

Chaque année la ville d'Arras célébrait l'anniversaire de l'avènement du Saint-Cierge par une fête commémorative et une procession solennelle dont l'institution remonte au temps même de l'Évêque Lambert, mais dont l'organisation ne fut complétée qu'après l'installation du Joyel dans la Chapelle du marché, sur la Petite-Place. L'époque de cette fête a subi quelques légères variations : ainsi, à l'origine, on choisissait le dimanche le plus rapproché du 28 mai (c'était certainement le jour le plus convenable). Puis on plaça cette procession, le jeudi après l'octave de la Pentecôte, probablement pour éviter l'occurrence de certaines fêtes, et parce qu'au XIP siècle ce jour-là était consacré à la réception des nouveaux confrères: la Charte d'Alvise nous dit en effet : NuUi hominum^ dtim salviis est, permissiim est

intrare charitatem, nisi quintâ feriâ vel sextà instanti post octavas Pentecostes. Nous avons vu que plus tard ces réceptions avaient lieu trois fois par an. Mais lorsque la Fête-Dieu fut instituée par le Pape Urbain IV, en 1264/ et fixée précisément au jeudi {quintâ feriâ) après Toctave de la Pentecôte, elle coïncida avec la grande procession du Saint-Cierge à Arras. Malgré les inconvénients qu'il présentait, cet état de choses dura très-longtemps, puisque ce n'est qu'en 1477, que la fête du Saint-Cierge fut définitivement transférée au dimanche suivant *.

On se ferait difficilement une idée de la splendeur de cette solennité, dont le cérémonial nous est déjà indiqué par les Statuts de 1194 *, et fut complété par le Règlement du XIIP siècle ' et des additions successives *.

La fête du Saint-Cierge, annoncée dès le mercredi par la cloche Joyeuse et le carillon du befi'roi, durait quatre jours: pendant chacun des trois premiers jours, c'est-àdire le jeudi, le vendredi et le samedi de la Fête-Dieu, les mayeurs se rendaient, à six heures et demie du matin, à la Chapelle de la Pyramide et transportaient solennellement le Joyel dans la Chapelle du Préau où il restait exposé jusqu'à quatre heures et demie ; puis on le rapportait à la Pyramide avec le même appareil. Le dimanche, jour de la procession commémorativo du ^miracle, après la Grand'messe célébrée dans le Préau par le clergé de Saint-Géry, les mayeurs portaient le Saint- Cierge à la Cathédrale Notre-Dame, avec toute la pompe

* Ile Partie, pièce n« XXIII.

* Ibid, pièce n» V.

» Jbid,, pièce n« XI.

* Jbid.. pièce n» XXV. — Reg. Thieul fol. XVIII.

décrite dans le Règlement que nous publions : le cortège passait par les rues du Blanc-Pignon, des MursrSaint- Vaast, des Jongleurs, la place du Théâtre, les rues Saint- Aubert, Saint-Jean- en-Lestrée et de Baudimont. Après avoir fait hommage au Chapitre de deux cierges pesant ensemble cinquante livres, et avoir placé, pendant quelques instants, le Joyel sur Tautel de Notre-Dame de Prime ou de TAurore, on le ramenait dans la Chapelle du Préau, par les rues d*Amiens, Terrée-de-Cité, Saint-Maurice, Méaulens et des Trois-Visages : il y restait jusqu'aux vêpres chantées à cinq heures, après quoi on le replaçait définitivement dans la Chapelle de la Pyramide.

Il était aussi de règle que, chaque jour, les Mayeurs dînaient ensemble, suivant un Règlement qui fut réformé en 1553 K

Après rhommage fait au Chapitre de la Cathédrale, la Confrérie de Notre-Dame des Ardents en devait un autre à l'Abbaye de Saint-Vaast, et c'est le 15 juillet de chaque année qu'elle s'en acquittait ; ce jour-là, elle se rendait processîonnellement à la chapelle de l'Abbaye, et, après avoir présenté à l'Abbé la clef de la chapelle du Marché, lui offrait un cierge et une effigie de Saint-Vaast en cire : ensuite le premier sergent de la ville présentait, au nom du Magistrat, un pigeon blanc, suivant le cérémonial prescrit par le Règlement qu'on trouvera plus loin *.

De son côté, la Confrérie percevait certains droits qui l'aidaient à supporter ses charges : ainsi chaque confrèref outre une cotisation annuelle, devait pçiyer un droit

1 Ile Partie, pièce n« XXVII.

Ibid., pièce n« XIV.

d'entrée au moment de sa réception, et un droit de morte-main à son décès * ; de plus, la Confrérie avait droit à- deux des cierges qui avaient brûlé près du corps du défunt. Ce dernier privilège, établi par un acte de 1281 ', donna lieu à plusieurs différends, dont le règlement offre un véritable intérêt, soit à raison des circonstances où il est intervenu ^, soit à cause de la célébrité du personnage qui y figure*. ^

Pour éviter des redites inutiles, nous ne ferons que mentionner les autres redevances, donations et rentes de la Confrérie, dont on trouvera Ténumération soit dans la Chronique de M. Desmazières (I" Partie), soit dans la Table des titres appartenaQt à cette Confrérie, soit dans le Compte de 1770 que nous publierons à la fin de la IP Partie ^ Nous indiquerons plus spécialement la donation d'Adam le Sauvage en 1250 ^ et celle de la comtesse Mahaut, épouse d'Othon, comte de Bourgogne ^ , qui assura à la Confrérie, par un acte daté de 1320, une rente de vingt sols parisis à prendre sur le petit tonlieu d'Arras *. De même, nous voyons, par une Lettre de 1401, que le comte Philippe de France, époux de Marguerite de Flandre, avait promis à la Confrérie de Notre-Dame

» ne Partie, pièce n« XXVI.

» IHd., pièce n» XIII.

8 IMd., pièce n« XXII.

* md., pièce n« XXIX.

» IHd.y pièces n" XXXIII, XXXIV et XXXV.

* IMd., pièce n« X.

' On ne doit pas confondre cette Comtesse Mahaut avec la femme de Philippe d'Alsace, qui fit construire la Pyramide de la Petite-Place en 1215.

* II«! Partie, pièce n« XVI. — Elle avait déjà fait d'autres libéralités à la Confrérie. Voir pièce n» XV.

des Ardents, dontil faisait partie, un franc d'or^ chaque année.

Tous ces revenus n'empêchèrent pas la Confrérie de se trouver quelquefois dans de sérieux embarras flnanciers, à cause de Tentretien, des réparations, et même de la reconstruction des bâtiments qui lui appartenaient : c'est ce qui l'obligea successivement à vendre, en 1715, ses propriétés de Simencourt, et à donner en arrentoment perpétuel, en 1734, son terrain de la rue Neuve des Ardents, à la charge de tout rebâtir à neuf et de laisser libre la Salle des Assemblées, pendant les cinq jours de la fête annuelle dû Saint-Cierge.

Il nous reste à parler des faveurs spirituelles dont cette Confrérie a été enrichie. Déjà nous avons mentionné les indulgences accordées par le Pape Gélase II et l'Évêque Robert. Nous rappellerons incidemment l'indulgence d'un an et quarante jours attachée, en 1348, par Clément VI à la visite du Saint-Cierge de Lille, puisqu'il provenait du Joyel d'Arras '. Ensuite, le culte de Notre - Dame-des-Ardents fut surtout encouragé par les Souverains-Pontifes Innocent VIII, Clément VIII, Paul V, et enfin par Innocent X, qui accorda, en 1648, une indulgence plénière au jour de la fête du Saint-Cierge et d'autres indulgences moins importantes pour les exercices religieux de la Confrérie '. De son côté, Herman Ottem-

* Le franc, sous l'ancienne monarchie, était une pièce d'or valant 20 francs de notre monnaie : il s'appelait aussi sol parisis ou florin d'or,— Voir Ile Partie, pièce n« XX.

* La bulle de Clément VI, confirmée par Innocent VI, son successeur, se trouve dans une Lettre de Vidimus, rédigée en 1376 par Philippe d'Arbois, évoque de Tournai. Voir Ile Partie, pièce n» XVIII.

» lie Partie, pièce n» XXXII.

berg, évêque d'Arras, en 1615, venait d'ajouter d'autres avantages spirituels à la visite des divers sanctuaires consacrés à la Vierge d'Arras *, en sorte que la Confrérie pouvait se considérer comme arrivée au comble de ses désirs.

Indépendamment de ces reconnaissances implicites de la légitimité de sa foi dans Favénement miraculeux du Saint-Cierge, elle avait vu le PapeSixte IV ' enregistrer et confirmer, en 1482, les Chartes d'Alvise et d'Asson, et joindre ainsi l'autorité de son témoignage à celui du Souverain Pontife Gélase II ; une véritable légion d'historiens ^ s'était fait l'écho fidèle de la parole pontificale et avait raconté à toutes les générations les merveilles du Joyel d'Arras : la Confrérie, gardienne du Saint-Cierge, resta fièrement à son poste d'honneur pendant sept siècles ! elle eut sans doute des crises à traverser : d'abord ses embarras financiers lui créèrent une situation difficile qui ne compromit pas d'ailleurs' son existence; ensuite elle fut contrainte, sacrifice qui lui coûta beaucoup y de suspendre quelques-unes de ses cérémonies dans lesquelles elle avait conservé d'anciens usages, acceptés jadis par la foi de nos pères, mais paraissant surannés aux yeux de la civilisation du XVIIP siècle. Mgr de Conzié, évêque d'Arras, en 1770, rendit à cet égard une Ordonnance dont on a bien exagéré la portée, car il n'a jamais visé que les abus, et n'a cessé de res- . pecter le culte approuvé par tous ses prédécesseurs. En réduî i^.nt l'incident à ses justes proportions, si quelques

« Ile Partie, pièce n« XXXI.

« JMd., pièces n<»« IV, VII et XXIV.

» Nous en donnons la liste dans la Ile Partie, pièce n» XXX.Vn.

personnes trouvent encore qu'il aurait pu agir avec moins de promptitude, nous leur répondrons pour expliquer sa condiiite : « Mgr de Conzié arrivait au .siège d'Arras et depuis longtemps le ciel était gros de nuages. 11 n'avait aucune connaissance préalable de tout ce qui se passait dans la Confrérie; tout ce qu'il y avait de bon, de pieux, fut combattu dans son esprit par une infinité de pratiques sur lesquelles il reçut des plaintes qui lui parurent graves et fondées ^ » Ainsi tout se borna a une question de forme, si bien que la Confrérie qui existait parfaitement encore en 1791, à l'époque de la démolition de la Pyramide ^ ne fut dissoute qu'en 1792 par l'Arrêté révolutionnaire qui ferma la Chapelle du Préau et rendit désormais impossible le culte du Saint-Cierge.

A la différence du Joyel, qu'on remit en honneur aussitôt après le Concordat, la Confrérie de Notre-Dame des Ardents ne s'est pas encore relevée du coup qui la frappa en 1792 : tous ses Membres ont eu la douleur de mourir sans avoir pu la reconstituer. Mais nous approchons du jour où, grâce à la dévotion spéciale de notre vénéré et éminent Évéque pour l'antique Vierge d'Arras, un nouveau sanctuaire va « renouer la chaîne d'une tradition momentanément interrompue ^ » et devenir le

* Dissertation sur le Saint-Cierge, Manuscrit du cabinet de M. Octave Petit.

* M. Louis Watelet nous dit, en effet, qu'en juin 1791, « la Confrérie de Notre-Dame des Ardents n'avait reçu aucune atteinte ; elle conservait son organisation, ses mayeurs et ses fêtes; elle continuait de faire célébrer Tofflce divin dans la chapelle de la Petite-Place et dans celle du Préau. » Mé/tt. de VAcad. d'Arras, 11^* série, tome IV, p. 9.

» IIo Partie, pièces n«« XXXVIÎI el XXXIX.

centre d'une nouvelle Confrérie qui sera la continuation de Tancienne. En attendant le renouvellement des privilèges dont elle jouissait, saluons avec joie la Décision par laquelle le Souverain-Pontife Pie IX vient d'enrichir des plus précieuses indulgences la Neuvaine solennelle qui aura lieu désormais, chaque année, du 20 au 28 mai, en rhonneur de Notre-Dame des Ardents *. C'est ainsi que le Docteur Infaillible a scellé de son autorité la croyance, huit fois séculaire, à la miraculeuse origine du Saint-Cierge d'Arras.

A Ile Partie, pièce n» XL.

LISTE DES MAYEURS

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