‹ Catéchisme bouddhique ou introduction à la doctrine du Bouddha GotamaChapitre 52 sur 64 · Y a-t-il des devoirs envers soimême · texte numérisé non relu

Y a-t-il des devoirs envers soimême

Non ; la doctrine des devoirs envers soimême n'est qu'une excuse de l'égoisme.

123. Est-il mal de rendre la pareille à un ennemi qui nous fait du mal?

Oui; le vrai Bouddhiste ne rend pas le

mal pour le mal. ' 11 abandonne le malfai-

i. Il m'a trompé, battu, ruiné : celui qui nourrit dans son cœur de telles pensées, sera toujours en hutte à la haine.Car la haine n'est pas vaincue par la haine. La haine est vaincue par l'amour. C'est la règle de toute éternité (Dhammapada.j

teur à la justice éternelle, le lui pardonne et a pitié de lui; car le méchant par suite de l'action du Karma, expiera dans cette vie ou dans une autre. Plus il se réjouit maintenant, plus il s'endurcit contre de meilleurs sentiments, plus sa punition sera dure.

1 24. Le malfaiteur endurci doit-il expier

éternellement ses mauvaises actions?

Non, aucune faute commise dans un temps fini, quelque grave qu'elle soit, ne peut avoir pour conséquence une punition éternelle. L'ordre du monde qui le permettrait, serait injuste et cruel. Or, l'ordre moral du monde, que le Bouddha nous a annoncé, repose sur la justice. Aussi chaque mauvaise action trouve seulement l'expiation temporaire qui lui correspond, dans cette vie ou dans une suivante.

12 5. N'y a-t-il pas d'enfer, pas de ciel ?

Non, du moins pas dans le sens chrétien, juif ou mahométan. Mais il y a des mondes obscurs, pleins de peine et de désespoir, où aucun rayon de la connais-

sance libératrice ne pénètre jamais. Là, celui qui a commis des fautes graves doit rester jusqu'à ce qu'il ait consommé le fruit de ses mauvaises actions. Ensuite son bon Karma (son mérite) le fait renaître comme homme et de nouveau la possibilité lui est offerte d'atteindre à la connaissance et d'arriver, par une vie honnête, au Sentier du Salut. De même, il y a des mondes brillants et pleins de joie où l'homme bon, mais qui n'est pas encore mûr pour la délivrance, peut jouir de ses vertus. Lorsque le fruit de ses mérites est consommé, il faut qu'il revienne, comme homme, sur la terre, puisqu'il est encore animé de la volonté de vivre. '

i Celui qui a reconnu les Quatre Ventes de Salut, n'aspirera donc ni au bonheur terrestre ni à revivre dans les brillants mondes célestes. Il ne cherchera que la délivrance, la paix éternelle. Aussi longtemps que l'individualité, que le moi n'est pas vaincu et anéanti, la souffrance, la naissance et la mort ne sont pas supprimées, Même les anges et les dieux (on nomme ainsi les êtres qui vivent dans les mondes brillants), sont astreints à mourir et à renaître. Tout ce qui est susceptible de changement est susceptible de souffrance. Ce n'est que lorsque toute malveillance, mut désir, l'ignorance et l'individua-

1 26. Ya-t-il de mauvaises actions qui doivent être expiées par plus d'une nouvelle existence ?

Sans doute; de grands crimes exigent souvent pour leur expiation plusieurs existences successives, comme homme ou comme habitant des mondes obscurs.

127. La faute des parents est-elle punie dans leurs enfants ?

Non. Ce serait contraire à la justice éternelle. Personne ne souffre pour la faute d'un autre. Partout où il y a souffrance, il doit y avoir faute; et partout où il y a faute, il y a aussi souffrance. C'est la règle de toute éternité.

128. Nous voyons cependant que les enfants ressemblent en général à leurs parents pour leurs qualités physiques et morales: que les bons ou mauvais instincts, la santé ou la maladie sont héréditaires aussi bien que la richesse

lité se sont éteints dans le Nirvana, que cessent la souffrance et la nécessité de renaître. Cest le but suprême que le sage regarde comme seul digne de ses efforts.

ou la pauvreté. Cela ne scmble-t-il pas contredire la loi du Karma ?

Non; tout cela confirme cette loi. Nous ne ressemblons pas à nos parents, parce que nous sommes leurs enfants, mais c'est au contraire, parce que nous ressemblons a nos parents, dans notre être intime et dans notre individualité, que nous sommes devenus leurs enfants.

C'est parce qu'au moment de notre incarnation, nous n'avions avec personne d'aussi grandes affinités électives qu'avec nos parents, que nous nous sommes incarnés en eux. Mais des causes semblables produisent des effets semblables. L'identité des dispositions intimes chez les parents et chez les enfants, se retrouve aussi nécessairement dans leur extérieur, dans leurs penchants et dans toute leur existence.

La science, en constatant que beaucoup de qualités sont communes aux parents et aux enfants à simplement donné le nom d'hérédité à un fait qui reste pour elle inexplicable. Seule la doctrine du Karma

et des existences successives en donne une explication satisfaisante.

129. Comment s'expliquent, d'un autre côte', les différences que l'on constate souvent entre les parents et leurs enfants ?

Justement en invoquant la même loi.

Les enfants sont, malgré toutes les affinités électives qu'ils ont avec leurs parents, des individualités indépendantes. Ils ont leur Karma particulier et doivent donc, à côté des qualités qu'ils ont en commun avec leurs parents, en avoir beaucoup d'autres qui leur sont particulières. Si ce sont justement ces dernières qui se développent dans cette existence terrestre, les enfants semblent tout à fait différents de leurs parents.

Du reste, c'est au moment de la procréation que les enfants ont avec leurs parents les affinités électives les plus grandes. Dès le moment de la naissances chaque être vivant suit sa voie particulière de développement qui souvent s'écarte beaucoup de celles de ses parents.

i3o. L'homme bon et juste souffre souvent beaucoup sur la terre. N'y a-t-il pas là une violation de la loi de la justice éternelle?

Point du tout. Il expie les fautes d'existences antérieures. C'est la conséquence de son Karma défavorable.

1 3 1 . Comment se fait-il que le méchant et l'injuste soient souvent heureux et considérés ici-bas ?

C'est la conséquence de leurs mérites dans des existences antérieures. C'est leur Karma favorable. Mais, lorsqu'ils auront consommé le fruit de leurs mérites, il leur faudra aussi goûter dans des existences postérieures le fruit amer de leurs méfaits. «

1. « La mauvaise action n'est pas comme le lait qui se caille tout de suite, mais comme un feu qui couve sous la cendre. Il continue a brûler doucement, sans qu'on le voie et éclate tout-acoup pour détruire l'édifice trompeur du bonheur, où le malfaiteur se croit à l'abri. » Telles sont les paroles des Livres Saints.

L'inégalité des destinées humaines sur cette terre: l'apparente injustice qui fait qued" hon )mes justes et bons sont souvent accables de souffrances, tandis que l'injuste vit dans la )oie et la magnificence, fournit à tout homme qui ne se

i32. Ne peut-on se soustraire, par le suicide, aux suites de ses méfaits ?

Personne ne peut se soustraire à la justice éternelle. Elle est inexorable et toute puissante et personne ne lui échappe.

Aussi on trouve ces paroles dans le Dhammapada ' : « Ni dans les profondeurs de l'espace incommensurable, ni dans le milieu de l'océan, ni dans les gorges obscures des montagnes, tu ne trouveras une place où tu puisses échapper aux suites de tes mauvaises actions. .

refuse pas à voir, la preuve irréfutable qu'il y a d'autres existences. Tout homme qui pense reconnaît que cet immense Univers qui nous parait si admirable ne peut pas être régi et soutenu par une force aveugle et injuste ; toutes les apparentes contradictions matérielles ou morales, que nous croyons y découvrir, doivent nécessairement trouver leur expiation. Lorsque nous voyons donc un homme juste et bon souffrir et que nous ne pouvons pas découvrir des fautes dans sa vie actuelle, nous devons en conclure qu"il les a commises dans une existence antérieure. La faute et la souffrance se correspondent toujours. C'est le principe fondamental de toute justice.

i. Le Dhammapada est un magnifique recueil d'aphorismes tirés du Soutta-Pitaka, pour les adhérents laïques.

,33. Le suicide est-il une illégalité ou un

péché ?

Le suicide n'est pas une illégalité, car chaque être a un droit sur sa propre vie.

Ce droit n'a pas besoin d'être démontré.

Mais le suicide est une action insensée, puisqu'il coupe violemment le fil d'une existence qui se renoue immédiatement, par la loi du Karma, et qui se renoue dans des conditions encore plus défavorables que celles auxquelles le suicidé dans son aveuglement, a cru échapper.

1 3 4 . Pourquoi dans des conditions plus défavorables ?

Parce que tout notre être, avec ses souffrances et ses joies, n'est que la conséquence de nos propres erreurs et de nos propres fautes. Aussi longtemps donc que l'erreur ne se dissipe pas et que la faute n'est pas expiée, on ne peut pas arriver à une meilleure existence. Celui qui le comprend, supportera patiemment toutes les souffrances et s'efforcera, en vivant honnêtement, en s'étudiant lui-même et en faisant le bien d'acquérir autant de mé-

go

rites qu'il pourra, afin de devenir digne d'une meilleure existence. Celui qui, au contraire, cherche follement à se soustraire à la souffrance, qui doit le purifier, prouve qu'il est encore bien loin de se connaître lui-même et qu'il n'a pas la volonté de devenir bon et sage. Dans sa folie aveugle, il brise cette forme fragile, qu'il prend pour son être véritable, et entre ainsi dans le sentier obscur, qui doit le ramener en arrière.

i35. Quelle est donc la partie de nousmêmes qui renaît ?

C'est la volonté individuelle de vivre ou l'individualité. C'est elle qui forme l'essence de notre être et qui, après la décomposition, après la ruine du corps matériel, renaît par l'effet du Karma, c'est-àdire, s'incarne dans une autre forme.

i36. Cette volonté individuelle de vivre, cette individualité, n'est-elle pas ce qu'on appelle l'Ame?

Non; ce n'est pas la même chose. La croyance en une âme immortelle, c'està-dire en une entité unique, éternelle et

indestructible et en même temps personnelle, qui ne résiderait dans le corps que temporairement, est regardée par le Bouddhisme comme une erreur reposant sur l'ignorance de la vraie nature de l'existence et des êtres vivants. Ce que les adhérents des religions européennes appellent l'âme est la réunion de différentes forces inférieures et supérieures (Skandhas), qui se séparent, lorsque l'organisme meurt. Ce qui s'incarne de nouveau dans une existence suivante n'est pas l'àme, mais seulement la volonté individuelle ou l'individualité. Celle-ci, chaque fois qu'elle renaît, se crée, suivant Karma, une nouvelle combinaison de Skandhas, c'est-à-dire une nouvelle personalité '.

1 3j. L'être qui renaît est donc, à propre-

1 La croyance si répandue en une âme immortelle, c'est-à-dire en une entité individuelle, douée de connaissance, différente des autres et cependant éternelle, dérive surtout du désir égoïste d'une immortalité personnelle. Cette superstition découle donc de la volonté de vivre et rentre dans les Dix Liens qui enchaînent l'homme.

ment parler, tout à fait différent de celui qui est mort ?

Il peut en paraître ainsi à l'homme, qui n'est pas encore sorti de l'état d'ignorance. Celui qui est arrivé à la connaissance, sait au contraire, que c'est bien le même être qui fait le bien ou le mal et qui en est récompensé ou puni dans une vie suivante '.

i38. Combien de temps peut vivre l'individualité dans des incarnations toujours nouvelles ?

Elle vit, tant qu'elle n'a pas atteint la connaissance et le Nirvana.

139. Comment se fait-il que nous ne nous souvenons plus de nos existences antérieures ?

Parce que nous sommes aveuglés par

I, Pour donner au lecteur non encore initié, une indication qui lui permette de comprendre comment un être peut, sous certains rapports, être tout autre qu'il n'était, tout en restant le même, il suffit de lui rappeler combien le même 1 homme est différent, aux différents âges de sa vie. Le vieillard ne ressemble pas à l'entant qui vient de naître. Pourtant.ils ne Font qu'une seule et même personne.

les illusions terrestres, parce que notre œil est encore couvert du voile de l'ignorance et parce que nous ne sommes qu'imparfaitement conscients ou tout à fait inconscients de noire nature supérieure. Notre vie ressemble à un rêve '.

.140. Peut-on rendre cela plus clair par

une comparaison ?

Nous avons des rêves la nuit. Dans ces rêves nous somme tantôt un mendiant, tantôt un roi — quelquefois nous y sommes pauvres, menacés par toutes sortes de souffrances et de dangers ; d'autres fois nous sommes favorisés par le bonheur et pleins de joie. Cependant, c'est la même individualité qui prend, en rêve, toutes ces formes. De plus dans les rêves d'une

1. Si l'on veut employer la langue philosophique moderne, telle serait la manière la plus simple d'expliquer ce fait : La mémoire réside dans les Skandhas, qui se séparent au moment de la mort. La mémoire ne passe donc pas d'une existence à celle qui la suit. 11 en résulte aussi que nous n'emportons pas avec nous, dans une nouvelle vie, les connaissances scientifiques ou les capacités que nous avons acquises dans notre existence actuelle. Seul notre caractère moral, qui forme l'essence même de notre individualité, survit à la mort.

nuit, nous ne nous souvenons pas que nous avons déjà rêvé. Mais quand on est réveillé, on se souvient des rêves de plusieurs nuits. C'est absolument ce qui se passe pour nos différentes existences.

C'est toujours la même individualité, le même « moi » qui renaît sous des formes changeantes. Chacune de nos existences est un rêve de notre volonté de vivre, tantôt heureux tantôt effroyable. Tant que nous nous trouvons engagés dans un de ces rêves, nous ne nous souvenons plus des autres. Mais celui qui est délivré, le Bouddha, a fini de rêver. Il est éveillé et se souvient de toutes les existences qu'il a traversées.

Les Arahats aussi possèdent la faculté de se souvenir de beaucoup de leurs existences précédentes. Mais, ils n'arrivent à cette connaissance, qu'après qu'ils se sont débarrassés des Dix Liens et qu'ils ont obtenu d'être complètement délivrés de l'existence.

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