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LÉO

Et afin d'expliquer comme quoi toutsupérieur de l'Ordre a, dans son couvent, le pouvoir de dispenser d’un point de règle, quand il lui semble de nature « à empêcher l'étude, la prédication ou le bien des âmes, » les premiers disciples du saint, interprètes autorisés de ses intentions, en ont donné, si ce n’est lui-même, en tête de ces mêmes constitutions, cette raison: « Il est notoire que notre Ordre, dès le commencement, a été spécialement institué pour la prédication et le salut des âmes{1).» N'est-ce pas là en substance la charte octroyée par l'évêque Foulques en juillet 1215.

On ne saurait donc être étonné, si des contemporains comme Guillaume de Puylaurens, le B. Jourdain, ont cru à une intervention directe du ciel dans l'institution de l'Ordre par saint Dominique. « Avant lui, écrit l'historien de Raymond VIT, il y avait eu de généreuses tentatives, celles des légats, des abbés de Citeaux; mais parce que ces vaillants champions ne pouvaient éteindre l'incendie, et, de peur que la prédication commencée ne demeurât vaine et sans résultat, il fut pourvu, par inspiration d'en Haut, à l'établissement de prédicateurs perpétuels. Pour ce motif, sous l’évêque Foulques, surgit l'Ordre des Précheurs dont le porte-étendard Dominique assuma la direction et le labeur (2) 2

Et le B. Jourdain, s'adressant au saint, est heureux de lui dire: « O Père... enflammé du zèle de Dieu et du feu céleste, par excessive charité, dans un véhément esprit de ferveur, et, sous le vœu d'une pauvreté très parfaite et toute apostolique, tu t’es donné toutentier à la religion et,

Son désir du salut des âmes était si ardent qu'il avait résolu, après avoir organisé son Ordre, d'aller chez les Gentils (ire ad gentes) et de mourir pour la foi s’il était expédient (Mamachi App., p. 135).

(1) Prolog. in libr. Constitut. O. P.).

(2) Historiens de France, t. XIX, p. 20.

à cette fin, par un conseil supérieur, tu as institué l'Ordre des Frères-Précheurs (1). »

Quoi qu'il en soit, l’acte mémorable de juillet 1215 dut remplir d’une joie immense le cœur de saint Dominique. Ce n’était pourtant qu'un premier pas vers l'approbation définitive et suprème de son Ordre par le chef de l'Eglise; mais dès lors, plein d'espoir, Dominique se prépara à partir avec Foulques pour la Ville éternelle où, bientôt, dans la vénérable basilique du Latran,allaients’ouvrir les grandes et solennelles assises de la chrétienté.

(1) Opera B. Jord., éd. Berthier, p. 50.

ALVII

Le Pape InnocentIIT prend sous sa protection le monastère de Prouille avec tous ses biens présents et futurs, et il confirme aux Frères et aux Sœurs la possession de ces biens.

Au Latran, 8 octobre 1215.

Innocentius, Episcopus servus servorum Dei, dilectis filiis Priori, fratribus et monialibus domus Sanctæ Mariæ de Pruliano, salutem et apostolicam benedictionem :

Justis petentium desideriis dignum est Nos facilem præbere assensum, et vota, quæ a rationis tramite non discordant, effectu prosequente complere. Eapropter, dilecti in Domino filii, vestris justis petitionibus inclinati, personas vestras et locum in quo divino estis obsequio mancipati, cum omnibus bonis, quæ in præsentiarum rationabiliter possidetis aut in futurum, præstante Domino, justis modis poteritis adipisci, sub B. Petri et nostra protectione susci pimus. Decimas autem quas apud Fanum jovis venerabilis frater noster episcopus Tolosanus*; possessiones quas apud Gardelam abbas et conventus Sauricini ; apud Salcens, Villarium et Fanum jovis nobilis vir Simon comes Montisfortis?;

(a) CE Cartul., p. 450.

(b) C£. Cartul., pages 215, 348

apud Fanum jovis Robertus Malovicinus*; apud Alsonam Petrus Aragon et frater ejus; apud Podium viride Lambertus?; apud Lacan Petrus de Vico; apud Apamiam Guillelmus Clareti; apud Agascens Hugo de Lasci‘; et apud Bram Hugo de Nant; frumentum etiam censuale quod apud Palent Guido de Levi, domui vestræ, pietatisintuitu, contulerunt, alia que bona domus vestræ justo vobis titulo acquisita, sicut ea juste et pacifice possidetis, vobis et per vos eidem domui auctoritate apostolica confirmamus, et præsentis scripti patrocinio communimus.

Nulli ergo omnino hominum liceat hanc paginam nostræ protectionis et confirmationis infringere, vel ei ausu temerario contraire. Si quis autem hoc attemptare præsumpserit, indignationem omnipotentis Dei et Beatorum Petri et Pauli Apostolorum ejus, se noverit incursurum.

Datum Laterani vi idus octobris Pontificatus nostri anno octavo decimo.

Copie : Combefort, Histoire manuscrite de Prouille, Imprimé : Percin, Monum. conv. Tol. ad amtum 1216,

Bullar OP P9t Tip. 12:

Mentionné : Echard, Script. O. P., t. I, p. 12:

Le B. Dominique va partir pour Rome avec le vénérablé évéque de Toulouse, son guide et son soutien. Il peut, en toute sécurité, entreprendre ce voyage, laissant sa double famille en une situation excellente. À Toulouse, en effet, il a mis à la téte de sa jeune colonie de Précheurs un « homme de grande sainteté, Bertrand de Garrigue, inexorable dans sa rigueur envers lui-même et mortifiant sa chair avec dureté, » Frère Bertrand a comme « gravé

en tout lui-même l'image du B. Père dont il a été le compagnon dans ses travaux, ses veilles, ses pénitences et ses actes nombreux de vertu (1). » Il est donc capable d'imprimer cette forme de vie en chacun de ceux qui lui ont été confiés. Le temporel est également assuré: les dimes assignées aux Frères, les revenus provenant du château de Casseneuil, les aumônes de chaque jour suffiront à la subsistance de tous.

À Prouille, tout pareillement est pour le mieux. Le saint a donné pour supérieur à la double communauté qui y vit dans la prière et le service du Seigneur, Frère Noël, sur qui il peut compter comme sur lui-même. L’administration des possessions du monastère reste aux mains expérimentées de Guillaume Claret.

Par les documents contenus dans cette première partie du Cartulaire, nous connaissons la plupart de ces possessions. Il en est pourtant quelques-unes dont les actes de donation ou d'acquisition ont complètement échappé à nos investigations (2). D'autres étant indiquées dans la Bulle d’Innocent IIT, objet de ce commentaire, nous les signalerons rapidement ici avant de suivre l’évêque et le saint dans leur pérégrination à travers la France méridionale et l'Italie (3).

Et d'abord, dans l’acte pontifical du 8 octobre 1215, il est fait mention d’un Guillaume Claret donnant au monastère des biens sis à Pamiers. Ce donateur n'est-il pas le préposé aux affaires temporelles de Prouille, lequel pré-

(1) Cf. Mamachi, Annal. O. P., t. I, app., p. 363. -(2) Une liste ou table de plusieurs de ces actes a été trouvée par M. de Teule dans les papiers de deux érudits de notre temps, MM. de Fortia d'Urban et Rouard, ancien bibliothécaire d'Aix. (3) Toutefois nous n'avons pu identifier, ni pour le lieu ni pour la personne, la donation attribuée à Hugues de Nant. Il en est de même de la donation de Pierre de Vic, en un lieu dit Lacan.'En

retour, nous publierons une donation de Pierre de Vic faite le 20 avril 1216.

DéEprne

cisément était de Pamiers? On se rappelle que, lors de la conférence de 1207, il s'était attaché à l'évêque Diego d'Osma et à saint Dominique. Dans les actes ultérieurs concernant Prouille, sauf dans une Bulle d'Honorius IN, il n'est plus question, que nous sachions, de cette donation ; n'est-ce point encore parce que Guillaume Claret l'a reprise en se reprenant lui-même misérablement ‘ vers 1224 (1)?

La Bulle de 1215 mentionne en second lieu une donation faite à Alzonne par Pierre Aragon ou d'Aragon et par son frère. Alzonne est un gros village entre Carcassonne et Prouille, et à six kilomètres environ en ligne directe du monastère. C'était jadis une place forte dont les deux frères étaient seigneurs au temps de saint Dominique. Il y eut à cette époque dans le pays plusieurs familles du nom d'Aragon : celle d'Isarn, archidiacre de Carcassonne, et celle des Pictavin, qui furent faidits pendant la croisade albigeoise. I1 semble qu'on ne doit confondre ni l’une ni l’autre avec la famille de Pierre et de son frère, auxquels probablement Montfort, en récompense de leur concours, avait inféodé le château d'Alzonne (2).

Une troisième donation pieuse nous est signalée par la

>ulle d’'Innocent IIT, celle du domaine de La Gardelle, sur le territoire de Villa-Savary, donation faite aux Frères et aux Sœurs de Prouille par Bertrand de Pierrelate, abbé du monastère de Sorèze, et par ses religieux. L'abbaye de Sorèze était alors très puissante et possédait de nombreux fiefs en divers endroits de la région. Dü à un sentiment de piété, intuilu pielalis, cet acte de générosité accuse des rapports intimes entre le B. Dominique et l’abbaye que le saint eut l’occasion de visiter fréquem-

(1) Cf. plus haut, p. 159, ce qui est dit de Guillaume Claret et de

sa défection.

2) Cf. Hist. Lang. t. VIN, pp. 301 et 601. — Paul Meyer, Chanson

de la Croisade, t. I, p. 40. — Doat, LXII, fo 35.

mentau cours de ses missions apostoliques. Il nous plait, à six siècles et demi de distance, d’avoir à constater en ce moment que Sorèze, par l'entremise du Père Lacordaire, est devenu de nos jours la propriété de cet Ordre que Dominique fondait au début du treizième siècle, et que son illustre disciple, le grand Précheur de nos temps, a choisi en ce lieu sa sépulture (1).

Il y aurait eu motif de beaucoup s'étonner si l’un des meilleurs et de plus braves compagnons de Montfort, Gui de Lévis, originaire de Lévy-Saint-Nom, près de Chevreuse, n'avait été, lui aussi, bienfaiteur de Prouille, et, de fait, par la Bulle d'octobre 1215, nous apprenons que le « preux et intrépide maréchal de la foi » a, dès le commencement, octroyé au monastère une rente annuelle de froment à prendre en un lieu du nom de Palent (2).

(1) Sorèze est situé à une lieue de Revel (Tarn), dans une plaine fertile, au pied du versant nord de la Montagne-Noire. L'abbaye fut fondée, au commencement du neuvième siècle, par le roi Pépin. Détruit de fond en comble, en 157%, par les calvinistes qui, après avoir tout brisé, en chassèrent les religieux, le monastère fut, en 1642, relevé de ses ruines par les Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, qui lui donnèrent un nouvel éclat. Après la Révolution française, un ancien Bénédictin y installa un collège dont le Père Lacordaire prit plus tard la direction. (Cf. Hist. Lang., t. IV, p. 512.— Bibl. nat., mss: 11,802, 12,697 et 12,698, 12,779, 13,819, etc.)— Le fief de La Gardelle existait jadis dans la commune actuelle de Villa-Savary, au lieu occupé par les deux domaines appelés Joffre et Barbette, et marqués ainsi sur la carte d'état-major; indication conforme à celle-ci, extraite des papiers de M. Rouhard : «1212. l'abbé de Sorèze, Prieur de Villepinte, et le chapitre de Sorèze donnent à saint Dominique la directe qui est entre le chemin marchand et le lieu de La Gardiole confrontant au décimaire de Villenouvette et de Bram.» La charte de Pépin attribue dès le neuvième siècle au monastère de Sorèze le domaine de Villepinte. (Notes de M. de Teule.)

( Nous n'avons pu identifier ce lieu de Palent probablement mal écrit par le copiste qui, au dix-huitième siècle, transcrivit d'après l'original gardé à Prouille cette pièce importante.

Gui de Lévis est l’un des vassaux de Simon de Montfort venus à sa suite pour la croisade. Il tirait son surnom du lieu actuellement appelé Lévy-Saint-Nom, près de Chevreuse, dans l'Ile-de-France. On possède plusieurs chartes de donations faites à l’abbaye de Vaux-Cernay et à celle de Notre-Dame de La Roche, fondée au

. Telle est donc la situation des œuvres du B. Dominique lorsqu'en août où en septembre, lui et lévéque Foulques partent de Toulouse pour le concile.

Sans nul doute, afin de mettre un voyage de cette importance sous la protection de Notre-Dame et en recommander le succès aux prières des Sœurs, ils font à Prouille une première station. À Carcassonne, ils rencontrent Montfort se disposant à envoyer son frère Gui plaider la eause des croisés dans le concile auquel, de leur côté, se rendent en personne le comte de Toulouse, son fils Raymond et le comte de Foix.

Quel a été en cette circonstance l'itinéraire de nos pieux pèlerins ? Voyagèrent-ils seuls ou en compagnie d'autres évêques, abbés cet prieurs de la contrée? Combien de temps leur a-t-il fallu pour gagner Rome ? On aimerait à connaitre tous ces détails ; car de cette démarche, mémorable entre toutes, sortira bientôt l'approbation, par le Vicaire du Christ, de l'Ordre des Frères-Prècheurs; mais le texte trop concis des chroniques est muet à ce sujet(). D'ordinaire, au moyen âge, quand on prenait la route des douzième siècle par les sires de Lévis, à deux kilomètres du village de Lévy-Sans-Nom. Gui de Lévis prit une part active et glorieuse aux principaux événements de la croisade jusqu’à la mort du comte Simon, de 1209 à 1218, et ensuite sous Amaury de Montfort. Simon lui avait inféodé le pays de Mirepoix, la majeure partie de la vallée de l'Hers et de grands domaines dans le diocèse de Béziers. En 1229, au traité de Paris, il fut décidé que la terre du maréchal serait détachée du comté de l'oix et relèverait directement du roi de France; ainsi fut créée la grande seigneurie de Lévis-Mirepoix. Sur la famille de Lévis, dont plusieurs membres furent ou bienfaiteurs de Prouille ou religieuses du monastère, et sur ce qui précède, voir Aug. Molinier, {Jisl. Lang., t. VI, VIT et VIII ; P. Meyer, Chanson de la Croisade, t, IT, p.43, etc.; Anselme, Histoire de la Maison royale de France, t. IV; A. Moutié, Chevreuse, dans les Mémoires de la Sociélé archéologique de Rambouillet, t. I; Cartulaire de saint Dominique, t. 4, p. 269.

(1) B. Jord., éd. Berthier, p. 14.— Bern. Gui, Calalogqus magistror. general. : « Adjunctus est cidem episcopo frater Dominicus ut « simul adirent concilium Lateranense... Anno Domini 1215, pro-

« fectus est sanctus Dominicus cum prefato domino Fulcone epis- « copo Tholose ad predictum concilium generale. »

Alpes Cottiennes, — et c'était le cas puisqu'on était dans la saison d'été, — on traversait Nimes, Avignon, Carpentras, Malaucène, Vaison, Le Buis, Meuvillon, Gap, Embrun, Briançon; et de là Cézanne, Suze et enfin Turin, d'où l’on se dirigeait vers Rome par Bologne (1). C’est la route que suivait, cinq ans auparavant, Raymond de Pennafort, lorsqu'à Notre-Dame-du-Bez, il fut témoin du touchant miracle que lui-même, au déclin de sa vie, a relaté dans une lettre datée de l'année 1271 (2).

Foulques et Dominique sont certainement à Rome au commencement d'octobre. Prédicateur renommé de la croisade albigeoise, exilé pour la cause de la foi dans le nord de l'Europe, chargé de missions graves et délicates par les conciles de sa province, venu à plusieurs reprises entretenir le Pape des intérêts du catholicisme dans le Languedoc, l’évêque de Toulouse n’est pas un inconnu pour Innocent III ; et, malgré les préparatifs immédiats du concile général, il obtient facilement audience du Pape pour lui et pour son compagnon. Admis en présence du Souverain-Pontife, de concert, ils le mettent au courant de la fondation de Prouille et de l'essai tenté à Toulouse dans la maison de Pierre Seila. Ils lui disent les causes de cette double entreprise et les résultats heureusement acquis. Ils supplient le Pape de prendre le monastère sous sa protection et aussi de confirmer comme Ordre de Prédicateurs pour l'Eglise universelle l'œuvre récemment

(1) Abbé Vallon, Conjectures sur les voies romaines, ete., et Communication de M. l'abbé Guillaume, archiviste des Hautes- Alpes.

(2) Le Bez est une paroisse de cinq cents âmes faisant partie de la commune de La Salle, à quelques kilomètres de la route de Briançon à Suze. Il y avait anciennement au Bez une chapelle dédiée à l’Immaculée-Conception. (Communic. de Mgr Berthet, évêque de Gap, et de M. l’abbé Guillaume.— Voir aussi A. Danzas, Etudes sur les temps primitifs de l'Ordre de Saint-Dominique, deuxième série, t. I, p. 23.)

inaugurée et approuvée en première instance dans le diocèse de Toulouse.

Dès le 8 octobre, Innocent IIT, sans attendre l’ouverture du concile, se hâte d’exaucer magnifiquement la demande qui concerne le monastère. De là, l'acte pontifical que nous publions. Dans ce document, le Pape, s'adressant « au Prieur, aux Frères et aux Sœurs de la maison de Sainte-Marie de Prouille, déclare digne de lui d'accueillir favorablement les légitimes désirs de ceux qui ont recours à sa bienveillance et d’exaucer leurs vœux lorsqu'ils sont fondés en raison. Il prend donc sous la protection des saints apôtres Pierre et Paul et la sienne. les personnes et le lieu où les Frères et les Sœurs sont voués au service du Seigneur. »

En vertu de son autorité suprème, le Pape garantit au monastère les biens qu’il possède et dont il énumère les principaux, tels que saint Dominique les lui a signalés, notamment les donations de l’évêque Foulques, de Simon de Montfort, Robert Mauvoisin, Lambert de Thury, Hugues de Lascy, Gui de Lévis, de l’abbé de Sorèze, etc.; mais de l'œuvre de prédication entreprise à Toulouse, il n’est pas dit un mot dans cet acte du 8 octobre 1215. Evidemment Innocent III réserve la seconde question: c'est qu'on est à la veille d'ouvrir le concile, et peut-être le Pape en a-t-il déjà pressenti les dispositions ; s'il ne les partage pas, au moins ne veut-il pas se prononcer prématurément.

-Convoqué pour le jour de la Toussaint, le concile tint à Saint-Jean-de-Latran sa première session publique, le 11 novembre, en la fête de saint Martin, la deuxième le 16 et la troisième, qui fut la dernière, le 30 du même mois, en la fête de saint André. A ses délibérations, selon Bernard Gui (1), prirent part plus de quatre cents évêques, soixante-douze primats et métropolitains, parmi lesquels

(1) Tract. de Conciliis. — Bibl. nat., ms. latin 4,977,

les Patriarches de Constantinople et de Jérusalem ; celui d’Antioche, retenu par la maladie, avait délégué l’évêque de Tortose, et le Patriarche d'Alexandrie, sous le joug des Sarrazins, n'en avait pas moins député un diacre de son Eglise. Il y eut, en outre, au concile de Latran plus de neuf cents abbés, prieurs, archidiacres prévôts, etc., de telle sorte que le nombre des prélats y assistant fut de douze cent quinze.

Dans l’auguste assemblée, entre autres questions, on traita celle si grave, soulevée par saint Dominique et l'évêque Foulques ; et, grâce sans doute à leurs pressantes instances et à l'appui des évêques de France qui avaient participé aux conciles provinciaux d'Avignon en 1209, de Lavaur en 1213, et de Montpellier en 1214, un pas considérable, sinon décisif, fut fait, puisque le décret suivant fut promulgué sur la prédication : « Parmi tout ce qui peut procurer le salut du peuple chrétien, disent les Pères du concile, on sait que le pain de la divine parole est surtout nécessaire. De même que par la nourriture matérielle le corps est alimenté, ainsi l'âme par la nourriture spirituelle; car l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui procède de la bouche de Dieu, Or, à raison de leurs multiples occupations, d’indispositions physiques, d’agressions hostiles et autres motifs, pour ne pas dire le manque de science, — défaut si fâcheux dans un évêque et tout à fait intolérable, — il arrive fréquemment que les évèques ne suffisent pas à annoncer la parole de Dieu, principalement en des diocèses vastes et étendus ; c'est pourquoi, par une constitution générale, nous leur ordonnons de choisir des hommes aptes à remplir fructueusement l'office de la prédication, lesquels, puissants en parole eten œuvres, visiteront avec sollicitude, à leur place, lorsqu'ils seront empêchés, les peuples confiés à leurs soins etles édifieront par la parole et l'exemple. À ces hommes on fournira largement ce

dont ils auront besoin, de peur que, faute de l'indispensable, ils ne soient contraints d'abandonner leur mission commencée. Nous voulons de plus que dans les églises cathédrales et autres églises, on établisse des hommes capables, que les évêques puissent avoir pour coopérateurs et auxiliaires dans le ministère non seulement de la prédication, mais de la confession, pour les pénitences à imposer et pour tout ce qui intéresse le salut des âmes (1). »

N'est-ce pas là manifestement ce que Foulques vient d'instituer à Toulouse en établissant Dominique et les siens prédicateurs dans son diocèse ? Et, par conséquent, n'est-ce point à eux que revient l'honneur et le mérite de cette salutaire innovation étendue à l'Eglise universelle par le concile de Latran? Il est vrai que Dominique et Foulques demandent et espèrent davantage; mais le concile, pas plus qu'Innocent IIT, ne semble prêt à accepter leur pensée totale : la création d'un Ordre spécial de prédicateurs portant le nom de Précheurs et ayant mandat d'exercer par toute l'Eglise le ministère apostolique. Une conception si hardie semble les effrayer : de là cette réflexion de Bernard Gui : « Le Pape se montra difficile à consentir à leur demande, parce que l'office de la prédication appartenait aux hauts dignitaires de l'Eglise de Dieu. » Et, comme le remarque J. Bréhal dans son Mémoire pour la réhabilitation de Jeanne d'Arc, d'après les saints canons, la prédication est dans l'Eglise l’œuvre principale et privilégiée (2). D'autre part, l'assemblée conciliaire, préoccupée des prédicants vaudois qui allaient de ei et de là, semant l'erreur, sans aucune mission, venait de faire cette déclaration: « Parce que sous les apparences de la piété, mais reniant la vertu, selon ce que dit l’Apôtre,

(1) Labbe, Concil. Venet. 1730, t. XIII, p. 946.

(2) J. Bréhal et la réhabilitation de Jeanne d'Arc, par les Pères Belon et Balme, O. P. (Paris, Lethielleux). Page 184*.

il en est qui s'arrogent le droit de prècher, bien que le méme Apôtre ait écrit: « Comment précheront-ils, s'ils ne sont envoyés ? » Tout homme à qui cette fonction aura été interdite, ou qui n’en aura pas eu mission de l’autorité, soit épiscopale, soit pontificale, s’il ne s’'amende, sera puni des peines compétentes (1). » Il y avait, en effet, dans cette usurpation de la prédication par des illettrés sans mandat, un abus et un danger considérable contre lesquels il paraissait expédient de se prémunir, et on conçoit que pour ce motif beaucoup d’évêques tenaient à surveiller et à contrôler eux-mêmes dans leurs diocèses respectifs le ministère de la parole dont ils se dessaisissaient en partie.

Enfin le concile avait porté cet autre décret non moins grave : « De peur qu'une diversité excessive de religions ne produise la plus fâcheuse confusion dans l'Eglise, nous défendons absolument que qui que ce soit désormais en introduise de nouvelles. Celui qui voudra embrasser la vie religieuse devra adopter une des religions déjà approuvées. Pareillement, quiconque voudra fonder à nouveau une maisonreligieuse, devra prendre la Règle et les Institutions d'un des Ordres reconnus (2). »

Rien de plus formel et de plus explicite. Comment, en face de ces décrets promulgués solennellement le 30 novembre, espérer réussir? Tout autre que Dominique se serait découragé; mais le Seigneur, avec une céleste clarté, avait infusé dans l’âme du saint, en son fond, là où Dieu seul opère, l’absolue certitude qu'il voulait l'Ordre des Prècheurs, et comme la constance de Dominique, — nous l'avons déjà remarqué avec le B. Jourdain, — était telle que jamais ou presque jamais il ne lui arrivait de revenir Sur une chose qu’il avait, après mûre délibération, crue nécessaire, le Bienheureux Père se mit à prier avec plus

(1) Labbe, Concil., t. XIII, p. 935.

(2) Ibid., p. 950.

de confiance et d’ardeur : il y passait les jours etles nuits, pendant que Foulques attendait la promulgation du décret qui frappait de déchéance le comte Raymond VI et créait à sa place Simon de Montfort comte de Toulouse. Le 14 décembre Innocent IT promulguait ce décret, et le 21 du même mois, il déclarait qu’1l serait sursis à toute mesure définitive contre le comte de Foix jusqu’à ce que le Saint- Siège eût été plus pleinement informé. En attendant, le château de Foix serait, au nom de l'Eglise, remis aux mains de l'abbé de Saint-Thibéry.

Tout était terminé pour les fêtes de Noël, et Foulques et son compagnon pouvaient quitter Rome. Dominique n'en était pas pour cela déconcerté; « n'ignorant pas, écrit Constantin d'Orviète (1), que Dieu avait providentiellement ménagé ces contre-temps apparents, afin que le Vicaire de Jésus-Christ sût par révélation combien était nécessaire à l'Eglise universelle ce que le Bienheureux, instruit d’en-Haut, aspirait à faire; et, en réalité, ainsi que l'ont affirmé plusieurs témoins dignes de foi, une nuit le Souverain-Pontife, pendant son sommeil, aperçut, dans une apparition toutedivine, l’églisede Latran comme disjointe et ébranlée. Tremblant et attristé de ce spectacle, Innocent voit accourir Dominique qui s’efforce, en s’y adossant, de soutenir l'édifice et de l'empêcher de crouler. Cette vision extraordinaire étonne d’abord le prudent etsage Pontife; mais il en saisit vite la signification et, sans plus de retard, il loue le dessein de l’homme de Dieu et accueille gracieusement sa demande (2). Il l'exhorte à

{1) Constantin d'Orviète, dans Echard, Script. O. P., t. I, p. 28.

(2) Loqual papa Ignocent Ihi autreiet por I. miracle que Dio fetz en la glycia del Letran a zonor de $. Domenge, aqui la glycia semblava que volgues cazer sobre papa Ignocen; mas sanh. Domenge la sostem am sas espallas e pueich l’an après lavandich coneili, papa Honori lo ters successor de papa Ignocent parfetz l’avandicha confirmacio de l'Orde dels Prediquadors.

(Bibl. nat., Paris, Ms. fr. 24940, f° 176 (quatorzième siècle). Traduction du Catalogus Romanorum Pontificum de Bernard Gui.) -

retourner vers ses Frères et, après en avoir ensemble sérieusement délibéré, à choisir une Règle déjà approuvée. Sur cette base, ils établiront l'Ordre qu'ils veulent promouvoir. Dominique reviendra ensuite vers le Pape, dont alors il obtiendra certainement la confirmation désirée. » Réponse qui suggæère au même Constantin d'Orviète cette judicieuse réflexion : « Le Bienheureux ne manqua pas de reconnaitre dans la parole du Souverain-Pontife une véritable inspiration de l’Esprit-Saint. Il savait parfaitement que les édifices construits sur d'anciens fondements sont plus solides; et que les voies antiques et royales"’sont plus sûres que les chemins nouveaux, le Seigneur nous disant par son prophète: « Tenez-vous sur les voies et considérez; interrogez parmi les anciens sentiers quelle est la bonne voie et marchez-y (1)! »

« Dominique, écrit le Père Lacordaire, eut à Rome une autre joie bien vive. Il n’était pas le seul que la Providence eûtélu dans ces temps critiques pour arrêter la décadence de l'Eglise. Pendant qu'il ravivait, aux saintes et profondes sources de son cœur, le fleuve de la parole apostolique, un autre homme avait reçu la vocation de ressusciter, au milieu d'une opulence corruptrice des âmes, l'estime et la pratique de la pauvreté (2). » « Ce sublime amoureux de Jésus-Christ » était François d'Assise. L'un et l’autre, à l’occasion du concile, se rencontrèrent dans la Ville-Eternelle. Nous le savons par Gérard de Frachet qui en raconte ainsi les mystérieuses circonstances (3) : « Un Frère de l'Ordre des Frères-Mineurs, entièrement digne de confiance, a rapporté ce qui suit à plusieurs Frères-Précheurs, et l’un d'eux l’a écrit au Maitre de l'Ordre (le B, Jourdain).

Lorsque saint Dominique, au temps du concile, était en

(1) Echard, t. I, p. 28.

(2) Vie de saint Dominique, Paris, 1888, p. 130. RON des Frères, éd. Cormier, p. 4, et Bibl. nat, ms. latin ,324.

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instances auprès de Dieu et du Pape pour la confirmation e son Ordre, une nuit qu'il était, selon son habitude, en prières, il lui sembla apercevoir le Seigneur Jésus dans les airs, brandissant trois lances contre le monde. Tout aussitôt la Vierge Marie se jette à ses genoux; elle le conjure de se montrer miséricordieux pour ceux qu'il a rachetés et de tempérer ainsi la justice par la miséricorde, Son Fils lui répond : Ne vois-tu pas quels outrages ils me prodiguent? ma justice ne peut laisser impunis d'aussi grands maux! Etsa mère de reprendre : Vous ne l’ignorez pas, mon Fils, vous qui connaissez tout: voici un moyen de les ramener à vous. J'ai un serviteur fidèle; envoyez-le vers eux, leur annoncer votre parole; ils se convertiront et ils vous chercheront, vous, le Sauveur de tous. Pour l'aider, je lui donnerai un autre de mes serviteurs qui travaillera comme lui. Le Fils dit à sa mère : J'ai agréé ta face (1); montre-moi ceux que tu as destinés à un tel office. Notre-Dame présente alors le B. Dominique à Jésus- Christ. Il fera bien, dit le Seigneur, et avec zèle ce que tu m'as exposé. Marie lui offre ensuite le B. François et le Sauveur le recommande de la même manière. Dominique, à ce moment, considère attentivement son compagnon que jusque-là il ne connaissait pas, et le lendemain, trouvant dans une église celui qu'il a vu la nuit, il se précicipite vers lui et, le serrant dans ses bras: Tu seras mon compagnon, lui dit-il, tu courras avec moi. Tenonsnous ensemble, nul ennemi ne prévaudra contre nous. Puis il lui confie la vision qu'il a eue, et dès lors ils ne furent plus qu'un cœur et une âme dans le Christ; ce qu'ils prescrivirent à leurs enfants d'observer à jamais. » Gérard de Frachet, vers l’année 1258, consignait au livre des Vies des Frères cette touchante tradition. Lacordaire, en 1839, la rappelait à son tour et disait : « Le Dai-

(1) Suscepi faciem luam, Job., 42-9.

ser de Dominique et de François s'est transmis de génération en génération sur les lèvres de leur postérité. Une jeune amitié unit encore aujourd'hui les Frères-Prêcheurs et les Frères-Mineurs{1). » Et nous, en cette année 1893, malgré la persécution, la dispersion, les expulsions violentes, nous pouvons constater ici l’accomplissement persévérant de la volonté des deux Patriarches, par leurs enfants les Frères-Mineurs et les Frères-Prêcheurs : témoignage aussi consolant qu'irrécusable de la vitalité et de l'efficacité accordées par Dieu à la parole de ses saints.

(1) Vie de saint Dominique.

Arnald et Roux de Babo, Pierre, fils de ce dernier, abandonnent gratuitement, pour l'amour de Dieu, à l’église Sainte-Marie de Prouille, au Prieur, aux Frères et aux Sœurs, présents et futurs, tous leurs droits et toute leur part de possession sur la Mote ou colline du Vieux- Château de Prouille.

Notum sit omnibus hominibus hec audientibus quod ego Arnaldus de Babo, et ego Rubeus de Babo ejus frater, et meus filius Petrus, simul per nos et per omnes successores nostros bono animo ac spontanea voluntate et sine omni dolo in perpetuum solvimus et damus sine omni nostro nostrorumque retentu ecclesie Sancte Marie de Prolano, pro Dei amore. et priori ejusdem loci et fratribus et sororibus omnibus presentibus et futuris, ad sui noticiam et ad voluntatem suam semper faciendam totum illud jus et totam illam partem quod nos habuimus et tenuimus, aliquo jure seu aliqua qualibet voce vel racione, in mota castri veteris et si aliquis homo vel femina aliqua ibi, pro nobis vel pro occasione nostri aliquid amparaverint, nos erimus et nostri semper boni guirentes bona fide.

Testes ejus rei sunt : Arnaldus capellanus in Vilario, Bernardus Augerii, Guillelmus Petri Tolsa, Sicardus Pelets, Raimundus Gascs, Monerius Elias, filius Arnaldi Textoris.

Facta carta ista vi1J° kalendas novembris, teria vir°, anno ab incarnatione Cristi MCCXV, regnante Philipo, rege Francorum. Arnaldus Sancii de Lauriaco scripsit.

Original : Arch. de l’Aude.

COMMENTAIRE

Tandis que saint Dominique, à Rome, dans l'attente confiante de la décision suprême du Concile, prie et espère contre toute espérance, les grâces que l’on obtient à Prouille dans le sanctuaire de Notre-Dame, le parfum surnaturel qui s’en échappe et qui embaume toute la contrée, la confiance qu'inspire le nouveau Prieur, Frère Noël, ne cessent d'attirer au monastère d’'abondantes libéralités. La donation, objet du présent acte du 24 octobre 1215, en est la preuve.

La Mote ou colline, sur laquelle était assis le vieux château de Prouille, se trouvait fort à la convenance de l'abbaye à cause de sa proximité et aussi desa position favorable à une culture fructueuse. Les dernières ruines du château ayant disparu depuis quelque temps, certaines familles de Fanjeaux, de Prouille, de Villa-Savary étaient devenues propriétaires dela colline (1). Déjà le monastère en avait acquis plusieurs parcelles. Pour que la Mote fût entièrement en sa possession, il ne restait plus que quelques-unes à acquérir, entre autres celle qui appartenait à la famille des Babo(?).Or, le 24 octobre, iladvintque cette

(1) Cf. Cartul., p. 387.

(1) Les Babo ou Babou semblent avoir habité Fanjeaux. Pendant plus d’un siècle, leurs descendants apparaissent dans les documents en rapports gracieux avec le monastère, soit pour des transactions, soit pour des bienfaits, et, par une coïncidence que nous ne pouvons omettre de signaler, il se trouve que le digne prêtre actuellement curé doyen de Fanjeaux porte ce même nom de Babou et est l’heureux possesseur de plusieurs objets pieux provenant de l’ancienne église de Prouille, détruite après la Révolution. C’est à son obligeance et au concours toujours dévoué de

famille, soit par reconnaissance, soit par bienveillance et affection, fit au Prieur, aux Frères et aux Sœurs, l'abandon généreux et absolument gratuit de sa part de propriété sur la Mote de l’ancien château.

Dans l'acte du 25 octobre 1215, parmi les témoins, on ne rencontre aucun personnage de marque; tous, évidemment, sont de modestes propriétaires voisins. Plusieurs, tels que Bernard Auger (1), Guillaume, Pierre Tolsa (2), Sicard Pelets (3), sont maintes fois déjà intervenus dans des actes de même nature; Arnald, chapelain de Villa- Savary, est un ami de saint Dominique, un familier du monastère. En 1233, lors de l'enquête ouverte par ordre

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Fac-simile de l’acte de donation d’Arnald et Roux de Babo, d'apres une photographie de M. Alma Cardes.

de Grégoire IX, pour préparer la canonisation du Bienheureux Père, Arnald exerçait encore le ministère paroissial à Villa-Savary et, précédemment, nous l'avons entendu certifier, sous la foi du serment, avoir vu de ses yeux, à Fanjeaux, une femme possédée que le saint avait délivrée

par ses prières (4).

M. A. Cardes, que nous devons d’avoir pu conserver dans ce Carlulaire, d'une manière authentique, le souvenir de plusieurs de ces objets sacrés échappés à la tourmente révolutionnaire du commencement de ce siècle.

(1) Cartulaire, pp. 309, 312, 387, 397.

(2) Cartul., pp. 339, 341, 430.

(3) Cartul., p. 388.

(4) Cartul., p. 452.

Nous affirmions naguère, avec le B. Jourdain, que Dominique et son œuvre de Prouille, malgré les agitations des partis en ces temps troublés, étaient en faveur auprès des petits et des humbles, tout aussi bien qu'auprès des puissants de ce monde. Le document, constatant la donation de la famille Babou, apporte dans sa simplicité un témoignage de plus à l'appui de notre affirmation.

Sceau du couvent des Sœurs de N.-D. de Prouille (treizième siècle) d’après l'original conservé aux Archives nationales de Paris .

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