SECONDE BROCHURE
qui, no l'oublions pas, ont été écrites à une époquje où l'étranger n'intervenait que trop dans les calculs et les espérances des partis politiques.
Le Gouvernement ne voulut pas laisser sans réponse les critiques formulées par Casimir Périer : un article assez vif parut dans le Moniteur. L'auteur y développait les raisons qui avaient dicté la conduite du ministre des Finances et l'avaient obligé à demander le concours de maisons de banque étrangères.
Périer publia sous le titre de : Dernières réflexions sur le projet d' emprunt ou réponse à un article anonyme du Moniteur (1), une nouvelle brocbure dans laquelle, après avoir reproduit en les développant les arguments contenus dans la première, il se plaint de la forme donnée à la réponse du ministère. « Pourquoi, écrit-il, cberche-t-on donc, en me présentant comme un indiscret et un imprudent, à me rendre odieux au Gouvernement sous la loi duquel je m'honore de vivre ? Un gouvernement représentatif fondé sur la légitimité et l'opinion doit être assez fort pour repousser toute attaque injuste, quelle que soit la main qui la dirige ; il doit être assez sage pour écouter un avis utile, de quelque part qu'il vienne... » Puis il termine parunappel au patriotisme ; « Français, ce n'est point en nous dissimulant les dangers qu'on nous conduit à la victoire. Qu'on nous montre le chemin de l'honneur, nous ne craindrons p.as celui des sacrifices, nous serons fiers de surmonter tous les obstacles et de plus heureux jours luiront enfin sur notre malheureuse Patrie. »
Ce passage est remarquable et nous avons tenu à le citer parce que Casimir Périer y pose, en quelques lignes, les principes qui guideront toute sa vie politique soit comme député d'opposition, soit comme chef de Gouvernement. Dans l'opposition, quelque vives que puissent être ses attaques, sa conduite restera toujours empreinte du plus grand loyalisme envers « le Gouvernement sousla loi duquel il s'iionore
(1) Paris, 1817.
(lo vivre », il lui ser.a fiilMo jusqu'au dornicr moment et même pendant la lutte soulevée par la violation de la Charte conslilutionuelle tous ses ellorts tendront à sauver la branche aînée en même temps qu'à défendre la liberté ; peut-être y fùt-il parvenu si son concours eût été réclamé à temps.
Lorsque la nécessité d'arracher la France à l'anarchie qui l'envahissait et le devoir d'enrayer la révolution lui auront imposé la responsabilité du pouvoir, il montrera qu' « un gouvernement représentatif... doit être assez fort pour repousser toute attaque injuste..., assez sage pour écouter un avis utile » .
Ne voulant pour arme que la publicité, il confondra des adversaires, si souvent injustes dans leurs critiques, à l'aide du Moniteur et surtout de la tribune, portant et acceptant la controverse sur tous les sujets, livrant tous ses actes à la discussion ; mais les défendant avec une ardeur qui épuisera sa vie. Dans les moments les plus graves, alors que l'émeute presque triomphante menacera de tout emporter, il répétera ces belles paroles : « Français, ce n'est point en nous dissimulant les dangers qu'on nous conduit à la victoire... » et associant les Chambres et le pays à son système, il triomphera du désordre par la liberté même, jusqu'au jour où, épuisé par la lutte, terrassé par une terrible maladie, il tombera, comme le soldat, au poste d'honneur où l'avait appelé la confiance de sa patrie.
Le ministère présidé par le duc de Richelieu fit voter par les Chambres une nouvelle loi électorale qui fut promulguée le 5 février 1817. Elle avait été faite, malgré une vive opposition du parti ultra, dans un esprit conforme aux principes posés par la Charte. Tout Français payant trois cents francs de contributions directes et âgé de trente ans est électeur. L'élection a lieu au scrutin de liste par département. Les conditions d'éligibilité sont fixées à quarante ans d'âge et mille francs de contributions directes; l'Assemblée se renouvelle tous les ans par cinquième. L'élection pouvait donner lieu à trois tours de scrutin : aux deux premier^, la majorité
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absolue était nécessaire, au troisième la majorité relative suffisait, mais ne prenaient part à ce ballottage que les candidats ayant obtenu le plus de voix, en nombre double des députés restant à nommer.
Vingt-trois départements, parmi lesquels celui de laSeine, composaient la première série comprenant soixante-trois sièges. Comme toujours l'élection de Paris l'emportait de beaucoup au point de vue moral sinon matériel sur celles de province,Combattu à la fois par l'extrême droite et par la gauche, le ministère fit tous ses efforts pour obtenir la nomination de modérés ; des négociations furent entamées avec M. Laffitte, député sortant, par l'intermédiaire de M. Roy, pour arriver à la composition d'une liste unique à opposer à celles de l'extrême droite et de l'extrême gauche. Le Gouvernement offrait de porter MM. Laffitte, B. Delessert et Casimir Périer, mais refusait d'accepter MM. B. Constant, Manuel et de Lafayette, dont l'opposition avait une allure inconstitutionnelle. On ne put arriver à une entente; chaque parti se présenta au scrutin avec sa liste.
Bien que le défaut d'entente pût mettre le résultat de l'élection à la merci de l'extrême droite, la lutte fut circonscrite entre les ministériels et les indépendants.
Les premiers avaient comme tête de liste MM. Pasquier, garde des Sceaux ; Bellart, conseiller d'État, procureur général à la Cour royale, président du collège électoral de Paris ; Breton, notaire, conseiller général; etc.
Les seconds portaient :MM. Laffitte, de Lafayette, Manuel, Casimir Périer, B. Constant, B. Delessert..., etc.
Le Roi ayant la nomination des présidents des sections, celles-ci élisaient les autres membresde leur bureau. Contrairement à l'attente générale, ces premières élections ne donnèrent aucune indication sur le résultat probable, et jusqu'au derniermoment la situation resta très indécise. Casimir Périer fut choisi comme scrutateur dans la deuxième section.
Au premier tour de scrutin, qui eut lieu le22 septembre, un seul candidat, M. Laffitte, réunit la majorité nécessaire et fut
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proclamé dcputé. Obtinrent Icplus de voix ensuite: MM. Benjamin Delossert, Casimir Périer, Manuel, Roy, etc., etc. M. Pasquier, garde des Sceaux, eut à peu près le même nombre de voix que M. de Lafayette et se trouva classé presque à la Hn de la liste. L'échec du Gouvernement était indiscutable.
Entre le premier et le second tour, le ministère négocie avec la partie la plus modérée des indépendants dans le but surtout d'obtenir la nomination de M. Pasquier. 11 propose de porter sur sa liste Casimir Périer, mais de pourparlers en pourparlers le second tour arrive, sans qu'une entente définitive et sérieuse eût été conclue.
La presse ministérielle menait une campagne acharnée, disposée à toutes les concessions pour éviter la nomination de candidats anti-gouvernementaux : « Mieux vaut pour la liberté, écrivaient les Bé6ats{ï), celui qui possède que celui qui veut avoir au nom de la liberté. »
Ce nouveau scrutin donne encore un résultat incomplet : MM. Benjamin Delessert et Roy obtiennent seuls la majorité absolue. Casimir Périer vient le troisième : il lui manque deux cents voix.
Sur huit députés, trois seulement étaient nommés : deux indépendants et un ministériel. M. Pasquier restait encore en ballottage.
Voyant l'inutilité de ses efforts pour arriver à une entente avec les modérés, le ministère se retourna vers la droite, des démarches furent faites auprès de Monsieur pour obtenir son appui, le Prince consentit à autoriser le parti dont il était le chef à soutenir les candidats ministériels, les amis du cabinet s'engagèrent, en échange, à voter pour un candidat d'extrême droite : M. Olivier, régent de la Banque de France, conseiller général de la Seine.
Cinq députés restant à nommer, les dix candidats ayant obtenu le plus de suffrages, MM. Bellarl, Pasquier, Olivier,
(l) N" du 2:^ septembre 1817.