‹ CartulaireChapitre 38 sur 48 · ER · texte numérisé non relu

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« sente guerre.» En effet, l’année suivante {1}, le roi d'Ara- Son, ayant pris parti pour le comte de Toulouse, fut tué dans une bataille. Plût à Dieu qu'il n’eût pas si tristement succombé les armes à la main, combattant jusqu'au dernier moment contre la sainte Église ! »

IT. — Aquelques jours de là, le jeudi avant le dimanche de la Passion (28 mars 1213), Montfort, du château de la cité où il résidait, vint trouver le B. Dominique dans la maison de l’évêque. L'acte dont nous donnons le commentaire nous en instruit. Mais à quelle fin le noble comte visite-t-il ainsi l’'humble Dominique, au lieu de l'appeler ou de l’attendre dans son palais? On était alors sur le point de célébrer les fêtes pascales, et Montfort peut-être, en chrétien fidèle, veut-il se préparer à ces fêtes près du serviteur de Dieu: ou encore, les agissements du roi d'Aragon le préoccupent et l’inquiètent ; qui lui donnera conseil et encouragement, si ce n’est celui qui, en tant de

et savoir quels seraient ceux qui iraient avec lui et combien ils seraient. Là étaient présents les évêques de Toulouse et de Carcassonne, hommes de toute sainteté, venus en France pour y promouvoir l'affaire de la foi contre les pestilentiels hérétiques, » Ce ne fut cependant qu’au printemps de 1215 que le jeune prince put mettre son vœu à exécution.

(1) Si l’on suppute d’après l’ancien style, comme a fait Constantin d'Orviète, selon l’usage de son temps où l’année dans le Midi de la France commençait ordinairement le ?5 mars, le carême durant lequel saint Dominique demeura à Carcassonne dans la maison de l’évêque et a prédit la mort de Pierre d'Aragon offre ceci de particulier que, jusqu’au quatrième dimanche (24 mars), ce carême appartient à l’année 4212 (vieux style), et du lundi de la quatrième semaine (25 mars) jusqu’à la fête de Pâques (7 avril), à l’année 1213. Dans ce sens, il est vrai de dire, avec Constantin d'Orviète, que la mort du roi d'Aragon a eu lieu l’année qui en a suivi la prédiction, bien que selon notre manière de compter la prédiction se soit faite pendant le carême de 1213 et que le roi d'Aragon a été tué le onze septembre de la même année. En outre, il convient de placer la date de cette prédiction ou le quatrième dimanche de carême (24 mars) ou un peu auparavant, c’est-à-dire quelques semaines ou quelques jours avant l’entrevue de Simon de Montfort et de saint Dominique, le £8 mars; sans quoi la prédiction et la mort auraient eu lieu la même année (v. s.), contrairement à ce qu'affirme Constantin d’Orviète.

circonstances difficiles, l’a soutenu et éclairé? Peut-être enfin que la rumeur de ce que le saint a confié au religieux cistercien est parvenue jusqu'à lui, et il tient à entendre, de la bouche de son saint ami, la confirmation d'une aussi grave prédiction.

On ne peut douter que cette entrevue, quel qu'en füt l'objet, n’ait été pour Montfort la cause d’intimes et fortifiantes consolations, quand on le voit, au même moment, ainsi que l’atteste l'acte du 28 mars 1213, témoigner sa reconnaissance en confirmant sur place la donation de la seigneurie de Fenouillet, déjà approuvée par l’évêque de Toulouse, et se servant pour cela des expressions de tendresse et de respect les plus significatives; car il signale la dévotion du serviteur de Dieu, il fait ressortir sa piété, il l'appelle Maître et aussi Frère Dominique, son Prieur très cher du monastère des Sœurs de la Bienheureuse Marie de Prouille.

Bernard Macip, pour dix-neuf sous de melgueil, cède à Dominique, chanoine d'Osma, à l’abbaye de Prouille et à tous les Frères et les Sœurs servant en ce lieu Dieu et Sainte Marie, un droit de mouture, pour une journée, sur le moulin de la Roquette, qu'il tient de Guillaume de Durfort.

Prouille, 22 avril 1213.

Notum sit omnibus hominibus hæc audientibus, quod ego Bernardus Macip, per me et per omnes successores meos bono animo ac spontanæ voluntate, et, sine omni dolo, in perpetuum vendo, et, re ac titulo perfectæ venditionis trado, sine omni meo meorumque retentu, tibi Dominico Oxomensis canonico et abbatiæ Sanctæ Mariæ de Prolano et cunctis Fratribus et sororibus prœæesentibus et futuris ibi Deo et Sanctæ Mariæ de Prolano servientibus, unum diem quem habeo in molendino de la Roqueta, quem tenebam a Guillelmo Durfort; et in bonam et firmam possessionem illius, cum hac præsenti carta, vos et vestros semper mitto, pro novem decim solidis melgoriensibus, de quibus me a vobis bene perpacatum teneo; et si modo magis valet seu in futurummagis valebit isto prætio prædicto, quod mihi dedistis, totam illam valentiam dono vobis et vestris in perpetuum, jure bonæ et perfectæ donationis et titulo meræ liberalitatis

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ad omnem vestram voluntatem faciendam, quolibet modo volueritis ; et ero vobis et vestris inde semper bonus guirens de totis amparatoribus sine omni dolo.

Testes hujus rei sunt: Petrus Clerici et frater ejus Arnaldus Clerici, Petrus de Morterio, Amalricus de Meuslen francigena. Facta carta ista decimo kalendas maïi, feria secunda anno ab Incarnatione Christi M.cc.xiJ, regnante Philippo rege Francorum. Arnaldus Sancii de Lauriaco scripsit.

Copie : Bibl, nat, Paris, — Doat, t. XCVIII, f° 17°.

COMMENTAIRE

I. — Saint Dominique avait donc, pendant tout le carême, jeûné au pain et à l’eau et ne s'était pas couché une seule nuit, afin de mieux prier pour l'Église et pour les pécheurs. Frère Étienne, qui était alors avec lui et ne l’avait pas quitté, racontait plus tard qu'à l'approche de la fête de Pâques il se déclarait plus vigoureux qu'auparavant. De fait, ajoute naïivement le pieux Frère, «il paraissait plus frais et mieux portant, pulchrior et pinquior apparebat. » C’est qu'au dedans, remarque Thierry d’Apolda, il se nourrissait d'une nourriture invisible. Son àme se remplissait du mets savoureux des suavités divines en telle surabondance que son corps fatigué reprenait force et vigueur, que son âme rassérénée devenait plus que jamais apte à percevoir les mystères de l’avenir (1). -

Aussi, dès qu'il fut libre, dans la semaine de Pâques, Dominique, son bâton de voyageur à la main et pieds nus,

(4) Viribus valentior erat et specie pulchrior apparebat, invisibili namque pastus est cibo et sicut adipe et pinguedine Dei dulcedine repleta est anima ejus ex cujus redundantia carnis infirmata firmabatur et purificabatur serenitas mentis ut cognosceret mysteria futurorum. — (Thierry d'Apolda, Acta Sanctorum), t. T, Aug.

selon son habitude, eut bientôt parcouru la distance qui le séparait de Prouille, où l’appelaient les intérêts spirituels et temporeis de son œuvre de prédilection.

II. — Ons’en souvient, au mois d'octobre précédent, Guillaume Dérégat et les deux frères Bernard et Ponce Rozaud avaient, pour une certaine somme d'argent, cédé au B. Père le droit de mouture qu'ils possédaient sur le moulin de la Roquette. Un droit semblable, pour une journée seulement, appartenait à Bernard Macip, de Fanjeaux, lequel le tenait de Guillaume de Durfort, comme G. Dérégat et les frères Rozaud. Afin d’affranchir le moulin de cette dernière servitude et de le mettre à l’entière et unique disposition du monastère, saint Dominique, le lundi de Quasimodo 1213, acquit ce droit de Bernard Macip pour dix-neuf sous de melgueil.

III. — De ceux qui, avec le Bienheureux et le scribe Arnald Sans de Laurac, concourent à l’acte de vente du 22 avril, quatre sont du pays ; le cinquième est un croisé de l'Ile-de-France, venu avec Montfort en Languedoc. Bernard Macip, de Fanjeaux, semble n'avoir rien de commun avec un autre Macip que le comte de Toulouse, vers 1251, avait établi son baiïle ou châtelain à Fanjeaux, et qui était de connivence avec les cathares, au point d'aller les visiter jusque dans Montségur. On ne doit pas non plus confondre Pierre Du Mortier avec un certain Raymond Amiel, qui, ainsi que sa femme et son fils, ne cessa jusqu'à la fin, soit secrètement, soit publiquement, de favoriser et de fréquenter les hérétiques. Jamais, en effet, son nom ne figure, comme celui de son homonyme, dans les enquêtes que nous possédons de Frère Bernard de Caux et de Frère Ferrier. Des deux frères Pierre et Arnald Clerc ou Clertge, il n’y a que le second, Arnald, chez qui. Bernard Pastre, marchand pelletier de Fanjeaux, dépose avoir vu une fois, vers 1235, W. De Lanta et son compagnon, hérétiques. Amaury de Meulan, le dernier té-

moin, est de tous le plus intéressant. Il était venu de l'Ile-de-France, avec Simon de Montfort, en 1209. Meulan, son pays d'origine, est, à cette heure, un simple chef-lieu de canton de l'arrondissement de Versailles, sur la Seine, entre Mantes et Poissy. Au moyen âge, cette localité avait plus d'importance. La! seigneurie de Meulan à eu ses comtes comme celle de Montfort. Amaury était le second fils du comte Waleran et d'Agnès de Montfort, et, par sa mère, cousin germain du chef des croisés (1). On s'explique ainsi facilement pourquoi ce seigneur était à la croisade, et, en 1213, à Fanjeaux, oùle comte Simon, à cause de l'importance stratégique de cette place, entretenait une garnison d'élite. Amaury avait certainement, comme tant d’autres, subi la douce et sainte influence du B. Dominique et il en avait gagné la confiance et l'affection.

(1) Cf. P. Anselme. — Histoire généalogique et chronologique des grands officiers de la couronne, etc. — De la Roque. Maison d'Harcourt, t. III et IV., suppl

Isarn Bola cède pour quarante sous de melgueil à l’abbaye de Notre-Dame-de-Prouille, au seigneur Dominique, chanoine d'Osma, et aux Frères et aux Sœurs présents et futurs, servant en ce lieu Dieu et Sainte Marie, la redevance annuelle d’un setier et de deux poules à prendre sur une terre arrentée à P. Belhomme de Prouille; et de plus six sous de melgueil à percevoir, chaque année, sur le revenu d'un champ que Guillaume Grimaud tenait de lui au lieu dit « las fontanas. »

Prouille, 14 mai 1213.

Notum sit omnibus hominibus hæc audientibus, quod Ego Isarnus Bola, per me et per omnes successores meos, bono animo ac spontanea voluntate et sine omni dolo in perpetuum vendo, et re ac titulo perfectæ venditionis trado abbatiæ Sanctæ Mariæ de Prolano ; et domino Dominico Oxomensis canonico, et cunctis Fratribus et Sororibus præsentibus et futuris ibi Deo et Sanctæ Mariæ de Prolano servientibus, unum sextarium ordei et duas gallinas, quos debebam habere annuatim de campo quem a me tenebat Petrus Bellushomo a Prola; qui affrontat se ab altano in Sidonia; et a meridie in campo Petri Martini Lambert; et a circio et ab aquilone in terra Bernardi Durfort. Et vendo vobis similiter sex denarios melgorienses quos habebam in

campo, quem a me tenebat Guillelmus Grimaudi a fontanas ; qui affrontat se a circio in via; et ab aquilone in via. Et vendo vobis similiter omnia alia mea jura et dominationes, quæ in prædictis duobus campis habebam et habere debebam; et, in bonam et firmam possessionem illorum, vos et vestros, semper cum hac carta, sine omni meo meorumque retentu, mitto, pro quadraginta solidis melgoriensibus; de quibus me a vobis bene per paccatum me teneo; et si modo magis valent seu in futurum magis valebunt isto precio prædicto, quod mihi dedistis, totam illam magis valentiam dono vobis et vestris in perpetuum, jure bonæ perfectæ donationis et titulo merx liberalitatis, et ero vobis et vestris inde semper bonus guirens de totis amparatoribus sine omni dolo (:).

Testes hujus rei sunt : Bernardus Augerïü, Guillelmus Sitvent, Petrus Clerici juvenis, Guillelmus de Viridario et filius ejus Rogerius de Viridario. Facta carta ista secundo idus maïi, feria tertia, anno ab Incarnatione Christi millesimo ducentesimo decimo tertio, regnante Philippo rege Francorum. Arnaldus Sancii de Lauriaco scripsit.

Copie : Doat, t. XCVIII, f° 16 bis,

(a) Voir I.-A. Brutails. (Etude sur la condition des populations rurales du Roussillon au moyen àge, pp. 95-98) pour la forme de ces actes de vente au treizième siècle, et pp. 142-153, sur les redevances dues pour les tenures,

Guillaume et Raymond Aymeri vendent une parcelle de terre sise au vieux château, pour soixante-dix sous de melgueil, à l’église Sainte-Marie-de-Prouille, à l'Abbaye, au seigneur Dominique, chanoine d'Osma, et à tous les Frères et les Sœurs présents et futurs servant Dieu à Prouille. [ls s'engagent aussi à faire louer et approuver cette vente par leurs frères.

Prouille, le Dimanche 19 mai 1213.

Notum sit omnibus hominibus hæc audientibus quod ego Guillelmus [et ego Railjmundus Aïimerici, simul ambo, per nos et per omnes successores nostros, bono animo ac spontanea vo{luntate et sine omJni dolo in perpetuum vendimus, iure et titulo perfecte vendicionis tradimus, sine omni nostro nostrorumque reltentu, Ecclesie sancte MaJrie de Prolano et loco et abacie ipsius et domino Dominico Oxomensis canonico et cunctis Fratribuset Sororibus presentibus [et futujris ibi Deo servientibus quamdam peciculam terre, ad castrum vetus(*); que affrontat se ab altano in rivo; et in meridie in terra Ugonis de Rivis; et a circioin terra dels Rigaudz; et ab aquilone Guillelmi Stephani. Istam predictam peciam terre, sicut a predictis affrontationibus

(a) Le vieux château s'élevait jadis au delà du ruisseau, sur une des collines qui sont à l’est ou au sud du monastère actuel.

includitur et sicut tenuimus et habuimus, vobis et vestris in perpetuum vendimus, et, in bonam et firmam possessionem illius, vos et vestros, semper cum hac presenti carta, sine omni nostro nostrorumque retentu, mittimus pro Ixx solidis melgoriensibus; de quibus nos ambo bene perpacatos tenemus;et, si modo magis valet seu in futurum magis valebit isto precio predicto, quod nobis dedistis, totam illam magis valentiam damus vobis et vestris in perpetuum, iure bone perfecte donationis et titulo mere liberalitatis. Et nos et nostri erimus vobis et vestris inde semper boni guirentes de totis amparatoribus sine omni dolo, et pro nostris fratribus similiter, quibus faciemus laudari, sine omni dolo, predictam vendicionem, bona fide; et laudamus vobis habere hec super omnia bona nostra que habemus et habebimus.

Testes huius rei sunt : Isarnus Picarela, Poncius Ademari, Arnaldus de Gleno. Bernardus de Burgo, Sicardus Pelets. Facta cartaista xt Kalendas juni, feria prima, anno ab Incarnatione Christi MCCxuJ, regnante Philipo rege Francorum. Arnaldus Sancii de Lauriaco scripsit.

Original : Archives de l’Aude,

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Arnalde Laur et sa sœur, filles d'Arnaud Laur, vendent une pièce de terre sise près de la fontaine de Sainte- Marie-de-Prouille, pour vingt sous de melgueil, à Notre- Dame de Prouille, au seioneur Dominique, chanoine d'Osma, aux Frères et aux Sœurs présents et futurs servant Dieu en ce lieu. Isarn Bola, duquel les deux sœurs tiennent cette pièce de terre, non seulement loue et approuve la vente, mais il abandonne son droit au quart des fruits et son domaine direct sur cette terre.

Prouille, le Dimanche 26 mai 1213.

Notum sit omnibus hominibus hæc audientibus quod ego Arnalda Laura et ego... ra Laura eius soror, que fuimus filie Arnaldi Lauri, nos ambe simul, per nos et omnes successores nostros, non vi vel metu ad hoc adducte nec aliqua deceptione decepte, set bono animo ac spontanea voluntate et sine omni dolo, in perpetuum vendimus, et re ac titulo perfecte vendicionis tradimus, sine omni nostro retentu, Sancte Marie de Prolano et loco et abacie ipsius, et domino Dominico Oxomensis canonico et cunctis Fratribus et Sororibus presentibus et futuris ibi Deo servientibus, quamdam peciam terre iuxta fontem (*) Sancte Marie de Prolano; et in posses-

(a) La fontaine de Sainte-Marie-de-Prouille était placée sur le bord de l’ancien chemin de Fanjeaux, un peu au-dessus de la route

moderne et en face du monastère, au midi, Plus tard on fit dériver cette fontaine jusque dans l'enceinte de la grande clôture. - : -

sionem illius eos et suos, semper cum hac carta sine nostro nostrorum retentu, mitimus, pro xx solidis melgoriensibus ; de quibus nos bene perpacatas tenemus; et si magis valet, seu in futurum magis valebit isto precio predicto, quod nos inde habiumus, totam illam magis valentiam damus illis in perpetuum iure bone, perfecte donationis, et titulo mere liberalitatis ; et erimus inde semper bone guirentes de totis amparatoribus, qui, pro nobis vel occasione nostri, amparaverint. Et predicta terra aftrontat se, ab altano in terra Guillelmi Rostanni; et a meridie in via; et a circio in terra que fuit Petri Canal ; et ab aquilone in rivo de Sidonia. Et hoc fecimus consilio Isarni Bola à quo tenebamus ad quartum (*).

Igitur ego Isarnus Bola, per me et per omnes successores meos, bono animo et sine omni dolo, laudo et concedo predictam vendicionem sicut facta est; et dono, in perpetuum sine omni retentu, Sancte Marie de Prolano et loco et abacie ipsius et domino Dominico Oxomensis canonico et cunctis Fratribus et Sororibus presentibus et futuris ibi Deo servientibus, totum cartum et dominium et ius, que ego habebam et habere debebam in predicta pecia terre, ad omnem suam voluntatem semper faciendam; et ero inde semper bonus guirens de totis amparatoribus, sine omni dolo; et hec omnia facio pro amore Dei et redemptione anime mee.

Testes huius rei sunt; Petrus Recort, Guillelmus de Viridario et filius eius Rogerius, Guillelmus Turcs et Arnaldus God. Facta carta ista vir Kalendas Junii, feria prima, anno ab Incarnatione Christi MCCxIIr, regnante Philipo rege Francorum. Arnaldus Sancii de Lauriaco scripsit.

Original : Archives de l'Aude, Copie : Doat, t. XCVIII, f° 18.

(a) Tenir au quart c'était devoir le quart de la récolte à celui dont on tenait le champ ou la vigne. Voir Brutails (Etudes, etc., p. 142) sur les redevances proportionnelles ou de quotité, appelées quarts, quints et agriers.

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I. — Les quatre derniers documents que nous venons de publier indiquent clairement la présence à Prouille du Bienheureux Dominique, entre le lundi de Quasimodo, 22 avril 1213, et le lundi avant la Pentecôte, 27 mai. La double œuvre de missionnaires et de sœurs contemplatives et pénitentes que le saint a fondée se développe ; son personnel augmente, et Dominique, quand il a reçu en aumône quelques deniers, ne laisse échapper aucune occasion d'accroître les modestes ressources de son monastère ; de sorte qu’à peine a-t-il achevé d’affranchir le moulin de la Roquette de tout droit et servitude, au nom de Notre-Dame-de-Prouille et de sa double communauté, il se hâte de faire de nouvelles acquisitions, si minimes qu'elles soient. C’est d’abord le 14 mai un setier d'orge et deux poules de censive à prendre annuellement sur des champs inféodés à un cultivateur de l'endroit; puis, le dimanche suivant, une parcelle de terre qui domine l’habitation des Sœurs et enfin, le dimanche 26, près de la fontaine de Prouille, une autre petite pièce de terre.

Les confronts des propriétés dont il s’agit sont décrits dans les Actes avec une telle précision qu'on pourrait facilement aujourd'hui déterminer l'emplacement de chacune d'elles et dire avec certitude : Tel jour de l’année 1213, le Bienheureux Dominique achetait le droit annuel à un setier d'orge récolté et à deux poules élevées dans ce champ. Ce morceau de terre lui a coûté vingt sous de la monnaie du temps, etc. Il y aurait là, nous le croyons du moins, un sujet intéressant de méditations pour qui, sur les lieux mêmes, évoquerait d'aussi humbles débuts, et les mettrait en face des créations grandioses que le saint a réalisées depuis, en moins de six années, et qui, à sept siècles de distance, demeurent fécondes et florissantes,

comme à l'époque primitive, sur presque toute la surface du globe.

IT. — Trente personnes environ sont nommées dans les actes qui font l’objet de ce commentaire. Toutes ont connu saint Dominique, en mai 1213, dans ce petit coin de terre de Prouille ; elles l’ont approché, ont été en relation plus ou moins directe avec lui : On nous reprocherait donc de ne pas consigner ici les quelques renseignements que nous avons pu reccueillir à leur sujet. Les voici: Pierre Belhomme, Martin Lambert, Pierre Clerc ou Clerque, Bernard Auger, Arnalde Laur et sa sœur, Bernard du Bourg, Arnald God (1) sont des voisins de l’abbaye, et, s’ils n’en ont pas été tous les amis, ils ne lui ont, du moins, jamais été hostiles. Arnald de Gleno, Sicard Pelet, Guillaume Tures, les Du Verdier père et fils semblent être des visiteurs ou des pèlerins que leur dévotion pour Notre-Dame et la présence de Dominique a attirés. Rien dans les documents multiples que nous avons sous la main ne nous donne lieu de suspecter la sincérité de leur foi et de leur piété.

Dans les Enquêtes de 1243-1246 jamais on ne trouve les noms de W. Rostan, G. Estève, G. Sirvent, bien que plusieurs membres de leurs familles y soient incriminés comme adeptes de la secte albigeoïse : il en est de même pour R. Aymeri. Guillaume, son ifrère, paraît lui aussi être resté fidèle et dévoué puisqu'en avril 1223, l'acte authentique faisant défaut,le monastère appelle Guillaume

(1) En novembre 1223, Arnald God et Pierre God son neveu échangèrent une terre contiguë au cimetière de Sainte-Marie-de- Prouille et d’autres champs appartenant jadis aux Babos et à Bernard Auger, contre la terre d’Isarn Bola, sur laquelle saint Dominique acquit certains droits en 1213. Dans l'acte délivré en cette circonstance, on voit que le Prieur est alors Guillaume Claret. Parmi les témoins figurent frère Guiraud d’Asparos, frère Vital, frère Guillaume de Puylaurens, Raymond Vital, Guillaume Aymeri, etc, (Arch, de l'Aude).

à attester ses droits sur un bien en litige jadis donné à Prouille par un chevalier du nom de Navarre (1). Cependant, en 1245, un Guillaume Aymeri, de Fanjeaux, avoue devant l'inquisiteur avoir assisté à l’hérétication de sa mère Julienne, mais peut-être est-ce un homonyme ! ou bien le fait remonte-t-il aux années qui ont précédé la venue de saint Dominique, comme il advint à Bernard de Durfort et à Isarn Picarela, lesquels, avant 1206, fréquentaient le ministre cathare Guilabert de Castres, sans que, depuis, on retrouve leurs noms sur les registres inquisitoriaux. Plus d’une fois, dans ces registres, un P. Recort à Fanjeaux et un P. Adhémar à Saint-Martin-la-Lande se montrent partisans actifs de l’hérésie, mais sont-ce les mêmes que les témoins des actes du 14 et du 19 mai 1213?

Isarn Bola n’est plus pour nous un inconnu: lorsqu'il livrait sa nièce Arnalde de Frémiac aux Parfaites de Fanjeaux (©) c'était avant ses rapports avec saint Dominique ; mais depuis, possesseur d’un bien à proximité du monastère, il se dessaisit volontiers de ses droits sur ce bien en faveur du saint (3) et, quelques jours après, il loue la vente que font les deux filles d’Arnaud Laur et il l’approuve sans condition ni réserve(4). En 1218, le 12 janvier, il interviendra comme témoin dans une donation que la veuve Calvet et ses enfants feront à l’abbaye de Prouille. On est donc autorisé à penser qu'après sa conversion, la nièce d'Isarn Bola, encouragée par saint Dominique, sut exercer sur son oncle et tuteur l’action la plus heureuse et la plus salutaire.

(1) L'acte dressé à cette occasion ne manque pas d'intérêt. Il révèle comme religieux, à cette date de 1223 : « Frère R. Garda, chanoine et prêtre de la B. Marie de Prouille, Frère Noël, chanoine, Frère Vital, chanoine, Frère David et Frère Guillaume, cuisinier, » (Doat, t. XCVIIL, fo 59).

(2) Voir Cartulaire, p. 213.

(3) Voir Acte XXX.

(4) Voir Acte XXXII.

devenaient mauvais. L’ennemi s’agitait et le roi d'Aragon préparait la campagne malheureuse qui se termina par la bataille de Muret et la mort tragique du prince espagnol. Pour ces éventualités, Fanjeaux était un excellent poste d'observation: saint- Dominique, d’ailleurs, le conseiller, l'ami du comte, était là. Peut-être même faisait-il déjà fonction de chapelain ou de curé à Fanjeaux, et puisque Montfort, assure un historien, n'’omettait pas, même dans ses expéditions guerrières, d'entendre chaque jour le saint sacrifice de la Messe et de réciter les heures canoniales, probablement plus d'une fois alors ils ont prié de concert et ils se sont encouragés à remplir, chacun selon sa vocation, lamission laborieuse que lasainte Église leur avaitconfiée.

Or, voici qu’un des jours de ce mois de mai 1213 on vient leur annoncer que de nouveaux croisés arrivent du pays de France. À leur tête sont les deux frères Manassès et Guillaume de Seignelay, évêques, le premier d'Orléans, le second d'Auxerre. « L’un et l’autre, "écrit Pierre de Vaux-Cernay, dignes de toute louange, les flambeaux lumineux de l'Église gallicane de notre temps {1). » En France le légat du pape, Pierre de Cour= çon, faisait, en ce moment, publier partout la croisade de Terre-Sainte, pendant que Foulques de Toulouse et Gui de Carcassonne, de leur côté, prêchaient la croisade albigeoise et nombre de guerriers avaient opté pour la Palestine. « Cependant les deux frères Manassès et Guillaume, ajoute l'écrivain cistercien, sachant que l’œuvre de la foi périclitait dans le Midi, parce que l’ennemi en concevait plus d’audace, avaient réuni une troupe d'élite et, avec une merveilleuse ardeur, ils s'étaient mis en marche contre l’hérésie, disposés à se dépenser, eux et leurs biens ; même, s’il le fallait, à s’'exposer au danger et à la mort pour le service de Jésus-Christ. »

(1} Migne, t. COXIII, p. 661.

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