‹ Catéchisme de controverseChapitre 44 sur 44 · LETTRE · texte numérisé non relu

LETTRE

tJn blasphème : car c'est absolument et au pied de la lettre la même chose que si Ton disait formellement à Dieu : « Je me moque de ce que vous dites ; révélez ce qu'il vous • plaira : je suis né juif , mahométan , idolâtre , etc. je » m'y tiens. Ha règle sur ce point est le degré de longitude > et de latitude. Vous pouvez avoir ordonné le contraire, M mais peu m'importe. >

Vous riez , madame ; mais il n'y a ici ni exagération ni rhétorique , c'est la vérité toute pare , jugez-en vous-même dans le calme de la réflexion.

En vérité il s'agit bien d'un vain point d'honneur et d'ua engagement d'orgueil dans une matière qui intéresse là conscience et le salut.

.. Mais je ne prétends pas en demeurer là , et j'ai la prétention de vous montrer que l'honneur même , tel que nous le concevons dans le monde, ne s'oppose nullement au changement de religion; pour cela remontons aux principes.

Il y a aujourd'hui mille huit cent neuf ans qu'il y a tou^ jours eu dans le monde une Eglise catholique , qui a toujours cru ce qu'elle croit. Vos docteurs vous auront dit mille fois que nous avions innové ; mais prenez garde'd'abord , que si nous avions réellement innové , il serait assez singulier qu'il fallût publier tant de gros livres pour le prouver; (livres au reste réfutés sans réplique par nos écrivains. ) Eh , mon Dieu I pour prouver que vous avez varié vous autres , qui n'existez cependant que d'hier , il ne faut pas se donner tant de peine. Un des meilleurs livres de l'un de nos plus grands hommes contient V histoire de vos variations. Les professions de foi se sont succédé chez vous comme les feuilles se succèdent sur les arbres ; et aujourd'hui on se ferait lapider en Allemagne , si Ton soutenait que la confession d'Ausbourg, qui était cependant l'Evangile du seizième siècle , oblige les consciences.

Mais allons an-devant de toutes les difficultés. Partons d'une époque antérieure à tous les schismes qui divisent aujourd'hui le monde. Au commencement du dixième siècle, il n'y avait qu'une fol en Europe. Considérez cette foi comme un assemblage de dogmes positifs : l'unité de Dieu^ la trinité , l'incarnation , la présence réelle ; et , pour mettre plus de clarté dans nos idées , supposons qu'il y ait cinouante de ces dogmes positifs. Tous les chrétiens croyaient donc alors cinquante dogmes. L'Eglise grecque ayant nié la procession du Saint-Esprit et la suprématie du Pape, elle n'eut plus que quarante-huit points de croyance , par où vous voyez que nous croyons toujours tout ce qu'elle Croit , quoiqu'elle nie deux choses que nous croyons. Vos sectes du seizième siècle poussèrent les choses beaucoup plus loin , et nièrent encore plusieurs autres dogmes ; mais ceux qu'ils ont retenus nous sont communs. Enfin , la reli-

g 2 LETTRE.

\ Grec dit qu'il a raison , le Prr entre eux qui sera le juge ? Ma si c'était là l'état de la quest^ sera le juge ; c'est Dieu qui point trompé lui-même ; s'î' l'attention dont il est cap»-» ' laissé aveugler par l'orp^ . '^ pour l'orgueiL . r *

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^ positifs , et de confesser que ^ . Il regardait comme un prophète ost cependant qu'un imposteur.

at autrement de celui qui passe d'une secte .c dans la mère Eglise. On ne lui demande pas de jcer à aucun dogme 5 mais seulement d'avouer qu'oùles dogmes qu'il croit et que nous croyons tous comme jui, il en est d'autres qu'il ignorait, et qui cependant se trouvent vrais.

Tout homme qui a de la raison doit sentir rimmense différence de ces deux suppositions.

Maitenant , je vous prie d'arrêter votre esprit sur la considération suivante , qui est digne de toute votre attention. Pourquoi la maxime qu'il ne faut jamais changer de religion est-elle analhématisée par nous comme un blasphème extravagant ? et pourquoi cette maxime est-elle canonisée comme un oracle de Thonneur dans tous les pays séparés ? •le vous laisse le soin de répondre.

Voilà ce que j'avais à vous dire sur cette grande question. Je n'emploie, comme vous voyez, ni grec ni latin ; je n'invoque que le bon sens , qui parle si haut qu'il est impossible de lui résister. Pour peu que vous y réfléchissiez , vous ne pouvez pas douter que le catholique qui passe dans une secte est nécessairement un homme méprisable , mais que le chrétien qui d'une secte quelconque repasse dans l'Eglise ^s'il agit par conviction , cela s'entend assez) est un fort honnête homme , qui remplit un devoir sacré.

Permetiez-moi d'ajouter encore l'expérience à la théorie) nous avons dans notre religion des listes ( si nombreuses que nous en avons fait des livres ) d'hommes éminens par leur dignité , leur rang , leurs lumières et leurs talens »

qui, malgré touf rendu bommag Essayez , je vou.' les hommes qui une secte. Vou/ les mauvaises lus-même, ^ ♦"ans au moi ■^ s'agissa^' ritlimét faut o 'éper

^ l'Ouïe éiauc *" v

vous allez me demain ^^

brusquer 5 Madame; you.

blicités inutiles ou dangereux, famille , et des biens. Un éclat de v .

tout cela sans fruit: je n'entends pas du .

avec une rigueur théologique ; mais il y a u qui opèrent beaucoup et sans inconvénient, lieu , si vous ne pouvez encore manifester la vém êtes tenue au moins de ne jamais la contredire. Que l'n le respect humain ou la politique, que l'orgueil naun'^' surtout , ne vous arrachent jamais un mot contre elle i?^ second lieu , songez qu'une dame de votre caractère est'un véritable souveraine dans son cercle. Ses enfans , ses ami» ses domestiques sont plus ou moins ses sujets ; agissez dans l'étendue de cet empire. Faites tomber autant qu'il est en vous les préjugés malheureux qui ont tant fait de mal au monde ; vos devoirs ne s'étendent pas au-delà de votre pouvoir. Pour le bien comme pour le mal , l'influence de votre sexe est immense; et peut-être que , pour ramener l'orgueil qui s'obstine , il n'y a plus d'autre argument efficace que celui d'une épouse respectable dont les vertus reposent sur la foi.

(*) Si les païens avaient adopté celte maxime, lors de la publication de r Evangile , nous serions encore idolâtres.

Lorsque le comte de Stolberg, célèbre écrivain d'Allemagne, se fut convei*ti à la religion Catholique^ un prince protestant lui dit : « Je u'uime pas ceux qui changent de religion. »~« Ni moi non plus , répondit M. de Stolberg ; car si nos ancêtres n'eu avaient pas changé il y a trois siècles, je n'aui'ais pas été obligé d'eu changer aujourd'hui. »

«Celle maxime, (comme le remarque très-bien M. Laval, ci-devant miuistro pi'oleslaut , ) n'est que la coudamualiou du Prolesta utisme luimême. La seule religion qui ait droit tie dite : Ne chauffez pas ; est celle qui n'a jamais changé ; mais que fut le protesta atisme à son origine • sinon un grand changement dans la religion. •

g^ LETTRE.

Favorisez la lecture des bons livres qai vous ont amenée Vous même au point où vous êtes. Voltaire a dit : Les livres ont tout fait. Il n'avait que trop raison; prenez -lui sa maxime , et tournez-la contre Terreur.

Enfin, Madame > ceci est le principal; mettez -vous en règle avec votre conscience , c'est-à-dire avec Dieu. La bonne foi ne périt jamais. Soumettez-vous parfaitement à la vérité; tenez pour vrai tout ce qui est vrai » pour faux tout ce qui est faux ; désirez de tout votre cœur que l'empire de la vérité s'éiende de jour en jour , et laissez dire tous ceux qui auront la prétention de vous deviner. Quand vous serez ainsi disposée» je vous dirais comme Lusignan : Allez, le cid fera le reste.

J'ai l'bonneur d'être , etc. etc.

Le comte J. db Maistrb.

Fi:v.

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