IT. RUE RICHELIEU
INTRODUCTION
La disposition par demandes et par réponses, qui nous a fait donner le nom de Catéchismekces éléments d’économie politique, ne doit pas être un motif pour qu’on les dédaigne. Ce même mode d’enseignement n’est-il pas adopté dans presque tous les ouvrages qui traitent d’algèbre, de géométrie et des mathématiques pures ou appliquées, en admettant toutefois (comme notre travail le prouvera) que les demandes ne sont que des textes de the'orèmes et les réponses des solutions de ces the'orèmes? — D’ailleurs, ne saiton pas que dans tout sujet de recherches, lorsque la difficulté n’est pas formulée avec justesse et nettement précisée, son éclaircissement laisse toujours quelque chose d’équivoque , d’insuffisant ?
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N’énoncer que vaguement le thème d’un chapitre, puis discuter cet énoncé dans vingt colonnes, c’est le propre des discussions philosophiques auxquelles on se livre pour soumettre à l’épreuve une vérité que quelquefois on finit par établir. Mais, lorsqu’il s’agit d’une science exacte (et nous pensons que l’économie politique doit être ainsi qualifiée), une vérité doit habituellement se produire en quelques lignes et se démontrer dans une demi-page. — La forme adoptée nous apparaît donc, à nous qui osons nous poser en géomètre de l’économie politique, comme éminemment propre à atteindre le but de vulgarisation auquel nous tendons.
Le titre de ce livre, dira-t-on, ne rappelle cependant qu’une instruction très-élémentaire donnée par les ministres du culte aux petits enfants? — Que l’on ne s’y méprenne pas! Dès les premiers siècles de l’Église on fut obligé d’avoir recours à une pareille méthode d’enseignement, non-seulement pour inilier les néophytes aux choses sacrées.
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mais encore pour garantir les fidèles du danger de l’hérésie. Et cette méthode fut probablement empruntée aux ouvrages scientifiques de l’époque, à ceux d’Euclide peut-être, attendu qu’elle formulait les croyances divines avec une grande précision, une grande netteté, et qu’elle introduisait ainsi plus de rigueur dans l’orthodoxie.
Un catéchisme peut donc s’adresser aux personnes les plus sérieuses, alors qu’il traite de matières telles que l’économie politique. — Bien plus, nous croyons qu’on doit applaudir à cette forme par suite des facilités qu’elle offre pour étudier, approfondir et répandre une science appelée à rendre les plus grands services aux nations.
Dans cet ouvrage, l’économie politique est présentée sous un jour tout à fait nouveau, jour qui fait ressortir avec évidence le spécieux et l’illusoire des arguments qu’ont produits certains publicistes, néanmoins à juste titre célèbres, pour légitimer d’une
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manière absolue les doctrines libre-échangistes. — Accroître la richesse des nations, voilà sans doute quel était leur but. Mais, pour y parvenir, comment pouvaient -ils affirmer la bonté du système qu’ils préconisaient, lorsque personne jusqu’ici n’avait pu spécifier exactement ce que c’était que cette richesse, comment il était possible de l’apprécier, comment on devait la calculer? Nous dirons plus, J.-B. Say professait que le calcul de la richesse d’une nation était le problème
de la quadrature du cercle de l’économie politique ^
^ Jean - Baptiste Say écrit, dans la sixième édition de son Traité d' Économie politique , p. 604 :
« Cela montre qu’on ne peut compter sur aucun résultat positif en comparant la richesse d’un pays avec celle d’un autre. Cest la quadrature du cercle de l'économie politique. Il faut se contenter de savoir que la nation chez qui les produits à consommer sont en général les plus abondants par rapport à la population , et où les produits se distribuent le mieux en proportion de la part que chacun a prise à la production , est celle où l'on est le mieux accommodé, où l’on jouit de plus d’aisance. »
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Dans cet état de choses, toute affirmation de la bonté d’un système était impossible, car on était dans le vague, dans l’inconnu. Mais, si ce problème est résolu (comme nous avons tout lieu de le croire), la lumière s’est faite, elle nous inonde, et on ne peut plus se refuser à reconnaître que bien souvent le libre échange fait décroître la richesse d’un pays.
La solution d’un pareil problème n’était pas sans difficulté , car il fallait considérer la richesse des nations sous deux points de vue différents, celui de la valeur et celui de, l’utilité.
Sans vouloir trop anticiper dans cette introduction sur les développements qui seront donnés plus lard , nous dirons qu’une grande richesse de valeur dote les peuples non-seulement de force, de puissance, mais encore dévastés facultés productrices, tandis qu’une nation douée tout particulièrement de la richesse de bien-être, et à un faible degré de la richesse de valeur, se trouve, relativement à ces peuples, malgré son bien-
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être, dans une situation d’infériorité. — Or les libre-écliangistes négligeaient presque complètement la richesse de valeur et ne s’occupaient en général que de la richesse d’utilité, bien qu’ils n’en eussent pas un sentiment très-net. — De là tant de méprises, de là tant d’erreurs.
Sans doute, les économistes avaient déjà fait ressortir qu’une marchandise peut être appréciée au point de vue de l’utilité et à celui de la valeur; mais ils s’étaient bornés là. Jusqu’ici, et nous insistons sur ce point, la richesse d’une nation s’était refusée à laisser reconnaître le secret de son évaluation , le secret de sa mesure. Il n’y avait cependant que ce mystère à pénétrer pour que l’économie politique se classât définitivement parmi les sciences exactes, car, une fois révélé, les obscurités de cette science disparaissent , ses contradictions s’expliquent, ses paradoxes s’évanouissent, et il n’est plus de nuages pour voiler les attaches des diverses parties qui la constituent.
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Il n’y a que peu de temps que nous avons publié les nouveaux principes sur lesquels nous nous appuyons, et, bien que le langage algébrique*, qui à l’époque de cette publication nous était nécessaire pour les démontrer, nuisît essentiellement à leur propagation, de nombreuses adhésions ne nous sont pas moins parvenues.
Dans ce catéchisme nos raisonnements seront beaucoup moins abstraits, et en conséquence bien plus accessibles au lecteur, car heureusement, sans nuire d’une manière sensible à leur rigueur, nous sommes parvenu à les dégager de cet appareil scientifique. Toutefois nous ne l’avons pas exclu entièrement, il était pour nous un aide trop précieux, mais nous l’avons relégué dans les notes explicatives, pour l’usage des personnes qui en ont l’habitude.
On verra que, loin d’être protectionniste
* Voyez Les Libre - échangistes et les Protectionnistes conciliés^ édition; Guillaumin, éditeur.
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absolu, nous appelons de tous nos vœux l’époque où le libre échange pourra être accepté dans le monde entier. En ce moment même nous acclamons, sans réserve aucune (comme nous l’avons toujours fait), la liberté générale du commerce des grains.
Cependant, dans certains cas, nous sommes plus protectionniste qu’on ne l’est habituellement. — Ainsi, contrairement à l’opinion de la plupart des protectionnistes, qui ne réclament le maintien des droits de douane que pendant quelques années , afin de pouvoir se mettre au niveau de l’industrie étrangère, nous prétendons établir d’une manière irréfutable que , pour nombre de pays, la protection qui s’étend sur telles ou telles manufactures doit être normale, constante, pourvu qu’elle ne dépasse pas certaines limites que nous sommes parvenu à déterminer. — Parmi les diverses autres questions économiques que nous croyons encore avoir élucidées, nous citerons particulièrement celles qui concernent le crédit »
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des Etats, le luxe des particuliers, l’absentéisme, etc.
Nous ne l’ignorons pas, le moment est loin d’être opportun pour propager des doctrines protectionnistes, quelque mitigées qu’elles soient. — Il est devenu bien plus difficile de se faire écouter à ce sujet depuis que le libre échange a eu l’heureuse fortune d’un haut patronage qui a accru et la confiance dans ce système et le nombre de ses partisans. — Mais la raison, en définitive, est toujours le grand arbitre, et si réellement nous marchons d’accord avec elle , la vérité ne peut manquer de resplendir et de rejeter dans l’oubli le triomphe éphémère de l’erreur.
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