AU
A l'arrivée de ce renfort inattendu, Montfort et ceux qui sont avec lui, dit encore Pierre de Vaux-Cernay, « sont remplis d’une joie inexprimable. » La rencontre se fait à Fanjeaux, peut-être à Prouille. Après quelques jours de repos, Montfort conduit les deux évêques et leurs hommes d'armes à Muret, d'où pendant le reste du mois de mai et une partie du mois de juin ceux-ci font campagne contre les Toulousains. Saint Dominique ne les suivit pas dans cette expédition. C’est ce que nos documents nous donnent à entendre. Il eut du moins la douce consolation de les accueillir et d’invoquer avec eux Notre-Dame dans son sanctuaire béni. Qui sait si parmi les hommes d'Église accompagnant l’évêque d'Orléans il n’y eut pas le doyen de sa cathédrale, le bienheureux Réginald ? Dès l'année 1212, Réginald était doyen de l'église Saint-Aignan (1). Un document authentique nous le montre assistant, en novembre 1214, à Rodez, avec les évêques de Mende, d'Uzès, de Rodez, de Carcassonne, d'Albi, les chevaliers Thibaut de Neuville, Ferry d'Issy, etc., à l’hommage solennel que le comte Henri fit de ses domaines au comte de Montfort (2). Que le B. Réginald soit venu jusqu’à Prouille ; qu'il y ait été alors ou en 1213, avec son évêque, en même temps que saint Dominique, faudrait-il s'en étonner ? N'y a-t-il pas souvent dans la vie d’un saint de ces coincidences, de ces rencontres mystérieuses évidemment préparées d'en haut?
Cinq ans plus tard, au printemps de 1218, Manassès d'Orléans et Dominique se rencontraient de nouveau, mais à Rome et, cette fois, certainement avec le B. Réginald. Combien grande dut être, en cette circonstance, leur admiration pour les conduites de Dieu qui poursuit ainsi avec force les desseins de sa bonté et dispose toutes choses avec douceur pour ce but suprême : le bien de ses élus!
{1) Doinel, Mém. de la Soc. archéol. et hist. d'Orléans, t. XVIII. (2) Hist. du Languedoc, éd. Privat, t. VIII, p. 655.
Hugues de Lascy, seigneur de Laurac et de Castelnaudary, donne, au seigneur Dominique, chanoine d’'Osma, aux Frères et aux Dames de Prouille, tout ce qu’il possède au lieu dit de Villenouette, entre Villepinte et Pexiora.
Vers le 27 mai 1213.
Le texte manque.
(a) Puisque Montfort confirma la donation d'Hugues de Lascy en mai 1213, la donation elle-même n'a pu être postérieure à cette date et nous l’acceptons à défaut d'indications plus précises.
Simon de Montfort, de l'agrément de sa femme Alix et d'Amaury son fils ainé, pour la rémission de leurs péchés, et à l'honneur de Dieu et de la bienheureuse Marie, confirme, au seigneur Dominique, chanoine d'Osma, aux Frères et aux Dames de Prouille, la donation qu'Hugues de Lascy, seigneur de Laurac et de Castelnaudary, leur à faite de ses biens sis à Villenouette. Le comte, en même temps, confirme, par l’apposition de son sceau, aux Frères de la maison de Prouille, la possession de ce qu'ils ont acquis où pourront acquérir dans la suite à titre d'achat, de donation, ou à tout autre titre légitime.
Carcassonne, fin mai 1213"*.
Noveririt universi quod ego Simon, Dominus Montisfortis, Dei gratia Bitterensis et Karcassensis vicecomes, assensu et voluntate. À. uxoris mex et. À. primogeniti mei,
{a) Simon de Montfort, ayant accompagné les évêques d'Orléans et d'Auxerre dans leur pèlerinage jusqu’à Muret et dans les environs, n’a pu être de retour à Carcassonne avant la fin de mai, Saint Dominique, de son côté, était encore le 27 à Prouille, ainsi qu'il résulte de l’Acte XXXIT. La confirmation par Montfort de la donation d'Hugues de Lascy a été faite en mai, il s'ensuit donc qu'il faut à cet acte assigner pour date les derniers jours de ce même mois de mai 1213.
ad honorem Dei et beatæ Mariæ, et in remissionem peccatorum nostrorum, dono et concedo et confirmo quicquid Ugo de Lasci Dominus Lauriacensis et Castri novi dedit domino Dominico Oxomensis canonico et Fratribus et Domirabus de Prolano, nunc et in perpetuum, quod prædictus Ugo de Lasci habet et habere debet apud Villamnovetam inter Podiumsuiranum et Villampictam.
Præterea dono et concedo et confirmo similiter quicquid Fratres prædictæ domus habent vel possident, jure emptionis sive donationis sive alio justo modo, vel habituri sunt; et, ut firmum et stabile maneat in perpetuum, sigilli nostri appositione, præsentem paginam confirmamus. Datum apud Carcassonam mense maio anno Domini McCxuI.
Copie : Combefort, Ms. de Prouille, p. 45°.
Imprimé : Percin, Monum. Conv. Tol., p. 13.
Bol edit p.40 Mamachi, Annal. O. P., t. I, app., p. 42.
Catalogué : A. Molinier, Catal. des Actes de S. et A. de Montfort,
COMMENTAIRE
Le nouveau bienfaiteur de saint Dominique et de son œuvre, Hugues de Lascy (1), appartenait à ce corps de croisés d'élite qui, venus avec Simon de Montfort, en 1209, au lieu de se borner, comme la plupart, à un simple pèlerinage de quarante jours, tinrent à honneur de partager la fortune bonne ou mauvaise de leur illustre chef et res-
(1) Au treizième siècle, la famille de Lascy (Lassy, Lasci, Laci) formait deux branches bien distinctes : la branche anglaise, dont l’un des membres, nommé également Hugues, fut seigneur de l’Ulster, en Irlande, et la branche normande, dont l’un des fiefs était Lassy, dans l'Ile-de-France, près de Luzarches (Seine-et- Oise), aujourd’hui simple hameau de 150 habitants. Ce serait là le lieu d’origine du croisé Hugues, le donateur du domaine de Villenouette en mai 1213.
tèrent avec lui dans le pays jusqu'à la fin. Le caractère franc et loyal du brave chevalier plaisait à Montfort, même lorsque, dans les conseils, il s'opposait à ses projets. Ce fut Hugues de Lascy qui, en 1211, dit M. Paul Meyer (1), engagea le comte de Montfort à prendre l'offensive contre le comte de Toulouse. Dans les délibérations qui, à ce sujet, eurent lieu à Carcassonne, la chanson lui prête ce langage: « Seigneur, dit-il à Montfort, puisque vous demandez conseil, laissez chacun dire ce qui lui plaira et, si vous voulez m'en croire, ne faites rien autre que ceci : Si vous vous enfermez dans Carcassonne et que (les ennemis) vous y suivent, vous serez assiégé. Si vous vous jettez dans Fanjeaux, vous les y trouverez. Ils vous suivront partout, tant ils sont bien servis par leurs espions, etjusqu'à la fin du monde vous resterez déshonoré ! C’est dans le plus faible château qui soit en votre terre, si vous voulez me croire, que vous les attendrez. Et s'il vous vient du secours, vous leur livrerez bataille, car le cœur me dist pour certain que vous les vaincrez. »— « Par foi, dit le comte, vous me conseillez bien : Quoi qu'il advienne du procès, vous n’en serez pas débouté, car il m'est avis que vous me donnez un bon conseil.» Assurément, personne de l'assem blée ne s'avisa de le combattre, mais tous ensemble s'écrièrent à haute voix : « Sire, il donne un bon conseil. Nous vous prions de l’en croire. » Après quoi ils se séparèrent. Le lendemain matin, quand parut l'aube, «le comte de Montfort se lève etmarche, la lance levée, avec toute sa maisnie, vers Castelnaudary. Làils attendent l’ost{les troupes du comte de Toulouse) jusqu’à ce qu’elle soit campée. » Bientôt a lieu le fameux combat dont nous avons parlé, « bataille, dit encore la chanson, telle que vous n'ouites si fière depuis le temps de Rolant, ni depuis celui de Charlemagne qui vainquit Agolant. » Ce fut sans doute à la suite
(1) Paul Meyer, Chanson de la Croisade, t. II, p. 113.
de cette glorieuse victoire que Simon de Montfort inféoda la seigneurie de Castelnaudary à Hugues de Lascy déjà seigneur de Laurac.
Or, à son tour, le noble guerrier, à la considération du bienheureux Dominique, devenait bienfaiteur de Prouille en mai 1213. Parmi les biens qu'il tenait de la générosité de Montfort reconnaissant, au sud de Villepinte, et à une petite distance de Sauzens, il y avait un domaine important du nom de Villenouette (1). Hugues de Lascy, — on vient de le constater, —s’endessaisit libéralement en faveur des Frères et des Dames de Prouille. Pour quel motif? Le commentaire de l’acte suivant nous le dira.
(1) Villenouette, à sept ou huit kilomètres de Prouille, existe encore : on le trouve nommé sur la carte d'état-major, Ce n'est plus actuellement qu’une métairie devenue propriété privée. Selon le chanoine Ast. de Villepinte, il y avait en ce lieu une église paroissiale avant 1789. Nous ne connaissons aucun texte qui nous dise si le monastère a conservé longtemps la possession de ce domaine. Peut-être est-ce parce que, dès l’origine, on l'avait réuni à celui de Sauzens, danslevoisinage duquelil était situé. (Acte VIT
Simon de Montfort déclare avoir confirmé, au profit des Frères et des Moniales de Prouille, la donation que leur a faite précédemment Lambert, seigneur de Puivert.
Carcassonne, le $ juin 1213.
Simon comes Leicestriæ Dominus Montisfortis, Dei providentia, Biterrensis et Carcassonensis vicecomes, universis præsentes litteras inspecturis salutem in Domino : Noveritis nos confirmasse et ratum nunc et in perpetuum habituros donum quod Lambertus Dominus Podii viridis fecit Fratribus et sanctimonialibus de Pruliano et dedit in dominio Pod viridis, sicut in charta continetur quam ipse Lambertus fecit prædictis religiosis. Quod ut firmum sit et semper inconcussum, præsentem paginam nostri sigilli appositione munivimus. Actum anno Domini MCCxIN, nonas Junii apud Carcassonam.
Imprimé : Bull. O, P.,t.1I, p. 2, en note.
COMMENTAIRE
Saint Dominique était à Carcassonne — les actes précités le montrent clairement — au commencement de juin 1213, avec Simon de Montfort, Hugues de Lascy et Lambert de
Thury. Après avoir acquis le 27 mai le morceau de terre des deux filles d'Arnaud Laur, le saint s'était mis en route par La Force et Montréal. C'était son habitude, quand il voyageait ainsi, de se retirer à l'écart du chemin entre Montréal et Carcassonne, de se reposer près d’une source (1) abritée par de frais ombrages et de s'y désaltérer; car, dit Gérard de Frachet (2), «lorsque Dominique fatigué et harassé devait s'arrêter chez des séculiers, il étanchait d'abordsa soif à quelque fontaine ou à quelque source voisine, craignant qu’une soif trop ardente augmentée par la lassitude du voyage ne l’entrainât à outrepasser la mesure qui convenait, et qu'ainsi il fût exposé à scandaliser ses hôtes. Sa plus vive crainte, du reste, était de pouvoir jamais devenir une occasion de scandale pour le prochain. En ce point comme en tout autre, c'est ce qu'il redoutait par-dessus tout. »
Bientôt son regard découvrant au loin la cité, il lui arrivait ce que Gérard de Frachet raconte au même lieu : « Le saint était merveilleusement compatissant pour les misères et les péchés des hommes, de sorte que quand il approchait d'une ville ou d’un village qu'il pouvait apercevoir d'un endroit élevé, songeant à tant de misères et de péchés commis, considérantque bon nombre des habitants tomberaient en enfer, il fondait en larmes, totus effluebat in lacrymas(3). » |
Bien plus, avant de pénétrer dans une ville, assure Percin, d’après un ancien manuscrit de Prouille, «il récitait cette très humble et fervente prière : Par votre bonté, Seigneur, je vous en conjure, ne regardez pas mes péchés, que ma présence n’attire pas votre courroux sur ce peuple. Ne le
(1) On appelle encore cette source la fontaine de Saint-Dominique. Elle est surmontée de la statue du Bienheureux.
(2 Vies des Frères, éd. Cormier, p. 65.
(3) Vies des Frères, ibidem.
La Fontaine de Saint-Dominique, d’après une photographie de M. A. Cardes.
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— All —
punissez pas, ne l’exterminez pas à cause de mes iniquités (1). »
À Carcassonne, saint Dominique trouva, nous l'avons dit, Simon de Montfort et ses principaux lieutenants réunis en conseil, le comte avait tenu à les consulter Il s'agissait, en effet, de faire armer chevalier par l'Église le jeune Amaury, fils aîné de Montfort. Être armé chevalier, dans la vie d’un haut baron du moyen âge, était un événement de premier ordre, car, nous ditun traducteur du speculum historiale de Vincent de Beauvais « les chevaliers jurent par Dieu, Jhesu Crist, par le Saint Esprit et par la majesté du prince (laquelle selon Dieu est à aimer et à honnourer de l'humain lignage) que ilz feront noblement tout ce que le prince ordonnera, et ne délaisseront ja{mais) chevalerie, ni ne refuseront mort pour le commun prouffit. Duquel ilz sont appelés chevaliers... Et le chevalier aussi, comme ila nom de travail, aussi il a nom de honneur. Nul ne prend honneur à soi fors celluy qui estoit appélé Seigneur.
use Il (lui) appartient garder ordénnement l'usage de chevalerie pour deffendre l'église, vaincre tricherie, honnorer prestrise, garder les povres d’injure, mettre la terre à paix. » C’est pourquoi « la solemnelle coustume est qu’en celluy jour que chacun prent la çainture de chevalerie il va solemnellement à l’église et que il offre de son glaive sur l'autel ; aussi comme se il avoit fait solemnelle profession et se voue lui mesme au service de l'autel et promet à Dieu bonnement de l'office de son glaive et pour l’église et non contre l’église; car ilz ne font ne plus ne moins en leur profession que font évesques et abbéz qui offrent une scedule. Et est de coutume en
{1) « Domine, pro tua bonitate, quæso, peccata mea ne respicias, nec ad ingressum meum iram tuam in istum populum effundas aut propter iniquitates meas illum punias aut evertas.
« Percin, Mon. Conv. Tol., p. 5. — Tol. 1693. »
aucuns lieux que quant un chevalier doit estre sacré lendemain, il veille toute la nuyt devant, en oraison, en l'église ni n’a licence de gésir ni de seoir, se par avanture
Amaury, fils de Simon de Montfort, armé chevalier le 24 juin 1213.
aucune nécessité de maladie ne le contraignoit ; mais doit toute nuyt orer, en estant debout ou a genoulx (1). »
On conçoit maintenant que pour un acte aussi grave et aussi religieux, Montfort et les siens aient voulu prendre l'avis de Dominique, lui qui bientôt devait donner la
(1) Le quint volume de Vincent. Miroir historial. Paris, Antoine Vérard, 1496. Extrait des Escrits du moine Hélinand.
bénédiction nuptiale au jeune Amaury. Pour cette auguste cérémonie, Castelnaudary, dont Hugues de Lascy était le seigneur, et qui avait été le théâtre du plus brillant fait d'armes des croisés avant celui de Muret, fut choisi de commun accord, et rendez-vous fut donné pour la prochaine fête de saint Jean-Baptiste, le 24 juin.
Quelle part d'influence revient à saint Dominique dans ces résolutions ? Il est difficile de le préciser, mais qu'elle ait été considérable, la confirmation des donations de Lambert de Thury et d'Hugues de Lascy coïincidant avec la réunion de Carcassonne et la présence du saint en cette ville, au même moment, le font entendre suffisamment sans qu'il soit besoin d'’insister (1).
Les évêques de Carcassonne et de Toulouse étaient encore en France, occupés des affaires de la croisade. « Le comte très chrétien voulut donc, écrit Pierre de Vaux-Cernay, que ce fût l'évêque d'Orléans qui fit son fils Amaury chevalier du Christ et qu'il lui remit la ceinture militaire. L'évêque résista d’abord; mais enfin,
raincu par les prières de Montfort et des nôtres qui l’en
conjuraient, il y consentit. De tous côtés, pour cette fête de chevalerie,— adfestivitatemnovæ militiæ,—accourent les barons et les chevaliers de la terre du comte ; Gui de Montfort, son frère, quitte, pour s'y rendre, le château de Puycelsi, en Albigeois, qu'il assiège, et parce que Castelnaudary, ayant été deux fois ruiné dans cette guerre, ne peut contenir une aussi grande multitude, on dresse de vastes tentes hors du château, dans la riche plaine qui l’avoisine.
« Le jour même de la Nativité de Saint-Jean-Baptiste, le
(1) Dans l’acte confirmatif de la donation d'Hugues de Lasey, Montfort, non content de souscrire à cette donation, en prend occasion de déclarer publiquement qu'il confirme en même temps et garantit tous les biens présents et futurs du monastère de
Prouille, comme pour attester qu'il doit beaucoup à saint Dominique.
— Àli —
vénérable évêque d'Orléans se revêt des ornements pontificaux pour le saint sacrifice. Les chevaliers entourent l'autel. A l’offertoire, l'évêque célébrantse tourne vers l’assistance. Le comte Simon tenant, de la main droite, et la comtesse, de la maingauche, leur fils premier-né, s’approchent et l’offrent au Seigneur, priant le Pontife de l’armer chevalier pour le service de Jésus-Christ. Puis les deux frères, l’évêque d'Orléans et celui d'Auxerre, agenouillés aupied de l’autel, entonnent avec uneindicible dévotion le Veni, Creator, et ils ceignent l'adolescent de la ceinture Militaire. C’est ainsi, conclut l'historien, qu'Amaury de Montfort fut en grande solemnité créé nouveau chevalier.»
Ami et conseiller du comte de Montfort, représentant officiel de l’évêque de Carcassonne et témoin heureux de cette cérémonie, Dominique priait avec la foule et se réjouissait. Peut-être aussi songeait-il à la milice spéciale de Jésus-Christ qu'il était près de fonder, à l'instar de la grande chevalerie chrétienne, pour la défense de la foi contre l'hérésie armée.
Saint Dominique, pendant la bataille de Muret, prie avec les évêques et les prêtres, pour le triomphe de la cause de la foi en péril.
12 septembre 1213.
.….…. Interim autem, dum bellum Domini gerebatur, septem episcopi qui convenerant, scilicet : Fulco Tholosanus, et Guido Carcassonensis* et Tedisius Agathensis, Nemausensis, Lodovensis, et Convenarum, ac tres abbates scilicet de Clairaco, de Villamagna et Sancti Tiberii cum suis clericis et aliquibus religiosis, inter quos religiosus Dei amicus frater Dominicus canonicus Oxomensis postmodum fratrum Predicatorum Ordinis institutor, ecclesiam intraverunt; exemplo Moysis in bello Josue levantes manus in cœlum, deprecantes Dominum pro servis suis, qui se mortis imminentis periculo pro ejus nomine ac fide exponebant; orantes vero et clamantes in cœlum, tantum mugitum pro imminenti angustia emittebant quod ululantes videbantur potius quam orantes ?.
Original : Bern. Gui. Cafalogus romanor. Pontificum, bibl. publ. de Toulouse, Ms. 450, f° 107.
Imprimé : Duchesne. Histor. Francor. scriptores, t. V, p.768... Catel. Hist. des Comtes de Toul., p. 116.
Percin. Monum. Conv. Tolos — de bello, p. 6x. Traduction : Guizot. Collect. des mem. de l’histoire de France,t. XV , p. 344.
(2) Pour Bitterensis — erreur de copiste. Gui, évêque de Carcassonne, était alors en France.
{b) Ce texte est de Bernard Gui, l’illustre chroniqueur de l’Ordre
COMMENTAIRE
Après avoir été armé chevalier à Castelnaudary, le 24 juin 1213, Amaury de Montfort, conduit par son père, était venu à Muret recevoir l'hommage de la noblesse de Gascogne et tenter ensuite de soumettre le reste de la province à son autorité. Ils entreprennent ensemble le siège du château de Rochefort.
Pendant ce siège, Simon apprend que Raymond VI assiège lui-même Pujols, aux environs de Toulouse. Il laisse Amaury, son fils, devant Rochefort et gagne en toute hâte Carcassonne, pour organiser des renforts que la prise de Pujols rend inutiles. Bientôt arrivent au comte de très graves nouvelles: le roi d'Aragon se dispose à franchir les Pyrénées et à venir à Tou-
des Frères-Prêcheurs au commencement du quatorzième siècle. C'est lui qui, le premier, dans son Catalogus Summorum Pontificum, a signalé la présence de saint Dominique à Muret, le 12 septembre 1213, pendant le célèbre combat où Pierre d'Aragon périt malheureusement. Les écrivains du treizième siècle, Pierre de Vaux-Cernay, Guillaume de Puy-Laurens, l’auteur de la Chanson de la Croisade, n’en disent absolument rien. Il est vrai que Pierre de Vaux-Cernay, au moment du combet de Muret, était encore en France avec Gui de Carcassonne, son évêque ; Guillaume de Puy- Laurens était alors un enfant et il n’a pu parler du fait de Muret que d’après le témoignage d'autrui. Enfin, l’auteur anonyme de la Chanson, ennemi de l'Eglise, ne nomme pas une seule fois saint Dominique dans toute son œuvre. D'autre part, pour qui sait la probité historique de Bernard de Gui, sa méthode consciencieuse d’investigations, son esprit de critique éclairée, le témoignage d’un tel historien, quoique le seul du haut moyen àâge à ce sujet, semble irrécusable et il suffit; d'autant que c’est en connaissance de cause et avec une intention marquée que Bernard Gui a intercalé dans le texte même de Pierre de Vaux-Cernay ce qu'il affirme de l’intervention pieuse de saint Dominique à Muret.
On possède à Toulouse (Bibl. publ., n° 450) le manuscrit original du Catalogus Summorum Pontificum où se trouve le texte en question. Ce manuscrit appartenait jadis à la Bibliothèque des Dominicains comme d’autres manuscrits importants de Bernard Gui, Percin l’a eu entre les mains et s’en est servi. — Cf. Præclara Francorum facinoraouChronica Simonis Comitis Montisfortis, publiés par Duchesne et Catel et le mémoire de M. Léopold Delisle sur les œuvres de Bernard Gui.
n = Rougeren Man 35 EN