‹ Cataracte et DacryocystiteChapitre 4 sur 32 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Les hasards m'ont permis de me retirer indemne du plus terrible des cataclysmes que l'Europe ait connus. Après l'armistice du 11 novembre 1918, avec tous mes camarades de la ligne de feu, c'est avec une ardeur rajeunie que nous nous sommes remis à nos chères études d'avant guerre.

Pendant plus de quatre ans, il nous a fallu tout abandonner pour aller soigner ou, disons plus justement, soulager du mieux que nous lé pouvions les pauvres et humbles héros qui, chaque jour, préparèrent par leur admirable et totale abnégation notre grande Victoire, qu'imposa par son cerveau, par son cœur et par son inébranlable énergie M. le Maréchal Foch.

Pendant quatre longues années, nous avons vu bien des misères, bien des souffrances, et si nous regrettons profondément de n’avoir pu leur donner plus de soulagement, nous avons du moins la consolation de eroire que nous ne pouvions pas mieux faire sur ces vastes champs de bataille modernes, véritables royaumes de l'horreur et de l'anéantissement. Mais, en revanche, quel vaste champ fertile d'observations pour un homme calme, qui sait rester en possession de toutes ses facultés et aimant la méditation! Que d'étonnantes observations psychologiques, morales et médicales! Que d'heures passées à réfléchir dans le coin obscur d'un abri, soit dans un secteur calme, soit, si souvent aussi, dans ces périodes aiguës que nous connûmes tous : la Bataille, moments inoubliables où, chacun,

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nous nous dépensâmes, en plein vent, à donner à toutes ces malheureuses victimes les soins les plus rudimentaires.

Et puis, c'étaient les moments de la visite médicale, où nous devions faire œuvre de praticiens et de cliniciens avertis. Alors venaient à nous tous’ les infortunés malades qu'il fallait faire diriger sur les formations de l’arrière et aussi toute la série des pauvres diables qui, las de souffrir, las de combattre, dont le moral commençait à chanceler, venaient trouver le major pour tâcher de l’apitoyer et de lui soutirer la bienheureuse « évacuation ».

Sans doute, nous comprenions et nous aurions voulu pouvoir sauvegarder toutes ces vies de vingt ans, qui devaient être si utiles plus tard pour refaire la patrie si abominablement meurtrie, et celles, aussi précieuses, de ces innombrables pères de famille qui n'avaient pas hésité à abandonner ce qui leur était le plus cher pour aller défendre les intérêts de la patrie si menacée. Mais il n’était pas possible d’épargner tant de monde. Alors le jeune toubib devait se raidir, l'étudiant d'hier, jadis habitué à une vie insouciante et éloignée des responsabilités, devait soudain se comporter en homme, il lui fallait alors parler, convaincre, savoir en imposer à tous ces soldats dont plus d’un avait le double de son âge.

Oui, la plus grande part de notre reconnaissance doit aller à tous ces jeunes médecins auxiliaires, médecins aidemajor de 2* ou de 1" classe à titre temporaire, tous étudiants, si nombreux dans les divisions d'infanterie et qui, par leur noble exemple, leur gentille et entraînante énergie, contribuërent si puissamment à conserver au soldat son haut niveau moral, d'où, avant tout, dépendait le sort de nos armes.

AIS A tous nos braves camarades, tombés en héros sur les champs de bataille de la Grande Guerre, nous gardons notre meilleure estime. À eux ira toujours l'expression de notre

profonde reconnaissance et toute l'admiration de leurs compagnons d'armes.

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