OBSERVATION V
(Archives de M. le professeur E. Rollet).
M OURIB ORAN:
Entre à la clinique ophtalmologique de l'Hôtel-Dieu de Lyon, pour une cataracte de l'œil droit, le 25 septembre 4917. De plus, le malade est atteint de blépharite.
Néanmoins, l'opération de sa cataracte est pratiquée le 27 septembre et on extrait un cristallin dur.
Mais une infection commence à se déclarer dès le surlendemain et, le 6 octobre, on doit d'extrême urgence pratiquer, pour phlegmon, l’énueléation de cet œil.
Ces cinq observations démontrent que toutes les fois qu'une infection aiguë ou chronique existait soit dans un œil, soit dans ses annexes, vouloir alors tenter d'intervenir sur le globe oculaire proprement dit, pour opérer, par exemple, une cataracte, égalait en somme à vouloir s’exposer délibérément aux conséquences les plus fâcheuses.
Je pourrais, pour appuyer cette affirmation, citer bien d’autres exemples.
Je me rappelle, durant mon séjour d’interne à la clinique ophtalmologique des hôpitaux d'Oran, pendant l'hiver 1919-1920, avoir suivi dans mon service un vieil Arabe de 70 ans environ (on ne peut jamais savoir l’âge exact de ces enfants du prophète, Mohamed leur ayant défendu de compter leurs années). Il était porteur d’une cataracte de l'œil droit et présentait en outre très nettement, sur les conjonctives palpébrales, des cicatrices très nettes de lé-
dé
sions trachomateuses mal guéries. En même temps il offrait des symptômes bien accusés de conjonctivite chronique, due à une inflammation chronique de ses conduits lacrymaux.
Le malade fut traité pendant plus d'un mois pour sa seule conjonctivite, sans qu’on ait toutefois obtenu une sérieuse amélioration.
Cependant, comme il ne présentait plus de sécrétion et comme, d'autre part, un pansement d'épreuve, qu'on lui avait mis pendant 24 heures sur l'œil, ne révéla aucune réaction inflammatoire, il fut décidé d'intervenir et de lui ôter sa cataracte.
Le malade supporta fort bien son opération. Mais, trois jours après, il accusait de violentes douleurs au niveau du globe. Le pansement ôté, on constatait une assez violente réaction irienne et du muscle ciliaire. Ce ne fut qu’au bout de quinze jours de soins assidus qu'il se remit peu à peu de ces complications, mais avec une vision presque uniquement quantitative.
Il en résulte qu'il faut bien savoir que bon nombre de conjonctivites chroniques, rebelles à tout traitement et aux allures cliniques mal définies, sont très souvent d’origine lacrymale. Combien, en effet, trouve-t-on de malades présentant des troubles plus ou moins profonds de leurs voies lacrymales et qui ne s’en doutent pas, troubles que le clinicien cependant devra toujours commencer par rechercher, toutes les fois qu’il se trouvera en présence de semblables lésions des conjonctives.
Je me permets encore de rapporter un cas personnel assez intéressant, car il me paraît, à cet égard, des plus caractéristiques.