‹ Catarrhe suffocant d'origine grippaleChapitre 14 sur 25 · SAGE · texte numérisé non relu

SAGE

L'état général n’était pas satisfaisant ; l’enfant restait abattue, le visage congestionné et les yeux brillants ; la nuit, elle s’agitait, se plaignant de douleurs mal localisées; accusant cependant de préférence le côté gauche du ventre, région qui était sensible à la pression.

En présence de ces symptômes généfaux, disproportionnés avec l’âge de la rougeole, et surtout en tenant compte des signes pulmonaires tant physiques que fonctionnels, M. le professeur Hutinel n’hésita pas à diagnostiquer une rougeole infectée d'emblée (1) et à incriminer dans ce cas une infection grippale, quelques autres cas de cette infection ayant été observés récemment dans l’établissement. Le pronostic fut considéré comme très sombre.

Le 29 mars (4° jour), la congestion pulmonaire s’accentue, tandisque l’éruption rubéolique atteint son apogée. Il n’est pas possible de localiser un foyer pulmonaire : mais tout indique que l'appareil respiratoire est pris dans sa totalité, qu’il s’agit d’une infection bronchique généralisée, plus sévère que celle qui résulte de la rougeole seule. Les bases sont en vérité diminuées de sonorité, sans qu’on puisse circonscrire une zône nette de matité ; dans les deux poumons s'entendent des râles fins et disséminés.

Les autres appareils sont peu troublés : les selles qui, hier; avaient une tendance diarrhéique, sont redevenues aujourd'hui plus rares et moins liquides.

La température oscille entre 39°2 et 4001 ; le pouls est rapide, tendu.

(Traitement : Ventouses, acétate d’ammoniaque, oxygène, quinine : 0,50 ; liävements).

Le 30 mars (5° jour) la situation s'aggrave, La rougeole, débordée par sa complication, passe au second plan et sa défervescence, normale à pareille époque, n’est même pas esquissée ; son retrait est seulement marqué par l'effacement progressif de

(1) Peut être préinfectée, hypothèse vraisemblable mais impossible à affirmer faute de renseignements sur les jours qui ont précèdé l'entrée dans le service. ay LE RNA À a

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l'éruptiôn. Au contraire, les phénomènes justiciables de l'infection grippale, deviennent de plus en plus sérieux. La dyspnée augmente considérablement et prend le caractère suffocant ; la toux, est sèche, brève; incessänte. Pas d'expectoration. L'examen de la poitrine permet de constater certains changements sur l’état de la veille : les râles ont diminué du côté gauche ct sè sont multiplhiés à la base droite ; on n’entend aucun soufle permettant d'invoquer un foyer bronchopneumonique. L’abattement est extrême, entrecoupé de périodes d’excitation, lorsque l’angoisse respiratoire augmente. |

(Même traitement: ventouses, quinine, Todd; inhalations d'oxygène peu efficaces du reste).

Lé mème jour, une première ponction capillaire faite dans le lobe inférieur droit, donne lieu à une série d'ensemencements dont les résultats détaillés seront exposés plus loin. Disons dès maintenant que ces ensemencements nous ont fourni des cultures pures d’un bacille qui, après vérification, a pu être identifié avec le bacille grippal de Pfeiffer.

Le 31 mars (6° jour), une certaine détente paraît s’annoncer, la respiration est un peu moins rapide, l'enfant moins abattue. L'’éruption rubéolique est complètement effacée.

Le soir cependant, la Suffocation reparaît en même temps que la température monte à 4005. — La base gauche qui semblait débarrassée la veille, est envahie de nouveau par la congestion, dont les signes, matité et râles sous-crépitants fins, s'étendent dans toute la moitié inférieure du poumon.

(Traitement : ventouses, injections d’huile camphrée, oxygène.)

Le 1er avril (7° jour), le tableau clinique répond en tous points à la forme dite catarrhe suffocant. La respiration est rapide et courte, entrecoupée sans cessé par une toux brève qui manque de souffle ; il ést manifeste que l'arbre aérien est devenu à peine perméable à l'air inspiratoire et que l’hématose est tout à fait insuffsante:

L'enfant s’agite, changé continuellement de position, réclame sans cesse son tube à oxygène pour l’abandonner aussitôt, n’y

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trouvant pas le soulagement espéré. La peau est sèche, brûlante ; la soif vive ; vers le soir, la petite malade a du délire.

Les signes pulmonaires n’ont guère varié depuis la veille; les deux poumons sont remplis de râles fins ; à la base droite le bruit inspiratoire prend le caractère soufflant ; le lobe inférieur gauche est presque silencieux.

Les urines sont rares, colorées, albumineuses.. La température passe de 3902 à 40°? ; le pouls est rapide, petit, mou.

(Traitement : ventouses, injections de sparteine : 0,40, oxygène.)

Deux nouvelles ponctions capillaires sont faites dans chacun dés deux poumons ; l’une d’elle (poumon gauche) fournit encore une culture pure du bacille de Pfeiffer (voir plus loin).

Le ? avril (8° jour) au matin, la température est descendue: à 38°7. Mais cette défervescence n’est pas de bon aloi ; l’état général

* Mars 1897 Avril Dates| 26 | 27] 28| 29| 30] 341| 1|21|3 Jours| 11213|[4|S|161|71|8

(D ( 37° es ile eos du poumon droit. — II. et III. Ponction du poumon-gauche et droit. — IV. Sang de la veine. — V. Prises cadavériques, poumons.

est trop gravement atteint pour qu’on. puisse y voir autre chose. que l’annonce d’un dénouement prochain. La congestion pulmonaire à envahi les deux poumons et aujourd’hui encore, on note. que cette congestion est mobile, diminuant ici, augmentant là, mobilité que l’on sait être fréquente dansles manifestations pulmônaires de la grippe, La base gauche est moins engorgée qu’hiér;.

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par contre le lobe inférieur droit est peu perméable à l'air: le murmure vésiculaire y est à peine perceptible ; pas de souffle. En avant, on note également les progrès de la congestion et du catarrhe bronchiques ; de nombreux râles humides, à grosses bulles, s’entendent sous la clavicule gauche, dans toute une zone où la sonorité est diminuée. La dyspnée est extrême; mais l’enfant, abattue par la lutte et influencée déjà par un commencement d’asphyxie, ne réagit plus et reste prostrée. Des tâches purpuriques apparaissent aux coudes et aux jambes.

Dans le courant de la journée, l’asphyxie devenant plus intense malgré les injections d’éther, de spartéïne et les inhalations d’oxygène, on pratique une saignée de 150 grammes qui n’amène pas d'amélioration appréciabl2.

Vers ie soir, la figure se cyanose, les extrémités se refroidissent; l’agonie commence et la malade succombe dans la nuit.

AUTOPSIE. — Les taches purpuriques des-membres sont encore visibles quoiques pâlies.

: Les plèvres ne contiennent qu’une très faible quantité de liquide clair, sans fausses membranes ni adhérences.

Les poumons, extraits en bloc avec le médiastin, sont remarquables par leur masse et leur poids; ils s’affaissent à peine, après l’ouverture de la cage thoracique et, déposés sur la table, ils ont . une tendance à s’étaler comme des éponges pleines de liquide. Leur surface est généralement foncée, surtout aux bases et en arrière où la coloration est violette-noirâtre. Dans les régions antérieure et supérieure, la surface est marquetée de lobules rosés, saillants, emphysémateux. Les lobes sont pesants, mais leur con» sistance n’est point celle de l’hépatisation ; 1ls sont PAUL mous. cépressibles. ,

A la coupe, le tissu pulmonaire varie un peu d’aspect suivant les points considérés. Les lobes inférieurs sont le siège d’une broncho-pneumonie diffuse, occupant toute l’aire de la coupe, présentant en quelques points l’aspect mamelonné, mais limitée plus généralement au stade de la congestion. Celle-ci est intense : le parenchynie est “couleur” lie-dé-vin, 4 surface de section laiss,

suinter un liquide séro-sanguignolent. Par la pression, ce liquide ruisselle en grande quantité et de la lumière des petites bronches sourd une spume louche. Les bronches moyennes sont obstruées par des mucosités filantes mais ne renferme pas de pus vrai. Dans les lobes supérieurs, la congestion et l’œdème sont moins marqués ; les petites bronches cependant laissent s’écouler des gouttelettes d’une sérosité spumeusce et trouble.

L'hypothèse de granulie ayant été un jour soulevée durant la vie on procede avec grand soin à la recherche des tubercules : en aucun point du parenchyme pulmonaire il n’est possible d’en trouver, ni à | état de tubercules conglomérés, ni à l’état de granulaüons gris's. Les ganglions du médiastin sont tuméfiés, rouges, mais ne renferment aucune lésion tuberculeuse.

Le cœur est normal ; ses cavités sont remplies d’un sang liquide noirâtre et poisseux ; pas de lésions éndocarditiques.

La cavité abdominale renferme un peu de liquide clair.

Le foie est un peu gros, congestionné et porte sur sa surface des marbrures anémiques. La rate est grosse, distendue, molle ; son parenchyme est friable, sans être absolument diffluent. Les reins sont hyperémiés. L’intestin grêle, presque vide, ne présente pas d’ulcérations ; le gros intestin contient des matières fécales jaurâtres, désagrégées ; les ganglions du mésentère sont peu altérés.

Aucun des viscères abdominaux ne renferme de tubercules.

BACTÉRIOLOGIE. — Les recherches bactériologiques auxquelles ce cas clinique à donné lieu se divisent naturellement en deux groupes :

I. — Celles effectuées pendant la vie, comprenant trois ponc- ‘ons capillaires des poumons et un examen du sang de la veine. IT. — Celles pratiquées après la mort (11 heures après), com-

prenant l'examen direct sur lames de la pulpe splénique et du contenu bronchique, et divers ensemencements des liquides cadavériques.

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