‹ Catéchisme de l'économie politique basée sur des principes rationnels [microform]Chapitre 42 sur 73 · CHAPITRE XVHI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVHI

Les intérêts des peuples sont souvent

antagonistes.

Est-il vrai quun peuple a toujours intérêt à la prospérité des autres peuples ?

Cette opinion , qui tend chaque jour à prendre plus de consistance parmi les économistes de notre époque, était repoussée par les penseurs d’autrefois. Montaigne, Bacon, Voltaire S et tous les autres philosophes des temps passés, sont unanimes pour considérer le mal

’ a La perte de l’un est le profit de fautre. »

(Montaigne.}

« Quidquid alicubi adjicitur alibi detrahitur. »

(Bacon.)

« Souhaiter la grandeur de notre patrie, c’est souhaiter du mal à ses voisins. Il est clair qu’un pays ne peut gagner sans qu’un autre perde. » (Voltaire )

DE L'ÉCONOMIE POLITIQUE. i89

précédents, dont les plus grands profits, comme nous Tavons fait maintes fois remarquer, n’ont pas été pour lui.

Veut-on d’autres exemples? Supposons que les manufactures d’un peuple industriel viennent à être paralysées à tout jamais. Croit-on que les autres contrées en pâtiront? Au contraire. En effet, à notre époque, tout le monde le sait, chacune d’elles aspire à être industrielle, car c’est dans les fabriques que se font les plus grands bénéfices. Or, les produits fabriqués pouvant presque partout se multiplier à l’infini, ces contrées ne manqueront pas, à leur grand profit, de surexciter chez elles le

travail des manufactures pour s’emparer des «

débouchés qui resteront ouverts. — Qui oserait prétendre que l’Angleterre, la Hollande, l’Allemagne, ont perdu à cette funeste révocation de l’édit de Nantes , en accueillant nos manufacturiers qu’une indigne politique obligeait à abandonner leur patrie ? — De cette manière, ces nations se sont emparées et de nos manufactures et de nos débouchés.

qui arrive à une nation voisine comme favorable à celle dont on fait partie. Qui est dans le vrai? Nous croyons que ce ne sont ni les uns ni les autres. Tantôt les pertes que font les peuples étrangers nous sont funestes , tantôt elles nous profitent.

Considérons d’abord deux peuples , l’un industriel , l’autre agricole, faisant des échanges entre eux. Si les matières premières viennent, par un caprice des saisons, à manquer chez ce dernier, c’est un malheur pour tous deux, car celui-ci ne pourra se procurer aussi facilement les objets de fabrique dont il a besoin , et celui-là rencontrera des difficultés pour obtenir les matières premières qu’il fournit en échange de ses fabrications.

Mais, si un sinistre vient à frapper l’agriculture d’un pays riche et industriel , il en sera tout différemment ; ce sera un nouveau débouché offert au peuple agricole qui trafique d’habitude avec lui , débouché qui lui permettra d’élever le prix de ses denrées et de se compenser en partie de l’inégalité des échanges

Page 1