‹ Catarrhe suffocant d'origine grippaleChapitre 20 sur 25 · OBSERVATION III · texte numérisé non relu

OBSERVATION III

(Düe à l’obligeance de M. le docteur Rendu).

Le nommé Th., âgé de 45 ans est amené le 26 Janvier dans la nuit salle Trousseau à l'hôpital Necker dans un état voisin de l’agonie. À son entrée, il frappait immédiatement par l’anxiété respiratoire extraordinaire qu’il présentait, la pâleur de sa face, Ja cyanose de ses extrémités, les sueurs profuses de son visage et par les râles entendus à distance. Examiné par l’interne de garde, il: présentait, indépendamment de cette suffocation extrême, des: Symptômes très alarmants du côté des différents organes. .

L’examen de la poitrine montrait une respiration à peu prés, nulle dans les deux poumons et des râles ronflants et sibilants. Le pouls était petit et misérable, La pointe du cœur battait dans le 6° espace intercostal et le Cœur paraissait volumineux. A l’aus- Cultation, on entendait un rythme fœtal. Le malade était dans un tel état d'asphyxie qu’en faisant une ligature pour une .saignée, il: fut impossible de faire Saillir une veine, tant au bras. droit qu'au : | bras gauche. Après une tentative. infructueuse, on fut obligé de.

renoncer à pratiquer la saignée. Le malade resta jusqu’au matin . dans ce même état de mort imminente. a

Le 27 Janvier au matin, M. Rendu en arrivant voit immédiate-

ment le malade et essaye de pratiquer une saignée et.avec quelque :

Hire

difficulté obtient une émission sanguine de 500 grammes. On prescrit en même temps au malade une potion avec 1 gr. 50 de caféine, à, prendre dans l’après-midi. Dans la journée une amélioration. notable apparaît. La figure se recolore, la cyanose diminue, la; respiration devient un peu plus tranquille, le malade se met à expectorer une grande quantité de crachats spumeux mêlés de pus. Dans la soirée le pouls se relève. et le lendemain matin 28 janvier. le malade qui jusque là n'avait pu donner aucun détail sur. l’histoire de sa maladie, fournit les renseignements suivants.

Cet homme est un emphysémateux de longue date. Depuis deux ans au moins il se plaint d’essoufflement. Cependant, bien que sa poitrine presente un peu de voussure à sa partie supérieure et que l’emphysème ne soit pas douteux, le malade n’est sujet ni aux bronchites ni au catarrhe. Depuis deux mois seulement il toussait. un peu, ce qui cependant ne l’empêchait pas de continuer son travail. La maladie actuelle remonte à cinq ou six jours. Elle. a commencé d’une façon brusque par un violent frisson, sans que le malade se fut exposé au froid, et des douleurs vagues dans les membres. Puis, progressivement, en même temps que le malade se mettait à tousser et à cracher, s’est montrée une gêne respiratoire persistante qui l’a fait appeler un médecin. Ce dernier, après l'avoir soigné un jour chez lui, ordonne son transfert à l'hôpital.

M. Rendu diagnostique en présence des signes physiques actuels et de l’histoire de la maladie un catarrhe suffocant, probablement d’origine grippale. [1 discute pour les rejeter les diagnostics suivants : phtisie aiguë, bronchite 21buminurique, œdème pulmonaire aigu d’origine cardiaque. Puis il prescrit de l'ipéca et une potion avec de la terpine. |

Dans cette journée du 18 janvier, le malade se sent très soulagé. La respiration se fait mieux, la cyanose à complètement disparu. Mais le malade continue à expectorer des quantités énormes de crachats muco-purulents. La température reste aux environs de 380, les forces reviennent un peu et le 28 au soir, tout faisait Supposer une convalescence prochaine. Pas d’albumine dans les urines.

DA en

Dans la nuit du 28 au 29, le malade est repris subitement d’un

nouvel état asphyxique extrêmement grave. De nouveau la respi-

ration devient nulle dans les deux poumons et est remplacée ‘par

des râles fins, crépitants et sous-crépitants. Le pouls redevient petit et la cyanose réapparaît.

Cet état persiste toute la journée du 29 janvier, sans élévation de température, avec affaiblissement progressif du pouls. Dans la soirée, en présence de son état asphyxique, l’interne de garde songe à faire une nouvelle saignée, mais il n’ose pas à cause de l'extrême faiblesse du pouls.

La nuit du 29 au 30 est très mauvaise. Délire, état demi-coma= teux. Le 30 au matin, M. Rendu prescrit l’enveloppement du malade dans un drap mouillé. Le malade succombe quelques heures plus tard.

L’autopsie n’a pas pu être faite à cause de l'opposition mise par là famille.

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