CHAPITRE PREMIER (1) Le culte des saints et des reliques
SOMMAiRE
En quoi consiste le culte dfi à Dieu et aux saints. —
Les catholiques adoitnt Dieu seul cl vénèrent les saints.
Le culte des saints repose sur la Sainte Kcriturc et sur la tradition. — Objections des Protestants et réponses. — Li culte des reliques n'est qu'une conséqu-.nce du culte des saints et nous est démontré par la Bible et par la tradition des premiers siècles.
LES innombrables sectes enfantées par le protestantisme marchent toutes rapidement vers le rationalisme et en cela elles sont logique». Rejetant tout contrôle, toute autorité, elles interprètent, chacune à sa manière, les Livres Saints ; elles en tirent des doctrines diamétralement opposées les unes aux autres ; elles ont même morcelé
(i) Les quatre premiers chapitres de cet opuscule ne •ont qu'un résumé de l'ouvrage Le culte calhM.jue publié i Québec en 1875,
la Bible, retranchant tantôt, des livres entiers, tantôt des textes gênants pour leur système religieux. Abandonnées à elles-mêmes, donnant libre cours à leurs préjugés et au désir des nouveautés profanes, comme s'exprime l'apôtre saint Paul, elles sont emportées à tout vent de doctrine ; elles ont renouvelé le prodige de la confusion des langues et ne se comprennent plus : c'est le fruit naturel du libre exameni, de la raison orgueilleuse qui se substitue à la divine autorité de l'Eglise. La seule unité qui existe entre elles, c'est relie de la haine qu'elles portent à l'Eglise Romaine et à ses dogmes.
La plupart des sectes protestantes, sauf peutêtre les Ritualistes, ont constamment et violemment attaqué, entre autres doctrines révélées, celles du culte des saints, des reliques, des images et de la Sainte Vierge Marie. Elles nous ont accusés et nous accusent encore de superstition et d'idolâtrie. Cette vieille calomnie a déjà été réfutée mille fois par les apologistes catholiques de la manière la plus victorieuse : examinons cependant une fois de plus ces accusations, afin que les âmes sincères puissent apercevoir la vérité dans tout son éclat.
Les protestants affirment que le culte des saints, tel que pratiqué dans l'Eglise catholique, est contraire au commandement divin si souvent
répété dans la Sainte Ecriture : « Vous adorerez le Seigneur votre Dieu et vous le servirez lui seul. » (Mt, IV. lo; Deut. vi, 13).
Pour répondre à cette objection, il faut bien comprendre la nature du culte et ses diverses espèces.
Le culte n'est autre chose que l'honneur rendu à quelqu'un à cause de l'excellence ou de la perfection qui se trouve en lui. (S. Th. i. 2. q. 2, a. 2). Si l'on considère cette excellence en Dieu, elle est infinie, incréée, et le culte qu'elle mérite a reçu le nom particulier de latrie ou d'adoration ; si on la considère dans les créatures, elle est finie, limitée et, lorsqu'elle a rapport à l'ordre surnaturel, on lu' rend un culte auquel on a donné le nom de dulie ou de vénération ; c'est celui que l'on décerne aux saints. La bienheureuse Mère de Dieu, possédant, dans l'ordre de la grâce, une perfection supérieure à celle de toutes les créatures, est honorée d'un culte qu'on a appelé à juste titre hyperdulie, ou vénération d'un caractère plus élevé que la précédente.
Les protestants s'accordent avec les catholiques lorsqu'ils proclament que le culte de latrie ou l'adoration proprement dite, est dû à Dieu seul, parce que lui seul possède une majesté infinie, une perfection essentielle et intrinsèque dont aucun être créé ne saurait mesurer la grandeur et
parce que vis-à-vis de lui seul nous avons des relations de dépendance complète qu'il nous est nécessaire de reconnaître intérieurement et de manifester par des actes extérieurs.
Mais tel n'est pas le culte que les catholiques rendent aux saints. Voici la doctrine de l'Eglise Romaine sur ce sujet ; elle nous est donnée par le saint Concile de Trente qui ordonne aux pasteurs d'enseigner « que les Saints, régnant dans le ciel avec Jésils-Christ, offrent à Dieu leurs prières pour les hommes; qu'il est bon et utile de les prier, de les invoquer, et de recourir à leur prière, aide et secours, afin d'obtenir de Dieu des bienfaits par Jésus-Christ, son Fils, Notre-Seigneur, qui seul est notre Rédempteur et Sauveur ; qu'il est contraire à la piété de prétendre que les saints, admis à jouir dans le ciel de l'éternelle béatitude, ne doivent pas être invoqués, ou qu'ils ne prient pas pour les hommes, ou que leur demander des prières pour nous, et à plus forte raison pour chacun de nous en particulier, est une idolâtrie, ou que les supplications adressées de bouche ou de cœur à ces bienheureux habitants du ciel sont une pratique contraire à la parole de Dieu, injurieuse à l'honneur dû au seul Médiateur Jésus- Christ, ou insensée. »
Est-il question, en tout cela, d'adoration des saints? Evidemment non. Pourquoi donc les
CATÉCHISME DE CONTHOVEBSE
protestants s'acharnent:ils, depuis le seizième siècle a accuser les catholiques de superstition et didolatne? Parce que la haine de l'Egli.e et la mauvaise foi les aveuglent et les induisent à répéter cette calomnie qui e.t bien de nature à impressionner leurs ignorants auditeurs.
Il ne faut pas perdre de vue la distance infime qui sépare le cuite de dulie de celui de latrie; car, entre la sainteté de Dieu et celle de la plus parfaite des créatures, entre l'excellence divine,^ mcréée et éternelle et celle de l'homme qui est finie, créée, bien que surnaturelle, il y a une distance qui défie tous les calculs humains. — Nous prions Dieu de nous aaorder jes grâces, parce quil en est l'auteur et le distributeur; tandis que nous prions les saints de nous obtenir de Dieu par leurs ferventes prières les bénédictions célestes. — Dieu est le maître absolu de tout don parfait ; les saints ne sont que de puissants interc'unrs. — Dieu «'« reçu de personne l'excellence infinie qui est en lui ;^ il la possède nécessairement et de toute éternité ; les saints, au contraire, ne sont ce qu'ils sont que par la grâce et les mérites du Sauveu- Jésus, et en définitive l'honneur rendu aux saints retourne à Dieu comme â la source première de leur pouvoir, de leurs mérites ou de la perfection qu'ils- ont acquise. — Dieu seul est infiniment adorable; les saints ne sont que vénérables. Il est
donc évident que nous observons pleinement le commandement divin qui nous ordonne d'adorer Dieu seul ; en eiîet, jamais aucun catholique ne s'est avisé de rendre aux saints les honneurs suprêmes de l'adoration.
Mais ce culte des anges et des saints n'est-il pas nouveau ? N'est-ce pas une invention de l'Eglise Romaine dans les siècles d'ignorance et de superstition ? ,
Non, car Dieu lui-même l'a prescrit et les plus saints personnages de l'Ancienne Loi l'ont pratiqué. Ouvrons la Sainte Ecriture : qu'y voyonsnous ?
Abraham se prosterne devant trois anges qui lui apparaissent. — Après avoir lutté avec l'ange, Jacob lui demande sa bénédiction et ne lui permet point de s'éloigner qu'il n'ait exaucé sa prière. — Josué voit un ange qui lui dit : « Je suis le prince de l'armée du Seigneur. » A l'instant Josué tombe la face contre terre, et l'adorant, il s'écrie ; « Que dit mon Seigneur à son serviteur ? — Otez, lui dit l'ange, ôtez vos souliers de vos pieds, parce que le lieu où vous êtes est saint. — Et Josué fit ce qu'il lui avait commandé.» (Jos. v, 14-16). — Daniel se prosterne devant l'Ange du Seigneur qui vient lui manifester les secrets de l'avenir. — A la vue des prodiges qu'opérait Elisée, les enfants des prophètes témoignent leur vénération
en allant à sa rencontre, en courbant leurs fronts et en se prosternant devant lui. — De même, la Sunamite, dont le fils avait été ressuscité par Elisée, se jette aux pieds du saint prophète et lui dor:ne toutes les marques d'un véritable culte religieux, (iv Reg. IV. Cf. I, 13 ; 11, 23, etc).
Les protestants auraient-ils l'audace d'accuser d'idolâtrie ces vénérables personnages ? Affirmeraient-ils qu'ils ont violé le commandement divin qui veut qu'on n'adore que Dieu seul ? Nous, catholiques, nous n'agissons pf-- envers les saints autrement que ces patriarches envers les anges : nous n'adorons que Dieu, mais nous vénérons les anges et les saints, à cause de l'excellence, du pouvoir et de la dignité qu'ils tiennent de la bonté divine, et en agissant ainsi nous'ne croyons pas dérogei au culte suprême que toute créature raisonnable doit à son Dieu. N'est-il pas écrit que Dieu est admirable dans ses saints et qu'il veut être glorifié en eux? ( 11 Thessal. i, 10). — La Sainte Ecriture reconnaît donc deux sortes de culte .eligieux, l'un pour Dieu seul, l'autre pour les saints personnages qui ont pratiqué toutes les vertus et qui sont arrivés, avec le secours de Dieu, à une éminente perfection.
Cette doctrine catholique est aussi ancienne que le christianisme. En effet, pendant que les empereurs romains sévissaient contre la religion
nouvelle et forçaient nos ancêtres dans la foi à se réfugii;r dans l'obscurité des catacombes, l'Eglise élevait des autels sur les tombeaux des saints martyrs. Les premiers chrétiens, bien différent» des protestants de nos jours, n'hésitaient pas à recourir à l'intercession de leurs frères qui avaient sacrifié leur vie pour Dieu ; ils gravaient sur la pierre tumulaire une prière, une invocation adressée aux saints ou aux martyrs ; ils écrivaient, quinze siècles à l'avance, la réfutation de l'erreur protestante sur le culte des saints.
Lorsque les pt jécutions prirent fin au quatrième siècle, on vit ériger, en l'honneur des saints, de splendides basiliques, telles que celles de Jérusalem et de Bethléem, et à Rome celles de Saint- Pierre, de Saint-Paul, de Sainte-Sabine, de Sainte- Marie-Majeure, de Saint-Pierre-aux-Liens, de Saint Laurent, de Sainte- Balbine, de Sainte-Agnèshors-des-murs, des Quatre-Couronnés, de Saint- Chrysogone, etc. Pendant l'oblation du saint sacrifice, les noms de ces saints étaient prononcés et invoqués. D'après les saints Pères, on offrait chaque année le saint sacrifice pour célébrer l'entrée glorieuse de ces saints au ciel, pour perpétuer le souvenir de leurs triomphes, pour engager le peuple chrétien à les imiter et attirer leur puissante protection. « Nous honorons les serviteurs, dit saint Jérôme, afin que l'ho'-neur que nous leur
rendons retourne au Seigneur. » — « Nous rendons, dit Saint Cyrille d'Alexandrie, de très grands hei leurs aux saints, parce qu'ils ont courageusement combattu pour la vérité. » — « Le peuple chrétien, reprend à son tour saint Augustin, honore la mémoire des martyrs d'une solennité religieuse, pour s'exciter à les imiter et s'associer à leurs mérites. »
Ces saints dont les témoignages viennent d'être cités vivaient dans les premiers siècles de l'Eglise; j'en pourrais produire des centaines qui tous affirment la même croyance et proposent le même ■culte des saints. l'Eglise catholique n'a donc fait en cela aucune innovation; c'est le protestantisme qui a innové en rejetant cette doctrine.
Objection. — Les catholiques supposent que les saints peuvent entendre nos prières et intercéder pour nous. Or c'est ce que personne ne peut constater.
RÉPONSE. — a) Il est indubitable que Dieu peut communiquer à ses saints la connaissance de nos prières, de nos désirs, de nos pensées : le nier serait un blasphème. Si Dieu a révélé quelquefois dès ce monde à ses serviteurs ce qui se faisait en leur absence, comme, par exemple, à Elisée la transaction entre Giézi et Naman (iv Reg. v, 26), à saint Pierre la fraude d'Ananie et de Saphire (Act. V, 3), Si plus forte raison peut-il accorder à
ses élus dans le ciel une semblable révélation : car les âmes glorifiées sont bien plus susceptibles de percer les voiles du secret et de l'obscurité que celles qui sont encore revêtues de leurs enveloppes terrestres. D'ailleurs saint Paul nous enseigne que l'imperfection de notre science cessera, lorsqus nous serons en possession de la gloire dans le ciel (i Cor. xiii, 9, 10). Notre-Seigneur nous apprend que la joie dans le ciel sera plus grande pour la conversion d'un pécheur que pour quatrevingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence : preuve évidente que cette conversion est connue des habitants du ciel qui s'en réjouissent si vivement (LtJC. xv, 7). — Il nous dit encore que le mauvais riche parle à Abraham du fond des enfers, et le saint patriarche Ventend, puisqu'il lui répond et atteste que son sort est irrévocablement fixé.
b) La Sainte Ecriture prouve également \dL puissance d'intercession des saints. C'est ainsi qu'Abimélech et les amis de Job obtiennent le pardon de leurs péchés par les prières d'Abraham et de Job (Job. XLii, 8, 10). — Dieu lui-même déclare à Jérémie que Moïse et Samuel, morts depuis longtemps, pourraient intercéder auprès de lui en faveur des Juifs (Jérém. xv, 1, 5). — Judas Machabée voit en songe le grand-prêtre Onias qui était mort ; il l'aperçoit plongé dans la prière pour sa
malheureuse nation et pour la ville sainte (n Mach. XV, 12, 14). — L'apôtre saint Jean nous représente les saints sous la figure de vingt-quatre vieillards, assis devant le trône de Dieu et lui offrant les prûres des fidèles sur la terre (Apoc. v, 8, viii, 4;. — Ailleurs il nous parle des âmes des martyrs qui connaissent les souffrances de l'Eglise, qui demandent la fin des persécutions dont elle est affligée et qui apprennent po^i^uoi e'ie est différée. (Apoc. VI, 9-1 j). — Donc les saints dans le ciel ont connaissance de nos prières, les font valoir auprès de Dieu et s'intéressent à notre sort.
La tradition confirme admirablement cette doctrine ; on pourrait citer à son appui tous les Pères de l'Eglise. Ces Pères nous enseignent que les saints qui ont quitté la vie présente conservent leur charité pour ceux qu'ils ont laissés après eux, qu'ils ont de la sollicitude pour leur salut, qu'ils les assistent par leur médiation auprès de Dieu, qu'ils joignent leurs prières aux nôtres, qu'ils connaissent ceux qui sont dignes de l'amitié de Dieu, qu'ils nous sont propices, etc.
Voilà quelle a été la croyance de la primitive Eglise: ce sont donc les catholiiues qui ont retenu la foi antique et les protestants qui ont innové. Les schismatiques de l'Orient sont d'accord avec nous sur cette question et ils enseignent partout que l'honneur rendu à la sainte Vierge et aux
CATECHISME DE CONTROTERSE
saints ne diminue en rien l'honneur de Jésus- Christ.
Mais si les saints prient et intercèdent pour nous, nous pouvons, sans aucun doute, les invoquer, les prier d'intervenir pour nous auprès de Dieu et de nous obtenir les grâces nécessaires à notre salut. Pourquoi, en effet, serait-il défendu à ceux qui combattent encore dans la plaine de recourir à la protection de ceux qui sont à l'abri des attaques de l'ennemi, qui sont auprès de Dieu et qui jouissent d'un grand crédit dans le ciel ? Rien ne paraît plus conforme à la droite raison.
Objection. — Le culte des saints, disent les protestants, ne peut se concilier avec les Saintes Ecritures où il est ditexpressémentya'/7«')' a fu'un Ditu et ,;u'un Médiateur entre Dieu et les hommes, c'est le Christ Jésus etc.
RÉPONSE. — Sans doute Jésus-Christ est notre Médiateur unique, en ce sens que lui seul pouvait nous racheter par ses mérites infinis, nous soustraire à l'esclavage du démon, donner de la valeur à nos œuvres et faire agréer les prières que nous lui adressons par nous-mêmes ou par ses élus. — Mais, encore une fois, ce n'est pas aux saints que nous demandons de nous octroyer des grâces, c'est à Dieu lui-même. Nous ne disons pas aux saints : Accordez-nous telle faveur, mais simplement : Priez pour nous ; obtenez-nous de Dieu telle ou
CATÉCHISME DE CONTHOVERSE
telle grâce. Qu'y a-t-il dans cette invocation qui soit injurieux à Notrc-Seigneur Jésus-Christ? Un ro. ne saurait être offensé de ce qu'un pau' .s paysan lui demande un bienfait par l'intercession d un prince de sa cour ; il ne voit rien dans cette démarche d'un de ses sujets bien-aimés qui soit une dérogation à ses prérogatives royales. Il en est de même pour Dieu. A lui seul nous rendons le culte suprême de l'adoration ; nous le regardons lui seul, comme l'auteur de tous les dons naturels et surnaturels ; il demeure toujours libre d'accorder ses grâces quand il veut et à qui il veut : seulement nous faisons intervenir les saints, qui sont ses élus et lui sont plus agréabl.s que nous, pour qu Ils nous obtiennent ce que nous demandons. Ces prières que nous adressons aux saints sont toujours fondées sur les mérites infinis de notre unique et suprême Médiateur, Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme.
Si la doctrine protestante était vraie, il s'ensuivrait qu'on ne pourrait même pas solliciter pour SOI les prières d'une tierce personne quelconque dune personne encore vivante, comme cela se pratique tous lec jours. Or l'apôtre saint Paul luimême se recommande très souvent aux prières des fidèles( Rom. .xv, 30, 3, ; I Thess. v, .5 ; Ephes. VI, 18): évidemment il n'était pas protestant !