CHAPITRE XIV
Ton doit imposer les matières premières à la sortie d*un État.
Vos raisonnements conduisent, il nous semble, à frapper de droits de douane les matières premières pour les empêcher de sortir du pays pui les produit?
Nous sommes très-éloigiié de vouloir conseiller une mesure pareille. Que résulterait-il d’un droit à la sortie - sur toutes les matières premières? C’est qu’en général elles s’aviliraient tellement que l’on mettrait obstacle à la production et que l’on diminuerait les capitaux indigènes. Cependant, dans un cas de famine, ou à titre d’encouragement exceptionnel à une industrie susceptible de devenir très-lucrative, cette mesure peut avoir parfois de bons résultats. On a même vu dernièrement quelques
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bons esprits demander que l’exportation des chiffons fût soumise à une taxe , mais à la vérité cette matière première est d’une espèce toute spéciale.
Du reste, nous ne voulons et ne pouvons nous prononcer d’une manière absolue contre le droit à la sortie de telles ou telles matières premières, parce que, dans notre système économique, nous en appelons toujours à l’expression de la richesse évaluée. — C’est cette expression qui, après avoir reçu dans ses quatre termes les divers nombres statistiques qu’ils comportent, fera prononcer en dernier ressort sur l’effet de telle ou telle mesure économique.
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CHA.PITRS XV.
De la protection de la marine nationale.
Pense%-vous qu'il soit convenable de protéger la marine marchande d'un pays^ soit au moyen de taxes spéciales frappées sur les marchandises que transportent les navires étrangers , soit autrement ?
La marine marchande , à raison des bénéfices qu’elle donne et à titre de force nationale (car sans marine marchande il n’y a pas de marine militaire), a autant de droits à une protection sérieuse que toute autre industrie.
Mais le régime des surtaxes ne nuit-il pas à la production en accroissant le prix des matières premières et celui des marchandises de toute
sorte que Von exporte ?
Sans contredit; et sous ce rapport la protection de la marine nuit à la production nationale.
xMais il s’agit toujours de savoir si l’on perd moins que l’on ne gagne. Or supposons que les surtaxes n’atteignent ni les grains ni les matières premières les plus essentielles, mais bien certaines marchandises, comme le sucre, le café , les épices , les peaux ouvrées , etc.
— Si l’on considère l’équation de la richesse évaluée, on verra qu’il est presque indifférent que ces marchandises, surtout lorsqu’elles sont importées, aient un prix un peu plus ou un peu moins élevé, attendu que, si elles entrent dans le terme de la production, qui est positif, elles entrent aussi dans le terme de lâ consommation, qui est négatif, et qu’en conséquence leur valeur figurera à peine dans l’expression de la richesse évaluée , qui ne comprend pour ainsi dire que la somme des capitaux engagés.
— Eh bien, la marine, par le grand nombre des métaux ouvrés, des bois façonnés, des chanvres tissés, etc., qu’elle utilise, par la population nombreuse et énergique qu’elle entretient, par les bénéfices élevés qu’elle produit, est éminemment propre à accroître la valeur de
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ces capitaux engagés. Ainsi, sa protection, tout en augmentant légèrement la valeur de certains articles, peut encore être très-utile.
Toutefois, pour cette industrie comme pour les autres, il est toujours une vérification à faire afin de savoir jusqu’à quelle limite elle peut être protégée.
Avez-vous quelques faits à nous citer pour nous montrer combien cette industrie est lucrative ^ en conside'rant toujours le marin à la fois comme capitaliste, constructeur, patron et matelot ?
La plupart des pays qui ont été célèbres dans le monde par leurs richesses les ont dues, en grande partie, à l’industrie des transports maritimes. Nous citerons, dans les premières époques de la civilisation, Tyr, Sidon, Carthage, et plus récemment la Hanse, les républiques italiennes, la Hollande, etc.
Expliquez -nous comment il se fait que certaines 7iations peuvent défier toute concurrence dans Vindustrie de la navigation.
r Un commerce très-important leur permet
de fréter de grands navires qui présentent beaucoup d’économie dans les transports.
T Quelques peuples , naissant pour ainsi dire au milieu des flots, acquièrent des aptitudes, des facultés toutes particulières qui leur font affronter sans crainte les périls qu’offre In navigation, et leur permettent de n’employer à
la manœuvre des bâtiments qu’un très-petit nombre de matelots.
3" Les nombreuses colonies que certaine na-
tion peut posséder lui font trouver avec plus de facilité des chargements d’aller et de retour.
4“ Au moyen de l’abondance de ses capitaux, et du faible intérêt qui en résulte, elle peut ré-
duire ses nolissements à un très-bas prix.
5“ Certains pays, très-formalistes, multiplient les règlements sur la durée de l’instruction des
I marins, sur le nombre de ceux qu’un navire doit porter, sur la quantité des objets d’armements, etc., et de cette manière accroissent prodigieusement les frais de transport.