L. CHAMBAY
nr 18 TE
Parmi les observations que nous avons trouvées, l’une est particulièrement curieuse; c'est celle décrite par Horowitz dans un travail intitulé « Une famille de calaractes zonulaires. » Dans la clinique du professeur Hirschberg, depuis 1854 jusqu'en 1902, les différents membres de cette même famille ont été soignés et opérés. C'est d'abord une jeune fille de 16 ans, Clara R..., qui
se présente la première à la clinique. Mariée, elle amène
11 ans plus tard son fils, son premier enfant, Arthur R..., atteint aussi de cataracte zonulaire, et 6 ans plus tard, sa fille, Martha R..., atteinte de la même affection.
Fait singulier, la mère de Clara R..., M" D..., est frappée à son tour de cataracte zonulaire à l’âge de 50 ans.
Enfin, son fils, Eugène D..., est atteint de cataracte zonulaire en dernier lieu à l’âge de 35 ans. Eugène D... a 4 enfants, l’un d'eux est rachitique et les autres myopes.
D'après l'arbre généalogique de cette famille, on voit que M"° D..., sur vingt-et-un descendants, avait une fille Clara et un fils Eugène, tous les deux porteurs de cataracles zonulaires ; sa fille, Clara R., a deux enfants calaractés. Le fils, Eugène R..., a ses quatre enfants myopes, mais non cataractés. Horowitz fait remarquer que c'est en suivant « la lignée féminine » que la cataracte zonulaire s’est transmise. La mère a légué son infirmité à ses deux enfants. Par contre, Eugène D. . ne l’a transmise à aucun des siens. La cataracte zonulaire se trouverait donc transmise d’une génération à l'autre (dans ce travail de Horowitz pendant 2 générations) par la mère, celle opinion avait d'ailleurs été déjà émise par le professeur Hirschberg.
nr) ou
Notre observation recueillie dans le service de M. de Lapersonne est aussi instructive. Le père de notre malade (obs. I), âgé de #1 ans, est porteur d’une cataracte zonulaire et le frère de ce malade, âgé de 13 ans est, lui aussi, atteint de la même affection.
M. de Lapersonne, dans une clinique sur la cataracte zonulaire à l'Hôtel-Dieu, nous a cité le cas suivant particulièrement triste. Les parents d’une jeune fille atteinte de cataracte congénitale consultent un oculiste en renom et lui demandent si elle peut se marier. La réponse de l’oculiste étant favorable, la jeune fille épouse un homme sain, ne présentant rien de particulier du côté des yeux. Trois enfants naissent de cette union, le premier et le second sont atteints de cataracte zonulaire et le troisième meurt de méningite tuberculeuse. Ici l'hérédité maternelle s’est encore manifestée.
Hasket Derby (de Boston) a rapporté huit observations de cataractes zonulaires doubles observées dans une famille et démontrant une prédisposition plus grande chez les femmes.
Green, de Saint-Louis, a apporté également une série de cataractes congénitales qui se sont présentées chez des femmes descendant toutes d'une même grand'mère. Kunn relate l'observation d’une famille où deux enfants furent opérés de cataracte zonulaire, leur grand'mère avait été cataractée dès sa jeunesse. Muller à vu une famille de cinq sœurs nées d’une même mère myope, trois d’entre elles étaient atteintes de cataracte zonulaire.
Hosch cite le cas d’une famille très nombreuse où le père rachitique eut trois enfants frappés de cataracte zonulaire.
Purtcher relate le fait d'une autre famille de dix enfants dont trois élaient porteurs de cataractes zonulaires, enfin Schanz raconte l’histoire d’une famille où le père phüsique à 40 ans, voit sa vue baisser et sur ses six enfants, le 2°, le 4° et le 5° présentaient des cataractes zonulaires.
À cette question d’hérédité-se rattache la question de consanguinéité qui n'intervient que-pour multipher les effets des diatèses. C'est ce que les Allemands appellent l'hérédité « convergente. »
Rien ne peut mieux démontrer l'importance de cette hérédité, que le fait suivant cité par Pisanti (de Padoue) : un homme épouse sa- cousine germaine, de part et d'autre leurs ascendants présentaient des antécédents névropatiques très chargés : cas de manie, d'idiotie, d'hystérie, d’épilepsie. Ce ménage a six enfants, l’aînée, une fille, ne présente aucune tare nerveuse, mais une seconde fille est strabique et le troisième, un fils, meurt de méningite, et les trois derniers sont des enfants arriérés atteints d'hydrocéphalie, de cataractes congénitales et de nyslagmus. |
On à invoqué avec raison la syphilis dans l'étiologie de la cataracte zonulaire. Cette cause sur laquelle insiste M. de Lapersonne, est certaine et à l'appui de son opinion, il cite cette observation intéressante.: « Il y a (rois ans, J'ai opéré, dit-il, un petit malade qui avait l'aspect de peut vieux au leint pâle et terreux, présentant des vergélures des lèvres et quelques ulcérations au niveau des commissures, une dent incisive supérieure manquait, d'autres présentaient l'aspect caractéristique des dents d'Hutchinson. » |
Enfin, dans d'autres cas, nous relevons soit chez les
parents des malades, soit chez leurs collatéraux, des manifestations de tuberculose et surtout la méningite tuberculeuse, la sœur de notre malade est morte de méningite et la sœur de son père succombe à la même affection (Obs. I). Dans une autre observation que M. de Lapersonne a citée dans sa clinique sur la cataracte zonulaire, on retrouve encore la méningite tuberculeuse : une femme a {rois enfants, les deux premiers sont atteints de cataracte zonulaire et le troisième meurt de méningite tuberculeuse.
Les ares nerveuses, les antécédents névropatiques, peuvent être accusés dans l'ignorance où l’on est de la cause éfiologique de la cataracte zonulaire et on doit, malgré tout, dans certains cas, incriminer l'hérédité nerveuse (Schanz, Pisanti).
Du reste, au point de vue étiologique, toutes les affeclions dyscrasiques peuvent être invoquées, elles occasionneraient une sorte de dystrophie dans le développement et la croissance du cristallin dans la vie intrautérine.
La bilatéralité de la cataracte zonulaire est encore une question discutée. Tout au début, Becker nie l’existence de l'unilatéralité de la cataracte zonulaire. Von Arx admet 4 °/, de cataractes zonulaires unilalérales et Hess pense que dans la majorité des cas, la cataracte zonulaire est bilatérale, mais il admet son unilatéralité. Très rares, en effet, sont les cas de cataractes zonulaires umilatérales, ce sont les cas de Davidson, Schirmer, Hense, Voinow et Hess.
Récemment, M. Terrien dans une communication
faite à la Société d'Ophtalmologie de Paris (4 juin 1907),
LT Oo
présente un petit malade de son service qui, tout d’abord, semble porteur d’une cataracte zonulaire unilatérale. Mais à l'examen attentif de l'œil congénère, M. Terrien découvre de très fines opacilés visibles seulement à l'image droite.
En présence de ces cas, que l'on diagnostique tout d'abord cataracte unilatérale, on peut se demander si l’œil congénère ne présente pa$ une cataracte zonulaire ébauchée, réduite à un simple liseré ou à un pointillé qui passerait inaperçu, et ne génerait nullement la vision.
Ces opacités si ténues, existant depuis la naissance, peuvent rester slationnaires, elles sont ainsi découvertes fortuitement à l’occasion d’un examen ophtalmoscopique (cas de Galezowski).
Ces faits très rares, il est vrai, où la cataracte zonulaire ébauchée est découverte par hasard chez un individu qui en était porteur, constitueraient un argument en faveur de la congénitalité que nous nous faisons de cette forme de cataracte. Aussi Otto Becker écrivait ceci : « Les cas décrits qu'on prétend s'être développés pendant la vie extra-utérine, se laissent à la rigueur ramener à la forme congénitale, celle-ci ayant été pendant l’enfance excessivement ténue., »
Tous les auteurs ne°se rangent pas à l'opinion de Otto Becker. On a objecté, en effet, que les cas de cataracte reconnus dès la naissance, sont excessivement rares.
Cependant Schwalbe trouve chez un enfant de 8 jours, une calaracte zonulaire : de Becker, chez un enfant de 15 semaines et Hosch, chez plusieurs enfants d’une même famille aussitôt après la naissance.
S1 nous nous reportons aux observations de M. de
SSP: au
Lapersonne et aux deux observations de M. Terrien, nous pouvons admettre que si la cataracte n’a pas toujours débuté dans la vie intra-utérine, nous pouvons penser qu'elle a débuté dans un âge assez voisin de la naissance et que la cataracte zonulaire doit être considérée comme une cataracte congénitale.
D'ailleurs, nous aurons l’occasion de revenir sur ce caractère de la cataracte au chapitre de la pathogénie, lorsque nous étudierons le mécanisme de sa formation et les recherches faites pour expliquer son développement dans la vie fœtale (Dub, Von Hippel, Toufesco).