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Une nation a-t-elle un traité de commerce à négocier, on devra substituer (après enquête suffisante faite tout à la fois par les praticiens et les théoriciens), dans les è((uations de la richesse évaluée et de la richesse d'usage^ les évaluations nouvelles qui devront en résulter pour les divers termes que ces deux équations comprennent.
Si la richesse évaluée et la richesse d’usage de cette nation doivent s’accroître en même temps, le traité de l'ommerce est excellent.
Si la richesse évaluée s’accroît , tandis que celle d’usage subit seulement une légère diminution, le traité peut encore être accepté.
Ce traité serait une amère dérision si par son adop-
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tion la richesse d’usage et la richesse évaluée devaient diminuer.
Ces conclusions fort simples et très-fixes découlent tout naturellement des deux équations qui ont été formulées.
VI. C’est a tort que, page 185 de votre Rapport, vous vous appuyez sur une phrase d'un ouvrage de M. Amé, directeur des douanes a Bordeaux , pour en conclure que le tarif douanier des fers a fait perdre à la France une somme de deux m. liards depuis 1814, et il est facile de vous le dé-
montrer.
M. Amé dit bien que les consommateurs français ont perdu cette somme, mais il ne dit pas que la France 1 a perdue. Or, en adoptant dans son entier tout ce qu'il a avancé, vous allez peut-être reconnaître avec nous que les tarifs sur les fers, bien loin d’avoir appauvri la
France de deux milliards depuis l’époque précitée, lui en ont fait gagner, au contraire, peut-être six à sept.
En effet, grâce à ces tarifs et à la fabrication qui en est résultée, 1° les maisons, terres, prés, bois, etc., situés à une certaine distance des usines à fer, ont du prendre depuis 18U une plus-value que nous pouvons porter à environ huit milliards; ^2° l’accroissement de valeur (les immeubles affectés à cette fabrication, ainsi que les réserves faites par les ouvriers industriels et leurs patrons, i)euvent encore très-bien s’élèvera une somme d'un milliard; total, neuf milliards.
D’où il résulte qu’en retranchant les deux milliards perdus par les consommateurs français, notre pays a
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pu s’enrichir en df^tinitive d’une valeur de sept milliards
Ou reste, remarquez que jusqu’ici nous n’avons parlé en aucune sorte du chiffre de la protection, et que, si déjà il y a eu gain pour notre pays par suite des tarifs douaniers qui ont été décrétés, ce gain serait devenu peut-être plus considérable encore si l’on avait diminué les tarifs, de manière que les industriels français eussent été incessamment forcés à adopter dans leurs ateliers les perfectionnements qui chaque Jour ont eu lieu à l’étranger.
vit. Vous nous reprochez de faire de la politique , et non pas de l’économie politique.
.lusqu’ici, les économistes n’ont pu s’entendre pour savoir entre quelles limites la science économique devait être strictement renfermée, mais il n’est arrivé à aucun d’eux de soutenir que cette branche des connaissances humaines ne dût pas s’étendre sur le domaine
* On pourra répondre qu’à la jdace des forges et fonderies que le système protecteur permet de faire prospérer, on aurait pu créer d’autres industries également favorables à l’accroissement du capital français. — Mais que l’on indique ces industries ! C’est là que nous attendons nos contradicteur.s , qui , en général , supposent bien à tort qu’il est indifférent pour un pays de se livrer à telle ou telle nature de travail.
Suivant qu’il s’agit d’une industrie ou d’une autre, le travailleur, considéré comme jouant tout à la fois le triple rôle de propriétaire, de directeur et d’ouvrier, reçoit des rétributions journalières trèsdifférentes, et ces rétributions sont toujours bien plus considérables dans n’importe quelle industrie que dans l’agriculture.
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de la politique. l>éjà l’économie par son nom, prononce en notre faveur. — Mais comment pouvezvous, Monsieur, formuler un tel reproche, vous qui n'ignorez pas l’extrême influence des traités de commerce sur la puissance des États, traités relevant essentiellement de l’économie politique?
VIII. Mais voici une accusation d'une certaine gravité que nous sommes étonné de trouver sous votre plume :
« Est-il honnête surtout qu’un professeur d’économie politique... conseille la destruction volontaire des marchandises. Quanta nous. Messieurs, nous dirons ; 11 est malhonnête de faire la chose, et la conseiller est une grave erreur de jugement. »
Ges gros mots, Monsieur, heureusement portent à faux. Et si même nous pouvions hésiter sur la vérité des doctrines que nous avons soutenues, votre courroux si peu mesuré nous raffermirait et ne nous rendrait que plus opiniâtre dans leur défense. « Tu te fâches, Jupiter, dit Lucien dans ses Dialogues, donc tu as tort. »
Pour vous combattre, Monsieur, nous nous garderons d’user d’armes semblables aux vôtres ; armes, du reste, très-dangereuses à manier, car, loin de nous atteindre, elles n’ont fait que vous blesser en éclatant entre vos mains? — Est-ce avec des personnalités que dans les sciences on a raison de ses adversaires?
Non, Monsieur, vous n’avez pas lu le livre dont vous présentez l’analyse. On ne vous en a communiqué que quelques extraits parfois tronqués. — Autrement, en lisant le chapitre où il est parlé de la destruction des épices par les Hollandais, il vous eût été impossible de
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ne jias reconnaître que nous nous élevons avec force contre ces procédés barbares qui, dans le but d’augmenter la richesse de valeur, détruisent le bien-être des peuples.
^ Ainsi il est dit, page 357 : « Mus par un odieux egoisme, ces marchands sacrifiaient le bien-être général a la spéculation. » — idem, page 358 : «Remarquons que, SI l'indigne expédient dont les Hollandais ont usé (en brûlant des cargaisons d’épices), etc. »
Vous voyez donc. Monsieur, qu’en constatant un fait historique, loin de le donner en exemple, nous flétrissons ceux qui s’en sont rendus coupables. 11 est vrai que, page 359, nous ajoutons « que, dans le but d’accroître la richesse évaluée d’un pays, il peut être parfois utile de sacrifier des objets peu essentiels, tels que des diamants, des pierres précieuses, etc. » — Et nous citons 1 empereur du Brésil, qui, en bon administrateur, pour maintenir le prix des diamants, se garde de livrer à la circulation des quantités énormes qu’il possède, à ce qu on assure; mais nous ajoutons qu’il faut se donner de garde de toucher à ce qui sert à notre subsistance.
Renoncez donc. Monsieur, désormais, à de tristes personnalités, et choisissez mieux ceux qui méritent réellement vos colères.
IX. Dans votre désir d'éloigner de la science économique tout ce qui ne respire pas la plus pure philanthropie, vous prétendez que les plus grands politiques se font honneur aujourd'hui de déclarer (pi'ils se placent toujours au point de vue humanitaire pour diriger les intérêts des populations.
Sans doute vous exceptez linéiques personnages,
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entre autres le célèbre lord Palmerston, qui naguère déclarait à la tribune que ce serait un suicide pour l’Angleterre si elle accordait, en temps de guerre, un laissez-passer aux vaisseaux de tous pavillons. — Mais considérons tous ces grands politiques dont la tendresse pour l’humanité vous paraît irrécusable (bien qu’il y en ait quelques-uns qui prennent traîtreusement un masque hypocrite pour obtenir des concessions favorables à leur pays). — En les sujtposant tous, comme vous, sensibles, compatissants, miséricordieux, croyez-vous qu’ils n’ont jamais en vue et ne patronnent jamais que des œuvres de bienfaisance? Certes, vous feriez preuve alors d’une candeur par trop naïve. — En effet, dites-nous, de grâce, parmi ces hommes d'État, quels sont ceux qui ont proscrit les écoles dites militaires, où l’on enseigne l’art de la dévastation, l’art du carnage? quels sont ceux qui se sont constamment refusés à décréter ces levées d’hommes, ces déclarations de guerre, ces massacres, hontes de toutes les époques? Vous auriez à coup sûr de la peine «à nous répondre.
Regardez autour de vous : les décorations, les préséances, les faveurs de toutes sorte, ne viennent-elles pas solliciter la découverte de ces inventions meurtrières, qui ne sont cependant que des fléaux ‘ pour
l’humanité ?
' On a dit, avec beaucoup de vérité, que les batailles devenaient de moins eu moins sanguinaires à mesure que les engins de destruction se perfectionnaient. Mais , en favorisant de tels perfectionnements, les honnnes d'Etat n'ont certes pas en vue un but humanitaire. Du reste la fabrication de ces engins, y compris les
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Assurément, Monsieur, tous les hommes généreux gémissent d’un pareil régime; mais ils vous diront qu’<à l’époque actuelle, il est des mesures douloureuses à prendre, des nécessités fatales tà subir. Relisez du reste le discours prononcé dans la séance académique du 12 mai 18dl par le général Didion, votre honorable président, et vous nous expliquerez ensuite, si c'est possible, ce qu’on doit entendre par ce point de. vue moral, humanitaire, dont vous voulez qu’on ne s’écarte jamais.
« On ne pourra pas (dit ce général) refuser à la nation française V honneur d’avoir presque toujours devancé les autres puissances militaires dans l’adoption des perfectionnements de guerre. » Et plus loin, à propos des canons rayés : « Ce ne fut que par des grands soins, par une extrême activité et par une minutieuse attention à ne rien divulguer, que l’artillerie française parvint surprendre son ennemi par la précision inattendue de ses coups. »
En sorte que, d’après votre président lui -même, la France doit s’honorer non-seulement des perfectionnements que ses officiers ont apportés aux engins destructeurs, mais encore du secret qu’ils ont su garder, et qui leur a permis d’user seuls d’armes terribles et inégales pour foudroyer leurs ennemis à grande distance.
vaisseaux cuirassés, ncccssitaut d’énormes dépenses, de plus en plus la prépondérance dans le monde doit appartenir aux peuples les plus riches en capitaux. En conséquence, de nos jours, les nations doivent faire les plus grands efforts pour accroître leur richesse de valeur.
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Chose étrange! ce qui serait monstrueux, flétrissant, dans une rencontre entre particuliers, devient licite cl même honorable lorsqu’il s’agit de combattre les ennemis de l’État !
Ce n’est donc pas au point de vue humanitaire que monsieur Didion se place dans cette circonstance, et il ne peut que vous condamner lorsque vous vous opposez à des actes tout pacitiques, à des traités de commerce qui assurent la grandeur et la puissance d’un pays, en vous armant du futile prétexte que ces traités imposeront quelques charges à ses habitants. Ainsi écartons un vain sentimentalisme, et ne considérons que la vérité vraie : elle seule nous conduira à des théories pratiques et utiles. — Nous ajouterons, du reste, que vous êtes condamné par votre définition de l’économie politique, car vous dites : « L’économie politique est la science des conditions nécessaires pour que les richesses sociales se créent et parviennent à leur plus grand développement, concurremment avec le progrès moral des peuples, »
Or, puisque vous admettez qu’il faut suivre pas à pas le progrès moral des peuples et que la guerre est encore à l’ordre du jour, vous devez nécessairement tenir compte des moyens d’accroître la richesse évaluée, ou autrement le capital, si indispensable pour combattre l’ennemi avec succès.
Vous regretterez donc. Monsieur, nous en sommes convaincu, d’avoir écrit, à propos des opinions que nous avons émises ; « T)e telles opinions sont, à nos yeux, bien tristes et entachées d’erreurs, et nous nous demandons comment on a le courage d'écrire un livre pour enseigner qu'il
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est permis , dans un intérêt quelconque, de faire des actes que la morale réprouve. »
Du reste, Monsieur, loin de nous de vouloir jamais conseiller aux hommes de se faire la guerre; mais. Si ris pacem para hélium; nous leur recommandons de se résigner quelquefois à subir de légères privations dans leurs vêtements, dans leurs logements, pour avoir à leur service de meilleures armes défensives.
X. De ce passage du livre : a Ces diverses reiiiarques expliquent la conduite des généraux anglais qui, ii la tête de leurs armées, incendiaient , même chez leurs alliés, les fabriques et leurs produits, et se gardaient bien de causer le moindre dommage aux établissements agricoles et aux niatières premières appartenant aux divers royaumes , amis ou ennemis, qu’ils traversaient », vous concluez que nous approuvons cette horrible conduite.
Mais, lorsqu’on spécifie qu’un malfaiteur a volé, incendié, tué, soit dans son intérêt particulier, soit par vengeance, soit parce qu’il a reçu un salaire, etc., où prenez-vous que cette explication des motifs qui ont
guidé ce malfaiteur implique le moins du monde une approbation de ses actes? bien plus, les mots en itali-
ques : MÊME CHEZ LEURS ALLIÉS, indiquent toute l’indignation que nous font éprouver de telles infamies.
Il est satisfaisant, Monsieur, que vos arrêts ne soient pas définitifs.
XI. Page ISO de votre lîaïqjort, vous vous exprimez ainsi : Heureusement que les traités de commerce avec rAngIc-
Le mot éclatante est peut-être exagéré ; il pourra même donner lieu à quelques sourires, surtout dans ce moment, où tant d’industries sont en souffrance; mais nous vous ferons observer. Monsieur, que les nouveaux traités de commerce avec l’Angleterre et la Belgique sont des traités de protection, et qu’en conséquence ils ne sont point contraires à notre système. Seulement, dans ce système, le chiffre de la protection n’aurait dû être fixé qu’après enquête suffisante et d’après les lois
que nous avons fait connaître.
Quant 'au libre échange des grains et autres matières premières produits de l’agriculture, nous l’avons réclamé hautement avant son adoption en France, et ce libre commerce n’a eu que des résultats avantageux.
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terre et la Belgique sont venus donner une éclatante sanction aux idées progressives.
XII. Nous relevons encore dans votre Rapport le passage suivant : « Si nous considérons l’Angleterre, n’y trouverons-nous pas une contradiction plus frappante encore des idées de M. du Mesnil-Marigny sur le libre échange? »
Vous nous convainquez tout à fait. Monsieur, que vous n'avez lu notre livre, comme nous le disions plus haut, ijue par l’entremise d'un secrétaire qui ne vous en a rendu qu’un compte très-infidèle.
Car maintes fois, dans ce livre, nous affirmons que te laissez faire et le laissez passer conviennent parfaitement à certains pays industriels, l’Angleterre, par exemple, tandis qu’il en est autrement pour les pays
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agricoles. (Voy. les p, 194, 195, 2“26, 228 et 243 de la deuxième édition.)
Vous citez même un de nos passages (p. 182 du rapport) où il est dit que dans certaines circonstances une nation n a rien ù redouter du libre échange. .4insi, la contradiction que vous signalez n’existe pas, et 'les éminents services que le libre échange a rendus à
1 Angleterre viennent au contraire appuyer nos doctrines.