INTRODUCTION
Depuis Pasteur, nous savons que les maladies contagieuses sont causées par des êtres infiniment petits, par des germes microbiens.
La maladie infectieuse nous fait penser à un ennemi contre lequel notre organisme doit lutter, et dans cette lutte, l'un des deux combattants doit disparaître.
Au moment où la population de notre pays reste stahonnaire par suite d'un balancement entre les naissances et les décès, il est important de rechercher s'il ne serait pas possible de préserver les individus de certaines maladies que Brouardel a qualifiées de «maladies évitables», les maladies infectieuses et, par suite, diminuer la mortalité.
Nous savons maintenant que par l'hygiène on peut avoir la solution du problème, et c'est au médecin à devenir « l’apôtre de l'hygiène » et à « propager dans le pays la connaissance de ses lois, de ses obligations, de ses devoirs ». (J. Courmont.)
Le médecin doit « s'élever à tout instant contre ce fatalisme inconscient qui dans.nos cerveaux français considère la maladie comme inévitable, le taux mortuaire comme fatal, la douleur, la souffrance, la misère qui en est la fille comme une inéluctable tare de la nature humaine; s'élever contre ce fatalisme qui conduit au décou-
Lo
ragement et à l'indolence, au nihilisme social. Non, la maladie n’est pas toujours fatale: elle est trop souvent le prix de nos fautes, de notre décevant scepticisme. Oui, elle est fréquemment évitable ». (J. Courmont.)
Tout le monde est d'accord maintenant pour considérer que dans la lutte contre la maladie infectieuse, 1l y a surtout deux éléments importants : le {errain et la graine.
Le propre de nos tissus étant de réagir et de lutter contre tout envahissement, on conçoit la valeur de cette défense organique capable d'opposer une résistance victorieuse aux attaques.
On facilite cette résistance en fortifiant le terrain, en le rendant plus résistant.
La maladie infectieuse envahit surtout les faibles, les miséreux. En diminuant les heures de travail, en augmentant les salaires, et, par suite, procurant une meilleure alimentation, on constituera des générations plus fortes, on aura fait de la lutte contre le microbe par le terrain.
Cette lutte est nécessaire, mais elle n'est pas suffisante; il faut aussi s'attaquer à la graine. La graine est d'autant plus dangereuse qu'elle échappe à notre œil, qu'elle se développe rapidement, et qu'elle nous assaille à tout instant et à tous les points de notre organisme.
Les microbes existent, en elfel, partout, en nous et en dehors de nous, dans l'air, dans l'eau, dans les aliments. Ils pénètrent en nous par l'air, par l'eau, par les aliments, et si les orifices naturels servent d'entrée, la plus petite lésion de la surface cutanée leur permet également de pénétrer en nous el d'y provoquer des désordres.
Les poussières du sol, les eaux contaminées, les ma-
tières fécales, les linges des malades, les crachats sont particulièrement dangereux.
Que des linges infectés de matières fécales de typhiques ou de cholériques soient lavés dans un ruisseau, ou que les excréments soient déposés directement dans ce ruisseau, et ce ruisseau deviendra un agent extraordinaire de contamination. Il sera capable d’infecter par infiltraion les nappes d'eau souterraines et par là même tous les puits qui en dériveront.
Que ce ruisseau serve à laver les bidons à lait, et quelquefois à mouiller le lait, et le lait ainsi contaminé ira porter la fièvre typhoïde, le choléra dans toute une bourgade, dans toute une ville.
S'il est important de lutter par un organisme plus résistant contre l'invasion microbienne, la nécessité n’en est pas moins absolue de s'organiser contre le transport et la dispersion du microbe, et d'arrêter la contagion directe en empêchant la constitution de foyers morbides là où s'est manifesté un cas de maladie.
C'est le but de la loi du 15 février 1902, sur la protection de la santé publique : détruire le microbe, là où s’est produit un cas de maladie, rendre impossibles son transvort et la constitution d'un autre foyer de maladie.
Mais il est des foyers permanents de maladie, constitués en îlots où la maladie et la mort sont installées en permanence, qu'il faut praticulièrement connaître. Ce sont, en général, des îlots constitués par des maisons mal éclairées, mal aérées, où la graine d'infection est conser-vée et guette tout organisme affaibli. Ce sont les maisons insalubres que M. Juillerat a bien mises en évidence, surtout pour la tuberculose, dans son ouvrage : « Le Casier
Site
sanitaire des maisons ». Il nous a montré que la tuberculose cause dans les îlots insalubres jusqu'à 110 décès pour 10.000 habitants, alors qu'aux Champs-Elysées elle ne donne la mort qu'à 10 pour 10.000 habitants.
MM. Lacomme et Dupin, à Lyon, faisant également des recherches sur la tuberculose, sont arrivés aux mêmes conclusions.
C'est de ces îlots peu nombreux que M. J. Courmont dit : « La guerre aux logements insalubres est une des bases de la lutte moderne contre la tuberculose..…., les foyers de tuberculose sont plus restreints qu'on ne le croyait et une loi permettant (comme en Angleterre) la destruction des immeubles dangereux, arriverait rapidement, et à peu de frais, à faire disparaître les centres de tuberculose.
Pour connaître, et par conséquent pour attemdre ces foyers insalubres, il faut établir dans chaque ville un casier sanitaire des maisons.
Ces îlots existent dans toutes les villes. Grenoble, avec ses larges avenues plantées d'arbre, ses nombreuses places, en possède peut-être moins que d'autres. Nous avons cru utile de les rechercher et de montrer l'utilité du casier sanitaire, là comme ailleurs.
L'étude de la question du logement insalubre et du casier Sanitaire des maisons a été faite dans plusieurs ouvrages: auxquels nous avons fait des emprunts, et dont nous recommandons la lecture : Le Casier sanilaire des maisons de Juilleral; l'Insalubrilé publique et l'Exproprialion de Gautrez; la Tuberculose à Lyon, par Lacomme et Dupin; Questions d'hygiène, par J. Courmont.