MORALE
Dans l'éducation, en effet, les obstacles peuvent devenir des moyens.
L'orgueil, par exemple, est une force : bien dirigée, elle peut être d'un précieux secours pour la formation.
Il faut donc s'en emparer, afin de la détourner du mauvais chemin où elle s'eneraae. et de la tourner vers la vraie pxandeur.
'/«' mi petit 01 tour-propre des )<>u)> Nous ne parlons pas des sports qui ne sauraient être qu'un dérivatif.
Mais quelles ressources, pour alimenter leur enthousiasme et entretenir leurs juvéniles ardeurs, dans les choses héroïques et vaillantes, les combats, les missions, l'histoire des martyrs et des grandes conversions, les oeuvres d'apostolat, etc.
Pour les y entraîner, un élo^re donné à propos, avec mesure et délicatesse, produirait les meilleurs résultats : la nature difficile de 1 orgueilleux est très sensible à la louange.
\ 2. — La vmmité.
\jt ciel s'ètonm ouïl aorte de la paille eo feu tai h.- rtaonmrue tant fle vanit'
Pourquoi convient-il <f>j faire une place spéciale à la witli don* l'étude de l'orgueil?
Parce que si l'orgueil proprement dit est nùLheureusement naturel à l'homme, à cause de son intelligence, de sa force, de la situation qu'il occupe dans la société, la vanité est plus naturelle à la femme, à la jeune fille et à l'enfant : elle s'adapte mieux à leur tempérament, a leur faiblesse, à leur esprit, je dirais presque à leur situation et à leur mission.
(Ji( • que In vanité?
La vanité est à l'orgueil ce que la sensualité esl a la gourmandise :
le rejeton d'un arbre maudit. File consiste' dans le pas extraordinaire qu'on rail des avantages
v. Hugo, La légende dt>.< siècles, xur.
les plus frivoles, et le soin excessjf qu'on prend de tous les agréments extérieurs ; dans l'amour exagéré des louanges et le désir habituel et trop grand d'appeler sur soi l'attention et de se faire remarquer (i).
La vanité étant ce que nous venons de dire, n est-on pas obligé de reconnaître que beaucoup d'éducateurs en font une culture positive?
Oui.
C'est le grand tort de tous ceux qui se font une poupée ou un mannequin de leurs enfants; de tous ceux qui soignent avec exagération une chevelure trop belle; de tous ceux qui abusent des parfums; de tous ceux qui fréquentent le monde, sans prémunir leurs enfants contre les mensonges et les flatteries qui en sont la monnaie courante.
Qu'tstce que les parents et les enfants doivent penser de la vanité des « habits »?
1° C'est une déformation.
Rien n'est pire chez les enfants, et ne les gâte plus tristement et plus vite (2).
2° C'est une sottise.
Affaires de vêtements, petites affaires, à l'usage des petites gens (3).
3° C'est une sorte d'idolâtrie.
Les filles de Bélial ressemblaient, par leurs ornements, à des châsses et à des temples (4).
4° C'est une indignité.
Il est* '-en efïei, indigne d'un être raisonnable, et à plus forte raison d'un chrétien, de s'arrêter plus qu'il est nécessaire à de semblables questions.
Comment faut-il traiter cette forme de la vanité?
Il faut supprimer des vêtements toute recherche qui n'aurait d'autre but que d'attirer l'attention et de provoquer la flatterie.
in M»r Pichknot, op. cit , p. 157.
(2) M*r Dupanloup, De l'éducation, t. Ie», p. 59
(3) M»' Bougaud, Le christianisme et les temps présents, t. III, p. 375.
(4) Filiœ torurn cempositœ circumornatœ at similitudo templi. (P*. cliu, ta; traduction des Septaute et de la Vulg-ate.)
l'éducation morale 369
Le grand-père d'Henri IV défendit qu'on l'habillât richement, ni qu'on lui donnât des babioles, qu'on le flattât et qu'on le traitai de prince, parce que toutes ces choses ne font que donner de la vanité (1).
Tenez-vous toujours, tant qu'il vous sera possible, du côté de la simplicité et modestie, qui est, sans doute, le plus grand ornement de la beauté et la meilleure excuse pour la laideur (2).
Qu'est-ce que les parents et les enfants doivent penser de la vanité des « parfums » ?
Elle mérite d'être flétrie sans pitié, si on en croit la parole d'un ancien :
Vos parfums me rendent défiant; pour en faire un usage si indiscret, il faut que vous soyez dans la nécessité de neutraliser quelque odeur désagréable (3).
Qu'est-ce que les parents et les enfants doivent penser de la vanité de la « chevelure » ?
A ceux qui donnaient à leur chevelure des soins affectés, je redisais crûment ce mot qu'un homme de grande expérience me dit un jour :
— Soyez sûr qu'un écolier qui commence à se peigner avec affectation et à soigner sa cravate devient un mauvais écolier et que le plus souvent ses mœurs sont à la veille de se troubler (4).
Les « flatteries du monde » ne sont-elles pas, trop souvent, un encouragement à la vanité des enfants?
Indiscutablement.
Qu'une petite fille apparaisse dans un salon, on l'accueille par un murmure d'approbation, aussi imprudent que général.
— Oh l quels beaux cheveux"!
— Oht quels yeux intelligents!
— Oh! quelle finesse de Irails!
Si elle ouvre la bouche, ses reparties sont admirées, applaudies, répétées à l'envi.
Tout le monde s'occupe d'elle; on se dispute son attention, ses caresses; on la flatte, on la complimente.
(i) PÉREFIXK.
(a) Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, ch. xxv.
(3) Hoc mini suspectum es' quod oie* bene, Postume, semper; Postume, non b^ne <>l?t qui bene se»per olet. (Mabtul )
(4) M«' Dupanloup, De ('éducation, t I". p. 5g
El Ion De voit pas quon soulti> ainsi au cœur de ['enfant m timeol qui fera le tourment de la jeune fille, peut-être le malheur et •^poir de la femme du monde, comme le malheur et le désespoir d'UD époux el d'une famille entière ih.
Est-il donc important de prévenir ou de corriger la vanité '?
Oui. très -important.
La Rochefoucauld résume tout ce que l'on peut dire, pour appuyer cette affirmation, quand il écrit : « Si la vanité ne renverse pas entièrement les vertus, du moins elle les ébranle toutes. •
(Jttels sont /« remèdes spécifique* de la vanité?
\° C'est d'abord de couper court à tout ce qui la produit, l'excite ou la développe : arrière les parfums inutiles, les soins exagérés de la chevelure, les excentricités de la mode, etc.
2° C'est ensuite de bien faire comprendre aux enfants que ce qui rend beau, ce n'est pas le visage, ce ne sont pas les vêtements ni la chevelure, mais les qualités du cœur et les vertus de l'âme. On pourrait appuyer cet enseignement de quelques petits traits, tirés de la Bible ou de la vie des saints.
C'est à semblable école, sans doute, qu'avait été formée cette Paillette, Agée de huit ans, qui disait à sa petite sœur :
— J'aime bien mieux être laide : la laideur, ça fabrique de la modestie, et la beauté, ça fabrique de l'orgueil (Authentique .
Article II. — L'avarice.
II passait les nuit» cl les jours A compter, calculer, supputer sans relâche. La Fontaine. Fables, mi. 3.)
L'avarice est-elle fréquente chez les enfants ?
Non : l'avarice est plutôt un péché de vieillesse; la jeunesse, au contraire, est ordinairement prodigue; elle a le cœur sur les lèvres et la bourse à la main ; elle ne compte pas.
Dans le jeune âge, l'avarice doit donc être considérée
1 M' PlCRENOT, op. Cit., p. làfc.
comme un défaut monstrueux, un vice contre nature : elle n'en mérite que davantage toute l'attention et toutes les rites de l'éducateur.
elles sont les premières manifestations de ce défaut v
Les enfants qui en sont atteints « tiennent beaucoup trop à ce qu'ils possèdent en particulier; ils ne veulent rien donner; ils ne veulent rien prêter; ils aiment mieux laisser perdre les choses que de s'en dessaisir. Leur main, qui s'ouvre si facilement pour recevoir, ne s'ouvre jamais ou presque jamais pour donner aux autres ; ils sont nés en quelque sorte avec l'instinct du vol, et ils commettent ce péché avant même de savoir que c'est une faute s (t).
Quels sont les moyens à prendre pour corriger ce défaut ?
1° Les parents donneront l'exemple d'un noble désintéressement; ils ne considéreront et ne présenteront jamais l'or et l'argent comme le moyen ou le symbole de la félicité.
2° Ils instruiront leurs enfants de la doctrine évangélique: ils leur apprendront qu'il faut amasser des trésors pour le ciel, là où l'on n'a rien à craindre de la rouille et des voleurs ; que la cupidité est la racine de tous les maux (2); qu'il vaut mieux donner que recevoir.
Joindre les mains, cest bien, niais les ouvrir, c'est mieux (3i.
3° Ils feront faire à leurs enfants des actes de détachement : en les habituant à bien accueillir les pauvres ; en faisant passer par leurs mains quelques petites aumônes ; en leur apprenant à partager avec leurs frères et sœurs ou des enfants de leur âge ; en les formant à s'acquitter de ces diverses pratiques de charité, le sourire sur les lèvres.
Quel serait l'avantage de cette correction ?
Ce serait d'apprendre à bien donner ; c'est chose si raref
Chez les hommes les plus riches, et parfois les plus généreux, le
(l| M*' PlCHENOT, Op. Cit., p, 1(32.
(2) « J'ai connu un enfant de sept ans qui montrait une tendance bien inquiétante à l'avarice. Après avoir entendu l'histoire de Judas, il jeta sa petite bûur»-i et n'aima jamais plus Tarèrent. » i^Charruau, Aux mères, p. 68.')
(3) L, RÀtisbonne, La comédie enfantine, I" partie, xxiv.
premier mouvement ne vaut rien ; quand on leur demande, on est sûr de les mécontenter d'abord ; leur front se plisse instinctivement; ce n'est qu'en second lieu qu'ils se décident ; et souvent à quelque chose malheur est bon. car ils donnent plus qu'ils ne l'auraient fait, s'ils n'avaient pas un premier refus, un mauvais accueil à faire oublier, un mouvement désagréable à réparer. Cette difficulté n'existerait pas si, de bonne heure, on avait pris soin de combattre le mauvais instinct de ces enfants, dont la nature exceptionnelle ne songe qu'à garder et à retenir (li.
Y a-t-il quelque chose à faire à l'égard des enfants naturellement généreux qui pratiquent sans effort la bienfaisance et la charité?
Oui.
Leurs dispositions naturelles ont besoin d'être réglées, secondées et sanctifiées. Il faut les exercer à «donner, non par vanité, jamais ; non pas seulement par compassion et bon cœur, ce qui est bien, mais ce n'est pas assez pour un chrétien, ce n'est pas non plus de longue durée : rien ne sèche plus vite que les larmes » ; il faut leur apprendre à « donner au bon Dieu dans les pauvres, à soulager les membres souffrants de Jésus-Christ, à racheter leurs petits péchés par l'aumône, à jeter leur pièce d'argent du côté du ciel, pour la retrouver un jour convertie en rayon de gloire et de béatitude. Quel placement avantageux on peut faire sur la banque de l'éternité! Qui donne aux pauvres prête à Dieu, dit le Sage. La main de l'indigent est une Caisse d'épargne qui rapporte plus que les autres; nous toucherons un jour le capital et les intérêts » (1).
Article III. — La sensualité.
a Ceux-ci souillent leur chair...
astres errants auxquels une tempête de ténèbres est réservée pour l'éternité. » (2)
Que verrons-nous dans cet article consacré à la sensualité?
Nous verrons la nature de la sensualité (§ 1); ses ravages (§2); les moyens à prendre pour sauvegarder les enfants (|3), et ceux qu'il faut employer pour réparer la pureté (§4).
(i) M*r Pichenot, op. cit., pp. i64-i65. (2 Jude, i, 8 et i3.
l'éducation morale 373
g 1 — La nature de la sensualité.
Prends garde, cependant, blonde tête qui risi J'en ai connu plus d'un par le vautour surpris, Et j'ai vu trop souvent de trop lugubres choses : Des colombes fuyant d'un vol effarouche, Des plumes qui nageaient au torrent du péché, Et ses bords, çà et la, tachés de perles roses (1).
Qu'est-ce que la sensualité?
C'est l'inclination déréglée de la nature, qui nous porte aux plaisirs des sens : elle constitue une plaie profonde, un principe tristement fécond de vices et de péchés.
La sensualité vient-elle de Dieu?
Dieu avait fait l'homme droit, dit le Sage; et cette droiture consistait en ce que l'espr.t étant parfaitement soumis à Dieu; le corps aussi était parfaitement soumis à l'esprit (2).
^Quelle est l'origine de la sensualité?
Depuis le péché originel, les passions de la chair, par une juste
Sunition de Dieu, sont devenues tyranniques; l'homme a été plongé ans le plaisir des sens; et, selon la parole de saint Augustin, au lieu que, par son immortalité primitive et la parfaite soumission du corps a l'esprit, il devait être spirituel, même dans la chair, il est devenu charnel, même dans l'esprit (2).
Quelle a été la conséquence de ce trouble?
Par le péché originel, l'équilibre a été rompu, et le corps a pris une prédominance ètîrayante sur l'âme. De là celle inclination violenle au plaisir sensuel, qui fait la torture des âmes chastes, qui produit le dévergondage des caractères faibles et qui constitue un des plus grands obstacles à la sérieuse éducation.
% 2. — Les ravages de la sensualité.
Et cette àme de neige, et ce sourire pur,
Cette innocence eu tin tombera moissonnée,
Comme sous la tempête un beau champ de blé mûr (3).
Quel est le « premier » ravage produit dans l'homme par la seur sualité?
C'est de renverser Tordre établi par Dieu.
(i) A. Texier, Au gré du flot
(2) UOSSUET.
(3) A. Texier, ibid,, p. 70
Quel est l'ordre coula par Dieu dam la création de l'homme?
Dans l'ordre voulu par Dieu, l'homme est le roi delà créalion. Mais ce n'est pas par son corps : certains animaux, à cet égard, l'emportent sur lui.
C'est donc par son âme: et- voilà pourquoi l'âme doit régner dans l'homme ; elle doit gouverner sa vie;
Le corps n'est qu'un esclave et ne doit qu'obéir.
Comment la sensualité renier se- t-elU ce pin La sensualité renverse cet ordre divin en faisant dominer le corps sur l'âme, en asservissant l'âme aux sens.
Quel est le « deuxième » desordre produit dems l'homme par là sensualité?
Elle flétrit le corps et la santé : on n'outrage pas impunément la nature; la nature outragée se venge, et ses vengeances sont terribles.
Comment la sensualité flétrit-elle le corps et la saule:' Ce frêle organisme, qui n'a pas encore son développement, elle le mine, le corrompt, le détruit. Ce jeune visage, elle lui fait perdre son frais coloris; ces yeux, elle les éteint; ce front, elle le sillonne de plis précoces ; ce tempérament, elle l'use et le tue.
La Sainte Ecriture appelle ce vice « un feu dévorant » qui consume l'homme jusqu'aux moelles.
Quel fruit aviez-vous aiors des choses dont vous rougissez aujourd'hui? Car la fin de ces choses, c'est la mort Car le salaire du
péché, c'est la mort
Le vice de luxure « est comme la teigne qui, née de la chair, consume la chair. C'est un ver rongeur, et de tous le plus pernicieux : il entre en vous flattant; il mord en vous souriant ; il vous consume en vous caressant ; il vous tue en vous enivrant » 2 .
Viendra le jour, ou plutôt la nuit, où cette passion se tournera en une poix enflammée qui allumera dans vos entrailles un feu inextinguible et dévorera vos moelles et vos os (3i.
(i) Rom., vi, 21 et 23.
t Bernard.
>t Pierre Damien,
l'éducation morale 37o
Tant qu'il demeure dans la pureté, l'adolescent grandi! comme une pousse vigoureuse, pleine de sève, riche de promesses, exubérante de vie. Sitôt que le vice s'est rendu maître de ce florissant arbuste, il le ronge, il le mine, il le marque du stigmate d'une décrépitude prématurée.
Ces yeux si limpides, si francs, si droits lorsqu'ils reflétaient la vertu, sont maintenant ternes, voilés, obliques, comme s'ils se dérobaient au regard qui les cherche, comme s'ils étaient pleins d'images honteuses qu'ils tiennent à cacher.
Le visage a perdu cette fraîcheur que donne un sang vigoureux et pur circulant à fleur de peau, ce calme des traits reposés qui répand sur le front tant de sérénité, et dans toute la physionomie tant dp grâce charmante
Les membres sont mal assurés, la marche flottante et molle, les gestes gauches, comme si l'équilibre de l'organisme ne pouvait pas reprendre son assiette a la suite des énervantes impressions qu'on lui inflige.
Le cœur a reçu de terribles chocs, dont il lui reste comme des fêlures qui ne feront que s'élargir
Le cerveau, le premier, et le plus profondément, reçoit les contrecoups fâcheux de toute mauvaise action : les sensations violentes l'ébranlent comme autant de coups de foudre; elles le troublent, l'agitent, lui font perdre son équilibre, l'affaiblissent, amènent lentement sa dégénérescence
La vie, ainsi atteinte dans sa source, dépérit fatalement, et un organisme si maltraité par le vice arrive plus rapidement à 1h mort que s'il avait été préservé par la vertu (1).
Quel est le « troisième » désordre produit dans l'homme par la sensualité?
C'est de troubler l'esprit.
Comment cela se fait~il:J
Les jouissances sensibles empêchent l'usage de la raison dé trois manières : elles la distraient, elles l'obscurcissent, elles la paralysent (2).
1° Elles la distraient.
L'imagination, tourmentée par d'impurs fantômes, ne sait plus s'en détourner et attire l'esprit dans ses voies honteuses.
L'enfant sensuel est rêveur et distrait; il ne travaille plus, il ne s'applique plus.
L'âme se matérialise; elle se porte tout entière sur les organes, usant, toute son activité de ce côté (3).
(il J. Guibert. La pureté, p. 35 et suiv, ja) Saint Thomas.
(3) R. P. Lacordaire.
2° Elles l'obscurcissent.
La sensualité « est un feu qui dévore ; mais il n'enflamme pas, il enfume; il n'illumine pas, il aveugle» (1).
3° Elles la paralysent.
L'esprit, dans les honteuses pratiques de la sensualité, « perd son ressort et sa vigueur, sa délicatesse et sa grâce : énervé par de viles jouissances, plongé dans la boue des sens, il s'émou>se, il s'engourdit, il croupit dans la paresse et la torpeur » (2).
Quel est te « quatrième » désordre produit dans l'homme par la sensualité?
C'est de gâter le cœur.
Comment cela se fait-il?
1° Le vice grossier tue le coeur de ceux qui s'y livrent.
La bonté, la douceur, l'amabilité, la simplicité, la sincérité qui faisaient le charme de l'enfant ont fait place à une humeur chagrine, capricieuse, bizarre.
2° Les bonnes et pures alïeclions sont taries dans leur source. La reconnaissance n'existe plus. La sensibilité généreuse et élevée a vécu.
J'ai toujours vu que les enfants corrompus de bonne heure étaient devenus méchants et cruels. Ils ne connaissent ni pitié ni miséricorde. Ils sacrilieraient père, mère et l'univers entier au moindre de leurs plaisirs (3).
3° Le sensuel, en effet, est nécessairement un égoïste.
La débauche n'est qu'un épouvantable égoïsme qui tue tout ce qu'il y a en nous de tendre et d'élevé (4).
Lacordaire (5) compare le cœur du jeune homme vicieux au cœur du jeune homme pur :
L'un est égoïste, dit-il, lautre généreux; l'un vit de soi, l'autre,
hors de soi : entre ces deux tendances, l'une doit prévaloir Si le
sens dépravé l'emporte, le cœur se flétrit peu à peu, il ne sent plus la force des joies simples, il ne va plus vers autrui, il finit par ne plus battre que pour donner son cours au sang, et marquer les
(O Pierre de Blois.
(2) U" Duhanloup, op. cit., t. III, p. 4^9
(3| J.-J. Rousseau.
(4) Lacordaire.
(I) Conférences de Notre-Dame, XXII» conférence
l'éducation morale 377
heures de ce temps honteux dont la débauche précipite la fuite. L'âme des voluptueux s'en va tout en chair. Les sources de l'amour, de la miséricorde, tarissent. Le cœur qui a envoyé toute sa vie aux sens se dessèche et s'endurcit; leur égoïsme féroce y pénètre lentement et s'y assied sur le ti one des affections généreuses. Les sentiments même de la nature s'émoussent. Il lait froid, il fait nuit, il fait horrible dans cette âm -, tandis qu'autour d'elle, je veux dire dans la chair, tout s'illumine et s'enflamme aux yeux de la convoitise. Maison éclairée de mille lueurs, comme au soir de fêle; maison d'allégresse, entrez-y. vous y trouverez un cadavre et des démons qui dansent à l'entour il).
4° La sensualité détruit la sincérité, parce que le vicieux est dissimulé.
Ne rencontre-t-on pas cependant des enfants sensuels qui sont doués d'un bon cœur?
Les enfanis sensuels ont quelquefois l'air d'avoir bon cœur.
C'esl souvent une vaine apparence. En tout cas, leur sensibilité doit être étudiée : il faut en chercher la source.
Si elle vient du cœur, elle est une ressource qui peut tout sauver.
Ah! s'il aimait, il se guérirait peut-être. Que de jeunes gens, â ma connaissance, ont été guéris du jour où un noble amour s'est élevé sur l'horizon de leur âme! (i)
Si elle vient des sens — et c'est le cas le plus ordinaire, — elle est fausse et dangereuse.
Comment faut-il se comporter avec les enfants qui ne sont affectueux que par sensualité?
Il faut être bon pour de tels enfants, mais rarement tendre, si ce n'est avec une grande gravité.
Il ne faut leur permettre qu'avec une extrême réserve les manifestations sensibles de leur molle tendresse: il faut, avec eux. de la compassion, mais qu'elle soit le. me ei baute (2).
Quel est le « cinquième » désordre produit dans Chomme par la sensualité?
C'est de briser ou au moins de fausser la volonté.
Le malheureux, victime du vice impur, est « atone, alangui,
(i) Vinet cité par J. Gcibert, La pureté, pp. 47*48- (a) Ai»' Dupanloup, op. cit., t. III, p. 44o-
mou, sans élan, revêche à l'effort; il ne marche pas, il se traîne: il n'agit pas, il se laisse mener par les nécessités du moment ; il n'est pas homme d'initiative, il s'acquitte seulement du devoir auquel il ne peut se dérober; encore y est-il fort négligent, et il n'est habile qu'à trouver des prétextes pour s'épargner un effort % (I
Comment cela se fait-il '/
- éléments constituent a la volonté .sa forée :
r Ln idéal qu'elle ambitionne d'atteindre;
-2» Une puissance d'attention qui en retienne l'image -efficace toujours présente à la pensée :
3" Des réserves d'énergie qui tiennent l'organisme toujours en état de suivre fidèlement les impulsions de l'idéal (li.
Oi. l'homme vicieux a détruit ou gravement altéré ces trois éléments :
i° L'idéal, pour lui, est un rêve enfantin dont il se moque.
2° L'attention est accaparée tout entière par le souci des jouissances.
3° L'énergie ne trouve pas de retraite dans son orga-. nisme épuisé et dans son système nerveux foncièrement ébranlé.
Quelles conclusions s'imposent à l'éducateur sérieux après la petite étude que noua venons rie faire'/
Les voici :
1° Il faut, a tout prix, préserver les enfants du terrible fléau de la sensualité et les attacher à la vertu opposée par toutes les énergies de leur être physique et moral.
Cette sauvegarde est un des devoirs les plus graves de l'autorité paternelle et maternelle.
L'insouciance et la légèreté seraient ici impardonnables : elles ne se concevraient même pas.
Et pour emprunter une parole de la Sainte Ecriture, nous dirons que les parents doivent veiller sur l'innocence de leurs enfants comme sur la prunelle de leurs yeux.
2 1! faut tenter l'impossible pour arracher au mal les enfants qui en seraient devenus les victimes.
(i> J. Gujbkht, op. cit., pp. oo-5i.
l'éducation morale 3 79
§ 3. — Les moyens à prendre pour sauvegarder les enfants.
Allez, et réparant nos oublis et nos fautes, Faites voir à qui dit les bastilles trop hau Que ce n'est que son cœur qui se trouve trop b
Que faut-il faire pour sauvegarder les enfants*
Nous allons essayer de le dire.
Et, pour plus de clarté et de précision, nous rangerons nos indications sous deux titres. Tl faut :
1° Protéger les enfants ;
2° Leur apprendre à se défendre.
Si délicat que fût un pareil sujet, nous n'avons point cru devoir garder le silence, car « taire la vérité, c'est cacher le mal, non le supprimer ». « Que, d'ailleurs, personne ne s'inquiète: il n'y a pas un seul de nos devoirs moraux dont on ne puisse parler chastement. » (2^
Dans l'exposé qui va suivre, « l'auteur espère avoir mis, en chaque point, assez de réserve pour ne choquer aucune délicatesse, assez de clarté pour dissiper de funestes illusions » (2).
I — IL FAUT PROTÉGER LES ENFANTS a) Il faut protéger les Detits enfants. Contre qui faut-il protéger les petits enfants:''
11 faut les protéger contre eux-mêmes^ contre les serviteurs, contre les camarades^ contre le milieu.
Pour ce qui est des serviteurs et des camarades, nous renvoyons le lecteur à ce que nous en avons dit au chapitre de la surveillance.
Nous ne traitons ici que de la protection des enfants contre eux-mêmes et contre le milieu.
Pourquoi faut-il protéger les petits enfau contre eu.c-mèmes?
Parce que « il y a des enfants qui, dès le berceau, sont portés à se toucher eux-mêmes d'une façon fort inconvenante. Ce sont des actes inconscients, accomplis en vertu
A. Tesier, Au gré du flot.
J. Guipebt, op. cit., p. XII.
d'une sorte d'automntisrae organique. Mais, de ce qu'ils ne sont pas coupables, ils n'en sont (ias moins pernicieux. Les mères qui ferment les yeux sur ces premiers signes d'inslincts mauvais seront responsables des habitudes indéracinables qui tyranniseront plus lard leurs (Ils, et leur causeront à elles-mêmes d'inconsolables chagrins. » (1)
Que faut-il faire pour protéger les petits enfants contre etiwmêmes ? Il faut :
1° Supprimer toute sensualité ; 2° Former la pudeur.
Quelles sensualités faut-il supprimer?
i° La mollesse générale.
Au point de vue de la vertu, il y a grand profit, pour les bébés, à être élevés un peu à la dure.
Que l'enfant déposé sur le berceau à son entrée dans le monde sente un peu la paille sous le duvet r2\.
2° La recherche dans la nourriture. Il faut habituer les enfants à manger de loul, j'entends de tout ce qui est de leur âge, sans leur permettre de dire : « J'aime bien ceci ; je n'aime pas cela ».
3° Les embrassements trop fréquents et trop passionnés.
Certaines mamans se laissent aller, dans leurs démonstrations de tendresse à l'égard de leurs enfants, à des étreintes passionnément prolongées qui constituent, sous couleur d'affection maternelle ou filiale, une véritable excitation à la sensualité.
Qu'est-ce que la pudeur?
La pudeur est cette disposition instinctive, naturelle aux âmes droites, qui po^te à la vê>enre, à la dignité, à la bonne tenue, au respect de soi et des autres, tant au dedans qu'au dehors, tant en particulier qu'en public, aussi bien dans son esprit et dans son cœur ou son imagination, que dans ses paroles, ses regards ou ses gestes.
(i) J. Gu bert, La pureté, pp. i57-i53 (2) F. iNicoLAT, op. cit., p. 2»*4.
l'éducation morale 38i
Quelle est l'importance de la pudeur/
La pudeur peut et doit être considérée comme la défense naturelle et providentielle de la vertu de pureté.
Ce qu'est aux petits des oiseaux le blanc de l'œuf de cette toile où leur essence est contenue, ce qu'est au pépin sa capsule, ce m à la fleur son calice, ce que le ciel est au monde, la pudeur l'est à la vertu
Un enfant sans pudeur n'aura jamais de pureté.
Un enfant qui pratique normalement les habitudes inspirées par la pudeur, sera dans les meilleures conditions pour arrivera la vertu.
Il est donc souverainement important d'accoutumer les enfants à la décence, au respect d'eux-mêmes, en un mot. de leur inspirer une grande pudeur.
Comment faut-il procéder pour inspirer la pudeur aux enfant*?
1° On leur apprendra, dès le plus jeune âge, à se retirer à l'écart, dans certaines circonstances.
En italien, on appelle retirata ce que nous n'avons jamais su dénommer en français, et qui ne se présenta bien, riiez nous, que sous une enseigne anglaise.
2° On proscrira les nudités ;
3° On apprendra aux enfants à ne se montrer jamais à demi vêtus ;
\ on veillera à ce qu'ils ne prennent jamais de poses indécentes ;
5° On les formera à se tenir au lit, les bras croisés sur la poitrine.
Que faut-il faire pour protéger les enfants « contre leur milieu »?
Il faut faire en sorte qu'ils ne voient et n'entendent jamais rien qui soit susceptible d'altérer en eux le sentiment de la pudeur.
Et pour cela, on s'inspirera des préoccupations de la vertu dans le choix des vêtements, dans la surveillance des yeux, dans les conditions du sommeil, dans la détermination de ce qui frappera leurs yeux on leur- oreilles, dans les divers milieux par où ils passeront.
(I) JOUBERT, t. I" p. IOI.
Quelles sont les exigences de la pudeur par rapport aux vêtements?
Il ne faut pas oublier que les frères et sœurs, les cousins et cousines, sont appelés à prendre part aux mêmes récréations, au moins quelquefois, et dans certaines circonstances.
Les mères de famille feront donc en sorte, si elles sont elles-mêmes les lingères de leurs enfants, ou elles feront faire en sorte que la pudeur des uns ou des autres ne puisse jamais être offensée, même en cas d'accident ou de trop grande exubérance dans les mouvements.
Que faut-il faire par rapport aux jeux'
Il faut surveiller de près les jeux, les ébats, les fréquentations des enfants : 1° pour rectifier tout ce qui ne serait pas dans Tordre, par ignorance; 2° pour réprimer tout ce qui trahirait quelque mauvais sentiment ou quelque bas instinct.
(jus faut-il faire par rapport, au sommeil?
i On séparera les sexes pour le sommeil : il y aura la chambre des petits garçons et celle des petites filles; et, à moins d'impossibilité, on aura, quel que soit l'âge, autant de couchettes que d'enfants.
2° On ne laissera pas les enfants au lit quand ils seront éveillés; il n'y aura d'exception que pour les tout petits.
3 Oue ce soit au jeu ou au travail, on les occupera jusqu'à la fatigue.
Comment préservera-t-on les yeux et les oreille* des enfants?
Le lecteur est prié de se reporter à ce que nous en avons dit dans le chapitre du bon exemple.
b) Il faut protéger les écoliers.
A qui incombe la responsabilité des enfants qui vont à l'école? La responsabilité, dans ce cas. est partagée entre les parents et les maîtres.
Quelle est la part des parents?
1 Leur premier devoir « est de choisir l'école où la moralité de l'enfant sera le mieux abritée : ce sera, de préfé-
l'éducation morale 383
renée, l'école religieuse, puisque la sollicitude pour la pureté des enfants procède d'un sentiment chrétien » (I
f Non contents de s'intéresser aux études, ils chercheront à connaître tout ce qui regarde ia tenue, les jeux, les fréquentations..... >nt le moindre soupçon de quelque désordre moral ils en feront ta remarque à l'éducateur responsable (1).
3i Le soir, les jours de congé, au temps des vacances, les enfants retombent sous la garde exclusive des parents. C'est à eux qu'il appartient alorede protéger leur vertu. Et ils y réussiront, en occupant les enfants et en éloignant d'eux les occasions dangereuses.
Quelle est la part des maîtres?
Les maîtres zélés et sérieux « ont à cœur de soustraire leurs élèves à toute influence capable de déparer l'homme el de souiller le chrétien ». Et comme l'impureté est la pire de ces influences, ils mettent tout en œuvre pour en préserver leur école et les enfants confiés à leur soins.
1 Ils surveillent.
Ils savent que leurs regards assainissent tous les coii^ oi pénètrent, parce que le vice ne redoute rien tant que les yeux maîtres tl>.
2° Quand la pureté est en jeu, ils ne tolèrent rien.
L'indulgence serait d'autant plus dommageable, quelle permet Ira il aux enfants de croire que ces pratiques mauvaises sont sans importance il»
3j Ils sont impitoyables à l'égard des camarades corrupteurs.
Lexpulsion immédiate a le double avantage de purger une et d'imprimer dans l'esprit de tous les écoliers la leçon de la pureté iii.
c) Il faut protéger les jeune» gens.
Est-il difficile de protéyer les jeunes tiens".
Très difficile.
Car ils ont l'impression d'être libres; de ne plus appar-
(i) J. Gcibbrt, op. cit., pp. it53, 164, 168, i6y, 170.
tenir à leurs parents ni à leurs maîtres, mais d'être à euxmêmes et à eux seuls. Heurler cette prétention, ou la dédaigner seulement, c'est produire la révolte ou l'éîoignement. 11 ne reste guère qu'une ressource, c'est de tt prendre dans les doux filets de la bienveillance » (1) ces novices de la liberté, restés naïfs et simples, et disposés à tout, pourvu qu'on ne leur conteste pas leur indépendance.
Quels sont les « doux filets de la bienveillance » dans lesquels on peut prendre les jeunes gens pour les protéger contre les dangers de la vertu? m
C'est : iù de les rendre heureux à la maison, en faisant en sorte qu'ils y soient occupés et s'y sentent aimés.
2Û De les attacher à quelque oeuvre post-scolaire.
Que feront les parents pour attacher leurs jeunes gens au foyer et les y occuper?
Le père saura s'arracher aux affaires et renoncer aux attractions du dehors pour vivre avec ses lils. pour causer cœur à cœur avec eux, pour organiser d'innocentes parties de plaisir, pour les initier à ses travaux et les mettre de part dahs ses intérêts.
La mère préférera son intérieur aux relations mondaines; elle provoquera les confidences de ses fils; elle dilatera le cœur de ses filles; elle prodiguera aux uns et aux autres la tendresse dont cet âge est avide; elle s'ingéniera, par des fêtes habilement combinées, à rendre le milieu familial plus chaud et plus intéressant que toute société étrangère.
Se plaisant dans une atmosphère pure, les enfants n'iront pas mendier dans des maisons suspectes les joies dont ils sentent le besoin
Quelles conditions doivent réaliser les œuvres post-scolaires, le patronage, par exemple, pour porter des fruits de préservation?
1° Elles ne doivent pas détruire la vie de famille.
Les parents et les enfants sont, les uns pour les autres, une compagnie si salutaire que ce serait mal faire que de relâcher les liens qui les unissent (i). j
2° Elles doivent être aimées et fréquentées de bon cœur. Et pour que ce résultat soit obtenu, il faut que les jeunes gens se sentent dans une atmosphère de famille.
i) J. Guibert. La pureté, pp. 17H, I7À, 170, 177
l'éducation morale 385
3° Elles doivent être sérieuses au point de vue intellectuel, moral et religieux.
Si elles ne cherchaient qu'à procurer des distractions, elles seraient nécessairement distancées par les plaisirs du monde, et les jeunes gens ne resteraient pas.
Il — IL FAUT APPRENDRE AUX ENFANTS A SE DÉFENDRE
Est-il nécessaire d'apprendre aux enfants à se défendre euxmêmes contre les dangers qui menacent leur pureté?
Absolument nécessaire.
Le cœur humain, en effet, est comparable à une place forte : il ne suffit pas de le garder du dehors, il faut encore qu'il se défende lui-même du dedans. Tons les moyens de préservation dont nous avons parlé sont excellents, mais ils ne peuvent produire leurs fruits que si les enfants, et plus spécialement les jeunes gens, veulent être préservés.
Car c'est en eux, dans leur cœur, dans leur imagination et dans leurs sens, que se trouve le champ de bataille sur lequel se jouent, en dernier ressort, les destinées de la vertu.
Par quels moyens pourra-t-on faire naître, dans les enfouis et jeunes gens, cette volonté efficace de leur préservation personnelle?
1 Par la piété qui leur inspirera le goût de Dieu, et par conséquent l'estime de la vertu, en même temps qu'elle leur donnera le courage de la lutte et l'énergie du triomphe.
2° Par l'éducation de la pureté qui les pénétrera d'horreur pour le vice, en même temps qu'elle satisfera ce besoin de savoir qui torture, à un certain âge, l'esprit des enfants.
a) La piété.
Comment la piété donne-t elle le goût de Dieu aux petits enfants?
Voici comment J. Guibert (1) répond à la question :
Si les premiers gestes esquissés par les enfants sont pour Dieu, si les premières images exposées a leurs regards parlent de Dieu, si les premiers emblèmes suspendus à leur cou les attachent à Dieu, si leurs premiers pas les conduisent à la maison de Dieu, si les premiers spectacles qui emplissent leurs yeux sont ceux de l'église et leur donnent Timpression de la majesté de Dieu, si leurs premières
(ï) La pureté, p. i83. MTÉCHISME DE L'ÉDUCATION
paroles conscientes sont la prière quotidienne adressée à Dieu, il est inévitable que ces enfants gardent toujours le respect et le goût de Dieu.
Comment la piété donne-t-elle le goût de Dieu aux enfants grandissants?
Par la perspective delà première Communion, terme béni vers lequel ils tournent avec joie leurs regards avides, et tendent les religieux désirs de leur âme.
Quelle ressource pour les parents et pour les maîtres !
Comme il leur est facile d'exciter, en ces petites âmes, innocentes encore, l'appétit sacré de l'Eucharistie; de leur faire comprendre que, pour bien communier, il faut être pur, pieux, obéissant, aimer Dieu de tout son cœur, et éviter les occasions de péché!
Comment la piété donne-t-elle, aux enfants assaillis par les tentations, le goût de Dieu, le courage de la lutte et l'énergie de la victoire?
1° Par l'étude de la religion, et surtout par la contemplation de Jésus-Christ :
Jamais, depuis que j'ai connu Jésus-Christ, rien ne m'a paru assez beau pour le regarder avec concupiscence (1).
2° Par la fréquentation des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie.
3° Par la dévotion à la Sainte Vierge.
J'ai été préservée des pires écarts, nous écrit une jeune fille, parce que j'avais appris à aimer la Sainte Vierge. Entraînée vers le mal par une nature ardente, un cœur trop affectueux et mal dirigé, j'ai failli tomber dans l'abîme. Avant de me livrer complètement, je jetai vers Marie, que j'aimais toujours, un cri de détresse, et je lus sauvée miraculeusement.
J'ai connu aussi ces heures de lassitude et de découragement où je n'osais plus me tourner vers Notre-Seigneur. Si souvent je lui avais promis de ne plus retomber, et si souvent j'avais oublié mes promesses ! Dégoûtée de moi-même, ne sachant plus où me réfugier, comme tant d'autres que je connais, j'aurais peut-être abandonné la religion, si je ne m'étais souvenue que la Sainte Vierge est toujours prête à secourir ceux qui souffrent, ceux qui luttent, ceux qui pèchent; et pour retrouver Jésus, je me réfugiai dans le cœur de Marie. Or, cette dévotion à la Sainte Vierge me fut inculquée par une vieille cousine, personne très pieuse, alors que j'étais une toute petite bonne femme de cinq ou six ans au plus.
(i) Lacordaire.
l'éducation morale 387
Quelle relation y a-t-il entre le goût de Dieu et l'estime de la pureté?
Il y a une relation très intime, constatée par l'expérience» et démontrée par la raison.
i° C'est un fait d'expérience que le goût de Dieu donne le goût de la pureté. Les enfants pieux instinctivement s'éloignent du mal; leur piété leur est une ressource pour repousser les premiers assauts de la tentation; tant qu'ils sont pieux, ils veulent être purs; ils sentent si vivement que la piété et l'impureté sont incompatibles, que, dès que la sensualité l'emporte et les séduit, d'eux-mêmes ils abandonnent Dieu (1).
2° La raison nous démontre la même vérité.
Oui goûte Dieu fait effort pour s'élever vers lui. se dégoûte et se déprend de tout ce qui abaisse et rend indigne de Dieu.
nui goûte Dieu participe à sa vie et dès lors y puise une grâce qui lui communique l'élan et la force.
Qui goûte Dieu, bientôt l'aime; qui aime Dieu répugne à le trahir; la crainte de trahir le Dieu qu'on aime engendre l'horreur de tout ce qui anéantirait le règne de Dieu: de là naît l'aversion pour l'impureté, parce que l'impureté souillerait le sanctuaire de Dieu (l).
b) L'éducation de la pureté.
L'éducation de la pureté est-elle nécessaire?
Oui ; il n'est plus personne, aujourd'hui, qui en doute.
Pourquoi cette éducation est-elle nécessaire ?
Parce que l'enfant bien élevé, qui éprouve, grâce à sa piété, de l'attrait pour tout ce qui est pur et de l'horreur pour tout ce qui souille et avilit, n'a, sur la valeur morale des choses, que des notions confuses, une connaissance instinctive, un pressentiment vague aux contours mal définis.
Cette ignorance cause du malaise et constitue un véritable danger.
Dissiper ce malaise et prévenir ce danger, tel est le but de l'éducation de la pureté.
Cette éducation peut-elle se faire sans inconvénients?
Faite avec maladresse, ou par des gens sans mission, l'initiation peut avoir ses dangers: mais faite avec tact, à l'heure propice, par des lèvres pures, elle est sans aucun péril. Bien loin d'éveiller une
(l) J. GUIBERT, op. cit., pp. I8l-l82.
curiosité malsaine, elle a. au contraire, pour eflet de réteindre. Au lieu d'exciter l;i sensibilité, elle l'apaise plutôt (1).
.-1 qui appartient-il de faire l'éducation de la pureté? Aux parents, et plus spécialement à la mère.
Le prêtre confesseur nf peut-il remplacer la mère?
on a dit de la Providence qu'elle réparait, la nuit, les fautes que notre pays, comme nation, commettait pendant le jour.
On peut dire que Dieu répare aussi, dans sa miséricorde, une partie, au moins, des erreurs commises par les parents, dans l'éducation de leurs enfants.
Le prêtre peut être l'instrument de cette miséricorde spéciale de Dieu, en suppléant les parents dans l'accomplissement trop souvent négligé de leurs devoirs d'état.
Mais il est bien'entendu qu'il n'interviendra que dans la mesure strictement délimitée par le défaut des parents, et qu'il renverra toujours les jeunes filles à leur mère.
Que faudrait-il [jour que le prêtre pût remplir ce rôle?
1 il faudrait qu'il fût lui-même bien convaincu qu'un certain nombre de parents n'ont pas ce qu'il faut pour remplir les devoirs délicats de leur situation.
2° Il faudrait que l'enfant, au lieu de se confesser à n'importe qui, s'efforçât de trouver un père qui l'aide à ouvrir son âme.
3° Il faudrait que les parents, les maitres et les maîtresses voulussent bien éclairer les petits apprentis de la vie chrétienne pour diriger leur choix, sans gêner leur liberté dans ce qu'elle a de nécessaire et de légitime.
V II faudrait que les éducateurs développassent dans l'âme des petits enfants la vénération pour le prêtre-confesseur.
Quelles qualités doit revêtir cette initiation? [° Elle doit être discrète.
Elle-ne sera faite qu'à l'heure propice (2); en termes convenables, mesurés, sans images qui puissent frapper la sensibilité, et y déposer
(i) J. Gcibert, op. cit., p. HJI.
ne telle a de la chance ; elle ne sait encore rien », disait à sa mère, eu parlant d'une de ses compagnes, une enfant de douze ans, précocement instruite. (Authentique)
un germe dangereux: elle n'usera que de paroles brèves, si claires qu'elles éliminent toule question : elle s'abstiendra surtout de descriptions anatomiques (1).
2° Elle doit être ordinairement individuelle.
Elle prendra les adolescents un à un pour les éclairer: l'enfant, ainsi instruit, fait de l'avertissement son secret: il le reçoit avec plus de recueillement, il en profite avec plus de générosité une affaire de vie intime dont il ne doit de compte à aucun camarade iii.
Il n'y a d'exception à cette règle — mais alors le carac.tért de la manifestation est tout différent — que dans le cas d'une remontrance publique devenue nécessaire pour réprimer quelque scandale ou en neutraliser les mauvais effets.
3° Elle doit être progressive.
Elle sera faite par degrés, à mesure que l'âge le comporte et que le besoin se fait sentir.
Il y aurait autant d'inconvénients à dépasser les limites du nécessaire qu'à ne pas les atteindre.
Mais ceci suppose la connaissance intime du cœur et de l'esprit des enfants, connaissance qui ne va pas sans la vertu de confiance dont nous avons à dire quelques mots.
Que doivent faire les parents pour jouir de la confiance de leurs enfants/
1° Ils doivent la mériter.
2° Ils doivent la vouloir.
3° Ils doivent en accueillir les premières manifestations
4° Ils doivent, au besoin, la provoquer.
Tous les parents méritent-ils la confiance de leurs enfants?
Non, malheureusement.
La confiance ne va d'ordinaire qu'au mérite affectueux; elle suppose, chez les enfants, l'estime et la vénération.
D'où il ressort avec évidence que certains parents sont absolument incapables de pénétrer jamais dans la vie intime de leurs enfants.
Il nous est arrivé, maintes et maintes fois, de demander
0) J. Gi'ibert, op. cit., pp. igô-I'jG.
à de petits jeunes gens ou à des fillettes s'ils auraient la confiance de solliciter quelques explications de leurs mamans, la grande majorité (nous rougissons de le dire) nous répondit négativement.
Les parents se rendent-ils toujours compte de l'exclusive dont ils tont frappés dans le cœur de leurs enfants?
Certaines mères se font illusion.
Elles croient avoir la confiance de leurs enfants, et elles ne Font pas.
Question posée à la mère :
— Avez-vous la confiance de vos enfants ?
— Oh ! oui, tout à fait !
Question posée à la fillette :
— Auriez-vous la confiance de parler de telle chose à votre maman ?
, oh î non. Je n'oserais jamais.
Pauvre mère !
Comme son cœur saignerait si elle savait!
Comme sa conscience serait moins béatement tranquille, si on pouvait lui faire savoir !
Le cas est très fréquent.
Certaines se comptent parmi les privilégiées qui devraient se dire que c'est pour elles que nous écrivons.
Y a-t-il aussi des mères qui ne veulent pas des manifestations de, cette confiance?
Oui, il en est qui se dérobent a priori.
Elles se déclarent incapables de répondre comme il convient aux confidences de leurs enfants, et, bien loin de les provoquer, elles tentent le possible pour leur faire prendre un autre cours.
Une mère s'étant rendu compte que son petit garçon, âgé de onze ans, était arrivé à un tournant critique de sa vie intellectuelle et morale, jugea à propos de lui faire quelques révélations.
Dans la réponse émue de l'enfant, elle cueillit cet aveu :
— Les petits garçons qui grandissent sont bien obligés le se renseigner entre eux, car leurs mamans ne leur
disent jamais rien : elles ne sont pas aussi « chics » que toi. {Authentique.)
l'éducation morale 391
Que faut-il éviter pour encourager les premières confidences des enfants?
Il faut éviter les faux-fuyants et les délais.
Certains parents timides répondent par des mensonges, c'est-à-dire par des brutalités, à cette démonstration ultradélicate qui s'appelle une confidence morale d'enfant.
D'autres répondent par un délai à ce qui demande une solution urgente, parce que trop retardée déjà.
Et ils ferment ainsi, pour jamais, des cœurs dont ils auraient pu garder les avenues toujours largement ouvertes par l'accomplissement généreux et consciencieux de leurs devoirs d'état.
A la première révélation, racontait une fillette de douze ans et demi, j'ai attrapé la bonne et je lui ai tout demandé; ça n'a pas été long.
— Et pourquoi n'avez-vous pas eu recours à votre mère *?
— Je lui en ai parlé d'abord, mais elle m'a répondu que c'était un signe de développement et de formation. Vous comprenez que cela ne m'a pas suffi. (Authentique.)
Pourquoi faut-il aussi provoquer la confiance?
Parce que cette vertu est trop délicate pour n'être pas timide.
Elle existe presque toujours.
Mais elle attend la permission de se produire.
Il faut parler de temps en temps, d'une manière générale, de cette vertu si agréable et si douce.
Si l'on remarque quelque trouble, quelque tension d'esprit ou d'imagination, il faut faire un sondage affectueux, encourageant; projeter un rayon de vérité sur la curiosité qui tâtonne dans l'ombre, et" la détourner des lueurs fumeuses qui l'entraîneraient sur des récifs de mort.
Il faut être perspicace ;
Il ne faut pas partir d'affirmations a priori.
Il ne faut pas juger des enfants d'aujourd'hui d'après ce que l'on était soi-même, à leur âge, il y a une génération : c'est incomparable; beaucoup dT enfants savent, de nos jours, à dix. douze ou treize ans. ce que nous apprenions à vingt.
Une mère de famille,, excellente d'ailleurs, s'occupant sérieusement de l'éducation de ses enfants, nous disait si jour :
— Je suis d'avis qu'on ne doit pas laisser partir les jeunes gens au service militaire sans les instruire.
Nous lui répondîmes :
— Vos enfants peuvent constituer une miraculeuse exception; mais, en règle générale, avec votre méthode, on arriverait six, sept ou huit ans trop tard. {Authentique.)
nue fera la mère quand elle se sera assuré la confiance de ses enfants'.''
Elle l'utilisera pour leur donner, h chacun suivant son âge, les conseils qui éclairent, soutiennent et sauvegardent.
Comment se comportera la mère à regard des enfants de six à onze ans?
L'enfant de six à onze ans a des camarades, à l'école et dans la rue : il risque de voir des choses déshonnètes et d'être entraîné à des manœuvres inconvenantes.
La mère l'avertira du danger qu'il court ; elle lui dira qu'il rencontrera peut-être de mauvais petits garçons qui se permettent des choses laides, mais que ces choses sont blâmables, indignes d'enfants bien élevés, désagréables à Dieu, qui les punit très sévèrement. Elle ajoutera que si ces mauvais compagnons voulaient l'entraîner à mal faire, il devrait les repousser, et, aussitôt rentré, le dire à sa maman pour se faire protéger.
Comment se comportera la mère à l'égard des enfants de onze et douze ans?
C'est l'âge où commencent les habitudes solitaires, si tenaces et si déprimantes.
Que la mère emploie tous les moyens pour savoir si elle n'a pas, parmi ses enfants, quelque malheureuse victime de ce vice honteux. La confiance des enfants porte rarement sur ce chapitre. La mère doit donc suppléer, par un surcroît de vigilance, au silence des enfants.
Puis, mettant sa confiance en Dieu, se faisant aider par le confesseur, qu'elle déclare une guerre à mort à l'habitude néfaste qui perdrait ses enfants si elle n'arrivait pas à les en corriger.
l'éducation morale 393
Comment la mère considérera-t-elle l'enfant qui dépasse douze ans'/
Elle le considérera comme arrivé à l'âge le plus difficile de son existence :
i° Parce qu'il est dévoré du besoin de savoir, piqu^ -le curiosités lancinantes qui n'admettent parfois ni délai ni réticences ;
2° Parce qu'il commence à sentir bouillonner en lui le flot montant des passions.
D'où vient la curiosité qui agite l'esprit de l'enfant? Elle vient de la nature même.
Et Ton peut dire qu'elle est providentielle. 1° Elle est, en toute question, un stimulant au travail, ud moyen de connaissances, une ressource d'avenir.
L'avenir glorieux Attend, n'en doutez pas, l'enfant mystérieux Qui veut savoir comment chaque chose se nomme. Et questionne tout, un mur autant qu'un homme (I). La curiosité n'est autre chose qu'un penchant de la nature al au devant de l'instruction (2>.
2° Dans le sujet qui nous occupe, elle est plus importante encore et plus universelle, car elle entre plus intimement dans le plan de Dieu par rapport à la perpétuation du genre humain.
L'enfant se développe, physiquement et moralement.
Il (ou elle) a treize ans, quatorze ans, quinze ans. plus ou moins.
L'esprit s'éveille; Fimaginalion travaille; le cœur commence à frémir.
Un coin du voile de la vie se lève, oh! -tout petit! mais assez grand cependant pour que l'esprit l'aperçoive, et pour que l'imagination s'exerce, avec activité, sur le mystère qu'il pourrait bien recouvrir.
Cette curiosité n'est-elle pas quelquefois rendue plus précoce et plus aiguë par les circonstances. T~
Oui, en* plus ou à défaut de cette tendance naturelle, l'enfant voit, entend, comprend à demi ou devine mille
(i) V. Hugo, Les noix intérieures, « Tentanda via est ».
(2) FÉNKLON.
choses, regrettables à coup sûr, et môme scandaleuses.
Il en sera ainsi tant que les hommes auront des passions €t des vices. En voilà pour longtemps.
Pour qu'il puisse rester naïf, en grandissant, dans l'atmosphère délétère que nous respirons et qu'il est obligé de respirer, « il faudrait le supposer sourd, aveugle et légèrement idiot tout ensemble » (1).
Etant donnée -cette curiosité, peut-on penser que l'ignorance se prolongera longtemps?
Ce serait une illusion grossière de croire que l'enfant ignorera tout ce qu'on luf taira, et qu'il restera d'une candeur angélique parce que ses parents auront fait preuve,
eux, d'une réserve et d'une discrétion aussi louables
qu'insuffisantes.
Aux questions qui se poseront nécessairement à son esprit, aux émotions qui feront tressaillir son cœur, aux paroles mystérieuses qu'il aura entendues, aux faits dont il aura été témoin sans comprendre, le grandissant et la grandissante chercheront une réponse et une explication; et cette réponse et cette explication ils les trouveront.
Aux parents de faire en sorte que ce soit dans le chemin de la saine confiance et de la vertu.
Les parents seraient-ils sages de se fier à leur jugement personnel, dans toutes les questions qui se rapportent à cette curiosité'?
Nous ne le croyons pas.
Pour s'instruire comme il convient, les parents doivent accueillir, comme l'expression de la vérité, la parole du prêtre.
Seul, il connaît la question dans toute son intégrité, dans toute son ampleur, et sous toutes ses faces;
Seul, il a la compétence professionnelle, si j'ose ainsi dire;
Seul, il peut en parler, avec l'autorité qui s'attache à l'expérience;
Seul, il est éducateur complet, parce que, seul, il vit dans le monde des âmes; seul, il jouit de l'intimité des âmes; seul, il est sur le champ de bataille des âmes; seul, il
(i) Xicolat, op. cit., p. Il3.
l'éducation morale 395
peut compter les morts, pour les avoir vus tomber; seul, il peut relever les blessés, pour savoir où ils gisent; seul, il peut prévenir les surprises, pour connaître où sont les ennemis, et de quel côté viennent les coups (1).
Comment la mère se servira-t-elle de la confiance de ses enfants?
Si la mère a la confiance de ses enfants, si elle est leur contidente, elle suivra pas à pas le mouvement de leurs pensées et de leurs sentiments, et, sans jamais se dérober à son devoir, elle lèvera peu à peu le voile du mystère, avec les précautions infinies que lui suggérera la tendresse maternelle; choisissant le moment opportun, tenant compte des circonstances, proportionnant ses indications à l'impressionnabilité de l'enfant et à son caractère, consultant au besoin sur les meilleures méthodes à suivre.
Quelles précautions prendra la mère avant de faire à ses enfant* quelque délicate confidence?
Elle purifiera ses intentions et celles de ses enfants; elle s'élèvera, et fera monter les petites âmes auxquelles elle s'adresse, jusque dans les hauteurs; de là, elle considérera et fera considérer toutes choses comme le bon Dieu les voit; elle fera admirer le plan de la Providence dans l'établissement de la famille; elle distinguera la connaissance de la complaisance sensuelle; elle indiquera les limites et les conditions delà loi de Dieu; elle formera à la réserve la plus délicate, et en même temps à la bonne simplicité, quand il y a nécessité, soins à donner, consultations ou conseils a prendre. '
Quels avantages y a-t-il à cette confiance mutuelle?
Ces entretiens intimes, dirigés avec la plus grande prudence et la plus jalouse circonspection, présenteront pour Tentant un attrait incomparable.
Il s'attachera d'autant plus à sa mère, et recherchera d'autant mieux sa société intéressante, qu'il trouvera, dans ses paroles et discrètes, mais vraies, une réponse suffisante aux questions qui l'obsèdent avec la ténacité d'un cauchemar.
(ii II ne s'ag-it pas, en ce chapitre, d'un enfant en particulier ou du prêtre, confesseur de~cct enfant: notre pensée est générale et tout à fait impersonnelle,
trouble cessera: il croira en sa mère et d'instinct il ira vers elle comme on va a la lumière.
La est l'œuvre maîtresse de l'éducateur (1).
Quels inconvénients produirait le manque de confiance?
Si l'enfant manque de confiance, il s'élèvera à sa guise, e'est-à-dire très mal.
Il consultera subrepticement livres, camarades et domestiques, au grand détriment de sa vertu.
Vers quels camarades ira-t-il?
Vers les pires, cela va de soi.
Il s'instruira, à leur école brutale, des questions les plus délicates qui soient.
Il s'attachera à eux par l'attrait naturel que produisent de mutuelles confidences.
Il recherchera leur société; il préférera le tête-à-tête avec ces sortes « d'amis » à l'activité bruyante des jeux généraux.
Que doivent faire les parents en face de ces amitiés douteuses?
S'ils sont sérieux, iis briseront, sur l'instant, ces affections subites et profondes que leurs enfants éprouvent parfois pour tel ou tel de leurs camarades, telle ou telle de leurs compagnes (2'i.
Pourquoi donc, dans les maisons d éducation sérieuses, pose-t-on, en principe, que les élèves ne doivent jamais être 4eux à deux, sinon, parce qu'il y a là un danger sérieux pour les mœurs?
Ce danger, d'une évidence aveuglante, quand il s'agit des enfants dans un collège, n'existerait-il plusquand les mêmes enfants sont sortis?
Bien téméraire qui oserait l'affirmer!
Quels livres consulteront-Us?
Ils consulteront les livres qui leur tomberont sous la mafn; le dictionnaire, par exemple, sera souvent le premier confident de leurs curiosités naissantes.
: Nicolat, op. cit., p. no.
Montaigne parle quelque part de u l'amitié molle et indiscrèie en laquelle M advient ce qui se veoid au lierre, qui corrompt et ruyne la paroi qu'il accole ».
l'éducation morale 397
Ils consulteront les livres qu'un ami complaisant leur glissera entre les mains.
Ils consulteront les livres qu'ils auront achetés avec leur argent de poche, ou avec l'argent volé à leurs parents.
Est-il normal qu'ils consultent les domestiques-/
Car les enfants consulteront les domestiques : c'est vers eux, souvent, que s'oriente leur confiance mal formée.
Les pères et mères devraient rougir de honte et d'indignation : ils nourrissent leurs enfants, ils les habillent . ils payent les trimestres de leur vie de pension, etc. ; tout cela les* regarde, et personne ne songe à leur en ravir l'honneur et le mérite.
Mais quand cette petite plante, déposée par eux dans le sol le plus riche et le plus fécond, arrosée de leurs sueurs et de leurs larmes, cultivée par les professionnels les plus expérimentés et les plus chers; quand celte plante, disons-nous, aura grandi, quand elle aura lleuri, quand elle ouvrira ses pétales, son premier parfum, le parfum de son à me, sa confiance, ce sera pour les domestiques !
Il nous est arrivé, plusieurs et plusieurs fois, de demander aux grandissants et aux grandissantes déjà instruits quelles étaient les sources où ils avaient puisé : c'étaient presque toujours des amis, des livres, des domestiques.
§ 4. — Moyens à prendre pour réparer la pureté.
a ils (les prêtres) sont les meilleurs agents de la pureté
Mes cœurs : Us préparenl
pour l'éternité ta n âmes pures. !
Les moyens que nous avons indiqués comme étant de nature à sauvegarder la pureté sont-ils généralement utilisés?
Hélas! non.
Ni les parents n'ont toujours assez d'énergie, ni les enfants toujours assez de docilité pour se soumettre aux conditions de la préservation.
(i) L. Lenfot, La pureté du cœur, p. 217.
Aussi c'est la multitude qui cède aux sollicitations du mal et tombe dans le péché contre la pureté.
Quels moyens faut-il employer pour réparer la pureté?
Il faut donner : 1° à l'esprit des convictions qui entraînent à l'action ; 2° à la volonté des armes qui assurent le succès.
Nous ne nous dissimulons pas les difficultés considérables que présente la réalisation de ce programme, théoriquement très simple: mais nous savons que la grâce de Dieu est toute-puissante, et que les mères, véritablement mères, savent tirer de leur cœur et de leur foi des ressources appropriées à tous les besoins, et des remèdes spécifiques à toutes les maladies de l'âme.