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par sa naissance, ses vertus, sa religion, sa sainteté; il mérita la gloire incomparable de devenir le précepteur de saint Dominique, patriarche des Frères-Prêcheurs. »
Il parait que la vertu du Très-Haut se reposait sur l’angélique Dominique, dès son séjour au monastère de la Vigne, et que les prodiges se multipliaient sous ses pas, « Il n’était question, dit le bénédictin Dom Gonzalve d’Arredondo, dans les alentours de la Vigne, que des miracles opérés par le futur fondateur de l'Ordre des Prêcheurs. » Un seul fait de ce genre nous est connu. En imposant les mains à un aveugle, le saint jeune homme lui aurait rendu la vue, On raconte encore que, lui-même étant gravement malade, saint Norbert lui aurait apparu et l'aurait guéri en lui touchant le front (1).
Pour nous en tenir à ce qui est certain dans la vie de
(1) Duséjour probable de saint Dominique au couvent des Prémontrés de la Vigne, le Père Etienne de Noriega, Définiteur de l'Ordre de Prémontré et abbé du collège de Salamanque, dans une dissertation publiée en 1724 et dont nous avons déjà parlé, avait conclu que, dès son jeuneâge, saint Dominique était entré dans l’Ordre de Saint-Norbert et avait été chanoine régulier au couvent de la Vigne, où il aurait rempli les fonctions de “Sous- Prieur et de Prieur, avant de faire partie du chapitre réformé d'Osma. Ces assertions ont été savamment réfutées, dès leur apparition, parles historiens de notre Ordre. Presqu’en même temps l'Ordre de Saint-Jacques de l'Épée émettuit les mêmes prétentions, et le D° Agurleta, archiviste de son Ordre et professeur de théologie au royal monastère d’Uclès, cherchait à établir, dans deux volumes parus à Madrid, le premier en 1725, le second en 1731, que saint Dominique avait été réellement chanoine de Saint-Jacques, à Uclès, avant d'être chanoine à Osma. A l'aide de traditions locales et de nombreux documents empruntés aux archives de son Ordre et de son monastère, il s’efforçait de prouver que son couvent avait de nombreuses possessions à Calaruéga; que la famille de saint Dominique avait de son côté des propriétés à Uclès; que saint Dominique élait le petit-neveu du vénérable Pierre, fondateur de l'Ordre de Saint-Jacques ; qu’une cinquantaine de chanoines ou de chevaliers d'Uclès appartinrent aux familles de Gusman et d'Aza; que les parents de saint Dominique eux-mêmes faisaient, partie d’une sorte de Tiers-Ordre propre à Uclès; que saint Dominique vint poursuivre ses études à Uclès, où l'on conserva longtemps, comme une précieuse relique, ses deux livres préférés : les Vies des
notre Bienheureux Père, voici ce que, presque dans les mêmes termes, racontent ses premiers historiens.
Les parents de Dominique, voyant les progrès que leur fils avait faits, l'envoyèrent étudier à Palencia, ville épiscopale du royaume de Léon. Il y avait alors dans’eette ville une Université aussi remarquable par le grand nombre de ses écoliers que par l’habileté de ses maitres.
Dominique avait alors quinze ans. En disant adieu à sa mère, peut-être eut-il le secret pressentiment qu'il ne la reverrait plus. De fait, pendant qu’il étudiait à Palencia, « sa pieuse mère, dit le P. Touron, moins chargée d’années que de mérites, finit son exil sur la terre par une mort précieuse aux yeux de Dieu. »
« Arrivé dans la ville universitaire, le sage jeune homme se mit au travail avec ardeur. Comme il avait été envoyé là pour apprendre, il s’appliqua tellement à l'étude, qu'avec l’aide de la grâce il eut bientôt surpassé beaucoup de ses compagnons d'âge. Laissant de côté les choses frivoles auxquelles la jeunesse perd son temps, il s’attacha
Péres du désert et les Conférences de Cassien; qu’il fit profession comme chanoine de Saint-Jacques dans ce même monastère d’Uclès, qui, avant de le prêter à l’évêque d’Osma pour travailler à la réforme de son chapitre, l'envoya achever ses études à l’Université de Palencia, fondée sur la demande du roi Alphonse, en 1185, par le Grand- Maitre de Saint-Jacques, Ferdinand Diaz, premier successeur du fondateur de l'Ordre; que plus tard, saint Dominique emprunta à Uclès l'idée de sa Milice du Christ, beaucoup de points de sa règle et quelques-uns de ses premiers compagnons, entre autres Michel de Fabra et Dominique de Ségovie ; qu’à sa mort enfin, le saint fondateur fut inscrit au ménologe d’Uclès.\ Deux Dominicains, les Pères Levanto et Medrano, ont réfuté le long travail de l’archiviste d'Uclès et mis à néant bon nombre de ses assertions. Il est cependant possible que, sur le fait d’un séjour plus ou moins prolongé de saint Dominique à Uclès, séjour confirmé par une tradition de plusieurs siêcles et peut-être aussisur ce qui concerne la part prise par les chanoines d'Uclès à la réforme du chapitre d'Osma, le D' Agurleta n’ait pas tout à fait tort. Pour son malheur, il a contre lui le silence unanime de tous les anciens historiens de saint Dominique ; les Bollandistes le citent sans le discuter, et Mamachi, dans ses Annales, le prend de haut avec ce qu'il appelle plus que dédaigneusement, 'somnia atque ineptias Agurlelæ.
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uniquement aux choses nécessaires. Il fuyait les compagnies dangereuses; il ne se mêlait pas aux jeux, et ne voulait rien avoir de commun avec ceux qui, suivant la légèreté de leur cœur et les concupiscences de la chair, s’adonnent aux curiosités superflues, aux folies mensongères et aux vains spectacles. Il rejetait les juies que lui offrait le monde flatteur, consacrant au Seigneur l’honneur de sa virginité. Aussi son esprit exempt de souillures recevait abondamment l’effusion des sciences libérales, qui se communiquent aux seules intelligences qu'aucun souffle impur n'a ternies {1). » |
C’est presque dans les mêmes termes que le B. Humbert de Romans, Bernard Gui et les autres historiens du saint nous résument les premières années qu’il passa à Palencia. « En lui, dit le B. Jourdain, la beauté de la jeunesse se trouvait relevée par la gravité et la maturité du vieillard. Pour mieux assurer l'empire de son âme sur ses sens, pendant dix ans il se priva de vin et il fallut plus tard, à la suite des incommodités qu'il éprouva, un ordre de son évêque pour qu'il cessât cette mortification devenue dangereuse pour sa santé. »
Dominique était alors en pleine adolescence (1190); il venait d'atteindre sa vingtième annéeet avaitconsacré cinq ans à l'étude des sciences humaines et de la philosophie, quand il résolut de s'appliquer à l’étude de la science sacrée.
« À peine l’eut-il connue, qu’il s’éprit d'un vif amour pour la divine parole, plus douce à ses lèvres que le miel le plus exquis. Pendant quatre ans il la médita, l’approfondit, s’attachant chaque jour à elle avec une avidité plus grande. Il mettait tant d’ardeur à abreuver son intelligence aux sources vives des saintes écritures, qu’il y consacrait ses nuits. Les connaissances qu'il acquérait
(1) Thierry d'Apolda.
loire
ainsi, il les déposait dans les profondeurs de son esprit et ne les laissait jamais s'échapper de sa mémoire.
« Les vérités que sa belle intelligence comprenait si aisément, Dominique les arrosait des eaux de sa charité et en tirait des œuvres de vie. Il était de ces bienheureux dont parle l'Evangile, qui entendent la parole de Dieu et la gardent dans leur cœur. Et comme il y a deux manières de garder la parole de Dieu, qu’il y a en nous un double sanctuaire où elle trouve asile, le premier qui est la mémoire, le second qui est le cœur d'où procèdent les bonnes œuvres, saint Dominique ne se contentait pas d'entendre et de retenir la divine parole, il en faisait encore pénétrer profondément dans son âme les enseignements ; et ces enseignements reluisaient dans ses mœurset se traduisaient en œuvres de salut. Témoin de la bonne volonté et de la joyeuse ferveur avec laquelle son jeune serviteur écoutait sa voix et faisait honneur à sa doctrine, le Dieu des sciences le récompensa en lui accordant une grâce nouvelle, celle de comprendre les questions les plus difficiles et d'en pénétrer les secrets (1). »
Nous laissons encore la parole à Thierry d'Apolda, qui semble avoir reçu du ciel un don spécial pour parler avec onction de notre Bienheureux Père.
« Cependant l'angélique jeune homme, Dominique, bien qu’il pénétrât facilement dans les choses humaines, n’en était pas ravi, parce qu’il y cherchait vainement la sagesse de Dieu, qui est le Christ. Nul des philosophes, en effet, ne l’a communiquée aux hommes; nul des princes ne l’a connue. C’est pourquoi, de peur de consumer en d’inutiles travaux la fleur et la force de sa jeunesse, et pour éteindre la soif qui le dévorait, il alla puiser aux sources profondes de la théologie. Invoquant et priant le Christ, qui est la Sagesse du Père, il ouvrit son cœur à la vraie science, ses
(1) B. Jourdain.
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oreilles aux docteurs des saintes écritures ; et cette parole divine lui parut si douce, il la reçut avec tant d’avidité et de si ardents désirs que, pendant quatre années qu’il l’étudia, il passait ses nuits presque sans sommeil, donnant au travail le temps du repos.
« 11 écoutait la vérité humblement, il l'embrassait doucement d’une affection pieuse, il la retenait fidèlement dans sa mémoire, et il la mettait efficacement en pratique.
« C'était une chose merveilleuse et aimable à voir que cethomme en qui le petit nombre de ses jours accusait la jeunesse, mais qui, par la maturité de sa conversation et la force de ses mœurs, révélait le vieillard ; supérieur aux plaisirs de son âge, il ne recherchait que la justice ; attentif à ne rien perdre du temps, il préférait aux courses sans but le sein de l'Église sa mère, le repos sacré de ses tabernacles, et toute sa vie s’écoulait entre une prière et un travail également assidus. Dieu le récompensa de ce fervent amour avec lequel il gardait ses commandements, en lui inspirant un esprit de sagesse et d'intelligence qui lui faisait résoudre sans peine les plus difficiles questions.
« Et comme il aimait de tout son cœur le Seigneur qui l'avait créé, il ne négligea pas non plus le prochain, en qui Dieu veut que nous l’aimions. On vit donc briller dans le serviteur de Dieu, Dominique, une tendre et affectueuse compassion à l'égard des calamités et des misères du prochain; et ce sentiment de commisération était suivi d'effets réels et manifestes.
« Etant encore à Palencia pendant le cours de ses études, l'Espagne presque tout entière fut désolée par la famine. Les pauvres tombaient d’inanition dans les rues. Les indigents, les malheureux mouraient, et personne ne s’en inquiétait. Les orphelins, les veuves, les enfants, les faibles poussaient des cris, mais personne ne les entendait. Pendant ce temps le cœur du jeune Dominique était oppressé et son âme était émue de pitié sur cette multitude
ire de pauvres. Déjà habitué à entendre les conseils évangélijues et à suivre la perfection, il vendit ses livres (1) et tout ce qu’il avait pour en distribuer le prix aux pauvres.
« C’est ainsi que ce doux jeune homme, obéissant à la parole de Jésus-Christ, porta secours à la détressé de son prochain et que son saint exemple provoqua les autres à limiter. »
Les historiens du saint nous racontent un autretrait qui nous fait peut-être encore mieux comprendre les trésors de compassion et de charité chrétienne dont son âme était remplie.
Un jour, voyant une femme, dont le frère était captif chez les Maures, pleurer amèrement de ne pouvoir payer sa rançon, il lui offrit de se vendre pour racheter le prisonnier; mais Dieu, qui réservait son serviteur pour la rédemption spirituelle d’un grand nombre d'hommes, ne lui permit pas d'accomplir son généreux dessein.
L'histoire ne nous a conservé que ces deux traits de la jeunesse de Dominique; mais à eux seuls ils disent très haut jusqu’où allait en lui la charité pour le prochain, fruit naturel de la charité que nous avons pour Dieu.
« Quand le voyageur passe, à la fin de l’automne, dans un pays dépouillé de toutes ses moissons, il rencontre quelquefois, pendant aux arbres, un fruit échappé à la main du laboureur, et ce reste d'une fertilité disparue lui suflit pour juger les champs inconnus qu'il traverse. Ainsi la Providence, en laissant dans l'ombre du passé la jeunesse de son serviteur Dominique, a voulu cependant que l’histoire en sauvât quelques traits, révélations incomplètes, mais touchantes, d’une âme où la pureté, la grâce, l’intelligence, la vérité et toutes les vertus étaient l'effet d’un amour de Dieu et des hommes mür avant le temps (2). »
(1) Etienne de Metz a fait la remarque que les livres vendus par le saint, à Palencia, avaient été annotés de sa main (glossatos),. (2) Lacordaire, Vie de saint Dominique.
OSMA — VIE CANONIALE
Dieu nous a faits de rien. Il est le maitre de notre vie. Aussi de toute éternité nous a-t-il marqué la place que nous devons occuper ici-bas, pendant le temps que durera notre épreuve, sous peine d’être abandonnés à notre direction propre et à tous les périls d’une vie d'aventure. « Je sais, Seigneur, dit Jérémie, que ce n’est point à l'homme de choisir sa voie, de se tracer le chemin qu'il doit suivre. »
Or, si cette vérité élémentaire est tristement méconnue par celui qui vit en dehors des enseignements de la foi et des salutaires influences de la grâce, il n’en va pas de même pour le chrétien. Sachant que tout homme a une mission déterminée à remplir, il se tient prêt, dès son bas âge, pour ce que Dieu voudra de lui.
Ainsi en était-il de Dominique : dès ses plus jeunes années, il se disposait à entendre, quand l'heure en serait venue, les ordres de Dieu et à les exécuter. Il avait terminé l'étude de la théologie et attendait un signe qui lui révélât la place que lui avait prédestinée la Providence.
Ce signe, qui le lui donna? Comment se fit l’appel de Dieu ? Nous l’ignorons ; cependant il est probable que le
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saint jeune homme n’hésita pas longtemps dans le choix de sa vocation.
« À vingt-cinq ans, dit Lacordaire, une âme généreuse ne cherche qu’à donner sa vie. Elle ne demande au ciel et à la terre qu'une grande cause à servir par un grand dévouement; l'amour y surabonde avec la force. Et si cela est vrai d’une âme qui n’a reçu sa trempe que d’une nature heureuse, combien plus celle où le christianisme et la nature coulent ensemble comme deux fleuves vierges dont pas une goutte ne s’est épanchée en de vaines passions ? Comme spontanément et d’un trait, Dominique vit sa place et son devoir : il les vit dans le sacerdoce, selon l’ordre de Melchisédec, à la suite de Jésus-Christ, seul Sauveur du monde, source unique de toute vérité, de tout bien, de toute grâce, de toute paix, de tout dévouement. »
Du reste, toutes les circonstances de sa vie n’avaientelles pas indiqué clairement sa voie au serviteur de Dieu ? Alors qu'elle le portait dans son sein, sa pieuse mère l’avait déjà consacré au Seigneur. Rodrigue de Cerrate nous raconte à ce sujet un trait charmant. Il nous montre la Bienheureuse, le jour où, ayant achevé de distribuer aux indigents un tonneau d’excellent vin, elle fut saisie de frayeur à la pensée d’avoir commis un acte de nature à contrister son époux, à genoux dans le cellier même, témoin de ses imprudentes prodigalités, et faisant à Dieu cette naïve prière : « Seigneur Jésus, encore que je ne mérite pas d’être exaucée par vous, cependant je vous conjure d’avoir pitié de moi, au nom de votre serviteur, le cher petit enfant que je porte en mon sein et que j'ai consacré à votre service. » Et, ajoute l'historien, la prière n’était pas finie que le tonneau vide se trouva miraculeusement rempli.
Ce fut d’ailleurs à l'ombre des saints autels que s’écoula le premier âge et la jeunesse de Dominique. « Dès son enfance, dit Thierry d’Apolda, il faisait sa demeure dans les
tt églises ; il récitait les psaumes avec les clercs ; il chantait les hymnes, entourait les autels, assistait dévotement aux saints mystères et servait les prêtres et les ministres de Jésus-Christ, »
De si beaux commencements ne pouvaient se démentir, et ses études terminées, Dominique prenait rang parmi ces prêtres que, dès son plus bas âge, il s'était accoutumé à entourer de respect et de vénération.
On était alors en 1195. Dominique semble, après son sacerdoce, être resté quelques années encore à Palencia. Quelques-uns de ses historiens croient même qu’il occupa une chaire dans l’Université dont il avait été l'honneur.
« À peine notre saint, dit le P. Touron, eut-il fini ses études et pris ses degrés dans l’Université de Palencia, qu'on l’obligea, selon l’usage de ce temps-là, à répandre dans les mêmes écoles les lumières qu’il y avait puisées. Il expliqua les Saintes Écritures, dont il faisait depuis longtemps l’objet de ses méditations. Et ses leçons furent moins destinées à satisfaire la curiosité de ses auditeurs qu’à toucher leur cœur et à nourrir la piété. Peu content de travailler au salut du prochain par ses exemples, ses prières et ses mortifications comme il l'avait fait jusqu'alors, il crut devoir ajouter à tout cela les autres moyens quiétaient à sa disposition, je veux dire les talents de la prédication et de la persuasion qu'il avaitreçus de Dieu à un degré éminent. »
A ce moment un vent de réforme passait sur la sainte Église. Excités par les grands exemples de vertu que donnaient aux peuples les nouveaux Ordres militaires et religieux (1), et aussi par les attaques auxquelles ils voyaient leurs Eglises en butte de la part des hérétiques, les évêques se réveillaient de leur torpeur et communiquaient peu à peu à leurs prêtres, à ceux-là surtout qui les touchaient de plus
(1) L'Ordre de Prémontré fut celui qui exerça à ce point de vuc la plus salutaire influence;
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près, le feu sacré. Du Nord et des bords du Rhin, où semble avoir commencé ce. mouvement réformateur, jusqu’à ces avant-postes de la chrétienté où les fidèles du Christ ct les sectateurs de Mahomet se mesuraient presque chaque jour en champ clos, à l'exception toutefois du midi de la France que dévastait l’hérésie, on voyait les chapitres séculiers qui desservaient les cathédrales se transformer en chapitres réguliers. Des prêtres vénérables par leur age et les services rendus se pliaient aux exigences d’un régime austère et acceptaient joyeusement les charges d'une vie dont la rigueur eût, dans d’autres temps, effrayé leur faiblesse.
Or, il y avait en ce temps-là sur le siège d'Osma un homme d'énergie et de foi profonde, un pontife selon le cœur de Dieu. Les années n'avaient point entamé cette âme robuste, et, à la vue de ce mouvement généreux, le saint évêque avait senti se renouveler sa jeunesse comme celle de l'aigle.
Il s'appelait Martin de Bazan. Aidé par un prêtre capable de le comprendre, digne de le seconder, et qui devait être son successeur dans le gouvernement de son Église, en même temps que l'héritier de ses vertus, Martin de Bazan parvint à persuader à ses chanoines d’accepter désormais la règle de saint Augustin et de faire profession de vie religieuse. Cette réforme ne se fit-pas sans rencontrer des difficultés. Mais, enfin, l’évêque et son ami, Don Diégo de Azévédo, vinrent à bout des oppositions, et bientôt la vie régulière brilla de tout son éclat dans le chapitre réformé d'Osma.
Martin de Bazan put jouir pendant quelques années encore de l’heureux succès de son entreprise. Dès 1198, son œuvre terminée, il avait écrit au Souverain Pontife Innocent III pour l’avertir de ce qu’il avait fait et le prier de confirmer les statuts qu’il venait de donner aux chanoines de sa cathédrale. Le Souverain Pontife lui répondit par