TRANSMISSION HÉRÉDITAIRE DE LA PIROPLASMOSE CANINE
Les 2 cas présentés dans l'obs. VIII concernant des jeunes chiens morts de jaunisse, peu de temps après leur naissance et chez lesquels l'examen du sang montra qu'il
s'agissait de Piroplasmose.
L'absence de tout commémoratif pour expliquer cette infection nous incita à pratiquer la même recherche dans le sang maternel. Bien que nul symptôme ne permit d'en faire cliniquement le diagnostic on constata encore l'existence de la même affection chez la mère,
I nous paraît légitime de penser que dans ces deux circonstances, le parasite endoglobulaire a été transmis par la voie placentaire.
Cela nous paraît d'autant plus probable que nous savons qu'un tel mode de contagion existe dans la Nuttalliose (CARPINO 1922) et SERGENT, LESTOQUARD et SOUSSEAU ont montré de facon indiscutable que la jaunisse des muletons du Poitou si redoutée des éleveurs de cette région
et d'ailleurs bien connue depuis longtemps, n'était autre
chose qu'une Piroplasmose transmise 2u jeune mulet par
le sang maternel a travers le placenta.
A la même époque SERGENT, DONATIEN etc...inoculent
à une vache, au cours de sa gestation, une Theileriose à
T. dispar. ; animal met bas prématurément au cours de
son accès de Theileriose une génisse chétive qui dès sa
maissance présente des formes intraglobulaires.A l’âge de1
jour, cette génisse est sacrifiée. Elle montre dans som sang 12 formes intraglobulaires pour 100 globules rouges.
La transfusion héréditaire de la Piroplasmose canine peut donc exister : sans doute on peut nous objecter que l'examen microscopique dans ie 1‘ cas fut tardif et que la contamination par unetique a pu se faire pendant les 10 jours écoulés depuis la naissance jusqu'à la mort.
D'autre part,on peut encore remarquer que 4 des chiots sur 6 sont restés indemnes ce qui est étonnant dans lhypothèse de contagion par voie placentaire.
Ce sont là, les objections sérieuses dont nous ne méconnaissons pas la valeur, mais qui ne sont pas de nature: à rendre notre hypothèse inacceptable.
Inversement, KLEIN a observé qu'une chienne guérie peut communiquer une immunité partielle à ses petits. Cette immunité d'ailleurs pourrait être renforcée par l'allaitement et transformée en immunité durable en faisant piquer les chiennes par de jeunes tiques.
Narran-LarrieRet LavERAN ont observé le cas d’une chienne guérie de denx maladies (P. africaine et P. européenne) et ayant mis bas.
L'un des chiots, inoculé aussitôt après la naissance, avec le virus français ne s’infecta pas tandis qu'un autre. inoculé 13 jours après avec le virus africain contracta l'affection.
L'immunité de la naisssance disparaissant vite.
Ces faits sont intéressants mais il est regrettable queles auteurs n'aient pas procédé à l’inoculation de chiens neufs au moyen de sang prélevé sur les jeunes chiens
immunisés.
Les chiens guéris sont réfractaires mais ils conser--
ES Ve
vent longtemps dans leur sang une Piroplasmose latente.
L'immunité transmise aux jeunes chiens par la mère pouvait être accompagnée de ce piroplasme momentanément silencieux, ultérieurement, sous des influences. diverses mettant l'organisme en état d'infériorité ce microbisme latent peut reprendre toute sa virulence et reconstituer la maladie.
De ces faits nous pouvons encore tirer cette déduction que vraisemblablement ils sont très fréquents. Une recherche systématique, dans le sang piroplasmé du chien dans tous les cas de maladie avec ou sans ictère chez les jeunes. chiens dans les jours qui suivent la naissance nous semble désormais nécessaire ; elle seule pourra d’ailleurs apporter Ja solution du problème que nous posons au-
jourd'hui.
Observation I
Chienne cocker 2 ans... Après une journée de chasse dans la région de Rambouillet son propriétaire pharmacien Ja trouve le lendemain abattue, fébrile 40°, respirant mal. Croyant à une pneumonie il place les sinapismes ; un mieux parait se produire, puis la chienne retombe : la température descendue à 39°5 remonte à 40°. II me fait appeler. À l'auscullation, on observe des deux côtés une très légère submatité, la respiration est courte-rapide, on entend nettement de petits râles crépitants comme dans l’enphysème, pas de toux, le pouls est dur, on remarque de la tachycardie, les urines sont rares, un peu jaunes comme dans la fièvre mais ni roses, ni couleur thé ou café, légère parésie du train postérieur. L'examen du sang
révèle la présence du Piroplasme.
Traitement : injections quotidiennes de 60cc de sérum
Hayem additionné d'argent colloïdal, pendant 5 jours.
Une seule injection intraveineuse dans la saphène de 0 gr. 20 de trypan bleu. Disparition des parasites et guérison.
Observation Il
Setter 3 ans... vit dansl’appartement, n’a pas été à la campagne près de Méru depuis un mois. On lui a bien retiré quelques tiques à cette époque, mais très observé par sa maîtresse qui le sort tous les jours, n'a jamais eu d’hémoglobinurie. Température 40v. Symptômes exclusivement pulmonaires, très peu de submatité, petite toux à la percussion des bases respiration courte, anhelante, on perçoit des râles crépitants
des 2 côtés ; l'animal estconstipé, les matières sont jaunes safran ; la muqueuse est normale, un seul vomissement
bilieux à noter au début de l'affection ce qui est presque la règle dans la pneumonie du chien ; les urines sont un peu jaunes ; l'abattement complet, la démarche titubante. Tachycardie. Présence du Piroplasme dans le sang. | Injections quotidiennes de 150cc de sérum Hayem avec 5cc d’électroyol ; pendant 6 jours la température reste à 39°5- 39° 39°4-39°5-39v,39°8. Moins d’abattement, le lait coupé d’infusion de stigmates de maïs et donné chaque jour à la dose de 1 litre. Les symptômes pulmonaires ne s'atténuent pas. Je fais 30 pointes de feu de chaque côté de la poitrine et une injection intraveineuse de 0 gr.10 de trypanbleu. Au bout de 3 jours la témpérature tombe à 38°8. Reprise des injections
de sérum Haye, guérison complète.
Observation lil
Chien Pekinois 4 ans appartenant à Madame Z. à Neuilly a fait des promenades'dans la Forêt d'Ermenonville à l'Est de la Forêt de Chantilly.
Cat à Ve
Ce chien a été traité pour bronchite capillaire et pneumonie successivement par deux confrères, sans succès. La température est à 39°4. Les muqueuses sont un peu pâles, les urines normales ; la respiration difficile, l'inspiration rudes avec de très légers craquements analogues à ceux de Femphysème: mais que seule une auscultation minutieuse peut faire entendre. Le diagnostic de Piroplasmose posé tout de suite est confirmé par l'examen du sang.
Le traitement ci-dessus indiqué est suivi pendant 15 jours
et amène la guérison. Un nouvel examen du sang est négatil.
Observation 1V
Chien chou chou, 4 ans... Température 3%, respiration courte petits râles crépitants — pas de submatité — Tristesse ; inappétence, amaigrissement, tachycardie, muqueuses pâles, urines normales. Ce chien venu de Biarritz n’a pas quitté Paris depuis unan, mais a eu deux « pneumonies » ou diagnostiquées telles à 4 mois d'intervalle avec des symptômes identitiques à ceux présentés ci-dessus, la première soignée par un abcés de fixation, des piqüres de caféine, d'huile camphrée, d’hémostyl a cédé après un mois de traitement et de soins ; un eczéma généralisé avec chute de poils a suivi. La 2° a été guér:e également après 2 sinapismes successifs, des piqûres d'argent coilnïdal, après une vingtaine de jours de traitement. Le chien a présenté une démarche titubante un mois après sa guérison, mais n’a jamais retrouvé sa gaieté primitive. En interrogeant sa propriétaire, j'appris que l’année précédente 1l avait été aux environs de Biarritz et qu'on avait trouvé de nombreux tiques sur lui. La première pneumonie débuta un mois après. L'examen du sang montre ja présence du Piroplasma un an donc après l’inoculation. Ce cas typique montre bien qu'il se produit de véritables accès de fièvre comme dans le
paludisme avec probablement une pullulation plus grande du
PC se
parasite dans les moments où l'organisme se trouve dans un état de moindre résistance.
Traité par la méthode ordinaire ce chien guérit rapideinent retrouve son naturel primitif et depuis 18 mois n'a plus présenté aucun accès. On remarque seulement un léger essouf-
flement.
Observetion V
Chien de berger des Pyrénées appartenant à M. B... Je le soigne ordinairemént ; il est âgé de 15 mois a fait la maladie sous une forme pustuleuse bénigne avec un peu de gastro-en-
térite, est robuste et bien constitué.
Oa me fait appeler le 11 juin. Je trouve un chien présentant de la matité double, respiration précipitée, râles crépitants, T. 40°. — Pouls 169 — R. 50 — Le pouls est bien frappé. Il y a eu un vomissement, tous les symptômes d'une pneumonie avec cette circonstance que le chien a pris un bain 8 jours auparavant ; or la découverte d’une tique le lendemain m'incite à faire une prise de sang qui révèle l'existence du
Piroplasme.
[Cette tique a été prise à la sortie de Meaux sur les bords du canal].
Un peu d’albumine dans les urines, mais pas d’hémoglobinurie. Le foie est gros — le volume de la rate triplé vers le 10° jour. — A cette date : 21 juin, un épanchement pleural se produit qui se résorbe sous l'influence de pointes de feu étagées et de ventouses scarifiées. Une injection intraveineuse de tripan bleu qui sera répétée le 30 ne donne pas d'amélioration. Le Professeur Cadiot que je fais appeler en consultation le 21 pose le diagnostic de pneumonie double avec pleurite, état grave, pronostic réservé. Je signale alors au Maître la présence du Piroplasme dans le cas examiné et lui fais part des
nombreux cas de piroplasmose à forme pulmonaire déjà ob-
Re
servés, sans anémie, sans päàleur des muqueuses, sans hémoglobinurie. Celui-ci est un des plus graves. Ma remarque parut l’intéresser beaucoup et il n'engagea à faire une communication à la Centrale, communication que je réservai comptant en faire mon sujet de thèse. Malgré tous les traitements la fièvre se maintint aux environs de 39°5 à 40°, 4004, 40°7 — l'épanchement pleural se réforma qui me fit songer un moment à une complication tuberculeuse [le domestique avec lequel il habitait toussait et crachait] mais on ne put confirmer ce diagnostic ni par le séro-diagnostic, ni par l’autopsie. La mort se produisit par asphyxie et syncope le 28 juillet après -37 jours de maladie, le lendemain du jour où on avait envoyé l'animal à la campagne.
Mon confrère de R... auquel j'avais envoyé une note très détaillée ie priant de me prévenir pour que j'aille faire l'autopsie et recueillir les pièces ne montre en la circonstance aucune amabilité et je ne puis que 3 jours après en déterrant le cadavre, faire les constatations suivantes :
Pleurésie double. — Péricardite — [lots de congestions ‘pulmonaires nombreux mais pas de congestion lombaire — Rate énorme 3 fois le volume normal — pulpe molle — foie cardiaque vésicule biliaire distendue — reins très congestionnés, couche corticale présentant de nombreux foyers hémorragiques — des coupes de ganglions et de tissu pulmonaire
faites à Alfort écartent la suspicion de toute lésion tuberculeuse.
Observation VI
Loulou de Poméranie, 2 ans... très robuste, suit sa maïresse qui fait des promenades à cheval dans la forêt de Fontainebleau, subitement il est fatigué se couche et ne veut plus courir ; est très essoufflé et visiblement ne peut plus suivre le <hevai.
Après 2 jours de repos et de soins, il demande de nouveau
rare
à sortir ; aprés 1/2 heure de promenade, mêmes symptêmes. On l'amène à la clinique : respiration difficile ; crépitements légers comme dans l’emphysème. T. 39°2 — Tachycardie — Examen du sang : Piroplasmose — Injection intraveineuse de solution arsénicale, diminution âes symptômes au bout d'une semaine — Chute de la température — Un 2° examen dusang
est négatif.
Observation VI!
Griffon bruxellois, 4 ans... a été au bois en terrains broussailleux en juillet 1923. Depuis cette époque jusqu’en octobre, date où on me l’amène, il présente de l’essoufflement, des périodes d’abattement, d’inappétence, de la fièvre ; son caractère a changé : il reste longtemps sans aboyer, a maigri.
À l’auscultation, les seuls symptômes objectits sont l’essoufflement avec légère crépitation, un peu de tachycardie.
T,39°. L'examen du sang révèle la présence du Piroplasme.
L’affection cède au traitement en 10jours.
Un 2° examen est négatif.
Gbservation VIll.
Cette observation est double. Elle porte sur deux cas.
de Piroplasmose confirmée par examen, constatée sur
deux chiots de 10 jours, morts de la jaunisse en 48 heures.
I s'agit d'une chienne griffon Korthals allaitant 6 pe-.
Uts.
Comme la plupart des chiens de chasse sont porteurs de tiques ou en ont eu, j'eus l'idée de faire cet examen du sang
sur les 2 chiots atteints d’ictère ; les 4 autres chiens donnè-
rent un examen négatif. La mère quoique ne présentant
aucun symptôme clinique a du piroplasme dans le sang.