Catéchism d'agriculture ou La science agricole mise à la portée des enfants [microforme]
Il existe un nombre considérable de livres duns lesquels on peut apprendre à parler sur l'agriculture; mais 1l n’en est que bien peu qui puissent apprendre à la pratiquer. La plupart des écrivains agronomes organisent leur expluitation agricole sur un terrain neuf, subordonnent tout au plan tracé dans leur imagination, exigent des capitaux considérables et veulent tout refaire en neuf. Mais lorsqu'un agriculteur veut mettre à profit tous ces beaux préceptes que la science lui prodigue, il y trouve à peu près autant de lumières qu’en trouverait dans Platon l'homme d'Etat qui voudrait gouverner une vieille nation d'Europe, sur le plan de la république de ce philosophe.
Qu'on n'oublie donc pas que l’agriculture a partout des précédents dont elle ne peut se dégacer, qu'elle est asservie à des necessités qu'il faut subir. Dans de semblables conditions, tout ce que la sagesse et la prudence peuvent nous conseiller, c'est de reformer ceux de ses défauts qui mettent le plus d'obstacles à sa prospérité, c’est de Jui proposer les moyens de redoubler ses revenus en lui demandant le moins d'avance possible,
—Je suis convaincu que l'art agricole, ramené à la simplicité qui lui est propre, sera
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accueilli avec empressement, dès qu'on le montrera tel qu'il doit être en réalité: l'art d'exploiter le sol avec profit. La täche que j'entreprends me parait donc éminemment utile.
L'art de cultiver la terre est une chose simple et à la portée de tous; on peut arriver à le posséder par l'étude seule des faits qui lui sont propres, sans avoir à interroger péniblement tous les échos de la science. Dieu a écrit sur la terre et dans le ciel les enseignements élémentaires de l'agriculture, ceux que tous les yeux peuvent lire et que tous les esprits peuvent comprendre.
Oui, l’art de cultiver la terre est à la portée de toutes les intellisgences et de toutes les fortunes, Le capital d'améliorations doit se créer par l'amélioration elle-même. On ne doit emprunter que du sol. C’est de la terre et non d’une somme soi que doit surgir le principe vivifiant de la culture. Bien des agronomes réclament pour améliorer l’agriculture, et comme conditions de rigueur, une grande instruction scientifique et des capitaux. U'’est placer du coup à l'entrée de la carrière agricole deux impossibilités pour la masse des cultivateurs.
Voici le grand secret d’une bonne agriculture appuyée sur une iongue expérience, et sur un principe aussi vieux que le monde: consacrer les deux tiers, ou au moius la moilié du domaine exploité aux cultures fourragères.
Le bétail est la base de toute culture; l’élement essentiel de toute richesse agricole. 200 ans avant Jésus-Christ, Caton, qui était un agronome aussi bien qu’un sage, avait formulé en une sentence saisissante son opinion sur cette vérité : 4 Quel est le premier moyen de faire progresser sa terre”? lui demandait-on ‘“Bene pascere” ‘“ la
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faire pâturer ” répondait-il. Et le peuple n'a-t-il pas dit de tout temps: Qui a du foin a du pain
Ce principe est surtout écrit dans les faits. Le temps de la grandeur de la culture chez les Romains était celui où, comme nous l'apprend la loi Licinia, le cultivateur possédait cinq tetes de gros bétail pour huit arpents de son exploitation. Au contraire, la décadence de la culture romaine était à son dernier terme au temps de Pline, alors qu'on ne comptait plus qu une tete de bétail pour 20, 24 et mème 530 arpents.
A la première de ces époques, le grain rendait de 15 à 20 pour un, à la seconde, il ne donnait que 5 à 4.
Ce que les sages et le bon sens du peuple ont exprimé, ce que l’histoire constate, ce que la pratique vulgaire enseigne, il faut le pratiquer.
L'acte lee est riche de faits agricoles sur lesquels elle peut s'appuyer sûrement. Hn voici quelques-uns connus de tous les cultivateurs tant soit peu observateurs. Une terre a donné une récolte superbe de pois, si vous lui en demandez une seconde l’année suivante, elle ne vous donnera q'une récolte médiocre, et si vous persistez la troisième année, elle ne vous en donnera qu'une misérable. Les céréales n'aiment pas à succéder aux céréales. La science vous explique le fait, mais malheureusement son explication est trouvée quelquefois en défaut. Le blé vient mal après le blé, et fort mal si on le sème trois années de suite sur le même terrain ; le seigle vient mieux après le seigle, l’avoine après l’avoine, l'orge
réussit après le blé, le blé ne veut pas venir apres l'orge, Voici autant de notions pratiques plus sûres ue les théories de la science, que l'expérience es siècles nous a fourni.
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Si les principes que je viens d'exposer étaient connus et appliqués en Canada, les produits de notre sol seraient promptement doublés et toutes les branches de la richesse seraient accrues dans une proportion plus considérable encore. Le sujet est donc de la plus haute importance :
Quand on se donne la peine d'examiner et de comparer les statistiques de l’agriculture des diverses nations, ses détails et ses produits en différentes contrées, dans un même pays, on arrive toujours et invariablement à constater la vérité de ces paroles : Partout et toujours les produits et les bénéfices de l'agriculture sont proportionnels à la quantité d'engrais, par conséquent à lélendue des champs consacrée à nourrir du bétail, comparée à celles des champs en culture épuisante.
On voit souvent les cultivateurs faire mille eflorts pour mettre cette loi en défaut, mais toujours la nature leur résiste et ils saccombent à la peine.
Au lieu de lutter ainsi contre une invincible nécessité, ils devraient s’empresser de s'y soumettre, puisque là est leur salut; mais 1ls trouvent que ce chemin est trop facile pour être celui de la fortune.
Dominés par cette désastreuse impression, nos cultivateurs éprouvent de véritables déceptions chaque année, et se dégoûtent de plus en plus de leur profession. De là cette émigration des campagnes vers les villes ou les grands centres manufacturiers, et tous les malheurs qui s’en suivent
Il est vraiment triste de constater que, dans un pays essentiellement agricole comme le Canada, les bras manquent à l’agriculture. Et comment pourrait-il en être autrement, lorsque l’on voit