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une bulle que nous avons encore, datée du 11 mai 1199, et dans laquelle il le loue d’avoir, avec l'agrément de ses chanoines et le consentement du roi de Castille, établi ou plutôt rétabli la vie régulière dans son chapitre et confirme de son autorité apostolique les règlements qu'il a portés.

Cependant fonder, créer une œuvre, surtout une œuvre difficile comme celle qu'avait entreprise l’évêque d'Osma, c'était bien, mais il fallait en assurer la durée. Dans un moment de ferveur, sous l'influence d’une volonté supérieure qui les excite et les domine, des hommes peuvent accepter des sacrifices, se résigner à des renoncements dont la durée seule leur révélera toute l'étendue, au risque de les amener, par une faiblesse trop naturelle au cœur humain, à se repentir et à se reprendre. Aussi quand un homme a, par son énergie et aidé de la grâce de Dieu, élevé les âmes à de telles hauteurs et les a amenées à de pareilles résolutions, il doit se persuader que sa tâche n’est qu’à moitié remplie et qu'il lui faut assurer, par de sages mesures et des choix heureux, l’entreprise dont il a jeté les premiers fondements.

Convaincu de cette vérité, Martin de Bazan cherchait des hemmes qui pussent, par leurs qualités et leurs vertus, maintenir la réforme qu’il venait d'établir. Apprenant, probablement par Don Diégo de Azévédo qu'il avait institué prieur du nouveau chapitre, la grande réputation de science et de sainteté que son jeune diocésain, Dominique de Gusman, s'était attirée à Palencia, l'évêque d'Osma travailla à attacher à sa personne et à son œuvre un prêtre aussi distingué par sa naissance, sa doctrine, ses vertus, et surtout par son zèle pour ce qui concernait la gloire de Dieu, l'honneur de son culte et le salut des âmes. Il l’invita donc à venir à Osma et à prendre place parmi les chanoines de son église. Dominique, reconnaissant dans cet appel de son évêque la voix de Dieu, quitta Palencia et

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reçut des mains du prélat l’habit de chanoine régulier avec une joie et une ferveur admirables.

Dès lors, avec Azévédo et Dominique, l’œuvre de Martin de Bazan était définitivement fondée. Deux ans après, le saint vieillard s'endormit en paix du sommeil des justes. Son ami Diégo recueillit son héritage, laissant à Dominique la direction du chapitre d'Osma.

« Alors, dit le Bienheureux Jourdain de Saxe, il commença de paraitre entre les chanoines, ses frères, comme un flambeau qui brüle, le premier par la sainteté, le dernier de tous par l'humilité de son cœur, répandant autour de lui une odeur qui donnait la vie, et un parfum semblable à l’encens dans les jours d'été. Ses frères admirent une si sublime religion; ils l’établissent leur sous-prieur, afin que, placé plus haut, ses exemples soient plus visibles et plus puissants. Pour lui, comme un olivier qui pousse des rejetons, comme un cyprès qui grandit, il demeurait jour et nuit dans l’église, vaquant sans relâche à la prière, et se montrant à peine hors du cloître, de peur d’ôter du loisir à sa contemplation. Il cherchaitettrouvaitlumièreetvie dans la lecture d’unlivre qui a pour titre : Conférences des Pères, lequel traite à la fois des vices et de la perfection spirituelle, et il s’efforçait, en le lisant, de connaîtreet de suivre tous les sentiers du bien. Ce livre, avec le secours de la grâce, l’éleva à une difficile pureté de conscience, à une abondante lumière dans la contemplation, et à un degré de perfection fort grand. »

Thierry d'Apolda joint à ce portrait ravissant quelques traits qui ajoutent encore au charme de cette suave physionomie.

« Se renonçant, dit-il, et se méprisant lui-même, Dominique se mettait, dans l'humilité de son cœur, au dernier rung de tous ; il comblait les chanoines, ses collègues, de témoignages de respect et d'honneur. Il était, en effet, invité aux noces de l'éternel Agneau, et, pour cela, il se

mettait à la dernière place, se regardant comme inférieur et estimant les autres plus saints que lui. Il fatiguait son corps par des jeünes et des abstinences prolongés, et, sain. tement avare de son temps, il ne se montrait presque jamais hors de l’enceinte du monastère. C’est ainsi que ce serviteur de Dieu parut comme un astre lumineux au milieu des chanoines, et, s’avançant avec une rapidité merveilleuse de vertus en vertus, il attira sur lui l'affection de tous.

« Alors, semblable à la lampe qui brille sur le chandelier, ou à la cité qui est située sur une montagne, il devint pour chacun de ses frères un miroir de vie et un parfait modèle de sainteté. »

« Désormais, dit de son côté Constantin d’Orviete, Dominique, concentrant toutes ses forces vers un but unique, la perfection dont il s'était épris, faisait jour et nuit de l'église sa demeure, vaquait sans relâche à la lecture et à l’oraison. Comme Jacob, il restait sous la tente, évitant les courses folles d’Ésaü. Dieu lui avait donné à un haut degré le don des larmes. »

Le souvenir d’une telle vie ne pouvait s’effacer dans l'heureuse cité qui en reçut l'édification. Osma a conservé la mémoire du saint prêtre qui, pendant près de dix ans, vécut à l'ombre de son antique cathédrale. Le pieux chanoine est devenu le patron secondaire du diocèse dont il fut la gloire, et le patron principal du séminaire d'Osma. C'est en méditant les pieux exemples qu'il a laissés que les jeunes clercs se préparent à devenir de vrais prêtres et de courageux défenseurs de la foi. La stalle dans laquelle le bienheureux s’assit et pria, il y a bientôt sept cents ans, a revêtu pour les chanoines un caractère sacré. Aucun d'eux n'aurait la téméraire pensée de l’occuper, ne füt-ce qu’un instant. Enrichie de dorures et surmontée d’une statue du saint, elle se transformait, jusqu'à ces derniers temps, le 4 août, en un autel sur lequel on célébrait la

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