‹ Casimir Périer, député de l'opposition, 1817-1830Chapitre 2 sur 158 · CASIMIR I»I:HIE · texte numérisé non relu

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(les articles de Suisse et de l'Inde; il fut aidé dans celte dernière partie par l'un de ses frères, Augustin, devenu directeur de la Compagnie des Indes.

En J77u, ClaudePérier, dont lafortune s'était rapidement augmentée, acheta du duc de Yilleroy le château de Yizille près de Grenohle ; il y établit une fabrique de toiles peintes. Apre au gain, dur à lui-même et aux autres, il appartenait à « cette classe moyenne qui partout en France, à la fin du siècle dernier, établissait par le travail, la richesse et les lumières sa candidature au gouvernement du pays (1) «. Négociant habile, il s'éleva bientôt par son labeur et son économie aux premiers rangs du tiers-état de cette vieille province du Dauphiné d'oii devait partir le signal du mouvement qui devint la Révolution française; aussi lorsqu'en 1788 les États du Dauphiné se réunirent, ils vinrent demander l'hospitalité au père de Casimir Périer, et c'est au château de Yizille que, bravant les défenses royales, s'assemblèrent les députés qui commencèrent la Révolution en demandant la double représentation du tiers.

Pendant la période si troublée de la Terreur, ClaudePérier demeura à Grenoble; il vint à Paris après le 9 Thermidor et se mita refaire sa fortune fortement ébranlée par la secousse révolutionnaire. Il fut l'un des fondateurs de la Caisse des comptes-courants d'oii est sortie la Banque de France. Nommé député de l'Isère en 1799, Claude Périer mourut en 1801, laissant une fortune considérable et un grandrenom de loyauté et de probité.

Casimir Périer, né à Grenoble le 12 octobre 1777, était le quatrième des dix enfants de Claude Périer (2) ; il fit ses études chez les pères de l'Oratoire, à Lyon, oii setrouvaientdéjà trois de ses frères et son cousin Camille Jordan. C'était un écolier d'une intelligence primesautière, mais peu assidu au travail qu'il avait très facile; il se trouvait à Lyon lors delà

(1) cil. do Rrmusal, Notice historique, 1837.

\(t) Casimir Périer eut deux sœurs qui épousèreiiL MM. Savoyc de Rollin et esseire.

LA .MAISON l'ERIER FRERES 3

célèbre assemblée de Vizilie. Interrompues par la Révolution, ses études furent terminées à Paris, où il suivit son père après le 0 Thermidor.

Atteint par la conscription en 1798 (an VU), Casimir Périer partit pour l'armée d'Italie d'abord comme garde de fortification, puis comme adjoint à l'état-major du génie. D'une nature énergique et brave, il se distingue au combat de Santo- Juliano sous les murs de Alantoue. Cependant la carrière des armes ne paraît pas lui avoir plu ; en 1801, à la mort de son père, il obtient de venir à Paris et quitte l'armée. Ayant recueilli sa part de l'héritage paternel, il fonde avec son frère Scipion, plus âgé que lui d'une année, et M. Flory, de Grenoble, une maison de banque sous la raison sociale « Périer frères et Flory ». Après son mariage à Lyon avec la petitefille de l'architecte Loyer-Ponthus, il se sépare de M. Flory et reste avec son frère sous la raison sociale « Périer frères».

Casimir Périer avait la conception et la haute direction des affaires; son frère Scipion était un administrateur remarquable; leurs deux natures se complétaient l'une l'autre et grâce à cette heureuse association la fortune de la maison fut rapide; sa renommée devintbientoteuropéenne. Adater de 1814 surtout, Casimir Périer fut un des premiers banquiers de la capitale, successivement juge au tribunal de commerce, membre de la Chambre de commerce et régent de la Banque de France.

Le traité de paix de 1815 avait imposé à la France de lourdes charges. Une indemnité de guerre de sept cent millions devait être payée aux alliés, une armée de cent cinquante mille hommes occupait nos places fortes pour cinq ans. Les frais de cette occupation, les réclamations des sujets anglais, allemands et autres auxquelles le Gouvernement français fut obligé de faire droit firent que le traité du 20novembre coûtait à la France plus de deux milliards.

Toute la sollicitude du duc de Uichelieu, premier ministre du roi Louis XVIII, se portait sur la libération du territoire; obtenir l'éloignement des troupes étrangères était l'objet de

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tous les ellorts du j^ouvernomcnt royal. Pour arriver à ce résultat il fallait payer par anticipation une partie au nnoins des indemnités, ce qui ne pouvait se faire qu'en ayant recours au crédit. En même temps qu'il négociait avec les puissances, le duc de Richelieu chargea le ministre des Finances, le comte Corvetto, de travailler à se procurer les ressources pécuniaires sans lesquelles il ne pouvait obtenir la libération qu'il poursuivait avec une ardeur si patriotique et, chose triste à constater, il avait à vaincre non seulement les difficultés soulevées par les gouvernements alliés, la Prusse en particulier, mais encore à dompter le mauvais vouloir de royalistes à vues étroites et peu françaises qui trouvaient des appuis jusque sur les marches du trône. Monsieur, depuis Charles X, avait dit un jour au duc de Wellington assez haut malheureusement pour que cela fût entendu et répété : « Si vous vous en allez, je veux m'en aller aussi. » Paroles U bien coupables dans la bouche de l'héritier du/frône et

^ dont ce Prince si léger ne comprenait pas toute la gravité.

« Nous vîmes arriver à Londres, écrit la fille de l'ambas- « sadeur du Roi en Angleterre, plusieurs envoyés de Monrt sieur, les C..., les F..., les L..., les de B..., etc. Mon « père était très bien instruit de leur mission, les ministres « anglais en étaient indignés, le duc de Wellington signaa lait d'avance la fausseté de leurs rapports, tous venaient « représenter la France sous l'aspect le 'plus sinistre et le « plus dangereux pour le monde et réclamaient la prolon- « gation de l'occupation étrangère (1)... » Heureusement pour notre honneur ce n'était là qu'une minorité infime dans la nation et dans le parti royaliste lui-même ; il faut se reporter par la pensée à ces temps troublés pour comprendre la conduite du comte d'Artois et de ses amis. Le Roi, les autres membres de la famille royale, le duc de Richelieu, les ministres, les chambres et le pays pensaient tout autrement et tous avaient hâte de voir le départ des armées alliées. Le

(1) Mcinoirus inOdils.

PREMIERE BROCHURE o

cdnitc Corvetto eut recours pour la aéf^ociation do son emprunt aux places étrangères, il traita avec dos maisons anglaises et, comme l'on no devait que trop s'y attendre, à dos conditions fort onéreuses pour le Trésor.

C'est à cette occasion que Casimir Périer écrivit les brochures qui sont son début dans la vie politique et amenèrent son élection à la Chambre des députés. Il attaqua le système suivi par le ministre : h Persuadons-nous bien, écrivait-il, que notre libération osten nous, qu'elle no peut venir que de nous, qu'elle ne peut être opérée que par nous; toutes ces prétendues ressources étrangères ne feront qu'aggraver nos charges et appauvrir nos moyens... en définitive c'est nous qui payerons l'étranger et les nouveaux prêteurs. Nous sommes donc solvables: je n'en veux pas d'autres preuves que les calculs de ceux qui veulent nous aider. Si nous le sommes, les ressources existent donc en nous-mêmes, il ne s'agit que de les trouver et de les mettre en usage (1)... »

Tout cela était très vrai en théorie et l'on aime à retrouver dans cette brochure les principes qui depuis ont présidé à nos grandes opérations financières : appel aux capitaux français et étrangers avec publicité et concurrence ; mais à l'époque qui nous occupe les bases de notre crédit étaient bien chancelantes, les guerres de l'Empire, deux invasions, surtout la dernière, avaient épuisé la France ; les nations alliées, la Prusse principalement, exigeaient la garantie de signatures étrangères et l'on ne peut s'empêcher de reconnaître que si Casimir Périer, banquier, libéral, souffrait dans son patriotisme do la marche suivie par le ministre, celui-ci, qui portait une tout autre responsabilité, ne pouvait risquer de compromettre par un échec l'honneur, le crédit de la France et l'œuvre de la libération elle-même. Dans une pareille entreprise il faut réussir coûte que coûte, cette nécessité vitale prime toutes les autres considérations.

Tout le monde ne partageai! pas d'ailleurs la confiance

(l) Réflexions sur le projcl d'empiuDt.imr M. Casimir Péiicr, ijunquicr. l'aiis,

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optimiste de Casimir Pcrier; des démarches furent faites non auprès de lui, mais auprès de certains de ses collègues, elles n'eurent qu'un résultat négatif; « les capitalistes français consultés déclarèrent unanimement qu'il n'y avait aucun fond à faire sur le crédit, M. Laflitle entre autres se moqua hautement de la pensée d'un emprunt et dit textuellement à Pozzo (comte Pozzo di Borgo, ambassadeur de Russie à Paris), dont il était le banquier et qui s'était chargé de le sonder, que la France ne trouverait pas un petit écu à emprunter sur aucune place de l'Europe; cet esprit de la Bourse de Paris désolait notre cabinet plus encore comme symptôme que comme résultat... Lorsque l'emprunt fut conclu avec les maisons anglaises, les mêmes hommes qui à la Bourse l'avaient déclaré impossible se plaignirent d'en avoir été exclus et affirmaient qu'ils auraient accepté de meilleures conditions pour le Gouvernement (1). »

Casimir Périer n'était pas de ceux-là ; il n'a rien su des pourparlers engagés. « Si ces tentatives ont eu lieu, elles ont été bien secrètes, » dira-t-il du haut de la tribune. Il n'a eu connaissance des négociations que par les « papiers anglais ». Son patriotisme, son orgueil de Français se sont émus, il a parlé.. Chez lui pas d'arrière-pensée, la hauteur et la dignité de son caractère, la loyauté et la droiture de toute sa vie jointes à ses affirmations et au témoignage des contemporains éloignent tout soupçon à ce sujet. C'est l'amour de la patrie qui le guide et le dirige, écoutons plutôt sa péroraison : « La France, écrit-il, aura d'ailleurs la douce consolation de voir que les sacrifices qu'elle sera dans le cas de faire tourneront tout entiers à l'avantage de ceux de ses enfants qui seront venus à son secours et l'honneur national sera satisfait, puisque nous aurons eu le noble orgueil d'avoir voulu être et d'avoir été nos seuls sauveurs. » L'on sent vibrer un véritable cœur de patriote dans ces paroles qui nous paraissent aujourd'hui toutes naturelles, mais

(1) Mémoires inédits.

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