ANNEXE II
A Al. Éuiilc BOLCHOTTE, iifeiiibrp cio l'.Acadéniio iiupérialo de Aletz. correspondant du Conseil supc^rieur de l’ag'rleulture.
MONSIEI H ,
On vient de nous communiquer une vive attaque que vous avez faite, à l’Académie impériale de Metz^ séance du 12 mai 1862, contre le livre : Les Libre-Échangistes et les Protectionnistes conciliés. Permettez-nous d’user du droit de défense.
I. D’après vous, rËcouomie politique, que vous définissez ainsi : — « La science des conditions nécessaires pour que les richesses sociales se créent et parviennent à leur plus grand développement , concurremment avec le progrès moral des peuples » — ne doit s’occuper que des richesses ayant valeur; en conséquence, nous avons eu le tort gravide vouloir qu’elle traitât des richesses gratuites.
Soyez logique, Monsieur, et vous serez forcé de reconnaître que tout à la fois votre définition vous met en
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contradiction avec vous-même et nous donne complètement raison.
En effet, les rayons du soleil, Teau, l’air, etc., richesses gratuites, étant des conditions nécessaires au développement des richesses à valeur, n’êtes-vous pas forcé d’admettre qu’il faut considérer en même temps et les unes et les autres?
Nous ajouterons que, pour la détermination dans chaque pays de la richesse d'usage ou de bien-être, on ne peut s’empêcher de regarder la chaleur du soleil comme une richesse très-importante, car, grâce à cette richesse, l’homme, dans les régions méridionales, use de bien moins de vêtements que dans le nord.
II. Page 177 de voire Rapport, en identifiant la riche>,sf. d'usage avec le revenu, vous êtes complètement dans l’erreur
Sans doute on peut presque identifier, ainsi que vous l’avez avancé, le capital avec la richesse évaluée; mais, quant à la richesse d'usage, elle ne peut être assimilée en aucune manière au revenu, attendu que, pour comparer les riehesses d'usage à l’aide du revenu, il faut tenir compte, dans chaque pays, de Vunité de la richesse d'usage. — N’est-il pas incontestable qu’avec 10,000 fr. de revenu, à Pise, on jouira d’un plus grand comfort, d’un plus grand bien-être, qu’à Londres en y dépensant 20,000 fr. par an ? — Le revenu n’est donc pas le thermomètre de la richesse d’usage, et notre divergence en fait de doctrines économiques provient en grande partie de cette vicieuse appréciation,
la'
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111. Vous prétendez que l’épargne faite sur le revenu est la source de tout capital,
r/est là une grave méprise, et nous espérons vous le démontrer en peu de mots. - Croyez-vous que la valeur en numéraire d’un terrain soit seulement la conséquence, des améliorations successives qu’on y a pratiquées? >lais tel pré non amélioré depuis trois cents ans, époque à laquelle il valait 1,000 fr., vaut maintenant 100,000 fr. (en tenant compte, bien entendu, dans cette appréciation, de la diminuiion que le numéraire a subie dans sa valeur depuis trois siècles). Le capital s’est donc augmenté indépendamment de l’emploi des produits de ce pré ou des revenus que l’on en tire.
Mais, dira-t-on, à quoi lient cette différence dans le prix de cet immeuble aux deux époques précitées. — Elle tient : 1” à ce qu’un centre de population s’est formé dans les environs du pré, et a décuplé la valeur de ses produits, qui primitivement n’avaient presque pas de débouchés; 2° à la diminution de l’intérét des capitaux, par suite de l’accroissement du crédit (la propriété d’un immeuble étant plus assurée de nos jours qu’elle ne l’était autrefois); 3° à ce que de nouvelles industries plus lucratives que l’agriculture, qui anciennement était l’unique occupation des régnicoles, se sont implantées dans le pays, y ont aggloméré les capitaux et fait monter, par la concurrence, la valeur du
pré; -4°, etc.
Sans doute, le capital se forme aussi par l’économie, et dans la formule de la richesse évaluée on en a tenu compte ; mais, comme cela vient d'être constaté, il est
beaucoup d’autres causes dont l’action est des plus énergique pour le faire accoître. — Voyez de nos Jours la Hollande, la France, l’Angleterre, et au moyen âge l’Italie : si le capital s’y est accru énormément, c’est aux gains prodigieux résultant du commerce ou de la nature de certaines industries qu’il faut attribuer en grande partie cet accroissement, et non à l’épargne. — En effet, la Pologne, la Russie et les autres nations agricoles , en tous temps ne sont-elles pas restées pauvres? Et cependant leurs populations ont toujours été beaucoup plus économes que celles des contrées industrielles et commerçantes.
Concluons donc que l’épargne du revenu est bien loin d'étre la seule cause de l’accroissement du capital, et que même cette épargne n’a joué qu’un faible rôle dans les immenses richesses que certains peuples sont parvenus à s’approprier.
IV. Vous avez, dites-vous, curieusement cherché dans le livre que vout avez analysé le mode de conciliation entre les libre-échangistes et les protectionnistes , et ne l’avez trouvé nulle part.
Voici cependant les concessions réciproques qui y sont maintes fois proposées aux deux parties belligérantes, concessions qui permettent d’arriver à une conciliation :
D’une part les protectionnistes doivent regarder le principe du libre échange comme excellent pour donner généralement un grand bien-être à tous les peuples, et ce principe du libre échange doit être considéré
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comme le drapeau de Tavenir. — D'une autre [)arl, les libre échangistes sont tenus de reconnaître que l’application rigoureuse de leurs doctrines ne peut avoir lieu tant que runivers sera divisé en peuples à nationalités diverses, attendu que le libre échange est un élément de force pour les uns et une cause de faiblesse pour les autres.
V, En combattant notre système, vous dites : « Le caractère de la théorie n’est-il pas dans la fixité des principes , vérité durable que le temps propage et vérifie de plus eu plus? »
D'accord. Aussi les développements nombreux que nous avons été obligé de donner en raison de la nouveauté de notre système conduisent à une théorie simple et très-fixe, ou autrement aux vérités durables que