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COUP D'’OEIL GÉNÉRAL

SUR LES CATACOMBES

L'histoire de l'Eglise est renfermée presque tout entière dans les monuments de Rome chrétienne, mais les basiliques les plus anciennes ne datent que du temps où l'Eglise, affranchie par Constantin, prit possession de la vicille capitale des Césars pour

régne

bientôt à leur place. C'est dans une autre Rome creusée au-dessous de la

première, que les âges primitifs du Chr

stianisme ont leurs immortelles archives, et que

se déroulent à nos yeux les annales des siècles de persécution. Cette vaste cité souterraine

s'étend sous les remparts de Rome et bien loin sous la campagne qui l'entoure. Tous ses

quartiers sont désignés par le nom d'un Saint illustre, sillonnés de rues semblables aux mille détours d'un labyrinthe immense; ses carrefours, ses cryples, ses églises ont vu se rassembler les disciples des Apôtres, el conservent les reliques des confesseurs de la

foi. Dans les parois de longues galeries obscures sont creusés des lombeaux, superposés depuis le niveau du sol jusqu'à la naissance des voûtes, où reposent, à côté des Martyrs, les Chrétiens de tout rang, de tout âge et de tout sexe qui embrassèrent la religion nouvelle. Au milieu des sépulcres on retrouve les chapelles où se célébraient les saints mystères, les vases qui servaient au culte, et jusqu'aux lampes qui éclairaient les pas des premiers Fidèles dans ces allées souterraines. Tel est l'aspect de la nécropole qu'on désigne aujourd'hui sous le nom de Catacombes

Ce fut dans ce berceau que l'Eglise naissante passa les premiers jours de sa vie; ce fut dans ces profondeurs immenses qu'elle s'enfouit pendant plus de trois siècles pour échapper aux fureurs des bourreaux. Les Chrétiens y reposent au milieu des

témoignages de leur foi et de leurs souffrances, comme les guerriers antiques qu'on

ensevelissait avec leurs armes. C’est là qu'ils célébraient leurs agapes louchantes, emblème

de leur union fraternelle; c'est là qu'ils étaient instruits par les prêtres, régénérés par

C'est par extension que les modernes appellent ainsi | Sébastien. N'en trouvons-nous pas une preuve dans une l'ensemble des Cimetières de Rome. Dans les anciens | curieuse inscription conservée à la bibliothèque de écrits hagiologiques, calendriers, martyrologes, ete., | Milan, et qui est donnée dans notre ouvr vol T,

ce nom est donné exclusivement au Cimetière de Saint- | pl. xxxnr, n° 7; où on lit ces mots INÇATACUMRAS

6 COUP D'ŒIL GÉNÉRAL le baptême, fortifiés par l'eucharistie, préparés par l'exemple de leurs illustres devanciers x affronter les derniers supplices : c'est dans ce champ de repos qu'on venait enfin coucher leur dépouille mortelle, soit qu'ils se fussent endormis dans une mort naturelle, soit que le martyre eût couronné leur vie pleine de ve “use étendue des Catacombes ,

rtus.

on se demande quelles

Quand on considère la prodig

mains les ont creusées. Livrée à ses propres forces au milieu des persécutions, la seule

chrétienne a-telle pu suffire à un pareil travail? et aux esclaves, que les Chrétiens

population Les Catacombes ne sont-elles pas d'anciens lieux de sépulture destinés à la plèbe

sortis presque tous des derniers rangs du peuple, parvinrent à s'approprier; ou bien

faut-il suivre une opinion plus répandue et n'y voir que les carrières qui fournirent des matériaux aux édifices de Rome?

On doit reconnaître que la coutume de brüler les morts n'était pas universellement

uncien rit des

répandue parmi les païens, un petit nombre de familles avaient conservé 1

sépultures !, et les pauvres ne pouvaient faire les frais d'un bücher. Plusieurs textes anciens nous apprennent qu'on inhumail aussi les enfants morts avant l'apparition des premières dents ?, et lous ceux qui périssaient frappés de la foudre. Mais ces faits ne donnent point le droit d'affirmer qu'on transforma en Cimetières chrétiens les lieux où reposaient ces cadavres. On sait que les corps des pauvres et des esclaves étaient jetés péle-méle dans ces puits où charniers nommés puticuli, qui, au témoignage formel de Varron, étaient en dehors de la porte Esquiline, où ne se trouve précisément aucune Catacombe

Les grandes familles avaient leurs mausolées dont les débris bordent encore les plus importantes des voies romaines. Les riches en effet n'auraient pu se contenter d'un caveau obseur: il fallait que l'étranger pût en arrivant d'une province lointaine contempler leurs magnifiques tombeaux avant d'entrer dans la ville éternelle; quant aux pauvres et aux esclaves, le paganisme leur a toujours refusé cette sépulture décente que le mendiant lui-même trouvait dans les Catacombes chrétiennes. Comment supposer d'ailleurs que

les auteurs ne nous aient rien dit d'une aussi vaste nécropol

que nous ne possédions aucun document relatif à ces inhumations souterraines; que ceux qui ont tout

décrit dans

incienne Rome, et la religion, et les mœurs, aient oublié ce point

si impor

int; qu'il ne soit entré dans les attributions d'aucun magistrat de surveiller

et de diriger ces travaux d’excavation; qu'on n'ail jamais trouvé dans les Catacombes

d'inscriptions antérieures à notre ère; et enfin que les Chrétiens réfugiés dans les

entrailles de la terre, pour éviter qu'on profanât la célébration de leurs mystères et les

s soulerrains

ossements de leurs Martyrs, aient consenti à partager avec les infidèles d peuplés de cadavres païens, souillés par le culte des mânes ou d'autres rites idolâtriques, où tous les jours, à toute heure, ils pouvaient rencontrer les ennemis de leur foi? Mabillon l'avait bien compris quand il écrivait que la haine profonde, l'horreur mutuelle qui séparaient les Fidèles des païens, n'eussent pas admis la communauté des sépultures, et nous allestent que les Catacombes sont des Cimetières exclusivement

chrétiens

Une opinion plus sérieuse et que l'assentiment de savants archéologues a fort accréditée

se borne à supposer que les Catacombes sont d'anciennes carrières, Emise par Bosio au

“ Pune, Nat. Hist. lib. vu. Ly. 1 vers 13€

? Poe, Nat, Hist, Gb. vu. xvr. 4 Juvénal, satire xv. Epist. ad Euseb, Rom

SUR LES CATACOMBES. 7

XVII siècle, accueillie par Aringhi, Boldetti et Bottari, elle est aujourd'hui comme consacrée par l'autorité de ces noms illustres. Cependant, un examen attentif des lieux où furent pratiquées les Catacombes et de leur architecture, démontre que c’est aux Chrétiens seuls qu'il faut attribuer cette colossale entreprise.

Les anciens Romains avaient ouvert deux sortes de carrières : celles qui étaient creusées dans le tuf lithoïde, dont les blocs, aussi durs que le silex et le granit, pouvaient être employés comme base ou comme assises dans les plus vastes édifices, et les arenariæ, d'où l’on tirait la pouzzolane, terre friable qui se pulvérise sans le moindre effort, et fournissait un sable excellent pour le ciment romain.

Or, à l'exception des Catacombes de Saint Pontien à Monte Verde et de Saint Jules sur la voie Flaminienne qui sont pratiquées dans les terrains d'alluvions marines ou fluviales,

tous les Cimetières chrétiens sont exclusivement creusés dans le tuf granulaire. Ce tuf n'est

plus friable comme la pouzzolane, mais il a très-peu de consistance , il ne résiste pas aux

secousses du transport, il ne supporte pas les intempéries de l'air, et par conséquent il ne peut être employé dans les constructions de quelque importance.

On comprend facilement les motifs qui ont porté les Fidèles à choisir de préférence

dans le sol volcanique de la campagne de Rome les couches de tuf granulaire pour y

6 du tuf lithoïde eût exigé des fossoyeurs trois

creuser leurs souterrains. L’excessive duré fois plus de temps, de fatigue et de frais, et les couches sablonneuses de pouzzolane n'avaient pas entre elles assez de cohésion pour permettre d'y percer plusieurs étages de galerie, d'y superposer plusieurs rangées de sépulcres. Au contraire le tuf granulaire quoique tendre et facile à tailler, avait assez de consistance pour que les Chrétiens pussenl s'abriler sans danger sous les voûtes qu'ils avaient creusées; et comme il était peu

°urs

recherché, qu'il avait peu de prix, les Chrétiens pouvaient en toute sécurité y pratique

relrailes.

Enfin, les carrières de pouzzolane n’eussent pu renfermer dans leur sein un nombre immense de cadavres sans laisser échapper des miasmes méphitiques. Il fallait que les tombeaux fussent hermétiquement fermés pour que les vivants pussent, sans exposer leur vie, descendre dans cette cité des morts. Les Chrétiens fermaient les sépuleres au moyen de briques ou de tablettes de marbre qu'ils liaient aux parois avec du ciment. Or la pouzzolane ne supporte pas l'application de la chaux; celle-ci la réduit en poudre. Cette raison capitale suflit pour prouver que les Catacombes n'ont pu être établies dans les anciennes

drenarie.

Admettra--on maintenant que les Romains broyaient le tuf granulaire dans lequel elles

ont été creusées, pour en obtenir la pouzzolane? Sans doute ils l'auraient pu, puisque le

tuf et la pouzzolane sont à peu près identiques par leur matière, et ne différent que par

leur plus ou moins de consistance; mais comment supposer qu'on se livrât à cette longue

et dispendieuse opération pour obtenir des produits qu'on avait sous la main tout préparés, et qu'on cherchât dans les entrailles de la terre à plus de vingt mètres de profondeur des matériaux qu'on trouvait en immense quantité, presque à fleur de terre, dégagés de tout alliage, sur toutes les collines des environs de Rome?

Enfin dans toutes les carrières nous trouvons des galeries spacieuses, des voies assez larges pour donner passage aux chars qui transportaient le tuf ou la pouzzolane, des percées irrégulières, des excavations informes qui s'élèvent, s'abaissent suivant la nature du rocher ou l'intérêt de l'exploitation. Si maintenant nous nous reporlons aux

Catacombes, ne voyons-nous pas aussilôt que ces avenues étroites indiquent un asile

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