CHAPITRE XI
Ou meilleur emploi qu’une nation peut faire
de ses capitaux.
Les capitaux de diverses riatures qiCun peuple possède doivent-ils être tous fixés sur son territoire pour quil obtienne la richesse évaluée la jilus grande possible?
11 y a certaines distinctions à faire. Les capitaux engagés en terres, usines, fabriques, etc., ne sauraient exister en trop grande abondance sur le territoire de ce peuple, afin de donner l’essor à sa richesse évaluée , bien entendu en
supposant que leur placement devînt fructueux.
On dira peut-être que leur placement dans les usines étrangères pourra donner lieu à des revenus nets bien plus élevés. Mais ces usines situées à l’étranger font perdre nécessairement la richesse évaluée, qui se déve-
DE L’ÉCONOMIE POLITIQIE.
loppe par suite de la consommation des ouvriers qui y sont employés, richesse trèsimportante à considérer, comme on le démontrera dans la quatrième partie de ce catéchisme. De plus , chaque établissement fondé chez les nations étrangères y reste pour toujours, et entre en ligne de compte pour accroître leur richesse évaluée. Il est vrai que ces nations sont grevées d’une dette ; mais que de difficultés ne rencontre-t-on pas pour recouvrer une créance, lorsqu’il faut recourir à des législations la plupart du temps inconnues, et presque toujours hostiles à ceux qui ne sont pas indigènes !
Quant aux capitaux circulants, un peuple ne doit les conserver sur son territoire qu’autant qu’ils rendent des services effectifs ou qu’ils ont une destination très-prochaine. En agissant autrement il perdrait l’intérêt de ces capitaux , les frais de magasinage, et parfois, en
cas d’incendie ou d’autres accidents , leur va-
leur presque tout entière.
Parmi les capitaux circulants qu’il est pré-
judiciable à un peuple de détenir, nous citerons particulièrement :
- 1° Les capitaux correspondant aux richesses du second groupe de notre tableau, richesses d’une conservation difficile ou onéreuse, tels que les céréales de toute espèce; le bétail gras vivant ou abattu , les vins de diverses sortes , la bière, le cidre, etc. ;
2® Les capitaux correspondant aux richesses du sixième groupe , tels que les tissus de luxe en coton, laine, soie, les futilités, etc., dont un caprice de la mode peut anéantir la valeur d’un moment à l’autre.
Nous ajouterons qu’un peuple doit tâcher de réduire autant que possible ses besoins par rapport au capital numéraire, car rien n’est plus facile que d’en trouver le placement à l’étranger, et on ne peut en dire autant des autres capitaux circulants. On verra plus tard que les peuples les plus avancés dans la connaissance de l’économie politique ne réservent qu’une très-minime quantité de numéraire pour le service des échanges.