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maison de son Ordre. Après l'érection du célèbre couvent de Saint-Jacques, Mannès revint en Espagne pour y travailler à la propagation du nouvel Institut. Vers l’an 1230, il y mourut de la mort des justes, non loin du lieu de sa naissance. Son nom mérita d'être inscrit par le pape Grégoire XVI au catalogue des Bienheureux.
Jependant une troisième fois Jeanne d’Aza allait être mère. Or, avant de concevoir l’enfant de bénédiction, appelé comme Abraham à devenir le père d'un grand peuple, elle eut une étrange vision.
« Il lui sembla, dit le bienheureux Jourdain de Saxe, qu'elle portait dans son sein un chien qui s’en échappait tenant dans sa gueule une torche ardente avec laquelle il embrasait le monde: image prophétique du grand Prêcheur qu’elle allait concevoir, dont la voix infatigable devait réveiller les âmes endormies dans le péché et qui devait répandre dans le monde entier le feu sacré apporté par le Seigneur Jésus. »
« Par cette vision singulière, remarque Rodrigue de Cerrate, Dieu voulait montrer à son Eglise ce que serait l'enfant de bénédiction qu’il allait lui donner et comment, avec le feu de la divine parole, il rallumerait dans le monde la flamme sacrée de la charité. L'événement confirma le présage : et le grand destructeur des vices et des hérésies, l’incomparable illuminateur des âmes ne pouvait être mieux symbolisé que par la torche ardente qu’entrevit sa mère. Il passa en effet comme un feu dévorant et c'était vraiment une parole enflammée que mit au service de ses frères cet apôtre venu parmi nous avec l'esprit et la vertu d'Elie. »
Le bienheureux Humbert de Romans, cinquième Maître général de l'Ordre des Frères-Prêcheurs, commente, à peu près dans les mêmes termes, le sens de la vision prophétique. « Réchauffer, dit-il, par sa parole de feu la charité dans un grand nombre d’âmes, éloigner par ses cris vigi-
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lants les loups du troupeau du Seigneur, réveiller ceux qui s’endormaient dans le péché et exciter les justes à la vertu, n'était-ce pas la mission réservée à Dominique? »
« Qui ne voit clairement, fait observer Constantin Médicis, évêque d’Orviète, dans le chien l’intrépide Prêcheur et dans la torche ardente le feu sacré de la divine parole?»
Pour Étienne de Salanhac, le chien était l’image des Précheurs dont Dominique devait être le chef et le père, et la torche ardente le symbole de leur infatigable zèle.
Inquiète pourtant de cette vision dont le sens lui paraissait obscur et dont le souvenir était sans cesse présent à son esprit, la jeune mère résolut d'aller implorer à Silos, près du tombeau d’un Saint alors en grande vénération dans toute l'Espagne, une lumière qui dissipât la mystérieuse inquiétude qui agitait son âme.
Ce tombeau était celui d’un saint abbé qui portait le nom même de Dominique, nom que l'enfant prophétisé par la vision devait rendre si glorieux.
Dominique de Silos était le fils d’un simple berger: il avait vu le jour et passé ses premières années dans un humble village. Tout jeune encore, il entra dans le monastère de Saint-Emilien. Son énergie à défendre les droits de la vie religieuse le fit exiler, dit-on, par le roi Garcia et lui valut la double bénédiction de Dieu et des hommes. Plus tard, chargé, en qualité d’abbé, par le roi Ferdinand, de rétablir dans sa première splendeur l’antique monastère de Saint-Sébastien, à Silos, il conduisit parfaitement à terme l'entreprise, se sanctifia dans l'abbaye qu’il avait réformée et y mourut, croit-on, le vendredi 20 décembre 1073.
Le monastère de Saint-Sébastien ne tarda pas à s'appeler du nom de son restaurateur, dont le tombeau remplit bientôt le monde du bruit des merveilles qui s’y opéraient. Parmi les victimes de la tyrannie mauresque en particulier, nul ne demandait en vain au saint abbé Dominique
Chapelle de la Cuna.
la liberte perde. De toutes parts on apportait à son autel des chaînes rompues, des entraves brisées: d’où vint le proverbe si populaire en Espagne : « Tu n'auras pas assez des chaînes de saint Dominique.»
Les épouses, sur le pointde devenir mères, s’y rendaient aussi pour demander à ce puissant intercesseur une heureuse délivrance.
Silos n’est qu’à quatre lieues de Calaruéga. Placé au milieu des montagnes, dans un endroit d’un accès difficile, Silos, avec son antique abbaye, flanquée aujourd’hui d’un simple village, était jadis une ville assez importante : ce n’est plus qu’un ensemble de masures avec lesquelies contraste l’imposante masse du monastère.
Le pélerin qui va de Calaruéga à Silos a la consolation de suivre les sentiers parcourus autrefois par la mère de saint Dominique. Si les difficultés du chemin, si la crainte de rouler dans le précipice voisin, au premier pas de sa monture, -lui rendent le trajet un peu pénible, il se rappelle le courage et la piété avec lesquels la Bienheureuse accomplit ce pèlerinage et, arrivé au célèbre sanctuaire, il se sent dédommagé de ses fatigues, en priant à l'endroit même où elle a reçu de si grandes faveurs du ciel. À genoux en effet près du sépulcre du saint abbé, elle mérita par ses ferventes prières de connaitre par révélation le sens de la vision prophétique qu’elle avait eue et les merveilles que Dieu avait dessein d'opérer dans l'enfant qu’elle allait concevoir. C’est également à Silos, dit-on, que, tout jeune encore, Dominique fut salué par un saint prêtre comme le réformateur prédestiné de l'Eglise: « Ecce reparalor « Ecclesiæ ! »
Les siècles ont respecté l’antique abbaye de Silos et les trésors qu'elle renferme. Les précieuses reliques devant lesquelles pria pendant neuf jours la Bienheureuse Jeanne d’Aza sont encore offertes à la vénération des pèlerins. Le calice avec lequel saint Dominique de Silos célébrait les
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saints mystères, son bâton abbatial, la cellule où il passa de ce monde à une vie meilleure, tout cela est religieusement conservé; une belle urne d'argent renferme les ossements sacrés du saint abbé. x
Dans sa Vie de saint Dominique, écrite avec le cœur d’un fils et la piété d’un saint, le Bienheureux François de Possadas ajoute au récit des anciens historiens un trait que nous ne trouvons que dans Castillo : il affirme que le saint abbé de Silos apparut visiblement à Jeanne « comme Samuel à Saül, non pas pour lui annoncer des malheurs, mais les grâces de toutes sortes dont Dieu devait combler gon fils. »
La vertueuse mère ne se montra pas ingrate vis-à-vis du Bienheureux Dominique, et en reconnaissance des lumières, des consolations, des grâces qu'elle avait reçues par son intercession, elle résolut de donner le nom vénéré qu'il portait à l'enfant qui devait lui naître.
Quand sonna l'heure de mettre au monde ce fils qui devait être l'honneur de sa famille et le meilleur des Gusmans, comme porte en titre une vie espagnole du Saint, Jeanne se réjouit dans le Seigneur en voyant et en tenant dans ses bras l’enfant qui lui avait été montré dans une vision prophetique.
« Humble bourgade de Calaruéga, s’écrie le Bienheureux François de Possadas, appliquant à cet obscur village le verset du Prophète relatif à Bethléem, tu tiens vraiment un rang illustre parmi les cités fameuses pour avoir donné le jour à celui qui devait diriger le peuple d'Israël ; car ce n'est pas l'étendue du territoire ni le nombre des habitants qui jettent du lustre sur une cité, mais plutôt la gloire de ses fils. »
Sur le lieu de bénédiction où naquit le saint fondateur, s'élève maintenant l’église du couvent des Dominicaines de Calaruéga.
D’après Rodrigue de Cerrate, c’est le Bienheureux Man-
nès qui aurait, de son vivant, désigné l'endroit précis où était né son frère.
« Ayantapprisl’heureuse issue de son procès de canonisation, il se rendit à Calaruéga et exhorta les fidèles à
Fonts baptismaux de saint Dominique.
construire une église en l'honneur du saint à l'endroit même où il était né, ajoutant que pour le moment on se contentât d’un modeste oratoire, parce que le saint, quand il le voudrait, saurait remplacer ce modeste oratoire par un monument digne de lui. Les pieux habitants de Calaruéga
entrérent aisément dans ces vues. Mais si l’on connaissait la demeure où Dominique avait vu le jour, on ignorait absolument l'endroit précis de sa naissance. Or voici que tout à coup s’ouvrit le toit de la demeure des Gusmans. Le palais fut complètement inondé, sauf l'endroit où était né Dominique. En vain sur ce lieu privilégié on répand de l’eau en abondance, cette eau est rejetée au loin par une force surnaturelle. Dès lors on se rangea à l’avis du Bienheureux Mannès. Un modeste oratoire fut construit, qui plus tard devint une vaste église : et au lieu où le Patriarche avait vu le jour, etqui n’était marqué d’abord que par une simple pierre, s’éleva la chapelle de la Cuna, autrement dite du Berceau, aujourd’hui admirablement décorée et ornée d’une statue du grand fondateur d’un fort beau travail.
Ce fut également le Bienheureux Mannès qui donna l'habit aux premières Dominicaines auxquelles fut confié l'honneur de garder le berceau de leur père. Le couvent qui les abrita fut comblé à l’envi des dons des seigneurs et des rois. Ce ne fut pourtant qu’en 1262 que le roi Alphonse X fit jeter les fondements du magnifique monastère que les Dominicaines habitent encore aujourd’hui.
Nous ne saurions mieux terminer ce qui concerne la naissance de saint Dominique que par celte belle page de Thierry d'Apolda.
« Porté aux fonts baptismaux selon l’usage, l'enfant nouveau-né fut sanctifié par la bénédiction sacerdotale et marqué de l’onction salutaire du chrême. 11 fut baptisé au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit et, par l’inspiration de Celui dont le nom est le Seigneur (Dominus), il fut appelé Dominique (1).
(1) Ces fonts baptismaux, dont la cuve est en marbre blanc, ont été transportés de Calaruéga à Valladolid et de Valladolid à Madrid, où ils ne servent plus que pour le baptéme des princes ou princesses de la famille régnante.
« Une noble dame, sa mère spirituelle, eut aussi une vision, où cet enfant béni, Dominique, lui apparut portant sur le front une étoile radieuse, dont la splendeur illuminait le monde entier de ses rayons (1).
« Considérez maintenant cet enfant glorieux. Il est engendre par Félix, son père ; Jeanne, sa mère, par la grâce de, Dieu, l’enfante, ie nourrit, le soigne. Il renaît par le baptême, et reçoit le nom de Dominique. Il sera l'enfant de la grâce, l’amant passionné de la divinité, l'héritier de l'éternelle félicité. Avant sa naissance, un signe véridique le présage ; à sa seconde naissance, le nom qu’on lui donne révele sa grandeur, et une étoile radieuse fait resplendir son visage. Il répand tant de feux de sa torche enflammée qu’il embrase le monde entier. Son nom glorieux fait trembler ses adversaires. La lumière dont il rayonne illumine les âmes plongées dans les ténèbres du péché, et le fait briller parmi les astres du ciel. Il brüle du feu de la charité ; il jouit d’une autorité incontestée; la lumière de la scicnce l'entoure de son éclat, Même dans sa naissance, cet enfant bienheureux représente, annonce, prophétise l'Ordre illustre dont il sera le père et le chef. La torche enflammée dans la gueule du chien, c’est la prédication embrasant le cœur des pécheurs pour la pénitence. La puissance contenue dans son nom (2), c’est l'autorité surnaturelle qui réconciliera les âmes à la grace. L'étoile radieuse de son front, c’est la clarté de la doctrine qui conduira à la sagesse. Ce serait se tromper étrangement que de croire que tout cela n’ait pas été disposé de toutc éternité pour signifier à l'avance ce que le Ciel se proposait dans le temps,
(1) Le nom de la marraine de saint Dominique est inconnu. Le B. Jourdain attribue cette seconde vision à la mère de notre saint; mais il est probable qu'il a voulu dire sa mère spirituelle, comme l'interprètent les Bollandistes ; ainsi se concilient les deux textes.
(2) Dominus, le Seigneur, — Dominique.
« Cependant la mère du saint nourrit son fils avec soin: elle l'allaite, elle Le sèvre, elle le voit grandir avec joie.
« Lorsqu'il était encore au berceau, un essaim d’abeilles vint un jour voltiger autour de sa bouche, emblème de la divine sagesse qui devait couler plus tard de ses lèvres.
« Une fois sevré et éloigné du sein maternel, il commença à s’abreuver aux mamelles de la grâce. Aussi, dès qu’il le put, avant même d’être sorti de sa première enfance, il apprit, à l'exemple de ses parents, à visiter les églises et à honorer Dieu.
« Encore tout petit enfant, il quittait souvent son lit, et comme sa couche lui semblait trop molle, il étendait sur la terre nue ses membres délicats. Plus tard il conserva assidûment pendant sa vie cette habitude de son enfance.
«Ainsi,comme un vase tout neuf, cette âme d'enfant s’imprégnait dans ces exercices d’une odeur de sainteté qu’elle devait conserver toute sa vie. Déjà la main de l'artiste suprème commençait à s’en faire un vase d’élection, pour y verser les dons de sa bénédiction. »
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GUMIEL ET PALENCIA
Cependant, sous le regard de ses pieux parents, Dominique, comme Jésus enfant, croissait chaque jour en grâce et en sagesse devant Dieu et devant les hommes. Rien de puéril n’apparaissait dans sa conduite et tout faisait présager les heureux fruits de sainteté qu'il devait donner au monde. La vertu qui sembla vouloir, par ses progrès rapides, s'assurer la première place dans cette âme prédestinée, fut cette compassion généreuse qui devint l’un des traits caractéristiques du saint. « La compassion, dit Rodrigue de Cerrate, grandissait à vue d’œil dans ce jeune cœur. On eût cru qu’il en avait puisé le secret dans lesein de sa mère. »
Au spectacle des prévenances de Dieu pour son fils, la B. Jeanne sentait son cœur déborder de reconnaissance. La demeure seigneuriale, dont elle était la vie, tendait de plus en plus, grâce à la foi et à la grandeur d'âme de son époux, à se transformer en monastère. Mère de deux fils déjà promis aux saints autels, elle voyait le troisième fleurir comme le lis, comme le palmier dans la maison du Seigneur, grandir à ses côtés comme l’arbre vigoureux planté au bord des eaux dans un terrain fertile.
Cependant l'heure approchait où il lui faudrait se sépa-
rer de ce fils. Dans la première éducation de l'enfant, il arrive fatalement un âge où les douces leçons de la mère, où sa tendresse et ses soins ne suffisent plus, où elle doit confier son fils à un maître plus éclairé et naturellement plus apte à communiquer, avec la science, cette fermeté de caractère, trait distinctif de l'homme façonné et achevé par une éducation virile, Et quand une mère, inspirée par sa foi, préfère à tout autre maître un de ces hommes que la grâce du sacerdoce a revêtus de force et remplis d’une paternelle bonté, on peut alors tout espérer de l’enfant ainsi préparé aux épreuves de la vie par ce qu'ily a de plus tendre et de plus fort : le cœur d’une mère et l’âme d’un prêtre.
Telle fut l'inspiration de Don Félix et de Jeanne, dès que leur fils eut atteint sa septième année. Le ciel avait merveilleusement servi leur pieux désir, en plaçant tout près d'eux, et au sein même de leur famille, l’homme le mieux fait pour continuer cette œuvre si délicate de la formation de l’âme d’un saint.
A peu de distance de Calaruéga, dans une bourgade nommée Gumiel d’Izan, était le lieu de sépulture des Gusmans.
Or, en ce temps-là, l’archiprêtre de l’église de Gumiel se trouvait être le propre frère de Jeanne d’Aza : ce fut naturellement à ce frère que les parents de Dominique résolurent de confier l'éducation de leur fils. « C'était, dit « un historien, un pasteur selon le cœur de Dieu, homme « vénérable chez qui l'éclat du sang était rehaussé par une « tendre piété, la droiture d'âme et une inépuisable géné- « rosité. Rempli de l'esprit et de la grâce du sacerdoce, il « en connaissait la dignité et en remplissait tous les « devoirs avec un zèle que la prudence et la douceur ren- « daient toujours utile à ceux qui étaient confiés à ses « soins. Digne par toutes ces qualités, plus encore que par « sa paronté avec le jeune Dominique, de veiller à l'édu-
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« cation de son neveu, il s’appliqua avec d'autant plus d’ardeur et de dévoûment à sa noble tâche, que la nature « et la grâce semblaient travailler ensemble pour faire de son élève un grand saint. »
L'histoire ne nous a rien conservé sur ces premières années que Dominique passa près du tombeau de ses aïeux, sous la double autorité du sang et du sacerdoce. Pendant ce temps, la grâce faisait en lui son œuvre et déposait abondamment dans son âme la riche semence qui devait donner une si belle moisson de fleurs et de fruits.
« Avant que le souffle du monde, dit Constantin d'Orviete,n’eût passé sur cet enfant de bénédiction, il fut confié, comme Samuel, aux leçons de l'Église, afin qu’une discipline salutaire prit possession de son cœur encore tendre ; et il arriva, en effet, que, posé sur ce fondement solide, il s'élevait chaque jour, par un progrès heureux, à une plus haute sainteté. »
Le bourg de Gumiel d'Izan, qui abrita de si précoces et de si éclatantes vertus, a gardé le souvenir du jeune seigneur qui fut pendant plusieurs années son hôte, et est resté fidèle à sa mémoire.
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On y montre avec fierté la maison que le jeune saint habita en compagnie de son oncle. Elle est à deux pas de l'église qui fut si souvent témoin des pieux colloques de l'enfant avec Dieu, Cette église, par son portail monumental, son maitre-autel, vrai chef-d'œuvre de sculpture, frappe l’attention du voyageur. Et si ce voyageur est un pieux pèlerin qui cherche à travers les siècles le souvenir du grand homme dont il est fier d’être le fils, son cœur est doucement ému en constatant que, dans ces lieux sanctifiés par sa présence, Dominique n’est point traité en étranger. Dans cette église, il a ses tableaux, ses statues, son autel; il est le patron d’une confrérie florissante qui n’admet dans ses rangs que l'élite des habitants de Gumiel d'Izan.
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Cependant Dominique était arrivé à l'adolescence; il lui fallait, pour se perfectionner dans les lettres humaines et les sciences divines, de nouvelles écoles et de nouveaux docteurs. k
Deux maisons, avant l’Université de Palencia, se disputent l’honneur d’avoir continué l’œuvre du vénérable archiprêtre de Gumiel d’Izan : le monastère de la Vigne de l'Ordre de Prémontré et le couvent de Saint-Jacques de l'Épée, à Uclès.
Le couvent de la Vigne, très voisin de Gumiel, semble avoir eu, en ce temps-là, comme abbé, un autre oncle maternel de saint Dominique, Dom Dominique Garcia d’Aza.
« Or, l’archiprêtre de Gumiel, dit le P. Gilles de Godoy, Dominicain espagnol, emmenait fréquemment son neveu au monastère de la Vigne ; c'était pour lui une occasion de voir son frère, abbé de ce couvent. Le saint enfant avait, du reste, en singulière affection l'église abbatiale de la Vigne, dédiée à la Reine des cieux : toutes les fois qu’ilne se trouvait pas chez son oncle l’archiprêtre, on était sûr de le rencontrer là. »
Ce monastère de la Vigne avait une école, comme la plupart des couvents de cette époque. Dominique y fut-il envoyé? Aucun des anciens historiens qui ont écrit sa vie n’a mentionné ce fait, regardé comme indiscutable par le P. Gilles de Godoy, Diego de Colmanares, Gonzalve d’Avila et quelques écrivains plus récents. « Cette religieuse pépinière de la Vigne, dit le P. Godoy, cette corbeille de plantes surnaturelles dont les vertus exhalaient le plus doux parfum, méritait de recueillir celte nouvelle fleur. » D'ailleurs, sur la tombe du vénérable abbé, frère de Jeanne d’Aza, qui s'était réservé les soins intellectuels et spirituels à donner à son neveu, nous trouvons cette inscription qui mérite d’être relevée : « Ci-git Dominique, fondateur de ce monastère, illustre