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CONDITIONS A REMPLIR PAR L'ÉDUCATEUR

« Beaucoup de parents périront, parce que leurs enfant> >•• seront perdus par leur faute. î]

Quelles sont donc les conditions que les parents doivent remplir pour faire avec succès l'éducation surnaturelle de leurs enfants?

Ce sont: 1° l'état de grâce; 2° un grand esprit de foi; 3° une solide instruction religieuse; i° une piété sérieuse.

(î) Monfat, Les vrais Drincioes de l'éducation chrétienne, p. 34. (2) Saint Isidore.

Pourquoi l'état de grâce est-il nécessaire ?

1° Parce qu'il est impossible qu'un éducateur en état de péché mortel parle avec conviction de l'amour de Dieu, de l'horreur du péché, de la Passion.de Jésus-Christ et des fins dernières.

Tous les efforts qu'il ferait pour donner à son langage l'onction qui pénètre lui apparaîtraient comme des actes d'hypocrisie, de mensonge et de déloyauté.

2° Parce qu'un éducateur constitué, par le péché mortel, en état de révolte contre Dieu, ne méritera pas d'attirer, sur ce qu'il touche, la grâce sans laquelle on ne peut absolument rien dans le domaine surnaturel.

Que faut-il entendre par « V esprit de foi» ?

L'esprit de foi, c'est cette disposition de l'âme, cette tournure de l'esprit qui fait juger toutes choses à la lumière de l'éternité; c'est l'habitude de se décider, en tout, d'après les enseignements de la religion, et non d'après les maximes du monde, par principe et non par caprice, par vertu et non par attrait naturel.

Avoir l'esprit de foi, c'est préférer l'âme au corps, le ciel à la terre, la volonté de Dieu à la volonté personnelle, la vie éternelle à celle du temps, la mort au péché mortel.

Comment peut-on acquérir et développer cet esprit de foi ?

1° Par la prière.

a) La prière est une preuve de confiance, un acte de foi.

in On a dit : l'homme s'agite et Dieu le mène. C'est vrai; mais je ne craindrai pas de dire aussi que c'est la prière qui mène, en quelque sorte. Dieu lui-même : elle est plus puissante que lui, écrivait saint Jean Chrysostome (li.

2° Par la réflexion.

Les parents doivent se répéter à eux-mêmes : Que les épreuves de cette vie ne durent qu'un temps; Que leur fardeau est un fardeau bien léger, comparé au poids éternel de gloire qui sera le prix de leurs combats;

(I) 31" PlCHE.VOT, Op. tit.t p. 19.

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Que la vie ne leur a pas été donnée pour jouir, mais pour faire le bien : ce qui ne va pas sans souffrances.

Qu'ils ne sont en ce monde que pour faire leur salut, et procurer, dans la mesure de leurs forces, celui de leurs enfants.

Pourquoi faut-il une solide « instruction religieuse »?

1° Parce que, quand l'enfant est petit, les parents doivent lui enseigner les premiers éléments de la religion ; répondre à ses multiples et parfois délicates questions; former sa conscience : trois fonctions également importantes et difficiles qui demanderaient, pour être bien remplies, une science consommée de la théologie.

2° Parce que, quand l'enfant grandit, « les scepticismes du monde passent sur ses confiances comme les bises d'avril sur

le printemps des blés et les dessèchent Ses incrédulités de

philosophe imberbe s'éprennent de quelques faits, de quelques lois physiques, de quelques formules doctrinales, et il va, colportant ses preuves, tout fier de faire ses premières armes du doute. A ce moment, sa mère, à laquelle il oppose ses raisons, en sent bien le sophisme, mais (si elle n'a pas une solide instruction religieuse) elle ne sait pas rendre aux faits qu'il cite le sens exact, réfuter les phénomènes qu'il invoque par une science plus informée et précise, et, dans les raisonnements qu'il tient pour intacts, lui montrer la fêlure. Faute de ces ripostes du savoir au savoir, parfois faute d'un mot qui eut été décisif, mais que la mère n'a pas appris, l'àme de l'enfant échappe à l'influence maternelle. Il garde tout son respect,

toute sa gratitude, il reprend sa confiance Il se confirme

dans un scepticisme que bientôt ses passions lui rendent commode et, par suite, démontré. Il arrive ainsi à l'attitude qu'il juge la plus déférente pour sa mère, et où se trahit, au contraire, un dédain inconscient et définitif; il évite les controverses religieuses ou morales, il ne partage plus les croyances de sa mère, il lesménage » (1).

Pourquoi faut-il une profonde « piété »?

i° Parce que l'éducation consiste à élever les autres, et que, pour élever les autres, il faut être monté soi-même à une certaine hauteur : or, la piété élève.

(i) E. Lamy, La femme de demain, « Les femmes et le savoir », IV.

2e Parce que l'éducation est une longue patience, comme on la très bien dit. Or, la patience est une vertu qui suppose la maîtrise de soi, et qui ne peut guère être pratiquée comme il convient sans la religion et sans la piété.

3 L'éducation exige le sacrifice presque continu de l'éducateur, au bénéfice de l'enfant à éduquer.

Et si l'amour maternel peut faciliter l'acceptation de ce sacrifice, il ne saurait réussir toujours à le rendre suffisant.

Il y faut l'amour de Dieu, la piété.

Etceux qui disent que l'éducation, telle que les bons auteurs la préconisent, est trop ardue; que c'est de la théorie; que les enfants sont des enfants; qu'il faut leur laisser une vie personnelle, etc.; et ceux qui négligent de s'instruire de leurs devoirs d'état, quand l'occasion leur en est offerte, trouveraient peut-être, s'ils voulaient rentrer au fond d'euxmêmes, que toutes leurs allégations n'ont qu'une seule et véritable cause : la peur du sacrifice.

4° Parce que l'éducation nécessite les grâces de Dieu, et c'est la piété qui les attire.

« Ars artium, regimen animarum : l'art des arts, c'est la conduite et la formation des âmes. »

On le dit quand on parle du prêtre confesseur.

On peut le dire aussi des parents éducateurs.

Avoir la charge et la responsabilité d'une âme !

C'est-à-dire de ce qu'il y a de plus précieux au monde;

C'est-à-dire de ce qu'il y a de plus délicat, de plus impressionnable;

Et se dire :

Cette àme sera ce que je la ferai ! —

Mais pour faire face à cette obligation, il faudrait être saint. Quintilien demandait: Sanctitatem docentis: la sainteté chez celui qui enseigne. Jl faudrait être Dieu lui-même!

Voilà pourquoi nous disons : Que la piété est nécessaire à l'éducateur, pour qu'il devienne saint, pour qu'il se rapproche de Dieu, mérite ses grâces et ses lumières, et apprenne à son école la grande science de l'éducation.

Quelle est la forme principale et courante de cette piété?

C'est la prière, la prière que les parents éducateurs adressent à Dieu pour eux-mêmes et pour les enfants qu'ils ont à formel-.

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Les parents ont-ils assez de confiance dans la prière pour obtenir les grâces nécessaires à l'accomplissement de leurs devoirs d'éducateurs?

Nous ne le pensons pas.

On prie, dans la plupart des familles, même dans celles où la foi parait presque éteinte, mais quand prie-t-on? Quand fait-on des pèlerinages et des neuvaines? — Quand on esl sous le coup d'un danger, quand on est visité par la maladie. quand les affaires ne réussissent pas.

Prie-t-on pour obtenir la grâce de donner à ses enfants une éducation vraiment chrétienne?

Aux mères, même aux mères chrétiennes, de répondre.

Les parents ne doivent-ils pas aussi prier pour leurs enfants.

i° Pour leur conservation d'abord.

Dieu tient entre ses mains les clés de la vie et de la mort: il conduit aux portes du tombeau et il en ramène: la naissance et le tr attendent ses ordres (i).

C'est pour que Dieu leur épargne les douleurs de la séparation, ou pour qu'il les en console, que les parents doivent prier et prier beaucoup.

2° Pour leur persévérance.

Sainte Jeanne de Chantai, après avoir mis ses enfants au berceau, restait souvent des heures entières à prier, à genoux, à côté d'eux.

S'il y avait plus de Blanches de Castille, il y aurait plus de saint- Louis (li.

3° Pour leur conversion.

Nous avons connu une mère de famille qui fit, un jour, dire une messe pour la conversion de son petit enfant de trois ans.

Ce n'était, dans la circonstance, qu'une formule à interpréter.

Combien de mères pourraient mettre, dans une demande analogue, toutes les larmes de leurs yeux et tout le sang de leur cœur!

S'il y avait plus de Moniques désolées, il y aurait aussi plus d'Attgustins qui reviendraient a la vertu et au bonheur l

Le saint homme Job offrait, tous les sept jours, au lever de l'aurore, des victimes pour chacun de ses enfants, car. disait-il. ils ont

(i) Me Pichexot, Traite pratique de l'éducation, pp. 8-9 10.

peut-être, dans leurs réunions joyeuses et leurs banquets fraternels, commis quelques péchés et offensé Dieu il).

A qui les mères peuvent-elles plus spécialement adresser leurs prières?

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