Cartulaire
S'il est des heures où je sens s’alléger pour moi le poids de la rude charge à laquelle il a plu à Dieu de m'appeler, où je puis goûter une affectueuse etsainte joie, c'est, à coup sûr, quand, en raison même de ma charge, j'ai à me faire l'interprète de l'Ordre entier auprès de ces bons religieux qui travaillent sans relâche à la vigne du Seigneur; c'est quand, dans les publications, qui sont le témoignage de leur laborieuse et féconde intelligence, je trouve, comme note dominante, la passion de la Vérité qui est Dieu, du salut des âmes, et de cet Ordre de la Vérité auquel, par la miséricorde de Dieu, nous appartenons.
La grande œuvre à laquelle, excellents Pères, vous consacrez tant de labeurs, a des titres particuliers à mes remerciements et à la gratitude de l'Ordre. Il ne s’agit pas d'une simple étude, d’un travail de piété ou d’érudition; ici l'érudition, la piété, l’étude ont un but unique : mettre en lumière celui que notre vie religieuse appelle Père, Pasteur et Patriarche ; et en effet, de toutes les pages de
votre livre, jaillit une lumière qui entoure d’un nouveau
et plus vif éclat le berceau de notre Ordre et la genèse de son saint Patriarche. Vous avez voulu attacher un regard plus pénétrant et plus tendre sur la resplendissante étoile de Gusman. et ne dirait-on pas qu’en retour elle vous a inondés de ses rayons, vous qui nous la montrez dans toute sa radieuse beauté ? Me trompé-je ? mais il me semble que, quand vous aurez achevé votre œuvre, vos trois volumes seront la mine, le trésor, la source où nécessairement devra recourir quiconque se sentira au cœur le besoin de raconter dans des pages irréprochables ce qui touche à la vie de saint Dominique et aux premiers jours de son Ordre.
Combien dès lors, et à tous les points de vue, est précieux le service que vous rendez à l'Ordre par la publication de l'Histoire diplomatique de saint Dominique! C'est en même temps un tendre hommage de votre piété filiale envers notre saint Patriarche, et il y sera certainement sensible. Tout cœur dominicain vous en saura gré, et pour mon compte, je suis très heureux de me faire auprès de vous l'interprète des sentiments de tous : en mon nom et au nom de l'Ordre entier, je vous prie de recevoir les plus vives félicitations, l'expression de la plus profonde et de la plus dévouée gratitude.
Je vous bénis, très chers Fils et Frères en Jésus-Christ. Que ma bénédiction, unie à celle de Notre Père saint Dominique, soit votre force et votre consolation au milieu des durs labeurs auxquels vous enchaîne l’œuvre que vous
avez entreprise.
Paris, au couvent du Très Saint-Sacrement, 22 octobre. FR. ANDRÉ FRUHWIRTH.
Maitre- Général.