VII. DE LA. COMMUmOir sous LES DEUX ESPÈCES
Est-il nécessaire de recevoir C eucharistie sous les deux espèces ? Non 9 il n'est pas nécessaire.
Pourquoi dites-vous que cela n'est pas nécessaire ? Prenaièrementy parce qu'on reçoit autant sous une seule espèce que sous les deux. Secondement, parce que le Seigneur a promis autant à ceux qui recevraient une espèce qu'à ceux qui recevraient les deux. Troisièmement parce que l'ancienne Eglise s'est contentée souvent de donner une seule espèce.
Pourquoi dites-vous que l'on reçoit autant sous une seule espèce que sous les deux ? Parce qu'on reçoit Jésus-Christ tout entier sous une seule espèce.
Est-ce que le sang se trouve aussi sous C espèce du pain ? Oui, et le corps se trouve de même sous l'espèce du vin.
Pourquoi cela ? Parce que le corps de Jésus-Christ y est vivant et immortel : or un corps vivant n'est point sans sang.
Un prêtre ne reçoit-il pas plus qu'un laïque ? Non , il ne reçoit pas davantage.
Donnez-nous sur cela une comparaison ? Celui qui reçoit deux hosties , ne reçoit pas plus que celui qui n'en reçoit qu'une ; de même celui qui reçoit les deux espèces , ne reçoit pas plus que celui qui n'en reçoit qu'une.
Pourquoi les prêtres ont-ils le calice , et ne le donnent-ils point au peuple ? Est-ce qu'ils ont plus de droit que les autres ? Les prêtres» les évêques et le pape même ne reçoivent que l'espèce du pain » lorsqu'ils communient sans dire la messe.
Pourquoi les prêtres ne se dispensent-ils Jamais de prendre le calice en disant la messe ? Parce que le calice fait partie du sacrifice.
Pourquoi dites-vous que le calice fait partie du sacrifice^ Parce que le Sauveur est prêtre selon l'ordre de Bielchisédech : or Bielchisédech a offert du pain et du vin ; c'est pour cela que. le Sauveur a institué le sacrifice de son corps et de son sang sous les espèces du pain et du vin.
38 CATÉCHISAIS DE CONTROVERSE.
Pourquoi avez-vous dit que ie Sauveur avait promis à ceux qui ne recevraient qu'une seule espace autant qu'à ceux qui recc' vraient les deux ? Gela se vérlûe par le sixième chapitre de saiot Jean.
Bapporteznous iet paroles du Sauveur au 50* verset ? « C'est ici le pain qui est descendu du ciel , afin que si quelqu'un en mange il ne meure point. »
Rapportez-nous les paroles du Sauveur a a 52* verset ? o Si quelqu'un mange de ce pain il vivra éternellement , et le pain que je donnerai c'est ma chair, que je donnerai pour la vie du mondé. »
Rapportez-nous le verset 58* ? « Gomme je vis pour mon Père, de môme celui qui me mange vivra pour moi. »
Rapportez-nous le verset 59* ? « 11 n'en est pas ainsi que de la manne dont vos pères ont mangé , et toutefois ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement.*»
Quelle remarque faites-vous sur ces passages ? Je remarque que le Sauveur promet la vie éternelle ù ceux qui no reçoivent qu'une seule espèce comme à ceux qui reçoivent les deux.
Trouve-t-on dans l'Evangile quelque exemple par lequel on puisse faire voir que Jésus-Christ se soit contenté de donner une seule espèce à quelques-uns de ses disciples ? Le Sauveur se contenta de donner l'espèce du pain aux disciples d'Emma ils.
Rapportez-nous ce qu'en dit saint Luc au chapitre xxiv , v, 30* «Lorsqu'il était à table avec eux , il prit du pain , le bénit^ le rompit et le leur présenta ; et aussitôt ils le reconnurent, et il disparut. »
Cela doit-il s'entendre de l'Eucharistie ? Les saints Pères le disent ainsi, et les paroles mêmes le font assez connaître.
Comment s'explique l'apôtre dans sa première aux Corinthiens^ chapitre xi , v. 27, en parlant de ceux qui approchent indignement de la sainte Table ? « Quiconque mangera ce pain, ou boira le calice du Seigneur indignement , sera coupable d'impiété contre le corps et le sang du Seigneur. »
Que signifie ici la particule OU ? Elle marque que l'apôtre ne jugeait pas qu'il £ùt nécessaire de recevoir les deux espèces.
Comment prouvez-vous par saint Luc , que le calice ne fait point partie nécessaire de la Cène ? Ge que le Sauveur a donné après la Gène n'est point une partie nécessaire de la Gène; or , le Sauveur a donné le calice après la Gène ou après le souper ; donc le calice n'est point une partie nécessaire de la Gène.
Dites-nous les paroles de saint Luc , chap. xxil , v. 20. « Il prit de môme la coupe après le souper. »
vu. De ta commun, sous Ifs deux espèces. Sg §. 3.
Pourquoi avez-vous dit que l'ancienne Eglise s'est contentée souvent de donner une seule espèce? Parce qu'on en peut faire voir plusieurs exemples.
Dites-nous ce que rapporte Nicéphore dans le troisième livre de son histoire ecclésiastique ^ chap. vil. 11 dit qu'une femme» faisant semblant de recevoir le corps de Notre-Seigneur , prit de la main de sa servante un morceau de pain , qui se changea aussitôt en pierre dans sa bouche.
Que concluez-vous de là ? Je conclus qu'on ne donnait pas le calice pour lors ; car si on l'eût donné , cette femme macédonienne n'eût pu avoir la pensée de se servir de cetto ruse.
Bapportez-nous ce que saint Cyprien raconte d'une autre femme^ qui avait porté le pain sacré chez elle , et l'avait serré dans une armoire ? 11 dit que celte femme , voulant prendre le pain sacré pour communier, fut épouvantée par une flamme qui sortit de l'armoire » parce qu'elle n'avait pas la conscience nette.
Quelle remarque faites-nous sur cela ? Il n'y a pas d'apparence que cette femme ait aussi porté du vin consacré chez elle pour le meitie en réserve.
Bapportez-nous ce que saint Basile écrit à Césaire ? 11 lui marque que les solitaires , qui étaient éloignés des villes , avaient coutume de porter du pain sacré dans le désert pour un an entier; or , ils n'auraient pu garder du vin si long-temps.
Mais le pape Gelase n^ordonna-t-il pas à tous les catholiques de recevoir aussi le calice ? Il ne l'ordonna qu'à cause des Manichéens.
Quelles étaient les erreurs des Manichéens ? Ils croyaient entre autres choses que le vin était la créature du démon.
Que fit le pape Gelase pour les empêcher de se mêler avec les catholiques en allant à la communion ? 11 ordonna aux catholiques de prendre le calice , comptant bien que les Manichéens , par horreur pour le vin , n'approcheraient pas de la sainte Table.
Que concluez-vous de là ? Je conclus qu'avant cet ordre du pape l'usage était de ne recevoir que l'espèce du pain , sans quoi les Manichéens n'auraient pu se mêler avec les catholiques.
Comment donnait-on le viatique aux malades ? Sous la seule espèce du pain.
Que donnait-on aux enfans de sept à huit ans ? On leur donnait les restes du pain consacré.
Que donnait'On aux enfans qui n'avaient pas encore l'usage de la parole ? On leur donnait quelques gouttes du sang précieux.
Quet était V usage grec pendant te carême? On consacrait Iq
dimanche pour toute la semaine.
Que concluez-vous de tout cela ? Je conclus que l'Eglise n*a
jamais cru mutiler ce sacrement, ni faire contre l'ordre
et l'institution de Jésus-Christ » en ne donnant qu'une
seule espèce*
Le Sauveur n'a-t^il pas dit en termes exprès » aa'xxvr chapi-' tre de saint Matthieu verset 27 : Buvez-en tous ? Ces paroles s'adressaient aux apôtres, et non à tous les fidèles.
Comment le prouvez-vous ? Cela se prouve par les paroles qui suivent immédiatement: a Vous vous scandaùserez tous à mon sujet cette nuit. »
Comment le prouverez^vous encore ? Par les paroles du xiv* chapitre de saint Marc : « Et ils en burent tous ; » c'est-àdire 9 tous les apôtres.
Mais si le commandement de boire n^a été donné Ici qu*aux seuls apôtres f on pourra conclure de là, aue le commandement de manger vHaura été donné qu'aux seuls apôtres ? Le commandement de boire et de manger n'a été donné dans cet endroit qu'aux seuls apôtres et à leurs successeurs , c'està-dire aux prêtres.
Comment le prouvez-vous ? Le Sauveur dit , Mangez et buvez, à ceux auxquels il dit , Faites ceci en mémoire de moi ; or, il adressa ces dernières paroles , Faites ceci en mémoire de moi y aux seuls apôtres et à leurs successeurs.
Comment prouvez-vous que ces dernières paroles s'adressent aux seuls apôtres et à leurs successeurs ? Par ces paroles. Faites ceci en mémoire de moi > a été donné le pouvoir de consacrer et de distribuer l'Eucharistie : or , ce pouvoir n'a été donné qu'aux apôtres et à leurs successeurs.
Cela étant ainsi U ne se trouvera pour les laïques dans tout l'Evangile aucun commandement de recevoir l'Eucharistie ? Il se trouve un commandement renfermé dans ces paroles : Faites ceci en mémoire de moi.
Comment cela? Si les prêtres ont ordre de distribuer l'Eucharistie , les fidèles auront ordre aussi de la recevoir.
Quand est-ce que le Sauveur dit purement et simplement ces paroles : Faites ceci en mémoire de moi ? 11 les dit après avoir donné le pain , et non pas après avoir donné le calice.
Que concluez-vous de là? Je conclus que les apôtres et leurs successeurs ont reçu ordre de distribuer le pain , et non de présenter le calice.
Mais le Sauveur ne dit-Il pas au chapitre VI de saint Jean : SI vous ne mangez de la chair du Fils de l'homme ^ et si vous ne buvez son sang , vous n'aurez pas la vie en vous ? Les luthériens n'ont aucun droit de citer ce passage contre les catholiques.
VII. De la commun, sous les deux espèces. 4t Pourquoi cela ? Parce qu'ils prétendent que le sixième chap.
de saint Jean ne doit pas s'entendre de.l'Eucharistie y mais
de la foi en Jésus-€brist.
Mais que répondent les catholiques à ce passage ^ eux qui Ven-
tendent de l'Eucharistie ? Ils répondent qu'ils mangent sa
cbair et boivent son sang , en recevant l'un et l'autre sous
la seule espèce du pain.
QuW a-t'U à dire aux luthériens lorsqu'ils en appellent à l'ins-titution de Jésus-Christ ? Il faut exiger d'eux qu'ils pratiquent tout ce que Jésus-€brist fit en instituant la Cène.
Que faut-il leur demander nommément ? Il faut leur demander qu'ils aient à se laver les pieds , qu'ils aient à rompre le pain, qu'ils fassent passer le calice de mains en mains» qu'ils reçoivent la cène après le souper , et qu'ils soient douze à une même table.
fie pourraient-ils pas dire que ces sortes de choses ne sont pas essentielles au sacrement de l'Autel ? C'est ce que les catholiques disent aussi de Visage des deux espèces.
Comment prouvez-vous que les deux espèces ne sont pas det'eS' sence du sacrement ? Si les deux espèces étaient de l'essence du sacrement, Jésus-Cbrist n'eût pas promis à ceux qui ne reçoivent qu'une espèce , autant qu'à ceux qui reçoivent les deux*
Comment prouvez-vous encore que les deux espèces ne sont pas de C essence du Sacrement ? Si les deux espèces étaient de l'essence du sacrement, l'Eglise des premiers temps n'eût pas donné l'un sans l'autre , comme elle a fuit si souvent.
Quelle autre instance avez-vous à faire aux luthériens , lors^ qu'ils insistent sur l'institution de Jésus-Christ ? 11 faut leur demander qu'ils aient à baptiser comme Jésus-Christ et les apôtres ont fait.
Comment Jésus-Christ et les apôtres ont-ils baptisé ? Par im* mersion.
Comment baptisent les luthériens ? Par infusion*
Y a-t-il grande différence entre l'immersion et l'Infusion ? Plus qu'entre la communion sous une seule espèce » et entre la communion sous les deux espèces.
fie pourraient-ils pas dire, que d'une manière comme de l'autre il y a toujours de l'eau et les paroles , et que cela suffit? C'est ainsi que dans la communion sous une seule espèce se trouve le corps et le sang de Jésus-Christ avec un symbole visible , ce qui suffit
ffe pourraient-ils pas dire qu'ils ne baptisent pas par immersion pour-éviter plusieurs inconvéniens ? C'est ainsi que chez les catholiques on ne donne poin^t le calice , pour éviter plusieurs inconvéniens.
Ke pourraient-ils pas dire qu'il n'est pas croyable que Dieu qui
j)a CATÉCHISME DE CONTROVERSE*
gouverne son Eglise ait voulu permettre qu'on b^iptisàt mal pendant tant de temps ? On dit de même qu'il n*est pas croyable que Dieu qui gouverne son Eglise , ait touIu permettre qu'on communiât mal pendant tant de temps. Que s'ensuit - il de là ? li s'ensuit que les Luthériens sont obligés d'approuver la communion sous une seule espèce.
Comment prouvez-vous en peu de mots et dune manière invin^ cible qu'une seule espèce suffit pour le salut ? i* Par le témoignage de Jésus-Christ; a* par le témoignage de l'Eglise; 3* par le témoignage de Luther même.
. Quel est le témoignage de Jésus- Christ ? « Celui qui mangera de ce pain vivra éternellement ; » or , les catholiques mangent de ce pain ; par conséquent ils ont tout ce qu'il faut pour la vie éternelle.
Quel est le second ? C'est celui de TEglise.
Comment cela ? Plusieurs siècles avant Lutbei* on ne donnait partout qu'une seule espèce ; si c'était là une erreur, il faudrait que toute l'Eglise fût tombée en erreur^ ce qui ne se peut.
En quels termes s'explique sur cela l'Apologie de la confession d'Ausbourg dans l'article des deux espèces , p, 235 ? « Nous excusons l'Eglise de ce qu'elle a souffert la violence qui lui a élé faite de la part des papes et des évêques. »
Se peut-il qu'on enlève à l'Eglise par violence une chose qui soit nécessaire au salut ? Non , cela ne se peut ; car les portes de l'enfer même ne prévaudront pas contre l'EgUse.
Quel est le troisième témoignage ? C'est celui de Luther.
Mapportez-nous ses paroles au % Tom, p. 100. b.? «Si vous arrivez dans un endroit oii l'on ne donne qu'une seule espèce , contentez-vous d'une seule espèce » et ne vous opposez pas au grand nombre. »
Bapportez-nous encore ses paroles au Tom* 3, p. 276. «S'il arrivait qu'un concile ordonnât de prendre les deux espèces* au mépris de l'église , nous n'en recevrions qu'une. »
Que concluez-vous de ces trois témoignages , et de tout ce qui a été dit ci-devant? Je conclus que l'usage d'une seule espèce n'a pu être un sujet légitime de séparation.
Que concluez-vous de plus ? Je conclus que messieurs les protestans sont obligés de se réunir à l'Eglise catholique.
CÀTiCHfSME DE CONTROVERSE. 43