OBSERVATION IV
Un cas de bronchite capillaire chez l’adulte (catarrhe suffocant de Laënnec)
(Observation publiée par A. Fauvel en mars 1841) (Archives générales de médecine, 1841, dII° série, t. X)
Fège àgé de 42 ans, cocher, est admis à l’Hôtel-Dieu, dans le service de M. le professeur Chomel, le 7 janvier 1841. Cet homme d’une taille moyenne, d’un embonpoint ordinaire, d’une constitution athlétique, ne se rappelle avoir été malade qu’une seule fois en sa vie, il y a 7 ans. Il compare l'affection qu'il avait alors, et qui fut de courte durée, à celle qui l’amène actuellement à lPhôpital, Il a ordinairement une très bonne santé. Il n’est pas sujet à s’enrhumer, même pendant l'hiver. Il n’a jamais éprouvé
de gêne en respirant; il montait, courait sans être facilement
essoufflé ; 11 n a jamais ressenti de battement de cœur, ni remar-
qué qu il eût de l'œdème aux membres inférieurs.
Depuis trois semaines il a commencé à tousser. Il n’éprouva: d’abord ni fièvre, ni oppression, ni point de côté, il ne cracha pas de sang. Peu à peu la toux est devenue plus intense, douloureuse sous le sternum ; de la dyspnée se manifesta, l’expectoration devint difficile ; les crachats étaient composés d'une matière épaisse jaunâtre. Cette exaspération de la maladie, qui ne fut pas annoncée par des frissons, remonte à huit jours à peu près; mais c’est surtout depuis dimanche dernier, 3 janvier, que les phénomènes sont devenus plus intenses. Néanmoins le malade prit encore des aliments solides et put continuer son travail jusqu’au soir du. 6 janvier. Mais le matin, 7, il ne pouvait plus se tenir et il étouffait. (
Dans la journée on la one en voiture à l'hôpital et, soutenu par une personne, il a eu beaucoup de peine à monter les escaliers. Il ne saurait attribuer sa maladie à aucune autre cause qu’au froid excessif auquel il a été exposé ces jours derniers par sa profession.
Tels sont les renseignements fournis par le malade lui-même qui, malgré la gravité de sa position, répond avec beaucoup de netteté et d'intelligence aux questions qu’on lui adresse.
Ces renseignements sont entièrement confirmés par les personnes avec qui il vivait habituellement depuis quatre mois, et qui ont été interrogées à ce sujet. Toutefois elles ont ajouté: que cet homme, né d’une bonne famille, avait vécu autrefois dans laisance, mais que marié et par suite de discussions conjugales, sa femme l’ayant abandonné, il tomba dans une profonde misère dont il sortit il y à quatre mois, époque où il devint cocher de cabriolet. Ces mêmes personnes ont Hé que c'était un homme tranquille, réservé, paraissant avoir des chagrins profonds et que, depuis , quelque temps, sans doute pour faire diversion, il s’était adonné aux boissons alcooliques, ce qui, auparavant, n’était pas dans ses habitudes,
Le ?, jour de l'entrée, à 6 heures du soir, le malade est dans l’état suivant : |
Décubitus variable ; faciès inquiet exprimant l’anxiété ; visage peu coloré; légère teinte violacée des lèvres. Parole brève, bien articulée.
Respiration haute, courte, accélérée (40). De temps en temps, toux sourde, grasse, déterminant une douleur déchirante sous le sternum. Expectoration diflicile de crachats homogènes, non aérés, opaques, Jjaunâtres, adhérents. :
Percussion. — Sonorité normale dans toute l'étendue de la poitrine, des deux côtés, en avant et eu arrière.
Auscultation. — Dans le tiers inférieur et postérieur des deux côtés, râles sous-crépitants, fins et très nombreux ; absence de murmure respiratoire. Dans les deux tiers supérieurs, mélange de râles sous-crépitants et muqueux à peu près aussi abondants d’un côté que de l’autre et assez forts pour que, même au sommet, il ne soit pas permis de distinguer le murmure vésiculaire. En avant, des deux côtés, même mélange des deux râles sous-crépitants et muqueux dans toute la hauteur. Les bruits du cœur, qu’on a de la peine à entendre, sont réguliers et n’ont rien d’anormal.
Chaleur modérée de la peau, sans sécheresse, ni sueur.
Pouls (132) assez résistant. Langue humide, naturelle. Soif médiocre. inappétence. Abdomen souple, indolent.
Prescription. — Saignée du bras de 500 grammes. Tisane de mauve, potion gommeuse. Sinapismes.
Le 8, matin : le sang présente un caillot sans couenne, adhérent aux parois du vase et de consistance moyenne. Le faciès est plus calme, il y a moins d’oppression. Le malade peut se tenir couché.
Le pouls peu développé, peu résistant, donne 120 pulsations . Du reste, il n’y a rien de changé dans les phénomènes décrits la veille. Seulement, à l’auscultation, le râle sous-crépitant de la base paraît moins fin et moins non:breux des deux côtés.
Prescription. — Large vésicatoire sur le sternum ; 10 grammes d'huile de ricin ; mauve, sirop de gomme ; potion gommeuse.
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Le soir : l'oppression est ‘devenue plus ne se HS ; iIlya asphyxie imminente. PART UE É
Le malade se tient assis sur son lit et courbé en avant. Parfois il quitte cette position.et se couche à plat ventre. Le décubitus dorsal n’est pas tolérable. L’anxiété est extrême.
Yeux fixes, saillants, largement ouverts ; teinte violacée, légère à la peau de la face, très prononcée aux lèvres.
Respiration courte, fréquente (44), de temps en temps stertoreuse. Voix et intelligence conservées.
A de courts intervalles, toux grasse, assez énergique, déterminant toujours une dde sous le seu et suivie d’expectoration pénible.
Crachats en plaques épaisses et isolées, homogènes, d’un jaune
opaque avec une teinte rougeâtre uniforme.
Percussion. — Le son paraît généralement exagéré des deux côtés.
Auscultation. — En arrière, râle sous-crépitant dans les deux
tiers inférieurs des deux côtés. Il est plus gras que la veille ‘et se traduit à l'oreille par la sensation d’un bruit rude. Dans le tiers supérieur des deux côtés, on entend la respiration mêlée à du râle muqueux. Rien de changé en avant. Bruits du cœur normaux. Pouls (124) petit, faible. Peu de chaleur à la peau. Même état de l'abdomen et des voies digestives. Deux selles liquides depuis le matin.
Prescriptions. — Deux grammes d’ipécacuanha divisés en six paquets qu’on admnistrera successivement jusqu’à effet vomitif. - Sinapismes promenés aux extrémités.
9 janvier — Le malade, ne pouvant rester au lit, a été placé assis dans un fauteuil et maintenu en avant par une alèze passée autour de son corps ; il est resté ainsi depuis hier soir. Quatre paquets d’ipécacuanha ont été pris sans effet vomitif.
Le malade est très affaissé ; il à beaucoup de peine à articuler une parole. Cependant il a conservé son intelligence et répond par signes. La face estimmobile et offre une teinte violacée encore plus marquée qu’hier. Le pouls, à 108, est très petit.
F2 RU LOREAES SE TS di Vade .d -
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Rien de nouveau quant à la percussion, à l’auscultation et à l’examen de toutes les fonctions. Prescriptions. = Tisane de polygala, potion expectorante, sinapismes. | - Peu de temps après la visite, l’expectoration a cessé de se pro: duire; le malade à été en s’affaiblissant ; la peau de tout son corps est devenue violette (phénomène remarqué par la mère de la salle) ; mort vers une heure de l'après-midi ; le malade avait gardé la même position assise et tranquille jusqu’à la fin.
NÉCROPSIE pratiquée 45 heures après la mort, par un temps de dégel. — Raideur cadavérique très prononcée. La coloration violette des téguments qui existait pendant la vie a presque complètement disparu.
Thorax. — A l'ouverture de la poitrine, les poumons ne <’affaissent pas.
Plèvre droite. — Adhérences celluleuses anciennes à la partie inférieure et postérieure. Le reste de la cavité est lisse, humide, Sans sérosité ni fausses membranes. S
Poumon droit. — Enlevé avec précaution, il ressemble à un Poumon qu'on aurait fortement insufilé: ses bords sont épais, présentent quelques bosselures peu Saïllantes et l’on y disiingüe facilement une dilatation Presque uniforme des cellules pulmoaires dont aucune n’atteint le volume d’une tête d’épingle. La ‘coloration extérieure de l'organe est, en avant, un fond gris coupé par des lignes noirâtres. En dehors et en arrière, le fond devient ardoisé et acquiert une teinte rouge violacée d’autant plus foncée qu’on approche davantage de la base et de la partie postérieure, On reconnaît à la vue et au toucher une vingtaine de petits Corps durs aplatis, du volume d’un grain de semoule et placés sous la Plèvre Sur le trajet des lignes noirâtres. Ils ont une consistance Cartilagineuse et ne ressemblent Pas aux granulations tuberculeuses. Partout le poumon est Souple, moëlleux ; il donne sous le doigt un sentiment de crépitation fine et conserve une empreinte qui-ne s’efface pas spontanément. À la coupe il offre en avant une coloration d’un gris clair, mais en avançant vers les parties déclines, on trouve une teinte rouge violacée de plus en plus foncée,
Eu | Nos Cette couleur s'établit par nuances insensibles et sans limites tranchées. +
Par la pression, dans toute la moitié antérieure des trois lobes, où ne fait suinter à la surface de la coupe que de petites gouttelettes purulentes qui s’écoulent des orifices bronchiques et sortir que de l'air qui s'échappe en déterminant de la crépitation ; tandis que dans la moitié postérieure, outre la matière contenuë dans les bronches, et l’air renfermé dans les cellules, on fait sortir une petite quantité de Sang noirâtre qui provient de vaisseaux appréciables et non pas du tissu pulmonaire proprement dit.
Iñdépendaminent de cela, dans le lobe supérieur eten arrière, là pression fait écouler un liquide séreux coloré en rouge (il ÿ à ün peu d’æœdème). Du reste nulle part le parenchyme du poumon n’est induré ni ramolli : il est à la fois souple et tenace.
Les ramifications de l'artère pulmonaire, depuis la racine des bronches, renferment une grande quantité de sang noir, liquide où en caillots quise prolongent jusque dans les petites divisions, Sans contracter d’adhérences : la surface du vaisseau est saine, Les artères pulmonaires sont vides.
Plèvre gauche. — Ni adhérences, ni sérosité.
Poumon gauche. — La description faite pour le poumon droit est entiéremient applicable à celui-ci. Même distension dé l'organe avec dilatation générale des cellules ; même aspect extérieur ét intérieur, même consistance.
Ganglions bronchiques. — 11s se présentent avec un volume ordinaire, une coloration noirâtre et une consistance ferme.
Lärynæ. — Tapissé par un peu de matière analogue à celle décrite plus loin ; muqueuse lisse, ayant une coloration rosée et uné bonne consistance. |
Trachée artère. — Renferme une assez notable quantité d’une matière mucoso-purulenté, épaisse, peu äérée, qui recouvre Îa müqueuse. Celle-ci, dès l’origine de la trachée, tranche sur celle du larynx par Sa coloration générälément d'un rouge vif. Cette toügeur est duë à une injection fine disposée en ärbotisations et en
bointillé : ëlle siége à la tofs dans là muqueuse et le tissu céllulatre